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Si on me demandait aujourd’hui de citer une des plus belles histoires d’amour en littérature, il est certain que je penserai à Mon désir le plus ardent de Peter Fromm, lu cet été à Saint Malo, dans la même chambre où j’ai lu Avec toutes mes sympathies, dans le même décor et avec le même « abandon » propre aux vacances. Alors peut-être que j’ai été encore plus réceptive que si je m’étais plongée dans ce roman à Lyon, en pleine rentrée scolaire, entre une liste de fournitures à penser et des « qu’est ce qu’on mange ce soir ? » à l’esprit mais j’ai fait corps avec ce livre, avec ce couple, avec leur histoire et j’ai pleuré comme si j’étais elle, comme si j’étais lui (sauf qu’eux ne pleurent pas ou peu !).

Au début du roman, Maddy et Dalt sont passeurs (je ne me suis pas certaine de savoir exactement en quoi cela consiste), toutes les scènes qui se passent sur la rivière sont restées assez floues à mes yeux. Les deux jeunes gens se marient, quand ils se retrouvent dans ce qu’ils appellent leur « poulailler », c’est l’alchimie parfaite et l’incendie….sur 300 pages des gens heureux ça risque d’être un peu ennuyeux non ?

Nous écoutons et j’entends murmurer les saules dehors, des aulnes, le glissement silencieux de la Buffalo Fork, ses remous. Une brise s’immisce par la fenêtre. Je sens sa fraîcheur sur mes genoux, mes avants-bras, entre ses omoplates. Je sais qu’il la sent sur ses jambes et ses fesses, encore contractées par que ses reins restent plaqués contre les miens. Dans toute l’histoire de l’humanité, jamais deux personnes n’ont été aussi proches l’une de l’autre. J’en suis convaincue comme je suis convaincue des lois de la gravité. Nous sommes allongés ensemble, si parfaitement emboîtés et je jure que nous arrivons à entendre les étoiles au-dessus de ce vieux bâtiment minuscule, la cascade de leur lumière le long des vieux bardeaux incurvés.

Sauf que Maddy commence à se sentir fatiguée, de plus en plus fatiguée et que lorsque le verdict médical tombe, c’est tout leur avenir qui est bouleversé. Ils sont alors portés chacun par une détermination, une force liée à leur amour qui les pousse toujours à aller de l’avant, à s’adapter aux circonstances, l’essentiel étant ce qu’ils construisent à deux.

Ils vont avoir des enfants, connaitre toutes les questions liées à la routine, l’usure du couple, vont vieillir ensemble mais avec cet invité qui prend de plus en plus de place, la maladie.

Ce n’est jamais larmoyant, ce n’est jamais « pathos » comme on dit au ciné, jamais complaisant, jamais « tire-larmes ». Oui j’ai beaucoup pleuré, mais 1) je suis un cas pour la science 2) c’est tellement juste, sensible, vibrant que je ne vois pas comment on peut garder l’oeil sec.

Je relis les premières lignes de ce billet et je vous imagine sceptique sur le fait que Mon désir le plus ardent soit absolument à lire alors qu’il parle de la maladie au sein d’un couple. Il y a déjà eu des dizaines de bouquins sur ce thème et puis c’est pas gai.

Sauf que c’est le contraire de ce que vous pouvez imaginer : Mon désir le plus ardent est plein de fougue, c’est romantique, c’est drôle et porté par des personnages très attachants. Cela dit aussi de manière tellement touchante les incompréhensions dans un couple, les malentendus, les enfants qui grandissent et se « révoltent » puis partent du nid et combien cela nous touche en tant que parents …il y a tellement de scènes fortes dans ce roman !

C’est sans tabou aussi sur ce que devient le sexe pour ce couple et comment Maddy le vit avec sa maladie. Maladie dont sont décrites toutes les sensations avec précision et tous les effets sur le corps et l’esprit de Maddy.

Enfin Peter Fromm, dans une situation donnée, ne nous amène jamais au déroulement le plus facile (vous savez comme lorsque vous arrivez à savoir avec quoi un mot un chanteur va faire rimer un autre mot). Il ne tombe jamais dans les clichés, dans les tableaux trop « écrits », il nous surprend toujours. Même la fin m’a cueilli littéralement.

Bref Mon désir le plus ardent a été un ÉNORME coup de coeur et s’il y avait une liste de romans à lire absolument dans sa vie, il serait dans cette liste !

Maintenant que j’ai découvert la plume de Peter Fromm, j’ai très envie de lire d’autres titres de cet auteur. Et vous, vous le connaissez ?

