Olivier Grondeau a été emprisonné pendant deux ans et demi en Iran car soupçonné d’être un espion alors que le pays était en plein mouvement Femme, Vie, Liberté. Dans Joseph dans le nuit, il raconte comment il a été arrêté alors qu’il loge dans une pension à Chiraz mais ne peut prévenir personne, n’ayant pas de téléphone portable. Au départ, il pense d’ailleurs qu’il va être relâché et qu’il a juste éveillé les soupçons car il ne voyage pas comme un touriste classique et qu’il revient souvent en Iran.
Dans les premiers jours, peut-être parce qu’il est poète, qu’il vit de peu sans frustration, il trouve du réconfort dans ses souvenirs :
C’est cet endroit que j’atteins, les matins les plus fastes, en faisant les cent pas : la vie douce, le souvenir ému, la route et les poèmes. J’oublie la boule durcie dans mon ventre. Je tire sur un fil et tout vient. Je tire sur un souvenir et la vie vient.
Pour éloigner la peu, il pense aux chansons de Britney Spears. Pour ne pas devenir fou et pour faire passer le temps, Olivier Grondeau imagine des séances de ciné, la tête dans ses genoux, il reconstitue scène après scène le Seigneur des anneaux ou plus tard Le livre de la jungle avec un autre détenu. Il imagine des matchs de foot, des coups de fil à ses parents, des cigarettes qu’il roule et qu’il fume.
Comme il parle bien la langue, il tisse des liens avec ses compagnons de cellule mais on le change régulièrement de lieu et il doit tout recommencer, nouer de nouvelles relations avec d’autres détenus et accepter un jour après l’autre que l’emprisonnement continue.
En lisant Joseph dans la nuit, j’ai pensé à la bande dessinée de Guy Delisle, S’enfuir, récit d’un otage (sauf que là, à priori, l’auteur n’a pas de vélléité de fuite) avec comme point commun, face à la privation de liberté et l’enfermement, la liberté gagnée grâce à l’imagination .
Joseph dans la nuit, Olivier Grondeau, édition de l’Iconoclaste