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Mathias Malzieu

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Dans la vie je n’aime pas trop la tiédeur, j’ai tendance à vivre à fond les choses (et aussi à m’en lasser sans crier gare). Quand j’ai lu et aimé un livre d’un auteur, j’ai envie de partir à la découverte de ses autres titres pour renouveler le tête à tête, en espérant que la magie opère encore.

Récemment j’ai découvert Vampire en pyjama que je n’ai quasiment pas posé une fois ouvert et la plume de Mathias Malzieu m’a tellement séduite que Maintenant qu’il fait tout le temps Nuit sur toi s’est retrouvé rapidement sur ma table de chevet.

J’aurais du ajouter un paquet de mouchoirs sur la photo parce que Mathias Malzieu, qui, dans ce livre, vient de perdre sa mère (oui je suis une fille très gaie, après la maladie, la mort) écrit les choses avec une telle sensibilité et poésie qu’il m’a été bien difficile de rester l’œil sec.

Il y a bien les souvenirs, mais quelqu’un les a électrifiés et connectés à nos cils, dès qu’on y pense on a les yeux qui brûlent.

Ce qui m’a bluffé dès les premières pages de ce livre est la capacité de Mathias Malzieu à mettre le doigt sur des ressentis, des sensations et à les traduire avec une telle force et une telle justesse qu’on se dit en lisant les lignes « mais c’est exactement ça ! ». Longtemps j’ai cru que pour comprendre certaines situations, il fallait les avoir vécues mais plus j’avançais dans la lecture de ce roman, plus j’avais l’impression d’être dans la peau de l’écrivain (un minimum d’empathie est probablement nécessaire).

On garde tous nos cœurs plantés dans le ventre et dans la gorge. Sans bruit. On ne veut pas que tu entendes. C’est effroyable le bruit d’un cœur qui se casse. Comme un œuf près à éclore écrasé par un bulldozer en porcelaine.

Comme dans Vampire en pyjama, Mathias Malzieu évite toujours le pathos dans sa façon de tourner les choses en les patinant de son humour.

D’abord la mairie : épeler ton nom, pour bien dire que tu n’existes pas. Puis le cimetière : choisir l’emplacement. Comme au camping, ombragé, pas ombragé, près de la sortie, loin de la route, à l’abri du vent […] Tasser son coeur au fond du cerveau pour arriver à réfléchir à ces absurdités dérisoires et choisir « oui, là, c’est bien« .

Pour affronter et combattre la maladie, l’écrivain avait inventé la figure de Dame Oclès, ici Giant Jack, une ombre géante l’aide dans son deuil et à chacune de leur rencontre, on retrouve la force créative et l’univers si singulier de Mathias Malzieu.

Si j’en dis plus, le livre n’aura plus aucun mystère pourtant je serais tentée d’en recopier des passages entiers tant ils m’ont frappé à leur lecture. Bref vous l’aurez compris, gros coup de cœur et prochain rendez vous avec l’auteur : Le plus petit baiser jamais recensé.

Ce livre est le vaisseau spécial que j’ai dû me confectionner pour survivre à ma propre guerre des étoiles. Panne sèche de moelle osseuse. Bug biologique, risque de crash imminent. Quand la réalité dépasse la (science-) fiction, cela donne des rencontres fantastiques, des déceptions intersidérables et des révélations éblouissantes.Une histoire d’amour aussi. Ce journal est un duel de western avec moi-même où je n’ai rien eu à inventer. Si ce n’est le moyen de plonge en apnée dans les profondeurs de mon coeur.

Je n’avais pas lu ces mots de Mathias Malzieu, auteur-compositeur et chanteur du groupe Dionysos avant de refermer ce livre mais je trouve qu’ils sont à la fois un bon résumé et un aperçu juste du style du roman.

Journal d’un vampire en pyjama se déroule sur un an, du jour où l’auteur se sent tellement fatigué après la sortie du film Jack et la mécanique du coeur (que je n’ai pas vu mais dont j’ai souvent écouté la bande son) qu’il décide d’aller faire une prise de sang à sa « renaissance »  » seconde vie » après des mois de soins, d’hospitalisation, d’espoir et de crainte mêlés, d’instants où il a frôlé la mort.

Je crois que c’est le titre qui m’a attiré, intrigué. Des récits de personnes malades, il s’en compte un certain nombre. Le souci (pour moi) c’est que souvent on ne dépasse pas le témoignage, on est loin d’un objet littéraire. Or ici même s’il s’agit d’un journal avec un découpage chronologique, l’univers singulier et poétique de l’auteur se dessine quasiment tout de suite.

Plaisir à découvrir les titres des chapitres « déclaration d’auto-guerre » (Mathias Malzieu apprend qu’il est atteint d’une maladie auto-immune) « cuite au coca light » (je ne vous raconte pas mais c’est une des pépites du livre pour moi) , « bonne anémie« , plaisir à lire les inventions linguistiques de l’auteur (les nymphirmières, Dame Oclès…), plaisir à voir le monde et l’hôpital à travers le regard de cet auteur (pourtant je vous assure que c’est le dernier endroit où j’ai envie d’aller). Pas de déjà lu, pas de déjà vu et un livre qu’il n’est plus possible de lâcher.

J’enlève mes habits pour l’irradiation. Il fait froid. Le silence est assourdissant. Il faut rester allongé sur un lit métallique. Ne pas bouger. Se faire fusiller sans bruits. A peine quelques vibrations. Toujours pas bouger. Vingt minutes….Je suis une tartine dans un grille-pain. J’attends le moment de sauter. Je ne saute pas. Me contente de cette petite brasse immobile en mer nucléaire pour compléter le travail de destruction massive.

L’auteur lâche à un moment du livre qu’il n’a pas beaucoup ri dans cette période de sa vie pourtant il ne se départit jamais de son humour dans l’écriture. Il se décrit comme un vampire (puisqu’il a besoin de transfusions régulières pour vivre) en pyjama, se moque de sa tête, explique sa maladie et ses traitements par métaphores.

Aurait-il tenu le choc, le coup sans son imagination, sa boulimie créative, son univers artistique ? Quoiqu’il en soit et même s’il ne cache pas sa peur, sa douleur, ses questions, il se raccroche à l’idée de se transformer en un « auto-superhéros » et il le devient.

J’ai aimé aussi le regard plein de bienveillance de Mathias Malzieu sur le personnel soignant, sur ses proches (même si la maladie opère un tri impitoyable parmi les amis et les connaissances), j’ai aimé son regard si amoureux sur Rosie qui partage sa vie.

Le bruit de rasoir s’arrête, l’opération tête d’oeuf est terminé […] J’attends avec appréhension l’image que va me renvoyer le miroir kaléidoscopique de l’amour et du désir.

Les yeux de Rosie n’ont pas bougé d’un iota. Elle obtient son diplôme d’amourologie avec les félicitations du jury. Grâce à elle, je passe cette étape boule à zéro mieux que prévu.

Maintenant j’ai très envie de découvrir l’album Vampire en pyjama (et en particulier une chanson qu’il évoque dans le livre et qui a fait pleurer Rosie alors qu’elle parait si forte toute le reste du temps) mais aussi de lire d’autres romans de cet auteur.

Mathias Malzieu m’a embarqué dans son vaisseau spatial avec ses secousses, ses moments d’apesanteur et de magie, un vaisseau spatial propulsé dans un monde peuplé de fantômes mais pourtant guidé par une furieuse envie de savourer chaque seconde de la vie.

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