C'est un beau roman

Lautrec : Un portrait bouillonnant

Dès la scène d’ouverture, Matthieu Mégevand donne le ton : le lecteur ne va pas s’ennuyer en découvrant la vie de Toulouse Lautrec (je ne peux en dire plus, ça gâcherait la surprise).

Je ne connaissais quasi rien sur cet artiste. Ainsi j’ai découvert ses origines aristocratiques (pour une fois l’image de l’artiste vivant dans la pauvreté ne colle pas ), sa croissance stoppée très jeune à cause de la consanguinité et les conséquences que cela a non seulement sur son physique, sa santé mais plus largement sa vie.

Envoyé en cures régulièrement pour se soigner, Lautrec s’ennuie et se met à dessiner. Ce qui n’est au tout début qu’un passe temps, devient vite une obsession.

Possédé il l’est lorsqu’il peint ses modèles :

Affairé de la sorte, ni Carmen, ni l’atelier, ni le monde n’existait; la ville et les hommes, les odeurs et les sons, les désirs et les ambitions, tout cela s’est dissous, englouti dans ce seul entêtement : tenter de rendre un peu de cette rousseur furieuse sur le blanc du lin.

ou lorsqu’il tombe fou amoureux de Maria, modèle qui a posé pour Chevanne, Renoir, Utrillo, Degas (elle a aussi dessiné des portraits sous le pseudo de Suzanne). Il est raide dingue, elle s’amuse de lui et est volage alors il noie son chagrin dans l’alcool.

Lautrec

Cette biographie romancée est aussi une plongée dans l’atmosphère de Montmartre avec ses ateliers, ses lieux de fête (Mirlitin, le Chat noir rue de Laval), ses figures mythiques (Bruant, la Goulue, …) , ses danseuses aux noms hauts en couleur (Grille d’égout, la môme fromage, Nini Patte en l’air…).

Lautrec aurait-il laissé derrière lui l’oeuvre que l’on connait aujourd’hui s’il n’avait pas été aussi malheureux en amour ? Sans ses excès (excès de boissons, excès de bonne chère et de bonne chair), ses tableaux auraient-ils été les mêmes ?

A 25 ans, il peint un tableau saisissant du Moulin de la Galette :

On croirait entendre la rumeur de l’orchestre, le bruit des rires et des pas sur le sol, sentir l’odeur des femmes et des boissons. Il a l’impression que son établissement est là, tout entier, contenu dans la toile, sur le point de prendre vie.

J’ai l’impression d’en avoir beaucoup trop dit sur tout ce que j’ai appris mais l’expression « la vie est un roman » n’est en rien usurpée pour lui.

Loin d’une biographie classique, Lautrec montre un homme à la sensibilité débordante qui dévore la vie jusqu’à l’excès, quitte à y laisser la peau. C’est une vie à la fois bouillonnante et infiniment triste portée par une plume vive et truculente.

Lautrec, Matthieu Mégevand, Flammarion.

Edit : jusqu’au 27 janvier 2020 a lieu au Grand Palais une exposition consacrée à Toulouse Lautrec

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