J’avais beaucoup apprécié Richie de Raphaëlle Bacqué, le roman que la journaliste  avait consacré au directeur de sciences politiques Paris, Richard Descoings. C’est pour cette raison précise que j’ai lu Kaiser Karl, avec l’espoir aussi d’apprécier un peu plus le personnage.

Sur ce point là, échec total. Je crois même avoir refermé le livre en le trouvant encore plus antipathique qu’avant. Mais si une biographie romancée a pour objectif de dissiper les écrans de fumée sous lesquels se cachent certaines personnalités publiques (et particulièrement lui qui était un roi de l’enfumage !) alors le pari est relevé.

Ce que j’ai appris c’est combien Karl Lagarfeld a réécrit son histoire, celle de ses origines sociales, celle de son arrivée à Paris, recomposant même le personnage de sa mère, se parant d’accessoires pour se rendre reconnaissable (monocle, éventail, catogan) et cultivant un accent prononcé. 

Le styliste s’est nourri, pour son travail (il n’a jamais cessé d’avoir une vie professionnelle frénétique), des excès des oiseaux de nuit qui gravitaient autour de lui alors qu’il menait une vie d’ascète. 

Et puis j’ai découvert l’amour inconditionnel qu’il a eu pour Jacques de Bascher, le seul dont il a toujours pris soin jusqu’à son dernier souffle.

C’est aussi la découverte d’un nouveau monde pour Lagerfeld. Jusqu’ici, il n’a voulu vivre qu’entouré de luxe, de jeunesse et de beauté. Aucune servitude ménagère, ni misère ni saleté. Même les souvenirs de la guerre avec ses blessés, ses pauvres et ses réfugiés sont nichés aux confins de sa mémoire d’où ils ne font jamais la moindre incursion dans sa réalité. A l’hôpital, c’est autre chose. Il a été stupéfait de découvrir la maladie, la faiblesse et la pauvreté. Après le premier séjour de Jacques, il a payé l’installation de téléviseurs dans chaque chambre. Il multiplie les dons pour les chercheurs, offre des cadeaux aux infirmières. L’argent ne peut rien contre la mort, mais il peut au moins aider les vivants qui luttent contre ses assauts.

Kaiser Karl, Raphaëlle Bacqué, le livre de poche.

6 Comments

  1. Si vous aimez Raphaelle Bacqué, vous pouvez lire « le dernier mort de Mitterrand » sur François de Grossouvre qui s’est suicidé à l’Elysée et si vous souhaitez quand même prolonger votre « aventure » avec Karl, lisez le passionnant « Beautiful People » d’Alicia Drake qui élargit le propos à St Laurent (et donc à Pierre Bergé)
    • je n’en ai parlé dans la chronique pour ne pas trop en dire mais il est question de la façon dont il rencontre Yves Saint Laurent et comment leurs relations ont évolué
      je note pour François Mitterrand, merci : )
  2. j’avais emprunté ce livre à la bibliothèque et en effet j’étais étonnée de lire tous les changements qu’il a souhaité donner à sa famille, à sa vie …. en effet cela ne le rend pas plus sympathique !
  3. J’aurais aimé que tu écrives que tu as découvert une personne sympathique, touchante et profondément humaine qui se cachait derrière une attitude arrogante par timidité, cela m’aurait permis de moins le détester mais non, il était détestable.
    Et il n’était pas bienveillant à l’égard des corps féminins tout en courbes.
    • moi aussi j’aurais aimé car j’ai espoir que les personnes soient dans la vie aussi nuancées que dans les bons livres mais honnêtement je l’ai trouvé très antipathique (et même si cela n’est pas abordé dans le livre, il n’aimait pas les rondes )

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