Coup de coeur pour Burn de Peter Heller

J’ai lu plusieurs romans de Peter Heller ( Le guide, Céline , la Pommeraie, la rivière) mais pas La constellation du chien, or avec Burn, Peter Heller renoue avec sa veine apocalyptique.

Alors de quoi ça parle, Burn ?

Deux amis, Story et Jess, sont partis randonner dans le Maine et lorsque le roman commence, ils arrivent dans un village où ils trouvent quatre cadavres calcinés et des ruines. Ils n’ont pas de réseau et plus d’essence. Alors qu’ils essaient de trouver un véhicule pour rentrer chez eux, ils se rendent compte peu à peu qu’ils sont dans le sillon d’une catastrophe sans savoir laquelle. Ils imaginent :

L’état avait dressé la côte très peuplée contre l’intérieur plus désert, les îles contre les ports, les iles contre d’autres îles, Dow East contre Portland. Comté contre comté et ville contre ville. Les irréductibles Mainers contre Gens d’ailleurs.

Retrouver la plume de Peter Heller

J’ai retrouvé ce que j’aime dans la plume de Peter Heller (merveilleusement traduite par Céline Leroy) : sa grande connaissance de la flore et de la faune du Maine et sa capacité à exprimer toutes les sensations liées à la nature.

Il huma la légère odeur anisée des solidages et l’âcreté ronde de la carotte sauvage. Il avait si souvent senti cette association de parfums au début de l’automne qu’il pouvait presque fermer les yeux et être renvoyé à une autre année dans une autre prairie.

L’écrivain a aussi le talent de raconter avec justesse et force les petits instants du quotidien comme ce festin que font Storey et Jess après avoir trouvé des provisions sur un bateau.

Non seulement Peter Heller sait écrire sur la nature mais il est aussi très fort pour se plonger dans les méandres de l’âme humaine (c’est une des raisons pour laquelle je ressens un si grand plaisir de lecture à chacun de ses romans). Au fur et à mesure des pages, l’inquiétude de Storey grandit. Il ne peut pas joindre ses proches pour leur donner des nouvelles et il sait combien son silence est susceptible de susciter l’inquiétude d’une de ses filles et la plonger dans une nouvelle crise d’anorexie.

Les deux personnages arrivent dans des endroits où tout a été détruit, brûlé peu de temps avant mais ils n’en savent toujours pas plus sur les circonstances et l’écrivain sait exactement comment ménager le suspense :

On ne sait pas qui sont ces gens. Avec ou contre qui ils sont. Pour ou contre quoi.

Une autre chose que j’ai trouvé très réussi dans Burn ce sont les passages consacrés à l’enfance, à la famille et aux liens qui unissent Storey et Jess. L’histoire prend un nouveau tournant quand ils découvrent à bord d’un bateau, une petite fille qui a survécu.

Navigant entre action et introspection, entre présent et flashbacks, entre rebondissements et moments contemplatifs, Peter Heller signe un nouveau roman tout en subtilité sur l’amitié, les non-dits et les secrets. Burn est sombre (en toile de fond l’Amérique se déchire et s’entretue) mais la présence de la petite fille et la force de la relation entre les deux amis est comme un signe d’espoir et de volonté de croire encore en l’humanité .

Burn, Peter Heller (traduction, Céline Leroy), Actes Sud, 313p.

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