Rentrée littéraire 2026 : Mes 3 premières lectures

Je me demande comment font les journalistes pour sortir un classement de leurs 10 incontournables de la rentrée littéraire dès la mi-août. Est ce qu’il ne partent pas en vacances ? est ce que leurs vacances c’est justement lire toute la journée ? (mais qui s’occupe de l’intendance ? )). Je me contenterai, pour l’instant, de vous parler de mes 3 premières lectures de la rentrée littéraire 2026 :

Couple au bord de l’effondrement : Rochebrune de Sophie Divry

Isabelle et Xavier, tous les deux divorcés, tous les deux parents, ont la quarantaine et Sophie Divry s’amuse dans Rochebrune à disséquer leur couple qui vacille avec un humour grinçant. Isabelle et Xavier sont fatigués.

Isabelle avait l’impression d’être constamment soumise, non pas tant à ses besoins, ni même à ceux des autres mais à une forme d’institution supérieure qui imposait une suite de rituels. Nous sommes une famille. Nous sommes un couple. Nous partons ensemble. Quelle fatigue.

Quand à Xavier, dont le fils Léon est particulièrement capricieux voire tyrannique, il ressent toute l’ambivalence du sentiment paternel.

Mais qui c’est long, une éducation. Xavier avant l’impression des pièces dans une tirelire et de s’appauvrir. […] Parfois il se demandait où était cette cavité intime dans laquelle s’entassaient depuis 7 ans les déchets émotionnels de tous ces moments merdiques.

Et voilà que Xavier et Isabelle, partent, chacun avec leur progéniture, pour les vacances de la Toussaint à Rochebrune dans un chalet au milieu de nulle part, comme posé dans un décor étrange, voire inquiétant et où la roche est omniprésente.

Je ne vais pas vous spoiler la suite (le huit clos auquel on pouvait s’attendre n’aura pas lieu ou du moins très temporairement) mais chacun est confronté à une épreuve qui bouleverse la place et le rôle de chacun dans cette famille recomposée.

Comme dans son précédent roman, on sent que Sophie Divry s’est documentée solidement avant de parler d’alpinisme et ses pages sur l’ascension de Xavier se lisent comme un polar qu’on ne veut pas refermer.

Ses personnages se retrouvent dans des situations où ils ne contrôlent plus rien et Sophie Divry s’insinue alors dans leurs peurs, leurs doutes, leurs pensées pas toujours reluisantes. Embrassant à la fois les codes du thriller et de la fable écologique, l’écrivaine maintient la tension et le suspense jusqu’au bout !

En route vers la réparation : Tuer le vieux de Daria Marx

C’est l’histoire d’une petite fille violée , été après été, par son grand père. . Un grand père obsédé par la saleté et qui la persuadait qu’elle était sale.

Devenue adulte, elle décide de porter plainte mais le jour J, le commissariat ne peut pas la recevoir. Elle décide alors de prendre la route, prendre le train pour aller le voir et  » tuer le vieux » parce qu’elle n’a plus peur de lui, parce qu’elle ne veut plus être enfermée dans le rôle de victime.
Il lui a fallu 15 ans pour parler et 25 pour livrer des détails et pour celles et ceux qui disent parfois « pourquoi maintenant ? » :

On ne fait pas parler les mortes, c’est ce qu’il a fait pendant 10 ans, il m’a crevé chaque été, me privant de tout instant de liberté, de toute initiative, de tout mouvement, de toute pensée. Il m’a enfermé, attaché, il a contrôlé ce qui rentrait dans ma bouche, ce qui sortait de mon cul, il a fait de moi un animal d’élevage, un veau docile et effrayé.

A chaque entretien, j’espère que le psy va s’énerver, qu’il va dire que le vieux est un pervers, qu’il mérite d’être mort ou qu’on devrait l’empêcher de recommencer mais rien ne se passe jamais. J’ai la responsabilité, seule, de « gérer » mon rapport au vieux, il faut que je me « positionne », il faut que je « prenne du recul », il faut que je me soigne. C’est moi la malade.

Tuer le vieux de Daria Marx raconte ce voyage, mêlant temps présent et souvenirs, chaque phrase est comme un coup de poing dans le bide. C’est poisseux, très sombre et percutant.

L’odyssée de Jonas : C’était ça ou mourir

Comment incarner la réalité de ce qu’est un migrant quand dans le discours médiatique et politique, il n’est que des chiffres, un concept abstrait et rarement vu autrement que comme une menace ?

Avec C’était ça ou mourir (titre puissant qui en quelques mots dit l’absolue nécessité de ceux et celles qui sont en exode), on se glisse dans la peau de Jonas, professeur d’histoire géo à Port au Prince en Haïti en proie à une violence mortelle.

J’ai décidé de fuir. Pas pour devenir riche, ni pour vivre mieux. Juste pour vivre. Point.

Jonas n’a rien : ni argent, ni passeport, ni papier. Il part avec un sac plastique carrefour qui renferme une photo de sa mère et ses carnets de poème. Et ce sac, il ne le lâchera pas de la République Dominicaine au Brésil, en traversant la terrible jungle du Darien, dans les camps d’accueil (qui n’ont d’accueillant que le nom), au Costa Rica et au Mexique.

A chaque étape, à chaque changement de frontière, on se demande comment il va s’en sortir et on retient son souffle.

Lorsque tu es migrant, ce n’est pas la faim qui t’écrase en premier. Le corps s’habitue à presque tout. Ce qui te brise vraiment c’est l’inutilité. Cette sensation lente et corrosive de ne plus servir à rien, de n’avoir aucun poids, aucun effet sur le monde, d’exister sans la moindre empreinte. De tomber en sachant d’avance que personne ne pensera à te ramasser.

Portée par l’écriture lumineuse, riche en images et pas dénuée d’humour de Thélyson Orélien, C’est ça ou mourir dit ce qu’est l’attente interminable, la mort qui rôde, l’espoir, l’absurdité technologique mais aussi les mains qui se sont tendues, l’écoute qui empêche de ne pas sombrer, la langue de l’exil qui unit.

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