Imaginez que vous ayez la possibilité de programmer votre amoureux-se comme vous le souhaitez, n’auriez vous pas la tentation de le-la régler à votre image ? C’est une question que se pose Charlie, 32 ans, habitant la banlieue londonienne, le jour où il acquiert Adam, Androïde viable à la pointe de l’intelligence artificielle et à l’apparence physique humaine dans Une machine comme moi ?

On voudrait bien qu’ils soient à notre image
On voudrait bien qu’ils soient un autre soi

(oui on peut lire Ian McEwan et citer du Goldman, le sociologue Dominique Lahire parlerait sûrement de culture dissonante )

Charlie est amoureux de Miranda, sa voisine du dessus et lui propose d’apporter sa contribution à la personnalité d’Adam comme s’il créait quelqu’un ensemble. Voilà leurs histoires mêlées à jamais.

Plutôt que situer son intrigue dans un futur plus ou moins proche, Ian Mc Ewan la date en 1982 s’amusant à brouiller les pistes : les Beatles se reforment après 10 ans de séparation, l’opposant à Margaret Thatcher est Tony Benn, Georges Marchais est le président français, les anglais ont perdu la guerre des Malouines et le chercheur Alan Turing est toujours vivant. C’est d’ailleurs grâce à lui que les avancées technologiques ont fait un bond : les voitures autonomes dépendant de satellites sont devenues courantes, des robots remplacent les éboueurs (et montrent vite leurs limites).

Pourquoi j’ai aimé Une machine comme moi ?

Mon premier plaisir de lecture a donc été de découvrir le monde imaginé par l’auteur, monde qui, à quelques détails près, ressemble beaucoup à celui dans lequel nous vivons, un peu à la manière de la série Years and Years.

Si Une machine comme moi avait été une réflexion sur la place de plus en plus importante des robots et sur les conséquences de l’intelligence artificielle sur la société, le roman aurait pu être vite ennuyeux.

Le talent de l’écrivain est de mêler la technologie la plus avancée avec la préoccupation la plus ancienne du monde : l’amour ! Alors que la relation entre Charlie et Miranda évolue, Charlie se pose vite une question éternelle : m’aime-t-elle ? m’aime-t-elle comme je l’aime ? m’aime-t-elle autant que moi ? (oui ça fait 3 questions ).

L’écrivain instille, en outre, une double tension dans son récit, tension liée à la fois à l’évolution d’Adam qui s’avère moins obéissant que prévu et au secret de Miranda qui marque un véritable tournant dans leur histoire.

Non seulement Ian McEwan manie parfaitement l’humour noir mais il dresse un tableau de la société et de ses enjeux économiques, écologiques et politiques sans jamais se départir de son sens du romanesque.

La lecture d’Une machine comme moi est peut-être parfois un peu exigeante mais ce roman confirme que Ian McEwan est un très grand auteur.

Merci à sa traductrice France Camus-Pichon.

Lorsque Ian McEwan parle de son livre : émission La grande table de France Culture


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