C'est un beau roman

Ce matin-là de Gaëlle Josse

Gaëlle Josse m’a attrapé par la manche dès le premier chapitre de Ce matin-là et m’a entraîné dans son histoire en quelques phrases. 2 minutes avant j’étais dans mon lit, un dimanche soir essayant de ne pas penser au lundi matin et à la reprise du travail. Et puis en quelques secondes, la chambre s’est effacée, j’étais rentrée dans le livre, j’avais glissé dans un autre univers. Je venais de faire la connaissance de Clara et je n’avais qu’une hâte : en apprendre plus sur elle, la suivre.

Gaëlle Josse est une écrivaine-musicienne. Lorsque je la lis, c’est comme si je glissais de phrase en phrase, totalement sous le charme de sa mélodie.

Avec Ce matin-là, Gaëlle Josse contredit l’idée répandue selon laquelle il faut avoir vécu quelque chose pour le comprendre. Sa plume est si juste, les images qu’elle dessine sous nos yeux si puissantes, que le burn out n’est plus quelque chose d’extérieur, d’étranger, qui n’arrive qu’aux autres.

C’est une fissure qui s’agrandit, c’est la planchette du kapla qu’on rajoute en haut d’une construction qui commence à osciller puis trembler avant d’entrainer toutes les pièces dans une chute. C’est le doute qui s’immisce dans l’esprit et infuse tous les instants de vie, c’est cette sensation de pesanteur omniprésente.

Clara, la vaillante, vacillante. Une lettre en plus qui dit l’effondrement.
Une lettre qui se faufile au milieu de la vaillance, la coupe en deux, la cisaille, la tranche.
Une lettre qui dessine une caverne, un trou où elle tombe, un creux, une lettre qui l’empêche de retrouver celle qu’elle était, entière, debout.

Face à Clara, il y a ceux qui ne comprennent pas  » qu’elle ne se secoue pas « (combien de fois cette phrase l’avons nous entendu ?) avant de prendre leurs distances :

L’île de Clara, l’île où elle vivait en ce moment était sans accès et la traversée impossible sans prendre le risque de chavirer lui même.

Et puis il y a ceux qui seront une marche pour remonter à l’air libre, retrouver une respiration, revoir l’horizon.

A mots couverts, sans esprit de démonstration, Ce matin-là dit aussi la violence du monde du travail, la culture du résultat, le harcèlement dans ce qu’il a de plus pernicieux et invisible. J’ai ressenti surtout, à travers les mots de Gaëlle Josse, une façon de donner de la voix à celles et ceux qui se sont effondrés un jour avec une empathie réconfortante.

Au bout d’une longue tige métallique, une boule de pâte de verre, souple, brûlante, qu’il étire avec une longue pince, à gestes rapides. [….] S’il le trouve imparfait, il le détruit et jette les éclats de verre dans un seau plein de sable, puis se saisit d’une autre boule en fusion et recommence.
Clara se dit qu’elle aimerait la vie ainsi, une masse tendre, malléable que l’on façonne de son mieux, juqu’au moment où on ne peut plus rien faire, il faudrait alors pouvoir la jeter et recommencer avec une nouvelle donne …

Avec Ce matin-là, Gaëlle Josse confirme son talent à décrire si bien les sensations dans leurs moindres nuances. Si vous ne connaissez pas encore cette écrivaine, je vous conseille aussi Le dernier gardien d’Ellis Island, Une longue impatience et Une femme en contre-jour.

2 Comments

  1. J’avais beaucoup aimé Le dernier gardien d’Ellis Island. Ton article me donne envie de découvrir celui-ci également

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