 

 

C’est étrange en cherchant le titre de ce billet, je me disais que je n’irai jamais voir ce genre de film apocalyptique au cinéma. Quand les multiplex m’imposent leur bande annonce de blockbuster américain avec héros seul survivant d’une énième fin du monde, je pouffe déjà sur mon siège tellement je trouve cela pétri de clichés. Dans la forêt est le second livre (seulement) de Gallmeister que je lis cette année et bien entendu cela a joué dans mon choix. J’ai redécouvert cette maison d’éditions avec My absolute darling, encensé par la critique et qui a reçu depuis le prix America du meilleur livre américain de l’année.

Je ne veux pas me la jouer à tout prix rebelle, pourtant de deux livres, tous les deux dans la veine « nature writing » qui est la ligne éditoriale de Gallmeister, j’ai préféré Dans la forêt que j’ai trouvé moins sombre, plus vibrant de vie. Les ressemblances entre les deux romans sont nombreuses : une famille américaine isolée et vivant au milieu de la nature, des jeunes filles (2 soeurs Neill et Eva Dans la forêt; Turtle dans My absolute Darling), la survie dans les deux cas face à des situations différentes.

Imaginez que peu à peu, suite à une « catastrophe politique » qui reste ici assez vague quant aux explications, il n’y ait plus de magasins d’ouverts, plus d’écoles, plus de transports en communs, plus d’essence, plus de réseau téléphonique, plus de représentant de l’état, plus de docteurs, plus de vivres à acheter, plus d’électricité et ce, pour une durée indéterminée.

Imaginez maintenant que vous êtes ado et que vous vivez seul au milieu de la forêt, à des kilomètres de la ville la plus proche, que les maisons de vos voisins ont été pillées et désertées et que de nombreuses personnes sont mortes victimes d’épidémies. Avouez que le présent peut paraître un tantinet désespérée ? Et pourtant ce qui apparaît au fil des pages, c’est la beauté des deux héroïnes, leur souffle de vie, leur combativité même si elles n’endossent jamais le costume de super-héroïne (tout reste toujours crédible, ce qui est très important à mes yeux ).

La forêt est bien entendu très présente. Elle est à la fois fascinante, majestueuse et terrifiante. Elle est au fil du temps et des épreuves, un lieu de jeu d’enfance, un lieu charnel, un lieu cachette, un lieu de chasse, un lieu de vie. Pourtant, et contrairement peut être à la sensation que j’avais eu en lisant My absolute darling, elle n’est pas le personnage principal.

Ce sont ces deux soeurs qui portent le roman, immobiles physiquement car contraintes par la situation à rester où elles ont toujours vécu alors qu’elles évoluent beaucoup psychologiquement au fil du temps.

Interrogation sur ce qu’il nous reste quand on ne possède plus rien, remise en cause du consumérisme, importance de la culture (une des sœurs danse, l’autre écrit) face au désespoir, Dans la forêt brasse de nombreux thèmes mais si je l’ai lu avec autant de plaisir c’est grâce à l’inventivité de l’auteur. Cela commence dès le début dans la façon d’imaginer comment nous raconter cette histoire et cela se poursuit par de multiples imprévus.

Bref Dans la forêt est un puissant, vibrant, sensuel retour à la nature que je vous conseille vivement !

Et parmi mes lectures d’été, ce ne sera pas le seul « Gallmeister » car j’ai prévu de lire « Mon désir le plus ardent » de Peter Fromm, une histoire d’amour inoubliable, parait-il.

Et vous, vous connaissiez Dans la forêt ?

 

J’ai débuté l’année 2018 à New York avec une bande de copains que j’ai suivi pendant plus de 30 ans. Je m’attendais avec Une vie comme les autres à un roman choral. Au début, j’ai eu un peu mal à m’y retrouver dans les personnages, non pas qu’ils soient 20 mais parce qu’on est plongé au cœur de leur vie, dans leurs petites habitudes (se retrouver dans un resto asiatique qui fait buffet parce que ce n’est pas cher et qu’ils sont étudiants et fauchés alors qu’à chaque fois l’un deux est malade après) sans véritable présentation.

Au fur à mesure de ma lecture, j’ai glané des informations sur chacun d’eux et chacun d’eux s’est peu à peu matérialisé dans mon esprit : JB l’artiste, né de parents haïtiens, élevé uniquement par des femmes (sa mère, sa tante, sa grand mère); Malcom « oreo » selon ses amis (un père noir, une mère blanche), qui vit encore chez ses parents à 27 ans avant d’intégrer un cabinet d’architecture; Willem, qui a vécu à la campagne avec ses parents suédois dans une ferme et qui est toujours soucieux de son frère handicapé; Jude, qui va aménager avec Willem dans le sud de Manhattan dont on devine peu à peu qu’il a un lourd passé.

