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Allons droit au but : Asta m’a emporté, m’a chaviré, m’a bouleversé, j’ai eu si souvent envie de noter ses phrases, je l’ai dévoré et en même temps dégusté, je voulais connaitre la suite mais je retardais le moment de quitter les personnages crées 500 pages plus tôt.

De l’auteur Jón Kalman Stefánsson, pourtant assez connu, je n’avais rien lu et dès le départ j’ai été bluffée par son style, par sa plume (oui toujours et encore), par sa façon de construire son intrigue. Rien n’est linéaire, on saute d’un personnage à l’autre, d’une époque à une autre, d’un lieu à un autre comme si une tornade nous emportait. Au départ, je me suis sentie un peu déséquilibrée, inconfortable (face à une tornade c’est peut être normal) et puis cela m’a grisé.

Jón Kalman Stefánsson /crédit photo :DR

Asta : De quoi ça parle ?

Oui mais l’histoire me direz-vous, de quoi parle Asta ? Il n’est pas simple de résumer en quelques mots cette saga qui se déroule en Islande des années 50 à nos jours autour d’Asta (sans le a en islandais ce prénom signifie amour) et de Sigaldi son père ainsi que de tous ceux qui ont compté dans leur vie.

Asta raconte deux vies « ordinaires » dans le sens où les personnages principaux ne sont pas des héros ayant marqué l’histoire ou ayant accompli des choses qui l’aurait changée mais grâce au talent de Jón Kalman Stefánsson et de son formidable traducteur Eric Boury, elles deviennent extraordinaires. Leurs vies sont à la fois semblables aux nôtres et à la fois mille fois plus romanesques et cette dichotomie infuse tout le roman. Le bien et le mal, le sexe et la mort, le désir et l’amour, la raison et la folie.

Ce roman est tellement riche que j’ai l’impression que face à un festin, je suis en train de vous décrire chichement un misérable amuse bouche.

« La meilleure manière de contrer la mort c’est de se constituer des souvenirs qui, plus tard, auront le pouvoir de caresser doucement et d’apaiser les blessures de la vie. »

Et des blessures, ils en ont Asta, Sigaldi, Helga, Joseph. Celles liées aux rendez vous manqués entre un père et une fille, celles liées à l’incompréhension et l’incommunicabilité des sentiments, celles des amours impossibles et passionnés, celles des deuils.

Asta : mille et une raisons de le lire

Asta est une saga mélancolique qui m’a envoûté au fur et à mesure de ma lecture ; au fur et à mesure que Sigaldi -peintre en bâtiment victime d’une chute d’échelle et allongé sur le trottoir, incapable désormais de bouger- se remémorait des épisodes de sa vie ; au fur et à mesure que je découvrais les lettres écrites par Asta à celui qui partageait sa vie.

La lettre de Barcelone écrite par Joseph est comme un coup de grâce. Je me fais violence pour ne pas la recopier ici, tant j’ai aimé chacun des mots de cette déclaration d’amour à l’envers.

Asta est aussi une saga exaltante tant il y est question de poésie, du pouvoir de la musique, du rôle de l’écrivain par rapport à ses personnages (le narrateur apparaît ainsi lors de plusieurs chapitres) sans jamais tomber dans l’exposé. Au contraire Jón Kalman Stefánsson a le don de mêler idées et actions, sensations et images.

N’est ce pas la plus agréable sensation au monde ? Avoir hâte. Surtout lorsqu’il s’agit de retrouver une personne qui vous est chère. Alors, on se sent vivant.
On est vivant.
Puis il se passe quelque chose

Pendant la lecture d‘Asta, le cerveau bouillonne, le coeur bat plus vite. Asta est un livre qui ne ressemble à aucun autre et qui ne s’oublie pas.

D’habitude les livres que je n’ai pas envie de reposer mêlent petite et grande histoire, sont des sagas ou des romans choraux. Rien de tout cela avec Le discours de Fabrice Caro et même plutôt le contraire : unité de temps, unité de lieu, unité de décor, tout se passe dans la tête du personnage principal, le même jour, dans un même lieu, au cours d’un repas familial.

