C'est un beau roman

La vie joue avec moi : le dernier roman de David Grossman

J’ai abordé l’univers de David Grossman à l’envers, si tenté qu’il y ait un envers et un endroit. Le premier livre de sa main que j’ai lu ce n’est pas un roman mais une série d’interventions, discours, tribunes parus chez Point et intitulée « Dans la maison de la liberté« . Lui qui a perdu un fils lors du conflit israélo-palestinien, n’a de cesse de défendre la paix et je n’ai pas pu m’empêcher de penser au très beau livre Apeirogon (le livre le plus surprenant et marquant pour moi de 2020). J’ai trouvé chaque texte stimulant (il nous interroge beaucoup sur notre responsabilité individuelle), brillant, intelligent et j’ai alors retiré de ma pile de livres à lire, La vie joue avec moi, son dernier roman.

Au début j’avoue avoir été un peu paumée entre ces trois femmes et leur histoire respective : Véra, sa fille Nina et sa petite fille Guili. Je n’ai pas compris tout de suite pourquoi elles semblaient si liées et à la fois si déchirées, si animées par des sentiments contradictoires. Pour moi, le roman a pris un véritable tournant quand ces trois femmes partent sur les terres natales de Véra, la Croatie et sur l’île de Goli Otok.

A travers l’histoire de Véra, j’ai découvert cette île-goulag où Tito a envoyé tous ceux qu’ils soupçonnaient n’être pas de « bons camarades », ceux qu’il pensait être des partisans de Staline, lui même ayant créé sa propre idéologie communiste et faisant partie des pays non alignés. Comme dans toute dictature (il se fit élire président à vie !), il en profita pour écarter tous ceux qui auraient pu lui faire de l’ombre ou prendre trop de place.

Le talent de David Grossman (et de son traducteur Jean-Luc Allouche) est de nous offrir une intrigue dont l’intensité et l’émotion vont crescendo. A partir de la moitié du livre, je n’ai plus réussi à le lâcher, happée par les révélations de Véra, par ses choix impossibles et les répercutions qu’ils ont eu sur sa fille et sa petite fille.

Non seulement La vie joue avec moi nous offre trois portraits de femmes saisissants et complexes mais il dissèque avec justesse et sans concession les relations mère-fille. Il dit aussi le poids de l’histoire familiale et de ses silences souvent lourds de conséquences.

Quand j’ai appris que le personnage de Vera a été inspiré par Eva Panic Nahir, femme célèbre et admirée en Yougoslovie qui a vécu les horreurs de Goli Otok, cela a donné une épaisseur supplémentaire à ce très beau roman.

Dans ma bibliothèque, du même auteur, m’attend Une femme fuyant l’annonce. J’en ai jusque là, repoussé la lecture, un peu « découragée » par son épaisseur mais j’ai maintenant hâte de me plonger dedans !

Et vous, vous avez déjà lu des romans de David Grossman ?

3 Comments

  1. Je n’ai rien lu de cet auteur, mais vous me donnez envie de lire ce livre.
    Je suis en train de finir Arpeirogon, j’aime beaucoup.
    • première fois aussi que je lis cet auteur (en dehors du petit recueils de ses interventions pour la paix). Je suis contente qu’Apeirogon vous plaise !
  2. Pingback: L'année 2020 en lectures - Chroniques d'une Chocoladdict

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