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2018 : une année particulièrement « livres »

J’ai déjà plus ou moins « élu » les livres qui m’ont le plus marqué cette année dans une sélection de livres à offrir pour les fêtes alors pas de nouveau best of, ni de reprise de tous les livres lus mais un retour sur une année où les livres ont eu plus d’importance pour au moins 3 raisons.

D’abord j’ai créé un compte Instagram, bookaddictlyonnaise, dédié aux livres fin avril et j’ai découvert une communauté très active, réactive, engagée, bienveillante, avec des textes longs, de l’imagination, de la créativité et le même goût de la lecture. Pour une fois je ne me suis pas posée la question de ma légitimité. J’ai toujours aimé partager mes lectures (quand je bossais en bibliothèque, sur le blog, dans la vraie vie), j’ai découvert une autre façon de le faire, plus synthétique, pas en remplacement du blog mais en complément (ou peut être pas, selon les destinataires).

Ensuite j’ai envoyé ma candidature pour faire partie du jury du Grand Prix des lectrices Elle 2019 et j’ai eu la chance d’être retenue. Depuis fin août, je reçois chaque mois dans ma boîte aux lettres des romans, des polars, des documents que je lis, note et commente. Cela m’a permis de m’aventurer hors de la fiction, d’aller vers des auteurs que je n’aurais pas forcément choisi, d’échanger autour de tel ou tel roman et d’avoir un énorme coup de coeur.

Cela a boosté mon rythme de lecture : je n’ai noté les titres des livres lus que très sérieusement à partir du mois de septembre mais j’évalue à un peu plus de 80, le nombre de romans, bd, beaux livres, documents, albums lus en 2018.

Enfin en tant que freelance, j’ai eu l’opportunité d’accompagner une bibliothèque dans la prise en main et le lancement d’un compte Instagram. Cela a été l’occasion d’analyser la manière dont les différents acteurs du livre se sont appropriés cet outil, comment ils l’utilisent. J’ai pris autant de plaisir à construire ma formation qu’à la donner et à échanger. Ce retour en bibliothèque par le biais de la formation a été très stimulant et gratifiant.

Et puis en vrac les livres ont « changé » ma vie ainsi :

-j’ai acheté un cahier spécial où je note toutes mes impressions de lecture, quelques citations (il est presque fini car je gribouille beaucoup, ça part dans tous les sens !)

-même quand un livre me tombe des mains, si je dois le lire pour le jury, je ne l’abandonne pas

-je me suis offert bien plus de voyages que mes moyens financiers ne me le permettent : Guadeloupe, Italie, Islande, Corse, New York, Algérie, Suède, Finlande…

-j’ai développé un petit côté « amie des bêtes  » (qui a concordé avec l’arrivée d’un chat chez moi) avec La vie secrète des animaux, Chats ce qu’ils essaient de nous dire, Panda Love

-je me suis glissée dans la peau d’une actrice, d’un flic, d’un comte, d’une inspectrice du guide Michelin, de femmes particulièrement culottées, d’un prisonnier à Guantanamo, d’une jeune femme en Arabie Saoudite….

-j’ai été accro au dernier tome de l‘Arabe du futur de Riad Sattouf comme si je regardais une série dont je n’arrivais pas à décoller (ou l’art d’agencer les bulles, les textes pour qu’on ait envie de connaitre la suite ….si vous avez une BD à lire en 2019 c’est celle là !)

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✴️SECRET DE FAMILLE✴️ J’ai fini hier soir le tome 4 de l’Arabe du futur, j’ai essayé de faire durer sa lecture autant que possible et après avoir lu la dernière page, j’aimerais déjà connaître la suite. C’est un des talents de Riad Sattouf : rendre le récit de sa jeunesse au Moyen-Orient aussi addictive qu’une très bonne série. 💪Le super pouvoir de l’Arabe du futur tome 4 💪 Sa dimension dramatique encore plus forte que précédemment, sa densité, sa façon de faire évoluer les personnages (le père et la mère) à travers le regard de l’auteur enfant, l’éclairage que ce titre apporte sur l’œuvre du dessinateur (les beaux gosses, retour au collège), son humour toujours présent, sa chute terrible. Ce tome dit aussi très bien cette jeunesse partagée entre Syrie et Bretagne (cela aurait été si tentant de se dire que le pire était en Syrie mais la violence envers la différence est tout aussi présente en France), cette double culture, pas simple pour construire son identité. Et puis il y a ce coup de théâtre final qui laisse sans voix. Bref Riad Sattouf fait définitivement partie de mes auteurs préférés de bande dessinée. Lisez-le !! ✴️✴️ #bookstagram #bookish #booklover #reading #lire #lecture #lecturedumoment #livrestagram #romangraphique #riadsattouf #bandedessinee #lyon #blog