Le point de départ de l’histoire ? Une demande de discours à Adrien, le personnage principal et le narrateur, de la part de son futur beau-frère pour le mariage de sa soeur. Comme Adrien est plutôt un « looser » (dans lequel je me reconnais sur de nombreux points, je ne vous en ferai pas la liste )), l’idée de parler en public le plonge dans un grand désarroi, début d’un monologue intérieur qu’on imagine très bien façon stand up.

Adrien n’attendrait pas désespérément le SMS de sa petite amie Sonia, qui lui a imposé « une pause », son regard sur son environnement serait moins sévère. Mais là tout l’agace, tout le déprime et c’est très drôle (en tous cas pour moi).

Et je réalise tout à coup l’incongruité de ma ponctuation : pourquoi un point d’exclamation à la fin de bisous ? Pourquoi cet emballement soudain ? Ce point d’exclamation délivre un message inverse à celui souhaité : ce point d’exclamation est une demande, une supplique, un cri de douleur, il mendie une réponse, il quémande de l’amour, c’est de la ponctuation de genou à terre, il hurle Sonia, bordel, qu’est ce que tu fous ! Réponds-moi ! Tu vois pas que je suis malade de chagrin, que je n’y arrive pas sans toi, que tout est vide et fade et sans le moindre sens. Il se veut festif et léger mais il n’est que larmoyant et inquiet.

J’ai ri en repensant à mes cours d’E.M..T (sigle que seuls les gens de mon âge peuvent comprendre)). Pas de porte serviette à mon actif mais un vide poche assez informe fabriqué pendant le cours de poterie (on était très loin de Ghost pour celles qui ont fantasmé sur la scène des mains dans la glaise) que ma mère a gardé sur son bureau jusqu’à sa retraite.

J’ai ri quand Adrien lit l’horoscope de Marc Angel et interprète chaque mot, chaque phrase parce que je lis toujours mon horoscope en espérant qu’il ne m’annonce que des choses positives (décrocher la mission de mes rêves, faire tourner toutes les têtes autour de moi) tout en sachant pertinemment que toutes les Vierges de France et de Navarre ne peuvent pas vivre ce qui est résumé en un court paragraphe au même moment.

J’ai ri si souvent en lisant Le discours de Fabrice Caro que je me suis dit que cela arrivait rarement (hormis peut être avec de la BD), très rarement même. Alors non ce n’est pas une grande fresque, non cela n’est pas animé d’un grand souffle romanesque mais je suis arrivée à une période de ma vie où je profite de chaque minuscule moment de plaisir et en lisant Le discours, des minuscules moments de plaisir j’en ai eu plein. Je n’avais plus du tout envie de lâcher ce livre une fois ouvert et finalement ce qui m’importe le plus quand je lis, c’est le plaisir de lecture procuré plus que l’ambition du livre.

Fabrice Caro n’est pas sans me rappeler Philippe Jaenada. Il maîtrise très bien les digressions (si vous n’aimez pas cela, fuyez), tout en retombant toujours sur ses pieds. Il joue avec le lecteur en créant des références au début du roman qui reviennent et s’insèrent de manière naturelle dans d’autres scènes et c’est assez jubilatoire.

Le discours de Fabrice Caro aurait pu tomber dans un certain cynisme car il se moque de pas mal de conventions mais le roman fourmille de petits détails qui montre la tendresse sous le regard mordant.

La descente du « Mon cœur d’amour » à Adrien est une piste noire verglacée qu’on descend sur les fesses, sans pouvoir rien faire d’autre qu’attendre d’être en bas, passif et résigné.

Avant d’écrire ce roman, Fabrice Caro a été un auteur prolixe de bandes dessinées. Comme j’avais été enthousiasmée par Le discours, j’avais envie de lire plus de livres de cet auteur. J’ai commencé par Zaï Zaï Zaï Zaï, dans lequel le facteur identification est absent et l’humour beaucoup plus absurde. Cela dit, c’est souvent drôle alors en cas de blues hivernal, je vais me prévoir quelques doses de Fabrice Caro.

Et vous, quel est le dernier livre qui vous a vraiment fait rire ? 

 

 

Comme son titre le laisse supposer, l’image est centrale dans le dernier roman de Jérôme Ferrari, A son image. C’est un thème qui m’intéresse, encore plus lorsqu’il s’agit de photographie. Suis-je ce qu’on qualifie une photographe amatrice ? En tous cas je me balade rarement sans mon appareil photo et j’essaie d’observer les choses qui m’entourent pour capter le petit détail, la scène, la lumière.

