C'est un beau roman

Deux gouttes d’eau de Jacques Expert

Lorsque j’étais en primaire, j’avais des jumelles dans ma classe. Je me souviens de leurs prénoms, vaguement de leur visage, elles n’avaient pas la même coiffure et dans ma mémoire, avaient chacune des personnalités différentes, des traits dissemblables. J’étais trop petite pour m’intéresser à leur psychologie et à tout ce qu’on entend à propos des jumeaux : reliés par un sixième sens qui ferait que lorsqu’un va mal l’autre le sent même s’il est loin,  s’amusant à interchanger les places le temps d’une soirée, d’un examen, d’un flirt (on dit encore flirt en 2015 ? )), inséparables. Je ne sais pas quelle est la part de vérité et de légendes dans ces affirmations mais j’ai toujours été interloquée par les jeunes jumeaux que les parents habillent de la même façon comme s’ils étaient des clones. Cela doit être étrange de vivre avec un miroir en permanence sous les yeux.

Lorsque j’ai vu que l’écrivain Jacques Expert avait choisi de bâtir l’intrigue de son dernier polar, Deux gouttes d’eau, autour de deux frères jumeaux, j’ai pensé au film Faux semblants dont je n’ai vu que quelques extraits qui m’avaient paru assez troublants.

Le livre s’ouvre dans un appartement de Boulogne Billancourt alors que Robert Laforge, divisionnaire de police judiciaire, vient de découvrir une jeune femme, Élodie, morte, tuée à coups de hache. Alors que dans la plupart des romans policiers, on suit une enquête pour trouver un coupable, ici quelques pages à peine après le début du livre, une caméra de surveillance identifie le petit ami d’Élodie, sortant de chez elle, l’arme à la main.

Affaire résolue ? Pas si simple. Placé en garde à vue et interrogé, Antoine Deloye nie farouchement les faits avant d’accuser son frère, Franck Deloye, d’avoir profité de leur ressemblance pour organiser cette macabre machination contre lui. Quand Franck arrive au commissariat, il s’avère qu’il ressemble comme deux gouttes d’eau à son frère et que rien dans les attitudes, les gestes, les vêtements et le physique ne peut les distinguer l’un de l’autre. Les seuls qui pourraient peut-être les identifier sans équivoque sont leurs parents. Problème : ils sont morts.

Si j’ai dévoré ce polar en trois soirées, c’est parce que la construction du livre alterne habilement entre une reconstitution des faits, la description précise et réaliste d’une vie dans un commissariat et des flash-back concernant l’enfance et la jeunesse des deux frères jumeaux. Peu à peu, on en apprend plus sur le caractère de ces hommes qui semblent toujours avoir voulu écarter quiconque de leur duo tout en étant très destructeur l’un envers l’autre. Une question nait dans les esprits : existe-t-il un jumeau maléfique ? un jumeau bourreau et un jumeau victime ? qui domine l’autre ?

L’auteur s’amuse à tendre à son lecteur des fausses pistes, à semer sans cesse le doute, créé une atmosphère de huit clos étouffant dans lequel personne n’est vraiment sympathique, du divisionnaire au sale caractère et aux éclats de colère incontrôlables aux jumeaux à l’apparence inquiétante (yeux d’un bleu tirant vers le blanc, froideur, absence d’empreintes due à une maladie génétique).

On croit que le supposé coupable confronté à son alibi va être piégé puis tout bascule à nouveau. Même si j’avais envisagé une partie de l’explication, j’ai été surprise par le dénouement et jusqu’à la dernière page de Deux gouttes d’eau, je me suis totalement laissée embarquer par cette intrigue où les certitudes ne durent jamais qu’une fraction de seconde.

{Deux gouttes d’eau par Jacques Expert, éditions Sonatine  }

 

5 Comments

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