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-j’ai vibré à d’autres histoires d’amour (le jour où cela n’arrive plus, achevez-moi ) de Mon désir le plus ardent à Asta en passant par la révolution de l’amour et Nos souvenirs sont des fragments de rêve

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🌹LES JEUX DE L’AMOUR ET DU CLAVIER 🌹 L’amour serait devenu un objet de consommation comme un autre, vite consumé et jeté. Les mots d’amour seraient ringards et les lettres enflammées seraient d’un autre temps. En ouvrant Amours Solitaires j ai pensé au film récent Mlle de Joncquieres. Deux époques très éloignées, deux modes d’expression aussi mais les mêmes jeux de séduction, le même goût des mots, le même amour de l’amour (et le même plaisir à écouter ou lire cela pour moi). 🌹 Pas de lol, ni de mdr dans cette histoire d’amour que l’on suit de ses débuts par échange de SMS. Pas de honte à s’ exprimer avec passion et même emphase parfois. 🌹 Cette histoire constituée de centaines de messages je l’ai lue tout doucement, jamais plus d’un chapitre par soir car le plaisir est dans l’attente et j’avais envie de suivre le rythme de ces 2 cœurs, 2 corps qui ont pris leur temps. Entre les mots, les doutes, les questionnements, le désir, le plaisir, la chaleur, la peur, le sentiment amoureux qui grandit, la sensation d’être vivant enfin, la blessure… Tout sauf l’indifférence. 🌹 L’epistolaire 2.0 existe bel et bien, ce livre en est la preuve et le compte @amourssolitaires aussi. Cyniques et moqueurs s’abstenir. 🌹 #love #amour #epistolaire #2.0 #bookstagram #bookish #booklover #reading #lire #rl2018 #lecturedumoment #lyon #lyonnaise #blog

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-j’ai vécu dans un monde apocalyptique avec Dans la forêt

-J’ai parfois détourné les yeux devant les mots de My absolute darling

-j’essaie d’être un peu plus « amie avec moi même » après avoir lu Help, un livre drôle sur le développement personnel

-j’ai écouté Philippe Jaenada parler fiction à Quais du Polar et je l’ai trouvé aussi drôle et passionnant que ses livres

2019 sera je l’espère l’occasion de nouvelles recontres, avec des auteurs et des lecteurs/lectrices et j’en suis sûre de nouvelles piles à lire qui diminuent puis augmentent à nouveau !

Avec toutes mes sympathies : ce frère qu’elle adorait

Je lis ses papiers depuis de nombreuses années,  je suis tombée quelquefois sur ses chroniques sur France 2, je l’ai écouté dans L’émission Le masque et la plume, alors c’est la voix d’Olivia de Lamberterie qui m’a lu Avec toutes mes sympathies.  Ce livre sera associé à jamais à St Malo, à cette chambre comme une alcôve dans une location de vacances,  aux cris des goélands par la fenêtre et à l’impression que l’auteur était dans la même pièce que moi.

Je lis comme je respire, j’ai mes rituels, je commence par la page 66 pour voir si l’ouvrage en vaut la peine puis je dévore. J’adore cette existence parallèle, cette réalité augmentée.