A son image, s’ouvre sur la chute d’Antonia, personnage principal, dans un ravin alors qu’elle rejoignait sa famille dans un petit village corse. Ses funérailles sont l’occasion de raconter sa vie mais aussi les conséquences de sa disparition sur ceux qui restent.

Ce qui m’a frappé au fur et à mesure que je découvrais les longues phrases de l’auteur qui semblent s’enrouler autour de nous, lecteurs, c’est l’absurdité de la vie. Celui qui a offert à Antonia son premier appareil photo à 14 ans, son parrain (le seul qui n’a pas de prénom) est celui qui l’enterre. Elle, qui derrière son viseur, semblait protégée de la peur, n’a laissé derrière elle, aucune photo.

Antonia, en prenant des photos, voulait capter « la vérité », « sa vérité » mais l’auteur ne nous suggère-t-il pas à travers son destin (et aussi celui de deux photographes extérieurs à l’intrigue principale), l’absurdité de la photographie face à la mort ? Les choses existent-elles plus parce qu’on les a photographiées ? A une époque où les images sont en surabondance suffisent-elles à révolter, à éveiller les consciences ? Ne sont-elles pas indécentes quand le photographe préfère prendre une photo que tendre une main à celui qui souffre en face de lui ?

Antonia vivait dans un petit village de Corse, où tout le monde se connait. Enfant, elle est très vite fascinée par Pascal B, membre d’un mouvement indépendantiste. Quelques années plus tard, quand celui ci fait son premier séjour en prison, elle lui envoie régulièrement des lettres et des photos. Grâce à elle, le présent reste immuable :

« revoir aussi tout ce qui, grâce à elle, existait encore au moins sous forme d’images qu’il accrochait aux murs de sa cellule ».

Là encore l’absurdité est tapie. Au fil des années, au sein de ce mouvement indépendantiste corse, la lutte pour le  pouvoir devient plus importante que la lutte pour une cause. Ceux qui étaient hier des frères de combat, sont aujourd’hui des ennemis qui finissent criblés de balles.

Antonia rêvait d’ailleurs (elle partira en Yougoslavie) mais son travail de photographe consiste à immortaliser  des parties de pétanque et les conseils municipaux, de se limiter au plan large pour les articles de la presse locale.

Si j’ ai été plus hermétique à la liturgie très présente et fil conducteur du roman, j’ai aimé dans A son image ce portrait de femme qui s’affranchit des traditions, de la culture corse (en se mettant en couple avec Pascal B. elle n’existe plus que comme femme de..) et se bat pour être plus libre et se réaliser.

 

En matière de lecture, j’essaie d’être curieuse, ma participation au Grand Prix des Lectrices Elle m’amène à lire plus de documentaires qu’habituellement (avec le même défaut, pour moi, l’absence, souvent, d’une belle plume) mais je réalise que je ne prends jamais autant de plaisir que lorsqu’un écrivain m’embarque dans une histoire de famille ou une histoire de groupe d’amis sur plusieurs générations (la fameuse saga avec laquelle je vous bassine !). Avec Là où les chiens aboient par la queue j’ai été servie et en même temps pas complètement en terrain connu. Je lis beaucoup de littérature américaine, je me retrouve donc souvent sur le sol américain. Avec Là où les chiens aboient par la queue, je suis partie en Guadeloupe (et autant dire que j’ai lu peu-voire pas – d’histoires se passant là-bas) et j’ai découvert aussi le plaisir des expressions créoles au fil des pages.

J’ai été une fois en vacances en Guadeloupe il y a plus 15 ans, j’avais donc quelques images en tête des paysages et aussi de bons souvenirs en mémoire (l’atmosphère le soir chargée de bruits de crapauds et d’insectes, la nuit qui tombe d’un seul coup, la température idyllique de la mer pour une frileuse comme moi, les rhums arrangés du marché et les accras de morue à déguster avec..) mais je ne connaissais pas grand chose à l’histoire de la Guadeloupe.

