Pas ma fille : Vivre avec plutôt que sans

Lorsque je vois le mot « Islande » sur la quatrième de couverture d’un livre ou dans le résumé que je peux voir passer ici et là, c’est un argument suffisant pour lire le roman en question. C’est une de mes lubies de lectrice. Voilà comment Pas ma fille de Thomas Paris s’est retrouvé sur ma table de chevet

Pas de ma fille : voyage au pays du deuil

L’auteur, Thomas Paris, a perdu sa fille dans un accident alors qu’elle avait 19 ans et dans ce roman, il retourne en Islande sur les traces de sa fille Léonie (dont le prénom n’apparait qu’à la page 45), pour se retrouver seule avec elle. Il pourrait nourrir une amertume voire une détestation pour ce pays qui lui a pris sa fille. Au contraire il est toujours aussi conquis par son atmosphère de bout du monde et ses particularités.

La désolation faisant partie de mon idée de l’Islande, sans qu’elle soit associée à la tristesse.

J’ai suivi l’auteur qui emprunte des routes selon ses envies dont une chaotique jusqu’à Vik. A sa grande surprise, il tombe sur un hôtel et lorsqu’il en pousse la porte, celui n’est pas du tout vide. Il s’imagine alors que dans cette pièce, sont présents les survivants d’une apocalypse.

Ce n’est pas la première fois que l’écrivain revient en Islande après la mort de sa fille : il est venu avec sa femme, 10 jours après l’accident puis en « pèlerinage mélancolique », un an après avec sa femme et son fils.

Imaginant que dans la voiture, sur le siège passager, se trouve sa psy, il lui confie comment il vit et a vécu cette mort depuis l’annonce à aujourd’hui. Pas ma fille, est ce une façon de dire que le deuil qu’il vit n’est pas un deuil ordinaire ? ou la certitude qu’elle continue d’être à ses côtés se manifestant par des signes (le ciel qui devient bleu lorsqu’il est arrivé dans le village où a lieu l’accident, le petit nuage qui s’est accroché à la montagne pendant plusieurs jours après le drame, les rencontres faites avec plusieurs personnes liées à sa fille) ?

J’ai besoin de continuer à croire dans ces signes, dans tout ce qui mon histoire comporte d’irrationnel.

Etant mère et empathique, je me suis vue à la place de ce père et ses mots ont trouvé un écho puissant :

…en Islande, le ciel comme la terre peuvent craquer à tout moment, sans crier gare. Tout est surveillé au plus près mais, on ne sait pas pourquoi, le sol va craquer ici ou là. Moi c’est pareil. Je vis normalement, j’arrive à affronter des moments, très compliqués, et, on ne sait pas pourquoi, je peux craquer brusquement dans une situation sans rapport avec l’accident de ma fille.

Un livre qui dit l’amour profond d’un père pour sa fille et l’attachement à un pays qui ne ressemble à aucun autre.

Pas ma fille, Thomas Paris, Buchet Chastel, 2026 (220p)

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