En commençant la lecture de Ghost Stories, j’ai pensé à Un jour tu raconteras cette histoire de Joyce Maynard parce que dans les deux cas on pénètre dans l’intimité d’un couple touché par la maladie et un couple qui sait que le compte à rebours a commencé.
La différence la plus fragrante entre ces deux romans est que, peut-être parce que les romans de Paul Auster ont accompagné une partie de ma vie, j’ai le sentiment de le connaître et de pénétrer, avec ce livre, dans sa vie, sa bibliothèque, son bureau, de passer de l’autre côté du miroir.

Siri Hustvedt nous invite dans leur intimité, celle d’un couple d’écrivains qui m’a toujours fait fantasmer. Je les imaginais travailler chacun dans leur bureau respectif, je ne savais pas qu’ils se lisaient ce qu’ils étaient en train d’écrire, acceptant toujours les remarques de l’autre.
Siri Hustvedt dit le manque, l’absence et en creux le grand amour qui les unissait :
Le chagrin n’est pas permanent. Je peux me barricader des jours durant contre la tempête et puis les bourrasques arrivent et me jettent à terre.
L’humour est présent entre eux et jusqu’au bout et sous la plume de l’écrivaine (elle parle par exemple de cancerland).
L’épistolaire dans Ghost stories
Les lettres sont très présentes dans Ghost stories : les mails que Siri a envoyé à leurs amis au fil des mois pour les tenir informés de l’état de santé de Paul; les lettres écrites par Paul Auster à son petit fils Miles qui sont magnifiques.
Siri Hustvedt a tenu également un journal de l’hospitalisation de Paul Auster jusqu’à sa mort :
Je suis partie à 9h ce matin et me voilà de retour à 22h, il fait nuit. Je dois récupérer quelque chose de ma vie. […]
Dans un autre Uber sur le chemin de la maison. Mon chéri, mon héros, si faible. C’est tout ce que je peux écrire.
L’ordinaire (le cancer) côtoie l’extraordinaire (à son chevet, se rendent entre autres Salman Rushdie ou Don Delillo).
Et puis parce que les écrivains savent raconter des histoires, on lit dans Ghost stories des mini-histoires dans l’histoire, ce qui a toujours été, pour moi, un grand plaisir de lecture. Celle de leur rencontre, celle de leurs débuts, celle de leur fille Sophie Auster, le jour du 11 septembre, celle incroyable liée au livre Pays de sang (un livre à quatre mains, Paul Auster pour les textes qui se plongent dans l’histoire pour essayer de comprendre ce rapport si particulier des américains avec les armes et son gendre, Spencer Ostrander qui photographie des lieux “pierres tombales de notre chagrin” car témoins de tuerie de masse).

Bref Ghost stories est un bijou poignant à lire absolument. (et j’ai maintenant très envie d’acheter les deux derniers romans de Paul Auster que je n’ai pas lus, 4 3 2 1 et Baumgartner).