C'est un beau roman

Patients de Grand Corps Malade

Un jour Fabien a sauté d’un plongeoir dans une piscine, il n’y avait pas assez d’eau, ça sonne comme un gag mais visiblement ce genre d’accident arrive assez souvent,  son crâne a heurté le fond et sa colonne vertébrale a été endommagée. C’est dans l’ambulance qui le transfère d’un service de réanimation à un centre de rééducation pour tétraplégiques, paraplégiques, traumatisés crâniens et grands brûlés (ambiance) que commence le livre Patients.

Il devient un patient parmi d’autres et patient il faut aussi l’être pour accepter de progresser lentement, de recommencer certaines choses à zéro quand on a « la chance » de retrouver une partie de sa mobilité alors que les médecins avaient diagnostiqué qu’il ne remarcherait jamais.

Comme vous pouvez vous en doutez ce n’est pas la lecture la plus drôle de l’année ni forcément la plus « ambiance de Noël ». Pourtant le ton n’est jamais dans l’apitoiement et l’humour pointe ici et là. N’empêche qu’en lisant le quotidien de tous ces patients, on n’a plus trop envie de prendre sa voiture (déjà que j’étais pas fan), on est hyper attentif en traversant la route et on interdit dix ans à l’avance à son fils de conduire ou de monter sur un scooter )

Quand on a 20 ans et qu’on se retrouve cloué sur un lit puis sur un fauteuil alors qu’on était un grand sportif, qu’est ce qui trotte dans la tête ? à cette question, Grand Corps Malade ne répond pas vraiment, il est dans l’acte, dans le geste suivant, dans le planning de sa journée sans projection parce que tout ce qui nous parait normal, ordinaire (se laver, s’habiller, changer de chaîne avec la télécommande, manger) devient effort, douleur parfois, fatigue. Est-ce le fait qu’il recouvre une partie de sa sensibilité qui lui procure cette force mentale ? est-ce le fait d’être entouré ? (même s’il l’évoque seulement) A sa place, on se voit sombrer, lui il lutte avec les mots, avec un optimiste qu’on sent chevillé au corps, avec une poésie qui contrebalance des détails parfois crus du quotidien.

Finalement Grand Corps Malade parle moins de lui que des autres patients, ceux qu’il croise, ceux dont il livre un bout d’histoire (toujours assez dramatique), ceux avec qui ils tissent des liens plus forts et qui l’aident à supporter cet enfermement lié à l’absence de liberté de mouvement. Grand Corps Malade parle moins de lui que du corps médical, aide-soignants, infirmières, ergothérapeute, kiné, psy ou médecin.

Le livre Patients s’arrête à sa sortie du centre de rééducation ou presque sans qu’on sache quel cheminement intérieur l’a conduit à l’écriture, au slam.

Au delà de sa trajectoire personnelle, au delà du récit qui explique pourquoi il a choisi le nom de scène Grand Corps Malade,  c’est notre regard sur le handicap que Fabien nous invite à interroger. Voir l’être humain dans sa complexité avant le fauteuil …pas si évident que cela ne parait.

(livre lu dans le cadre du challenge 1% de la rentrée littéraire 2012)

16 Comments

  1. J’ai adoré son premier album « Midi 20 », sa délicatesse et son humour. Son livre est sûrement passionnant !
  2. Je ne me serais pas forcément intéressée à ce livre, mais ton billet pourrait me faire changer d’avis..
    • pareil je n’aurais pas été spontanément vers ce livre mais finalement je n’ai pas regretté de l’avoir ouvert
  3. Ca a l’air bien comme livre! Mais c’est le genre de lecture que j’évite, parce que déjà que je suis une grande flippée de la vie, si je lis ce genre de chose, je ne sors plus de chez moi et j’enferme mes filles aussi…
  4. A la lecture de ta critique on a vraiment l’impression qu’il ne parle pas de lui, surtout pas en tant que Grand corps malade, le mec qui slam. Mais on est plutôt dans l’ambiance de l’hôpital …
    Ce type de lecture m’intéresse tjs même si j’ai l’impression de pratiquer le voyeurisme …
  5. wonderklervi Reply
    J’ai bien envie de lire ce livre ! J’avais aussi beaucoup aimé son premier album « midi 20 », et j’avais envie d’en savoir plus sur lui… Même s’il ne parle pas forcément beaucoup de lui-même, j’ai envie de connaître son histoire. J’ai vécu la même chose à bien plus petite échelle (pied cassé, mobilité perdue, douleur pendant 5 ans, fauteuil parfois…) et le regard des gens est tellement important. Il change du tout au tout.
    L’optimisme dont tu parles est la seule chose qui peut alors rendre ce monde plus acceptable. Et beau, parfois.
    • il parle quand même un peu de lui forcément mais ce n’est pas autocentré…j’ai aussi connu ça le regard des autres lourd ne serait ce que parce que mes enfants ont marché très tard sans qu’on sache vraiment pourquoi, ça m’a donne un tout petit aperçu déjà
  6. Vraiment très sympa ce livre ! Franchement, lisez-le ! Une belle leçon je trouve, ça fait assez bien relativiser certaines choses ! 🙂
  7. Pingback: Les corps brisés : un thriller de série noire signé Elsa Marpeau

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