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D’habitude après avoir lu un livre et avant d’en parler ici, je m’astreins à ne surtout pas lire les avis pour ne pas être influencée et ressortir des choses que j’aurais lues ailleurs. Avec cette version de Charlotte, « enrichie », « augmentée » des gouaches de Charlotte Salomon dont il est question dans le roman sorti il y a pas mal de temps, je n’ai pas suivi cette règle. J’ai lu les mêmes critiques à propos exactement des mêmes phrases, des mêmes passages (tant est si bien que je me suis demandée si la journaliste du Monde et celle des Inrocks n’était pas la même personne).

Est ce qu’on a reproché à David Foenkinos d’être sorti de sa case (habituellement ses livres sont plutôt drôles) ? ou de s’être très bien vendu ? (si cela plait à beaucoup de monde c’est forcément de piètre qualité), la forme (paragraphes écrits sous la forme de poèmes sans rimes) ? Je crois moi même avoir déjà reproché à l’auteur son style parfois un peu ampoulé, ses maladresses mais ici cela ne m’a pas gêné.

Cela ne m’a pas gêné parce que c’est le destin de cette jeune femme juive allemande (marquée toute sa vie par une série de deuils familiaux particulièrement dramatiques )- qui trouvera la mort dans un camp de concentration a 26 ans et alors qu’elle est enceinte – qui s’impose.

Imaginez une vie où progressivement vous êtes exclu(e) de toute vie sociale, dans l’Allemagne des années 30, parce que vous êtes juif/juive. Imaginez que vous apprenez très tard qu’on vous a toujours menti sur les causes de la mort de votre mère et que ce lourd secret vous le sentiez sans arrivez à mettre le doigt dessus depuis toujours. Imaginez vous obligé(e) de fuir votre pays laissant derrière vous, les vôtres et l’homme/la femme que vous aimez passionnément.

Dans un tel contexte, que reste-t-il à Charlotte Salomon ? ou peut-être que la question est mal posée : sa survie passe par son art et j’ai envié sa force à peindre et à écrire pour exprimer ses émotions, pour raconter son histoire si singulière. Son œuvre sera exposée des années après sa mort.

Le roman Charlotte décrit aussi cette France pendant la seconde guerre mondiale où des français envoyaient des lettres pour dénoncer des juifs, où un SS, Aloïs Brunner, torturait à tour de bras à l’hôtel Excelior à Nice (et mourut de sa belle mort, protégé pendant un temps par la Syrie)…bien sûr il y a aussi eu, à la même époque, des gens qui ont tendu la main à Charlotte Salomon mais en lisant ses lignes, comment ne pas penser que l’homme a toujours été capable du pire (et y a t il vraiment un progrès dans l’histoire ? ).

charlotte 2

Et puis les dernières lignes (invention de l’auteur ou réalité ?) consacrées à Alfred (l’homme auquel Charlotte n’a jamais cessé de penser) ont fini de me saisir à la gorge.

crédit photo : les échos

Dans ma vie professionnelle d’avant, parfois on venait me voir en me demandant quelque chose de drôle à lire (non je n’étais pas libraire) et un des noms auxquels je pensais immédiatement était celui de David Foenkinos. Après le potentiel érotique de ma femme, j’ai lu tous ses livres avec une préférence pour Nos séparations et La délicatesse.

Les Souvenirs s’ouvre sur l’enterrement du grand-père de l’auteur et en quelques pages, on comprend que le ton sera beaucoup plus mélancolique qu’habituellement, même si l’humour bien particulier de David Foenkinos perce toujours. L’écrivain nous entraîne dans les souvenirs de ses grands parents et parents. Leur histoire a beau être singulière, il arrive à lui donner ce je ne sais quoi d’universel qui a résonné en moi.

Au delà du romanesque, Les souvenirs est une réflexion sur la vieillesse et les maisons de retraite, un regard sans concession sur l’amour conjugal. Ce livre dit aussi la difficulté de comprendre ses parents, la complexité parfois de l’amour parental. L’écrivain est passé par des étapes que j’ai connues il y a peu de temps mais je ne peux guère en dire plus sans dévoiler l’intrigue.

Page après page, j’ai retrouvé la sensibilité de Foenkinos, son sens de la formule poétique, sa capacité à trouver des phrases si justes qu’on se dit qu’on a pensé exactement la même chose un jour mais qu’on n’a jamais su l’exprimer aussi bien.

J’ai aimé l’idée qu’on se trompe souvent sur les gens et que l’on ne devrait jamais émettre le moindre avis sur une personne avant de l’avoir côtoyé au moins six mois. Finalement que savons nous même de nos proches ? de la jeunesse de mes grands-parents, j’ignore presque tout, de leur rencontre, de leurs rêves et de leurs déceptions je n’ai aucun détail. Pourquoi n’ai-je jamais pris le temps de mieux les connaitre? Pourquoi suis-je passée à côté de ceux qui sont partis aujourd’hui?

J’ai aimé aussi son regard sur les vieilles personnes qui n’enjolive rien, qui n’est jamais sirupeux sous prétexte qu’elles sont âgées. Encore faut il se rappeler que ces vieux sont des gens qui ont eu des vies, qui ont eu notre âge un jour. Une évidence? pas si certain.

Les souvenirs m’a tourneboulé,  a fait remonter plein de questions à la surface …j’ai souri parfois, j’ai ravalé mes larmes souvent, tout ce que j’attends d’un roman en somme.

Et toi, la vie de tes grands parents, de tes parents avant qu’ils soient parents tu la connais bien?

(Challenge 1% de la rentrée littéraire)

…de David, celui qui écrit des romans et qui vient de travailler à l’adaptation de son livre La délicatesse que j’avais beaucoup aimé.

Je l’ai découvert avec Le potentiel érotique de ma femme (chouette un auteur français drôle, c’est rare non? ), je n’ai pas été marquée par En cas de bonheur. Qui se souvient de David Foeninkos? m’a même ennuyé et j’ai carrément été déçue par sa pièce de théâtre Célibataires sur laquelle j’avais écrit un billet à l’époque.

J’ai retrouvé son style, sa dérision, son sens de l’intrigue dans Nos séparations.

Il faut croire qu’avoir un frère qui écrit des livres ne soit pas totalement anodin car les femmes écrivains c’est précisément le thème de l’exposition de Stéphane Foeninkos.

Il est le modèle unique de l’exposition photo qu’il consacre à 55 femmes écrivains avec drôlerie ou poésie à la galerie Dupin.

Pour ceux et celles qui n’ont pas encore lu de billets sur cette exposition, vous avez deviné de qui il s’agit sur les 4 photos ?

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