C'est un beau roman

La carte postale d’Anne Berest

Quand j’entendais le mot carte postale jusqu’à présent, je pensais à la chanson éponyme de Francis Cabrel. Désormais je penserai aussi au roman bouleversant et passionnant d’Anne Berest.

Cette carte postale, elle bouleverse le quotidien d’une famille, elle est au coeur du récit et elle en est aussi son moteur.

Dessus, il est inscrit 4 prénoms, 4 destins de vie brisés par l’Histoire et la barbarie des hommes. En se lançant dans une enquête quasi policière pour savoir qui a envoyé cette carte postale et pourquoi, la narratrice se lance aussi dans une enquête identitaire et familiale.

C’est par elle qu’on plonge dans la vie d’Ephraïm avec un sens du récit qui m’a scotché au livre dès les premières pages.

La tradition veut que, le jour de son mariage, à la fin de la cérémonie, le marié brise un verre avec son pied droit. Ce geste rappelle la destruction du temple de Jérusalem. Ensuite le marié peut faire un voeu. Ephraïm fait celui d’effacer à jamais le souvenir de sa cousine Aniouta. Mais en regardant au sol les débris de verre éparpillés, il lui semble que c’est son coeur qui gît là, en mille morceaux.

Au delà des chemins de vie individuels, La carte postale est une inépuisable interrogation sur la culture juive et la judaïcité.

Qu’est ce être juif quand comme Ephraïm, on veut absolument s’intégrer, devenir français, quand on dépose un dossier pour obtenir la nationalité française, quand on donne à ses enfants des prénoms français et qu’on encourage ses filles à fréquenter des non-juifs, quand on ne veut pas entendre parler de bar-mitzvah ? Etre juif c’est être interdit d’Université à cause de numerus clausus, ne pas pouvoir écrire dans la presse, ne pas pouvoir exercer un tas de métiers et être recensé sous la France occupée.

Qu’est ce qu’être juive se demande aussi la narratrice quand on n’a jamais rien fêté, qu’on n’a jamais été à la synagogue, qu’on n’a pas la religion juive, qu’on porte un nom français mais qu’au fil des année, le mot est apparu dans les conversations sans comprendre ce qu’il recouvre ?

La carte postale c’est l’histoire d’une famille qui n’a cessé de fuir l’antisémitisme et d’y être sans cesse confrontée. C’est à la fois tragique, romanesque, indispensable (pour ceux et celles qui ignoreraient comment l’administration et le gouvernement français s’est comporté et pas que pendant la guerre entre autres !). Sa portée est universelle car ce romain est rempli d’humanité et il m’a bouleversé.

Parmi les incontournables de la rentrée littéraire 2021, je vous conseille sans hésiter ce roman (et j’ai maintenant très envie de lire celui qu’Anne Berest a écrit avec sa soeur).

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