C'est un beau roman

Les gratitudes de Delphine de Vigan

Si je devais citer mes écrivains préférés, dans ma liste les femmes auraient une place importante. Je ne les lis pas parce que ce sont des femmes mais parce que leur style, leur plume, leur univers me touchent. Alors parmi mes dernières lectures, j’avais envie de vous parler de Delphine de Vigan et de son dernier roman, Les gratitudes.

crédit photo : hachette

Les gratitudes de quoi ça parle ?

Michka ne veut plus vivre seule, elle a peur car les mots s’enfuient. Ce sont ces derniers mois dans un Ehpad, entourée de Jérome et Marie, que nous raconte Les gratitudes.

Le comble pour parler des gratitudes de Delphine de Vigan ? Ce serait de ne pas trouver les mots, comme Michka, l’héroïne de son dernier roman.

Les mots, Delphine de Vigan, joue avec, remplaçant ceux qui manquent dans la bouche de Michka par d’autres. Il en naît une cocasserie (et un plaisir de lecture pour moi) qui contrebalance la détresse de la vielle dame.

Ces mots, ce sont ceux qu’il faudrait oser prononcer avant qu’il ne soit trop tard :

« Tout ce qu’on rejette…regrette, quand les gens disparaissent, pffuit…comme ça, vous voyez ? Ça arrive, vous savez. On ne peut pas rester avec tout ça dans le coeur. Après ça fait des cocards…cauchemars, vous voyez. »

Le mot c’est ce « merdi » que Michka aimerait adresser, avant de tirer sa révérence, à ceux qui lui ont sauvé la vie pendant la seconde guerre mondiale.

Pourquoi j’ai été touchée par Les gratitudes

Moins enthousiasmée par Les loyautés (qui fait partie d’un triptyque dont Les gratitudes est le second volet, sans être une suite au niveau de l’intrigue), j’ai retrouvé, dans ce texte, la sensibilité de Delphine de Vigan , celle qui m’avait tant touché dans Les heures souterraines ou dans Rien ne s’oppose à la nuit.

Comment parler d’une chose qu’on n’a jamais vécu personnellement, à savoir la vieillesse ? Delphine de Vigan y parvient avec une rare justesse à travers le regard de Jérôme, l’orthophoniste de Michka et de Marie, cette jeune femme qu’elle a recueilli et élevé comme sa fille.

Ces deux-là s’attachent à ne pas oublier quelle femme a été Michka :

« Je lutte mais cela ne marche pas, je finis toujours par m’adresser à elle comme à une enfant et cela m’arrache le coeur, car je sais quel genre de femme elle a été, je sais qu’elle a lu Doris Lessing, Sylvia Plath et Virginia Woolf, qu’elle a gardé son abonnement au Monde et qu’elle continue de passer chaque jour en revue la totalité du journal, même si elle n’en parcourt plus que les gros titres » dit Marie.

« Quand je les rencontre pour la première fois, c’est toujours la même image que je cherche, celle d’Avant » confie Jérôme.

Delphine de Vigan m’a ému par ses mots sur la maternité et ce que je vois comme un signe aux lecteurs et lectrices de ses précédents romans lorsqu’elle écrit :

« Sa mère, elle était …cette jeune femme..triste…parfois elle passait tout le jour, fermée…sans sortir du lit…dormir, dormir, tout le temps, vous voyez les draps fermés, les portes fermées.. »

Comment ne pas penser à la propre mère de l’auteure et à Rien ne s’oppose à la nuit ?

Et puis cette histoire elle est devenue mienne. Je me suis imaginée comme Marie dans 40 ou 50 ans avec cette souffrance de ne plus être touchée par personne. J’ai aussi forcément pensé à ma grand mère qui ne perd pas ses mots mais ses souvenirs immédiats depuis bien des années.

Alors Delphine de Vigan, pour savoir si bien mettre des mots sur des ressentis, je voulais vous dire merci.

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