C’est une tarte à la crème d’écrire que les livres ont une grande importance pour Olivia de Lamberterie, pourtant jusqu’à présent elle n’était que d’un seul côté, celui du lecteur. Est ce paralysant de prendre la plume quand son métier est de lire les plus grands auteurs ?  Ou est ce qu’il faut avoir vécu un « drame » pour que la nécessité d’écrire soit si impérieuse qu’on ne puisse faire autrement ? Je me souviens de Paul Auster dans l’émission La grande librairie racontant combien il a été marqué par ce camarade de classe foudroyé devant lui, je me souviens de l’interview très riche de John Irving dans America expliquant pourquoi certains thèmes sont centraux dans son oeuvre. Olivia de Lamberterie, elle, à la mort de son frère Alex, a vu son rapport au livre changer : incapable soudain de lire quoique ce soit, elle a été saisie du besoin d’écrire. Pour tenir une promesse comme elle explique, pour continuer à faire vivre celui dont elle était si proche, Avec toutes mes sympathies a vu le jour.

Je n’ai pas de frère, je n’ai pas perdu de sœur pourtant en lisant Avec toutes mes sympathies, j’avais un frère et il est mort. Je suis peut être un peu plus empathique que d’autres personnes mais un livre réussi n’est ce pas avant tout savoir rendre universel un drame pourtant très personnel ?

Olivia de Lamberterie exprime avec justesse cette impuissance face à une maladie assez proche de la bipolarité (j’ai pensé forcément à L’autre qu’on adorait de Catherine Cusset d’où mon titre). Ce frère brillant a « objectivement » tout pour être heureux mais il sombre dans la dépression dont les racines semblent être familiales (plusieurs cas de suicides sur plusieurs générations) et l’amour de ses proches, aussi grand soit-il, ne suffit pas à lui maintenir la tête hors de l’eau.

Olivia de Lamberterie met aussi le doigt sur quelque chose que j’ai ressenti lors d’un événement triste dans ma vie (même si beaucoup moins grave que la perte d’un être cher) : je trouvais insupportable les mots des gens qui se voulaient réconfortants avec des phrases toutes prêtes (le fameux « c’est la vie » et son cortège). Je n’acceptais d’entendre que celles qui étaient passées par la même épreuve que moi et elles, seules pouvaient , à mes yeux, me comprendre.

Dans Avec toutes mes sympathies, Olivia de Lamberterie parle de son milieu bourgeois (avec humour et en l’égratignant parfois ), de ses souvenirs d’enfance, de son quotidien en tant que responsable de la rubrique livres de Elle (elle évoque aussi ses débuts de manière touchante), de son amour des livres, de Montréal (cela donne franchement envie d’y aller …en évitant d’y être malade). J’ai aimé pousser chaque porte de son univers et ce beau portrait d’un frère surdoué, drôle, sensible, créatif, torturé, chéri et admiré.

Un rien m’entame, un rien m’enchante, ai-je coutume de dire. La bonne blague, tout m’entame. Ma tête est folle et pleine d’effroi. Dans une interview pour le New York Times, Emmanuel Carrière affirme qu’on ne doit écrire que les histoires que personne d’autre ne pourrait écrire. Ce legs immatériel que tu m’as laissé vaut de l’or. Ce truc si important pour moi, oser, moi douteuse de tout et d’abord de moi-même. Ce livre qui n’aurait jamais dû exister, puisque que tu n’aurais jamais dû mourir.

Je sens grandir ma peur : le thriller impossible à lâcher

J’ai ouvert Je sens grandir ma peur, sans en avoir entendu parlé, sans connaitre l’histoire (et d’ailleurs ne lisez pas la 4ème de couverture, il y a un élément que je considère comme un indice et c’est bien dommage). En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire j’étais dans une voiture sur une route de campagne américaine enneigée. La main posée sur le volant (qui apparait sur la couverture) c’était celle de Jack, le petit ami de celle, assise côté conducteur et qui était  la narratrice.

Ce jeune couple se parlait de temps en temps mais le tableau m’a vite semblé peu idyllique : d’abord elle avait en tête de le quitter et cherchait le bon moment, la bonne façon de lui annoncer et puis elle n’était pas franchement dans son assiette, harcelée par d’incessants appels provenant de son propre numéro.

