J’ai emprunté Éclaircie de Carys Davies à la bibliothèque, attirée par sa couverture (un tableau de Knud Baade, Clair de lune sur la côte norvégienne, 1870), par son titre et par le fait qu’il était court (assez rare en littérature étrangère aujourd’hui).
De quoi parle Éclaircie ?
Le roman s’ouvre par une scène où on voit un homme, John Ferguson, débarqué sur une île qu’il ne connait pas après avoir pensé que sa barque allait chavirer. Il est trempé de la tête aux pieds mais on imagine qu’il est là pour une mission précise car il transforme son foulard en cravate et foule la terre d’un pas décidé.
Puis on fait la connaissance d’un second personnage, Ivar, qui vit seul dans une maison sur cette île avec sa jument pour seule compagnie.
Alors que la mission de John (envoyée par le propriétaire de l’île qui veut déloger son seul occupant) le prédestinait à un duel avec Ivar, le rapport s’inverse de manière inattendu entre les deux hommes. Ivar trouve en effet John, inconscient et salement amoché suite à une chute. Il ramasse également une photo d’une femme (Mary, la femme de John) qu’il garde avec lui. Très vite, pour en parler, il ne dit pas la photo mais la femme.
Il était en permanence conscient d’avoir la femme cachée sous son pull, et par moments, il avait la sensation que l’homme savait qu’elle était là.
L’arrivée de John dans la vie d’ermite d’Ivar est un bouleversement. Quelqu’un pose un regard sur lui et même s’il n’a pas toujours vécu seul, cela lui procure une émotion qu’il croyait enfoui. Au départ, les deux hommes qui ne parlent pas la même langue, ont du mal à communiquer mais John apprend des mots au fur et à mesure que son état s’améliore.
Carys Davis suggère la richesse de la langue d’Ivar et j’ai pensé forcément à l’Islandais car il existe beaucoup de mots pour désigner le vent ou les nuages par exemple.
La construction d‘Éclaircie alterne le point de vue de John et d’Ivar mais aussi le passé et le présent et l’autrice adopte aussi dans certaines chapitres le point de vue de Mary (de sa rencontre avec John jusqu’au moment où s’inquiétant pour lui, elle décide de le rejoindre sur cette île).
Le quotidien d’Ivar est âpre mais Carys Davies a une plume très poétique tant pour décrire l’île que ce duo qui apprend à s’apprivoiser et se connaitre et qui a besoin autant l’un de l’autre qu’inversement. Ce que l’écrivaine suggère aussi à demi-mot outre ce basculement dans le rapport des deux hommes, c’est aussi le changement de perspective entre ce qui est vu comme une vie primaire et une vie civilisée (qui n’est en fait gouvernée que par la violence des rapports humains guidée par la seule volonté de s’enrichir encore plus).
Ce roman est court mais il se déguste par la richesse de son vocabulaire et de la flore décrite. Bref une belle découverte !
A propos de l’auteur : Carys Davies a grandi au pays de Galles puis dans les Midlands avant de partir aux Etats-Unis où elle a travaillé pendant 12 ans. Elle est l’autrice de 3 romans : West, le premier, a obtenu le prix du livre de l’année au pays de Galles; Le voyage de Hilary Byrd, son second roman, a été élu roman de l’année par le Sunday Times. Quand à Eclaircie, il a été traduit en 8 langues et a été élu meilleur livre 2024 par de nombreux journaux.