Le roman fait plus de 800 pages mais on a toujours envie d’avancer dans sa lecture parce qu’il transparaît très rapidement que Hanya Yanagihara (je vais avoir du mal à le prononcer son nom) aime ses personnages. Quand je les ai quitté, j’ai ressenti exactement la même chose qu’en visionnant le dernier épisode de la série Six Feet Under : je ne me faisais pas à l’idée que c’était fini une bonne fois pour toutes et que je n’aurais plus de leurs nouvelles (il y a d’ailleurs d’autres similitudes avec la série mais comme à chaque fois que je parle de livre, j’ai peur de trop en dire).

Comme je l’écrivais plus haut, je m’attendais à un roman choral. Or peu à peu le personnage de Jude, dont on apprend au fil des chapitres des pans du passé, devient central. Peu à peu, ce sont à travers ses rapports avec lui que l’on voit  et revoit Willem, Malcom, JB mais aussi Andy, Harold, Richard entre autres (les femmes sont peu présentes dans ce roman).

On peut s’interroger sur le titre de ce roman, Une vie comme les autres (A little life en version originale) car la vie de Jude est tout sauf une vie comme les autres. L’auteur suggère-t-elle que malgré toutes les atrocités que notre héros a subies enfant et adolescent, il n’aura de cesse de tenter de vivre comme les autres à travers ses études, sa carrière, ses amis. A moins que cela fasse référence au fait que Jude s’obstine à se présenter aux autres comme quelqu’un d’ordinaire cachant tout ce qu’il peut cacher, ne voulant jamais rien dévoiler de son passé, éludant les questions.

Alors forcément comme les amis de Jude, on veut savoir pourquoi il ne peut pas marcher sans boiter, pourquoi il a des crises qui le paralysent, pourquoi il se scarifie et au fil des chapitres, on souffre avec ce personnage principal, on souhaite ardemment que les fantômes de son passé ne le tourmentent plus autant et qu’il ose se confier pour, peut-être, se libérer. On aimerait croire qu’une nouvelle page peut enfin s’écrire pour lui, entouré de gens bienveillants, on aimerait croire à la fameuse résilience, on aimerait croire que l’amour que tous lui porte sera suffisant à effacer tout ce qui est inscrit dans son corps et son esprit depuis longtemps.

Non seulement Une vie comme les autres est un bouleversant roman sur la force de l’amitié et de l’amour, non seulement Une vie comme les autres nous plonge dans la tête d’un héros tourmenté mais il nous questionne sur la tolérance à la douleur, sur notre degré d’empathie, sur l’euthanasie, sur ce qu’est une vie « réussie ».

Parfois je me disais que l’auteur allait trop loin dans la noirceur, dans le « pas de chance » (mais n’y a t il pas de personnes qui répètent les mêmes scénarios de vie?). Comme si l’insupportable ne pouvait pas être réel, l’histoire regorge pourtant de contre-exemples.

J’ai eu le sentiment de reprendre mon souffle dans les rares moments de répit offerts à Jude, je n’ai pas pu m’empêcher de verser des larmes (degré d’empathie 100%). Ambitieux, sombre et bouleversant.

Et vous, quelle est votre première lecture de l’année 2018 ?

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Bien entendu je n’ai pas lu les 553 romans de la rentrée littéraire 2013, juste quelques uns et parmi ceux là, j’espère qu’on parlera beaucoup et en bien du dernier Laura Kasischke, Esprit d’hiver. J’ai déjà souvent parlé de cet auteur américaine dont j’aurais bientôt presque tout lu (elle écrit aussi de la poésie mais cela n’a pas été encore publié en France). Étrangement certains de ses titres sonnent comme des romans harlequin (je pense en particulier à « A moi pour toujours« ), surtout ne vous arrêtez pas à ça, vous rateriez une grande écrivain.

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Comme dans d’autres livres de Laura Kasischke, l’intrigue se passe dans une banlieue américaine mais on n’est assez loin de l’ambiance Desperate Housewife où les femmes tuent leur ennui entre séances de yoga, tromperies avec le jardinier et poker entre copines. On sent très vite une impression d’enfermement, on manque d’air, rapidement on étouffe, on voudrait ouvrir une fenêtre, prendre un peu d’oxygène, s’éloigner mais voilà que l’auteur imagine une tempête de neige qui bloque toute la région et isole les deux personnages principaux de l’histoire, mère et fille dans un tête à tête de plus en plus oppressant.

Avec un sens du suspense très maîtrisé et cette façon de flirter avec les frontières du surnaturel bien à elle, l’écrivain instille le doute quand à ce qui se passe réellement et ce qui relève de l’imaginaire….à moins que la mère tombe peu à peu dans la folie ? Laura Kasischke sème des signes, brouille les pistes jusqu’au twist final qui donne envie de reprendre la lecture depuis le début pour tout comprendre autrement.