Entre deux souvenirs liés à leur couple (la rencontre, les premières fois, les petites habitudes de l’autre…), la peur grandit chez la jeune femme (cette peur ne cessera d’être alimentée par la suite des événements) et si vous êtes un lecteur./une lectrice qui se laisse embarquer par les histoires qu’on lui raconte du moment qu’il n’y ait pas d’incohérences ou qu’elles ne soient pas trop visibles, et du moment surtout que le style fasse mouche, alors cette peur vous la sentez aussi grandir en vous.

Pas d’avalanche de meurtres, pas de description morbides, pas de scènes sanglantes mais un malaise diffus s’installe et s’intensifie jusqu’à la scène finale.

crédit photo : D.R.

En bref, 3 raisons de lire Je sens grandir ma peur :

  • Les dialogues entre ce couple et les monologues intérieurs de la narratrice nourrissent une réflexion riche sur le couple.
  • Ian Reid m’a manipulé avec habilité. J’ai émis plein d’hypothèses au fur et à mesure de ma lecture jusqu’au twist final qui éclaire tout depuis le début de l’histoire (je n’ai pas pu m’empêcher de relire certains passages à la lumière de cette révélation et alors tout s’explique !)
  • Je sens grandir ma peur n’est pas « vendu » comme un page turner, pourtant une fois que j’ai commencé à le lire, je voulais absolument connaitre la suite, je voulais avoir la réponse à la liste de questions qui grandissait. Résultat je ne l’ai plus lâché !

Je sens grandir ma peur, Ian Reid, Presses de la Cité. 

NB : Ian Reid sera présent au Festival littéraire America (auquel j’irai si j’habitais à Paris !)

je sens grandir ma peur

La prochaine fois je vous parle d’une histoire d’amour décrite comme inoubliable …et qui l’est vraiment !

Et vous, avec ou sans thriller votre été ? 

 

Dernières lectures : De Naples à Guantanamo

Si je devais placer une tête d’épingle sur tous les endroits où j’ai pu « aller » grâce aux livres, je crois que je serais une super globe-trotteuse. Ainsi grâce à ma dernière lecture, j’ai été télétransportée en Italie à Naples puis en Arabie Saoudite et à Cuba.

L’enfant perdue d’Elena Ferrante

J’ai attendu longtemps avant d’ouvrir le dernier tome de la saga italienne d’Elena Ferrante comme pour reculer le moment où je dirais au revoir à Lila, Lenu et tous ceux dont je suis la vie depuis l’enfance et l’Amie prodigieuse.  Comme à chaque fois, les premières pages j’en ai un peu de mal à me retrouver dans les différentes familles et puis j’ai été de nouveau transportée à Naples.

On retrouve dans ce dernier tome la violence de la société, la violence du quartier, la violence d’une époque mais aussi la violence qui anime les personnages d’Elena Ferrante et qui se traduit par une écriture jamais tiède. On retrouve aussi cette ambiguïté dans les relations entre Lila et Elena (entre fascination et répulsion, amour et haine, admiration et déception) et aussi au sein même des personnages. J’aime particulièrement la façon dont l’auteure nous parle de ces deux femmes devenant mères à nouveau, aimant à la fois leurs enfants et prêtes à tout pour eux mais les fuyant quand l’occasion se présente pour exister en tant que femmes et se comportant de manière parfois « irresponsable ».

Cette ambivalence se retrouve sur bien des points et c’est pour moi une des grandes forces de cette saga. Et puis il est question d’amour, de fidélité et d’infidélité, de tremblement de terre, de vieillesse et de maladie, de corruption, de racines, de tout ce qui constitue la condition humaine !

Elena Ferrante nous embarque dans de nouveaux drames personnels et dans de nouvelles pages de l’histoire. Elle nous bouscule, émeut, questionne et même si j’ai ressenti une certaine tristesse en lisant le dernier mot de L’enfant perdu, la boucle est bouclée.

Guatanamo Kid

Mohammed El-Gorani n’a pas plus de 14 ans lorsqu’il quitte son pays natal, l’Arabie Saoudite, pour étudier l’anglais au Pakistan. Peu après les attentats du 11 septembre 2001, il est arrêté et transféré vers la base militaire américaine de Guantanamo Bay à Cuba. Il va passer 8 ans dans ce bagne où le droit n’a plus court, 8 ans jusqu’à ce que son innocence soit reconnue.

