C'est un beau roman

Un bon polar pour cet été : La fille du train

Si vous avez vu le film d’Ozon, Dans ma maison, vous vous souvenez peut-être de la dernière scène quand Fabrice Luchini, assis sur un banc, à la nuit tombée, regarde ce qui se passe à l’intérieur d’habitations. Ne sommes nous pas tous un peu voyeur ? En tous cas, moi aussi, rentrant tard le soir, j’aime observer les ombres derrière les fenêtres et d’imaginer des vies.

Comme l’héroïne de La fille du train, il m’est arrivé, assise dans mon fauteuil d’être attirée par un détail quand le train ne roule pas trop vite, d’autant plus que je ne voyage quasiment qu’en train. Très vite, je me suis imaginée à la place de cette femme, prenant le même train de banlieue londonienne, matin et soir, à la même heure, à la même place. Rachel ne lit pas, n’a pas son nez sur l’écran de son téléphone, ne fait pas de mots croisés ou de sudoku, elle observe chaque détail qui rythme son parcours. Une maison en contrebas de la voie ferrée retient particulièrement son attention, jour après jour. Elle a même trouvé un nom à ses occupants, un jeune couple  qu’elle appelle Jason et Jess. Elle leur invente une histoire d’amour parfaite.

Je ne vais pas vous raconter la suite même si on en sait (malheureusement) déjà beaucoup plus en lisant la 4ème de couverture mais Rachel va être témoin de quelque chose qui va changer le cours de sa vie. Le souci c’est que Rachel depuis sa rupture amoureuse a trouvé une source de réconfort dans l’alcool et qu’elle n’est pas le témoin, aux yeux de la police, le plus fiable. Son récit est-il crédible ? n’a-t-elle pas inventé certains détails ?

Voilà une belle façon de semer le doute dans l’esprit du lecteur et tout au long du roman, Paula Hawkins se débrouille pour que ces doutes grandissent et s’intensifient jusqu’à ce qu’on se retrouve à suspecter presque tout le monde.

Rachel n’est pas la seule femme du livre et pas la seule aussi déboussolée. Le récit (toujours à la première personne) alterne d’ailleurs son point de vue, celui d’Anna (la nouvelle femme de son ex) et celui de Megan (sa « Jess »). Trois beaux portraits de femmes, complexes, changeants.

Au début le train semble être une micheline, l’auteur prend son temps pour poser son décor, un quotidien, une ambiance, la psychologie de son personnage principal. Puis peu à peu, le train s’accélère et il n’est plus question pour le lecteur d’en descendre. On s’est attaché à Rachel, malgré son état comateux et ses absences. On voudrait qu’elle sorte la tête de l’eau, on voudrait qu’elle trouve dans sa quête de souvenirs, une façon de se reconstruire.

Aux aller-retours du train, se superposent les aller-retours entre passé et présent des personnages, le suspense grandit de station en station et on regrette presque quand le chef de gare siffle le coup de sifflet final de La Fille du train.

11 Comments

  1. J’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture (le point de départ : parfait !), je n’arrivai pas à la lâcher, et elle nous emmène vraiment là où on ne s’attend pas !
  2. Haaaaaa ! J’ai lu ce bouquin le mois dernier et il m’a totalement pris en haleine, tellement que je l’ai lu en seulement quelques jours. Une belle découverte, par hasard. La chute est…parfaite tellement elle est inattendu. Comme toi, je recommande ce livre, vraiment. Ca permet de se couper du quotidien et d’être totalement pris dans une histoire, qui n’est pas la notre.
  3. Merci pour cette belle critique littéraire !
    Non seulement ton billet m’a donné envie de le lire et en plus, je l’ai dévoré en seulement quelques jours.
  4. Celui là je l’attend avec impatience, et ton billet met l’eau à la bouche.
    De plus, j’aime beaucoup le film de Ozon dont tu parles et que j’ai revu il y a peu à son passage à la télé un dimanche soir.
    Moi j’invente des vies aux gens que je croise tous les jours dans le tram.

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