Tag

rentrée littéraire 2019

Browsing

Rhapsodie des oubliés : Un premier roman écrit avec les tripes

J’ai ouvert Rhapsodie des oubliés avec un certain nombre d’à priori en tête. En gros j’avais peur de tomber sur un roman parlant du Paris populaire par quelqu’un qui n’y a jamais mis les pieds et avec une bonne dose de feel good. Pas franchement positif.

Et puis j’ai mis mes pas dans ceux d’Abad…

…cet ado syro-libanais de 13 ans, en plein explosion hormonale, et je l’ai suivi dans ce Paris pas-de-carte-postale entre la Goutte d’or et Barbès, dans cette rue qui « raconte l’histoire du monde avec une odeur de poubelles. Elle s’appelle rue Léon, un nom de bon français avec des métèques et des visages bruns dedans. »

Pourquoi Rhapsodie des oubliés a fait mouche

Ce qui m’a frappé dès que j’ai ouvert ce roman, c’est la langue de Sofia Aouine, une langue à la fois argotique et littéraire, à la fois crue et poétique, pleine d’inventivité. Avec ces mots là, on sent combien ce quartier sale, pauvre, violent, où la mort est très présente, Abad a envie de le fuir à toutes jambes mais combien aussi il y est attaché et combien il aimerait le « sauver ».

Cette langue est drôle, évitant le misérabilisme dans lequel le roman aurait pu tomber. Drôle quand elle nous parle de cet ado submergé par ses désirs sexuels, drôle quand elle surnomme les filles en jilhab des Batman et les « pseudo-iman façon 2.0 » les Barbapapa, même si la réalité derrière ne l’est pas.

« Celles habillées tout en noir comme des fantômes qui passent dans la rue Léon en rasant les murs« .

Cette langue est lucide. Les parents d’Abad triment comme des dingues pour 3 francs 6 sous. Abad nous montre une réalité sociale absente des médias en règle générale, très loin de la vie léchée et rêvée d’Instagram et qui fait un peu tâche dans cette idée très répandue aujourd’hui selon laquelle « quand on veut, on peut, tout est une question de motivation et de volonté ». Si les influences musicales de l’auteure sont la soul music et le hip hop (en annexe, elle propose une playlist pour accompagner la lecture de son roman), j’avais plutôt en tête la chanson de Maxime Leforestier « Etre né quelque part« .

Mais par dessus tout ce qui m’a touché, c’est l’humanité de ce premier roman. J’ai pensé à Ken Loach, un des rares réalisateurs qui ose encore faire des films « sociaux », à qui on peut reprocher d’être trop démonstratif dans ce qu’il veut dénoncer mais dont les personnages sont toujours incroyablement humains et touchants.

Ces oubliés sont Gervaise, qui tapine pour rembourser une dette qui n’en finira jamais, Odette, la vieille voisine, Ethel, la femme qui « soigne de l’intérieur » mais aussi ce premier amour aperçu de fenêtre à fenêtre d’appartement et séquestré par son frère. Toutes ces femmes vont aider Abad, chacune à leur manière, à s’ouvrir dans cette ville où personne ne se parle. Elles vont l’aider à se réconcilier avec son enfance, à s’autoriser à croire à un plus loin même si le présent le cloue au sol.

C’est cash, sensible, singulier, étouffant parfois, virevoltant aussi, bref je ne regrette pas une seconde de m’être mêlée à la Rhapsodie des oubliés !

Rhapsodie des oubliés, Sofia Aouine, Editions de la Martinière

Cent millions d’années et un jour ou comment je suis partie à la recherche d’un dinosaure

J’ai fini de lire Cent millions d’années et un jour hier soir mais je me suis dit que tant que j’avais les idées claires à son sujet, autant les coucher très vite sur le clavier (et puis après un week-end rempli de fournitures scolaires, rangement et ménage, j’avais besoin d’une récréation !).

Les dinosaures ça t’intéresse ?

Je n’ai pas de fascination particulière pour les dinosaures, je n’ai jamais rêvé d’être paléontologue lorsque j’étais gamine mais malgré tout, l’histoire de cet homme qui décide, a 50 ans, de partir en expédition dans la montagne entre la France et l‘Italie, à la recherche d’un squelette de dinosaure, c’est précisément cela, avant tout, qui m’a donné envie de le lire.

Et puis j’ai mis mes chaussures de randonnée

Et j’ai suivi les pas de Stan (le personnage principal de Cent millions d’années et un jour) mais aussi d’Umberto, de Gio et de Peter. J’ai eu mal aux jambes, le vertige, froid. J’ai frôlé la mort, j’ai espéré. Ce rêve fou de trouver un brontosaure, ce rêve de trésor qui a animé bien des hommes à travers le temps, j’y ai cru.

Pourtant comme Stan « Je n’ai jamais été très à l’aise en montagne. Petit, je la voyais d’en bas, elle s’appelait les Pyrénées, sauf qu’à 6 ans, j’entendais « Pires Aînés ». J’imaginais de grands frères immenses et effrayants, d’une autre race que moi, sans doute méchants. C’est peut être pour ça que nous n’y montions pas. »

cent millions d'années et un jour

Pourquoi Cent millions d’années et un jour est un coup de cœur de la rentrée littéraire

Quand j’étais au collège, l’étude des roches ne m’a jamais passionné, je trouvais cela ennuyeux mais c’était peut être la façon dont on m’a enseigné cette matière qui était ennuyeuse (ou alors j’étais une ado écervelée )). Ici que Jean-Baptiste Andréa parle de pierre, de nature, de neige, il n’y a jamais un mot de trop.

J’ai aimé le goût d’enfance de ce roman : à travers cet homme qui a gardé enfui au fond de lui ce rêve de trésor depuis des années, à travers les souvenirs qui reviennent à la surface au fur et à mesure de l’aventure dont ces 13 minutes de bonheur au cinéma avec sa mère, véritable moment de grâce.

Je me suis très vite attaché à Stan  » Je suis parfois maladroit. Blessant, bourru, bête même. Réservé, froid, méfiant. Empoté et désespérant. Mais je ne suis pas un mauvais bougre. J’ai la gentillesse ébouriffée des abeilles, je pique parfois sans m’en rendre compte la main qui m’apprivoise, parce que je crois par habitude qu’elle va m’écraser.« 

J’ai été touchée par cet homme qui est devenu paléontologue car il aimait les histoires et qui, à son tour, à travers sa quête, a la possibilité de raconter une histoire.

Cent millions d’années et un jour dit la beauté des saisons, la grandeur de la nature (et l’arrogance de l’homme qui pense pouvoir la contrôler). C’est aussi un huit clos fort entre des hommes :

« J’ai voulu dire quelque chose, partager les miennes, de cicatrices. Lui avouer qu’à 52 ans, je cousais encore mon nom au revers de mes pulls parce que ma mère m’avait expliqué que, comme ça, elle me retrouverait toujours.« 

Et si ce qui apparaissait comme un rêve de gamin un peu irrationnel pour un scientifique était un défi, un prétexte à tester ses limites et une façon de régler ses comptes avec les blessures du passé ?

Sensible, beau, puissant !

Aller plus loin :

Jean-Baptiste Andréa a écrit un premier roman, Ma reine, qui a eu de nombreux prix (il existe en poche).

A quoi ressemble un brontosaure ?

10 idées reçues sur les dinosaures

Cent millions d’années et un jour, Jean-Baptiste Andréa, L’Iconoclaste

Pin It