Pour moi, Esprit d’hiver est son meilleur roman même si j’ai aimé tous ses livres car j’ai vraiment eu le sentiment d’être dans la même maison que ces deux femmes, j’ai eu bien du mal à reposer le livre parce qu’il était trop tard, j’ai découvert avec intérêt cette histoire d’adoption et je me suis laissée complètement cueillir par la fin.

Bref si Esprit d’hiver croise votre route, n’hésitez pas : )

crédit photo : les inrocks

(participation au Challenge 1% de la rentrée littéraire)

crédit photo : favim.com

Cette semaine je suis allée à la bibliothèque et je suis ressortie sans rien. Je n’avais noté aucun titre, les bouquins dont je me saisissais me paraissaient tous vieux et sales (et je suis assez choupinette à ce sujet), je ne me suis souvenue d’aucun auteur, j’ai erré de rayon en rayon et j’ai franchi les portes coulissantes de la sortie les mains vides et  frustrée. Dommage je ne venais juste de renouveler mon abonnement.

J’avais pourtant écrit une petite liste de nouveautés de la rentrée littéraire, saison 2, celle qui débute en janvier, au cas où tu aurais engloutie les 700 et quelques livres sortis fin août-début septembre.

Parmi les parutions, j’aimerais lire :

Pourquoi ? pour l’humour de l’auteur et parce que découvrir H.G Wells à travers ses aventures et mésaventures sexuelles est un angle de vue pour le moins original.

 

Pourquoi ? parce que Il faut qu’on parle de Kévin est un livre coup de poing et que La double vie d’Irina m’avait beaucoup plus. Cette fois, avec Tout ça pour ça, il est question d’un couple confronté à l’épreuve de la maladie ..probablement pas gai mais sûrement marquant.

Pourquoi ? parce que j’avais beaucoup aimé Long week-end,  parce qu’on suit le destin de deux femmes très différentes de l’enfance à la maternité.

Pourquoi ? parce qu’avec ce roman, on se glisse dans la tête de Charlotte Brontë, parce qu’on redécouvre d’une autre manière Jane Eyre, parce que la couverture m’a attiré (basique mais vrai).

Pourquoi? parce qu‘Echec et Mat du même auteur était un roman puissant, parce petite et grande histoire se mêlent ici, parce que c’est un portrait de l’Amérique des années 60.

Pourquoi ? parce que je n’ai jamais été déçue par Marin Amis jusqu’à présent, parce qu’il a une plume vraiment unique et parce que le héros hésite entre trois femmes !

 

Pourquoi? parce que je ne pige pas grand chose en économie et qu’elle est abordée ici de manière saugrenue donc sûrement plus digeste, parce que je me coucherai peut-être moins bête après quelques pages de cet essai.

Pourquoi? parce que j’ai aimé les précédentes BD de Pénélope Bagieu, parce que je la suis sur Hellocoton et qu’elle m’a donné envie de partir en Islande quand elle a raconté son séjour en dessins, parce qu’elle est en dédicace la semaine prochaine dans une librairie lyonnaise )

Moralité : la prochaine fois avant d’aller à la bibliothèque, je me connecte au catalogue en ligne de celle-ci avec mon PC, je réserve les nouveautés repérées, je patiente un peu et j’économise sur mon budget livres (ancienne bibliothécaire sort de mon corps !)

Et toi, les bibliothèques tu y mets les pieds? un peu, parfois, pas du tout ?

Encore une très belle découverte de la littérature américaine avec Long week-end lu ce mois-ci.

Henri, 13 ans, vit seul avec sa mère Adèle, commence à penser aux filles, n’est pas doué pour le base-ball, déteste la nouvelle femme de son père. Une histoire banale à priori si ce n’est que sa mère ne sort plus jamais de chez elle depuis des années et que lors de leur sortie mensuelle pour refaire le plein de nourriture surgelée, ils vont être pris en otage par un taulard évadé, Franck .

Commence alors un long week-end, celui de Labor day qui, de manière inattendue, va briser le huit clos entre mère et fils et insuffler des bouffées d’oxygène dans leur vie. Comme dans un puzzle, Joyce Maynard, surnommée la Françoise Sagan américaine, livre, à travers l’irruption de Franck des petits bouts d’histoire des personnages. On met un certain temps à rentrer dans le livre et puis soudain, sans crier gare, on est cueilli par l’émotion, on s’est attaché à ce trio et on tremble quant à l’issue de cette histoire.

Le ton est dur, doux, drôle à tour de rôle. Magnifique portrait d’adolescent, de mère, de couple, Long week-end fait partie de mes coups de cœur de l’année 2010 !

 

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