Coup de coeur : Vers la violence, une adaptation graphique réussie

Le titre Vers la violence me disait vaguement quelque chose jusqu’à ce que je vérifie qu’avant d’être un roman graphique illustré par Marguerite Boulanger, il s’agissait d’un roman de Blandine Rinkel.

Dès la première page, j’ai été glacée par Lou, cette petite fille qui joue à la barbichette avec son père et qui se retient de toutes ses forces pour ne pas rire, soupçonnant que la claquette pourrait être une gifle comme une vague énorme s’abattant sur elle, le tout suggéré par la silhouette massive et carrée de son père.

Vers la violence : le père à la fois aimé et détesté

Dès le début, Blandine Rinkel montre l’ambiguïté des sentiments de cette enfant qui voit son père comme un héros mais qui a aussi peur de lui et souhaite sa perte. Comme le père de Sorj Chalandon dans la BD, Profession du père, il invente beaucoup d’histoires.

Cette prolifération de légendes exaltait nos vies.

Mais les affabulateurs professionnels connaissent cette règle élémentaire : si les mensonges sont des édifices complexes, c’est parce qu’ils ont des vérités pour fondation. Il y avait en Gérard un innocent et un meurtrier.

Je l’ai déjà dit mais lorsque je lis une bande dessinée ou un roman graphique, je suis très sensible au style de l’illustratrice/illustrateur. Si le propos est très intéressant mais si je n’accroche pas avec les dessins, je n’arrive pas à rentrer dans le livre. Ici outre le choix de la bichromie en noir et blanc, les trouvailles graphiques sont nombreuses et traduisent la violence du père ainsi que tous les ressentis et émotions de Lou (la petite fille).

Vers la violence nous questionne sur l’héritage de cette violence : qu’est ce qu’elle devient quand elle a été centrale dans notre enfance et notre éducation ? est ce qu’elle ne finit pas par se retourner contre nous ? C’est ce qui arrive à Lou jusqu’à ce qu’elle rencontre quelqu’un qui lui montre que la douceur est possible et jusqu’à ce qu’elle exprime/transforme cette violence dans la danse.

On entend souvent des phrases comme « Quoiqu’il arrive c’est ton père.  » Vers la violence interroge aussi nos choix quand on est dans une relation toxique. Lou part vivre loin de son père mais le revoit à Londres dans un bar et il lui impose une complicité très malsaine voire incestueuse.

L’inadéquat climat de camaraderie grivoise dans lequel nous sommes plongés.

Vers la violence est un roman graphique très riche qui parle aussi de la place et du rôle de l’art dans nos vies (ici la danse), de notre animalité. Enfin j’ai aimé que l’inconfort dans lequel nous pousse Blandine Rinkel (car la littérature ça sert aussi à ça non ?) dans certaines scènes, dans le fait aussi que ses personnages ne sont pas tout blanc ou tout noir. Bref un vrai coup de coeur !

Vers la violence, Blandine Rinkel, Marguerite Boulanger, éditions L’Iconoclaste

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