C'est un beau roman

A lire absolument : Le Journal de mon père de Jirô Taniguchi

Je pourrais vous faire croire que je suis une lectrice de Jirô Taniguchi depuis des années, que j’ai lu toute son œuvre et que du coup, j’ai été particulièrement touchée par sa disparition récente. La vérité est que par un des hasards de la vie, Jérémie du blog Tendre Jeudi m’a prêté récemment Le journal de mon père et que je n’avais même pas encore eu le temps de l’ouvrir que la nouvelle de la mort de cet auteur japonais est tombée.

J’ai lu il y a longtemps Quartier Lointain mais j’en garde un souvenir très vague (très lointain )) alors que Le Journal de mon père fera partie de ces livres qui m’ont marqué, qui résonnent en moi et que j’ai envie de partager avec ceux et celles qui me sont proches.

A plusieurs reprises sur ce blog, lorsque j’ai présenté des bandes dessinées, j’ai lu en commentaire « je ne connais rien à la BD » ou « je ne suis pas très branchée BD ». Même si j’en lis de temps en temps, j’ai moi-même peu de références mais il serait dommage de passer à côté de ce titre juste pour cette raison.

J’ai eu certainement conscience avec moins d’acuité qu’un connaisseur, de la révolution qu’a opéré Jiro Taniguchi dans l’univers du manga (d’ailleurs pour moi, ce n’est pas un manga). Le fait que l’auteur mêle intimement la culture japonaise et les codes narratifs et graphiques européens m’a probablement moins sauté aux yeux que si j’avais été biberonnée à la bande dessinée.

Ce qui m’a touché ce sont les thèmes que Jirô Taniguchi aborde dans Le Journal de mon père à savoir l’enfance, les souvenirs, le temps qui passe, son regard à la fois mélancolique, poétique, sensible et son universalité.

L’album s’ouvre sur l’annonce faite à un homme de la mort de son père, qu’il n’a pas revu depuis plus de  15 ans.  Cet homme retourne alors dans sa ville natale et à l’occasion de la veillée funéraire précédent l’enterrement replonge dans ses souvenirs. Il découvre peu à peu des facettes de son père qu’il ne soupçonnait pas et réalise qu’il s’est bâti au fil du temps une image paternelle très personnelle et éloignée de la « réalité » (si tant est qu’il y ait une seule réalité).

Le Journal de mon père montre l’incommunicabilité qui s’installe parfois entre deux personnes, combien on peut se tromper et passer toute une vie à côté de quelqu’un qu’on pensait connaitre. Il n’y a pas de rancœur dans le propos de Jirô Taniguchi qui s’est plongé dans sa propre histoire pour écrire cet album mais une volonté au contraire de faire la paix avec son passé.

J’ai aussi probablement été touchée par les sentiments contradictoires de ce petit garçon face à la séparation de ses parents, même si j’ai vécu cela à l’âge adulte.

Jirô Taniguchi a le talent ici d’aborder ce retour vers le passé et ses racines à la fois avec une grande pudeur et une extrême sensibilité. Devant le fait inexorable pour ce fils qu’il est désormais trop tard pour se « réconcilier » réellement avec celui dont il s’est éloigné, et que le temps « perdu » ne se rattrape pas, difficile de ne pas laisser couleur ses larmes comme coulent alors celles de ce personnage principal.

 

13 Comments

  1. Quartier Lointain fait partie des livres qui m’ont vraiment marquée il y a de ça pas mal d’années, ces thèmes me touchent également profondément et sans doute que ce serait encore plus le cas maintenant ( que je suis une vieille dame :-p ), il faut que je m’y replonge !
  2. Je suis ravi que ce livre t’ait plu! C’est aussi une oeuvre très forte pour moi, sur un plan personnel ou juste critique.
    C’est vrai que Taniguchi a un style narratif très européen, ça se retrouve dans beaucoup de ses BD. Faut dire qu’il travaillait souvent seul (je ne sais pas si c’était aussi le cas au début de sa carrière, il parle de ça dans Un Zoo en Hiver il me semble), et donc il n’était pas soumi au rythme effreiné du travail en studio que veut le manga.
    Et puis c’est aussi quelqu’un qui sait prendre son temps, qui sait poser une atmosphère, et surtout, comme tu l’as dit, il n’est jamais dans le jugement. Il nous laisse seulement ressentir les choses, et c’est vrai que ça fait un peu pleurer!
    D’ailleurs, c’est pas toi qui me disait qu’une BD ne pouvait pas te faire pleurer? :p
    • encore merci pour cette découverte !
      j’ai lu dans une interview qu’il avait été influencé par mal d’auteurs européens
      en tous cas cela me donne envie de lire d’autres albums de lui (et j’aurais mieux fait de me taire quant au fait qu’une BD ne pouvait pas me faire pleurer )
  3. J’ai lu Quartier Lointain hier soir.. Je crois que c’est le décès de son auteur et les billets que j’ai pu lire depuis qui m’ont poussée à le prendre à la médiathèque…
    Je lis très peu de mangas mais pas mal de BD (mon ainé par contre est fan de mangas… Il faudrait que je lui en emprunte, si ça se trouve, ça me plairait ! ). C’est vrai que les codes narratifs et graphiques sont plus proches de la BD occidentale dans Quartier Lointain.. mais c’est surtout le développement narratif qui m’a plu, tout en sensibilité.. Et le thème de Quartier Lointain semble rejoindre celui du Journal de mon Père…
  4. et pourtant, il est vrai que je ne suis pas très BD et que j’en lis peu, essentiellement des BD humoristiques d’ailleurs.
  5. Comme toi, Quartier Lointain ne m’a pas particulièrement marqué. J’ai aimé, mais sans coup de coeur. Je vais tout de même me lancer dans d’autres lectures, comme celle-ci, histoire de changer d’avis!
    • je me dis parfois que selon les moments de la vie on est plus ou moins réceptif (du coup je relirais bien Quartier Lointain )
      en tous cas si tu le lis, je serais curieuse de savoir si cela t’a plus plu que Quartier Lointain
  6. Ton article me donne envie de le lire. J’avais déjà lu une oeuvre de lui il me semble il y a un moment. J’aime la culture japonaise depuis petite et le sujet abordé dans Le Journal de mon Père me parle et me donne envie de le lire. Merci de ton avis !
  7. Pingback: 100% lyonnais : La Fabrique, Lyon BD Festival, Baguette à Bicyclette

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