Vous vous dites peut-être que le pitch de départ de Guatanamo Kid est un peu exagéré sauf qu’il s’agit d’une histoire vraie et c’est d’autant plus glaçant. On note au passage que si Mohammed veut quitter son pays c’est parce qu’il est d’origine tchadienne et qu’il n’a, de ce fait, pas accès en premier à l’école, n’a pas le droit d’ouvrir un commerce et, même en vivant des années en Arabie Saoudite, est toujours vu comme un étranger.

En lisant Guatanamo Kid, j’ai bien-sûr pensé à S’enfuir, récit d’un otage de Guy Delisle car il est question dans les deux cas d’enfermement, de prison et de comment tenir quand on n’a peu d’espoir. Sauf que Mohammed n’est qu’un gamin et qu’il subit un traitement bien pire que cet otage. Torturé, battu, humilié, placé en isolement, Mohammed El-Gorani ne courbe pourtant jamais l’échine, ne manquant pas une occasion de mettre ses bourreaux face à leurs actes.

La guerre (car il s’agit bien d’une guerre après le 11 septembre) justifie-t-il d’oublier toute humanité ? la torture est-elle justifiable selon certaines situations ?

Mohammed El-Gorani finit pour être libéré mais sa vie n’est pas pour autant plus paisible comme nous le raconte l’auteur dans le texte  » La vie après Guantanamo » qui suit le roman graphique. Alors qu’il a été probablement vendu aux américains à qui il fallait des coupables, Mohammed porte toujours le soupçon d’avoir été un terroriste et fuit de pays en pays. Il porte, de plus, de nombreux séquelles physiques de ces mauvais traitements. J’espère qu’il finira par trouver (et avant d’être tout à fait usé)  une vraie terre d’accueil.

Et vous, dans quel endroit avez-vous voyagé dernièrement grâce aux livres ?

Rencontre amoureuse et enfer conjugal par Philippe Jaenada

Nefertiti dans un champ de canne à sucre et Le cosmonaute faisaient partie de mes 5 prochaines lectures et comme une bonne élève, malgré la tentation d’aller piocher ailleurs, j’ai lu les 2 poches de Philippe Jaenada achetés lors de Quais du Polar. Ils ont tous les deux pour thème, le couple (avec on imagine une part autobiographique) et se suivent même si on peut lire l’un sans l’autre.

Il est donc question dans Nefertiti dans un champ de canne à sucre, de Titus rencontrant Olive et comme à chaque fois que j’ai eu un livre de Philippe Jaenada entre les mains, j’ai ri. Ce n’est pas l’histoire d’amour qui m’a fait rire (ce n’est pas sensé être hilarant ce genre de choses) mais plutôt tous les tracas qui arrivent au narrateur, toutes ces choses quotidiennes qu’on a tous vécues un jour, qui sont banales, qui ne nous amusent pas du tout sur le coup, qui sont même parfois anxiogènes mais que l’écrivain, par sa plume, arrivent à rendre amusantes.

Ainsi la prochaine fois que j’aurais une analyse d’urine à effectuer, la prochaine fois que j’aurais un rdv chez le médecin ou la prochaine fois que je me retrouverais sur le siège d’un dentiste (en espérant que ce ne soit pas le boucher décrit dans Néfertiti), je penserais forcément à Philippe Jaenada :

Pendant ving-quatre heures, je dois pisser dans des bouteilles en plastique (« Evian, Vittel, comme vous voulez… ») et tout lui rapporter.
-Même s’il y a trois ou quatre litres, me dit-elle. Je veux tout.
[…]
Le jour suivant, je lui apporte tête basse mes deux bouteilles pleines : si je déposais sur le comptoir du laboratoire mes déficiences, mes erreurs et mes doutes gluants et puants sur du papier journal, ce serait pareil. Tenez, voilà ce que je suis : ma pisse jaune et mousseuse. Je n’ose pas la regarder en face, mais elle me dit :
-Vous savez, il ne faut pas vous sentir gêné. On a tous les jours des vieux qui nous apportent leur pisse, c’est mal bouché parce qu’ils n’ont pas de force, souvent ça dégouline et on s’en fout plein les mains. Vous, au moins, le bouchon est bien vissé.
Ah, je ne suis pas au fond du trou. Il y a pire que moi : les vieillards qui en foutent partout.

