La dernière séance

Her : Histoire d’amour et de solitude

her

Je ne suis pas très douée pour disséquer les films après les avoir vus, pour dire précisément ce que j’ai aimé ou pas. C’est plus une histoire de ressenti, est ce que cela m’a touché ? est ce que je suis rentrée de l’autre côté de l’écran ou suis-je restée dans mon fauteuil de ciné perturbée par les petits bruits de la salle ? Je n’ai rien lu sur le film Her pour en savoir le moins possible, j’avais juste regardé la bande annonce et j’étais assez intriguée par le postulat de départ, un homme qui tombe amoureux d’une voix dans son ordinateur. Je ne lis pas de science fiction, ce n’est pas non plus ma tasse de thé au cinéma, allais-je croire à cette histoire ? Il ne s’agit d’ailleurs pas d’un film de science fiction mais plutôt d’anticipation dans la mesure où il se passe dans un futur repérable par le spectateur par quelques nouveautés technologiques (qu’on devine dans la bande annonce).

Her, c’est Samantha cet OS, système d’exploitation ultra intelligent que le personnage principal Théodore Twombly installe sur son ordinateur et qui va bouleverser sa vie. Her a la voix de Scarlett Joahnson, une voix chaude, sexy, profonde qui donne corps à quelque chose qui pourtant n’en a pas.

Her, c’est peut-être aussi l’ex-femme de Théodore, évoquée lors de plusieurs flash-back émouvants et dans une très belle scène de retrouvailles à la table d’un restaurant lorsqu’ils se revoient après des mois et que les blessures sont encore à vif. Ressentiment, gêne, amour et haine, tellement de choses se disent dans leurs attitudes, leur regard, leurs silences et leurs gestes au delà même des mots.

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Ne vous attendez pas à une comédie romantique, vous seriez déçu. J’ai vu dans Her, avant-tout, un film sur la solitude moderne (ou l’ultra-moderne solitude comme dirait Alain Souchon), cette solitude qu’on tente d’oublier en étant connecté en permanence à des écrans (ordinateur, jeux vidéos, téléphone portable) à défaut d’être connecté aux autres, cette solitude soulignée par les images  de cette ville tentaculaire qu’est Los Angeles et par le fait aussi que dans la plupart des scènes du film, le personnage principal est tout seul (dans son bureau, dehors, dans son appartement).  Je me suis demandée si Spike Jonze ne pointait pas parfois le ridicule de nos attitudes face à nos écrans montrant tous ces gens qui parlent seul à leur iphone et qui paraissent juste dingues.

Alors oui j’ai plongé dans cette histoire parce que Joaquin Phoenix est un acteur absolument génial dans ce film, il est très touchant sans jamais verser dans le mélodrame ou sans cabotiner (ce qu’on pourrait lui reprocher dans The Immigrants). J’ai plongé parce que même si cette relation entre un humain et une voix d’ordinateur est peu banale (je ne me suis pas posée la question de sa crédibilité une fois le film commencé ), on retrouve tous les questionnements liés à l’amour à travers cette histoire, à travers celle qui prend fin avec sa femme et aussi avec la rupture que vit la meilleure amie de Théodore. Les sentiments que le personnage principal ressent -excitation des débuts, panique face à l’idée de perdre la personne qu’on aime, joie, doutes…- sont les mêmes que dans une histoire réelle. J’ai plongé parce que j’ai trouvé que le film offrait de jolies trouvailles comme cette musique composée par Her et qui serait une photographie de leur couple.

Le film dit aussi très justement ces reproches qu’on peut faire à l’autre dans une relation et qui, mis bout à bout, finissent par saper l’amour, ces choses que l’on ressasse et sur lesquelles on n’arrive pas à tirer un trait, cette vulnérabilité face à l’autre et peut-être aussi cette façon de se protéger à travers des relations virtuelles avec l’illusion qu’elles, au moins, ne nous décevraient jamais, seraient toujours à la hauteur de nos attentes sans qu’on ait besoin de se mettre à découvert.

her bis

Pas franchement gai autant prévenir, je l’espère pas réservé aux geeks (je ne suis pas geek) comme j’ai pu le lire, ce film est émouvant, poétique, sa bande son est envoûtante, bref je penserai et repenserai à Her pendant longtemps .

 

crédit photos : Wild Bunch distribution

10 Comments

  1. J’imagine que « Her » repose en grande partie sur les épaules de Joaquin Phoenix… Je suis très tentée par ce film qui traite manifestement avec beaucoup de finesse le thème de la solitude, du rapport à l’autre.

  2. J’étais intriguée par ce film depuis que tu en as parlé sur IG, sans prendre le temps de me renseigner d’avantage. Ton billet m’a donné très très envie de le voir, c’est une très jolie « critique » que tu fais là!

  3. Avec toutes ces bonnes critiques que je lis ici et là, il va falloir que je trouve une salle qui le passe près de chez moi! 😉

  4. Je l’ai vu le jour de sa sortie et j’ai bien aimé ce film, oui. J’aime la façon dont tu analyses ce film, toutes ces questions (sur la solitude, l’amour…) qu’on devrait se poser en sortant de la salle.
    Bonne Journée!

  5. j’ai entendu la bande annonce sur France Info et la critique, ça m’avait l’air bien ! A demain ! bizzz

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