Et notre couple ? Titus et Olive c’est un peu l’Empire des sens sans le raffinement asiatique, l’amour charnel jusqu’à la destruction. On a affaire à deux adultes consentants mais à côté 50 nuances de grey c’est un peu Martine petite maman, non pas que les scènes soient particulièrement crues (quoique l’auteur ne lésine pas sur les détails) mais parce qu’Olive apparait -en tous cas à mes yeux- particulièrement maso (un peu comme les runners de mon quartier qui se tapent la montée d’escaliers la plus longue de la Croix Rousse à la montée et à la descente 10 fois de suite, juste pour le plaisir de souffrir …ça m’échappe !).

le cosmonaute Cette femme, assez timbrée de l’aveu même de l’auteur, ne s’appelle plus Olive dans Le cosmonaute mais Pimprenelle, Titus est devenu Hector, ils ne se sont pas rencontrés dans un bar mais dans la forêt allemande lors d’un mariage, toujours est il qu’on comprend qu’il s’agit bien des mêmes personnages, quelques années plus tard.

Le roman débute dans une maternité pendant l’accouchement de Pimprenelle et l’auteur, qui , a écrit des papiers pour le journal Privé (des faits divers particulièrement sanglants) sait parfaitement comment installer le suspense dans un roman qui n’est pas un thriller, créer une atmosphère de plus en plus irrespirable, mettre son lecteur sous pression.

Si j’ai préféré Le cosmonaute à Néfertiti dans Un champ de canne à sucre, c’est peut être parce que la grossesse et l’accouchement sont vus par les yeux d’un homme et cela m’a permis de comprendre avec justesse combien les hommes peuvent se sentir impuissants alors qu’on souffre (oui la plupart du temps, on douille désolée !) sur la table de travail.

Je n’existe plus pour Pimprenelle qui accouche. C’est triste et déconcertant, car cela ne correspond pas du tout à ce qu’on voit au cinéma et à la télé (où le mari fait corps avec sa femme, elle s’agrippe à son bras, plante ses ongles et serre si fort que comme elle il grimace de douleur (mais c’est de la bonne douleur, je t’aime), leurs regards sont soudés, leurs yeux rivés par des flux intenses d’électricité amoureuse, ils transpirent ensemble, crient ensemble, tous leurs muscles se crispent ensemble, exactement comme s’ils étaient en train de baiser (mais pas du tout), c’est l’harmonie parfaite, c’est la passion dont tout le monde parle, et l’homme joue le plus grand rôle de sa vie, vas-y ma chérie, pousse, pousse, oui mon ange, pousse, pousse, pousse, tu es formidable, oui, pousse, POUSSE ! -parfois, malgré la torture et l’angoisse, dans le masque de souffrance que chacun arbore se dessine un sourire complice, timide et incrédule). Nous, c’est moins spectaculaire : elle ne m’a pas regardé une fois depuis que l’accoucheur a commencé son travail d’extraction, elle a la tête tournée vers madame Bouteille et s’agrippe désespérément à son bras. Leurs regards sont rivés l’un à l’autre. Je me sens un peu à l’écart, encombrant, seul.

Le cosmonaute est aussi une « formidable » description de l’enfer que peut devenir le couple (encore une fois à mes yeux, tout dépend peut être si on est épris de liberté ou pas mais moi j’étouffais en lisant la deuxième partie du roman), Pimprenelle devenant particulièrement timbrée du ménage et de l’ordre une fois maman (c’est -je l’espère-très exagéré ).

Forcément j’ai refermé Le cosmonaute en me demandant ce qu’était la part autobiographique dans tout cela, l’auteur ayant bien un fils dans la vraie vie et si Pimprenelle qui lui mène la vie dure (euphémisme) était toujours celle qui partageait sa vie.

Mes 5 prochaines lectures

Je me demande si le fait de partager, ici, mes 5 prochaines lectures, n’est pas un moyen de m’y tenir (du style je l’ai écrit, c’est quasi une promesse) ou peut être un moyen de m’arrêter à un choix quand  j’aimerais pouvoir passer mon temps à lire, quand je voudrais lire plus, plus souvent mais que le quotidien contrarie mes envies.

L’enfant perdue, le dernier volet de l’amie prodigieuse d’Elena Ferrante

Pendant ces vacances de printemps, je devais être pour quelques jours en Italie. Train annulé, voyage aussi. J’aurais bien changé d’air mais à défaut de glaces crémeuses comme on n’en trouve pas en France, de grandes places et d’accent chantant, j’ai mis en haut de la pile de mes prochaines lectures, le dernier volet des aventures de l’amie prodigieuse, L’enfant perdu. J’ai hâte de retrouver Elena et Lila, l’ambiance de Naples et tous les ingrédients de cette saga italienne même si j’ai un peu peur d’avoir oublié qui est qui (et dès que je l’ai fini Estelle, je te le passe ).

Si vous n’avez pas lu les volets précédents, j’ai parlé de L’amie prodigieuse et Le nouveau nom sur le blog.

Le cosmonaute et Nerfititi….de Philippe Jaenada

Dimanche dernier, j’étais en train de flâner dans les allées de la grande librairie installée dans le palais de la Bourse à l’occasion de Quais du Polar, quand j’apprends que dans 5 minutes, Philippe Jaenada sera présent sur un des stands pour faire dédicacer ses livres. Or c’est un de mes écrivains préférés. Peu d’auteurs me procurent un tel plaisir de lecture et je crois que j’ai compris pourquoi après avoir écouté Philippe Jaenada lors d’une conférence de Quais du polar. En dehors de l’intrigue du roman, il créée une véritable connivence avec le lecteur, il s’adresse quasi directement à lui. Peu d’auteurs ont pour moi un style aussi immédiatement reconnaissable, un sens de la digression aussi drôle.

J’ai dévoré ces 3 derniers livres : La petite femelle, Sulak et La serpe, j’ai appris plein de choses sans jamais m’ennuyer et quand on a l’impression en refermant un livre, d’être un tout petit plus intelligent, c’est forcément valorisant.

Bref me voici, quasi seule (je suis arrivée pile à la bonne heure,) devant ses livres et avant qu’il n’arrive, avant d’échanger quelques mots avec lui (lui aussi drôle que dans ses livres, moi empêtrée dans mes mots et l’esprit peu dégourdi) et de faire dédicacer La serpe, j’ai acheté deux de ses poches plus autobiographiques.

Nefertiti dans un champ de canne à sucre raconte les débuts d’une rencontre amoureuse et les ébats passionnés qui suivent.La femme du cosmonaute osculte le couple quelques années après. J’ai pioché des pages au hasard et j’ai l’impression que je vais bien m’amuser avec ces prochaines lectures.

My absolute darling de Gabriel Tallent

J’ai lu de très bonnes critiques à propos de My absolute Darling, best seller aux Etats-Unis, encensé par Stephen King. L’histoire est celle de l’émancipation d’une jeune fille qui a grandi aux côtés d’un père charismatique et abusif. Sophie du blog C’est quoi ce bazar le déconseille aux âmes sensibles et comme je suis hypersensible, je me demande comment je vais accueillir ce livre mais ma curiosité l’emporte. A suivre !

Le goût d’Emma d’Emmanuelle Maisonneuve et Kan Takahama

Si c’est trop asphyxiant, j’irai peut-être prendre quelques bouffées d’air dans le manga Le goût d’Emma où l’écriture d’Emmanuelle Maisonneuve s’allie aux dessins de Kan Takahama. Forcément on pense au Gourmet Solitaire de Jiro Taniguchi (que je n’ai pas encore lu) mais la spécificité de ce titre est qu’il raconte les expériences culinaires et professionnelles, d’Emma promue inspectrice au Guide Michelin.

Est ce que l’une de mes prochaines lectures vous tente ?

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