C’est cette histoire dans les années 50/60 et cette culture qu’Estelle Sarah Bulle nous raconte à travers trois voix, Antoine, Lucinde et Petit Frère, trois frères et soeurs dont on suit le destin. Ce sont leurs mots, seul héritage de la famille Ezechiel, que leur nièce, une jeune femme née en banlieue parisienne (comme l’auteure Estelle-Sarah Bulle née de père guadeloupéen), capture au fil de leurs conversations.

Antoine, l’aînée, est celle qui a la plus forte personnalité, elle est incroyablement belle et fait en sorte, tout au long de sa vie, que rien n’entrave sa liberté. Elle est la première à quitter Morne-Galant (un endroit tellement à part que dans cet endroit « les chiens aboient par la queue » ) pour Pointe à Pitre et les pages où elle parle du marché, de ses odeurs, puis des hauts de Pointe à Pitre sont très réussies :

La municipalité laissait ce genre de trafic se développer sur tous les entours de la ville. Cela évitait au maire de construire des logements pour les pauvres. Les blancs et les mulâtres qui possédaient tout le centre ville laissaient faire aussi. Ils avaient ainsi disponible une main d’oeuvre grouillante, sans avoir à construite un pan de mur.

Elle connaîtra jusqu’à son arrivée en France en 1968 une destinée assez incroyable mais c’est sa nièce qui raconte une scène de racisme ordinaire à Créteil et l’absence de modèles antillais à l’époque.

Petit Frère, le personnage qui m’a le plus ému dans sa quête de la seule photo de sa mère, évoque aussi le regard des métropolitains sur les antillais :

Je dirais qu’en métropole, nous sommes devenus noirs vers 1980, à partir du moment où avoir du boulot n’est plus allé de soi.

L’histoire de Là où les chiens aboient par la queue à la fois loin de nous avec des traditions et des croyances, une société hiérarchisée selon les nuances infimes de couleur de peau, l’essor du commerce des Caraïbes, une langue propre (« Travailler dans son lolo »  » un cousin un peu dek dek » ) et universel (rapport aux parents, rapport entre frère et soeur, histoire d’amour, double culture). C’est à la fois drôle et émouvant. On ne s’ennuie pas une seule minute et en refermant Là où les chiens aboient par la queue se dresse un tableau de la Guadeloupe, vivante, rebelle et bien loin des clichés.

 

La vraie vie, quand on est une fille de 10 ans et qu’on habite une maison avec quatre chambres dont une chambre des cadavres, avec derrière le jardin le bois les Petits Pendus et pas loin le labyrinthe des voitures cassées comme terrain de jeu, ressemble à un conte qui effraie les enfants. Quand en plus, dans la famille, le père a tout d’une bête féroce, la mère d’une amibe et que le petit frère, suite à un terrible accident, est devenu mutique, le conte devient cauchemar.

La vraie vie serait-ce celle qui recommencera quand cette fille aura réussi à remonter le temps comme dans le célèbre film. Alors elle retrouvera le rire de son petit frère Gilles et leurs jeux ensemble.

A moins que La vraie vie ce soit celle qu’elle sent naître et palpiter dans son ventre en grandissant, mélange d’élan vital dont dépend sa survie et d’éveil sensuel lié à son corps qui change.

La vraie vie c’est peut être aussi celle qu’elle choisit en luttant pour ne plus être une proie. Elle s’enfuit de ce foyer pire qu’étouffant dès qu’elle peut pour prendre des cours de physique quantique avec le professeur Pavlovic. Elle savoure tous les instants passés en compagnie de La Plume et du champion de karaté car ils lui offrent cette douceur, cette légèreté qu’elle n’a pas chez elle.

Des histoires de violence conjugale ont déjà noirci bien des pages. J’ai pensé pendant ma lecture à ce livre jeunesse qu’en tant que jeunes parents on lit un jour aux enfants pour leur expliquer la colère. Comme dans Grosse Colère,  le père est rouge de colère, submergé, emporté, incontrôlable. J’ai pensé aussi au film très fort et juste  Jusqu’à la garde, pendant lequel je me suis cramponnée à mon fauteuil jusqu’au générique de fin alors qu’il n’y a pas un coup, pas une goutte de sang.

 

Pourtant ce roman est atypique et unique. La force de ce livre, pour moi, tient à l’extraordinaire travail sur la langue, à la façon dont l’auteure, Adeline Dieudonné,  convoque les mots pour faire naître sous nos yeux de lecteur des images d’une puissance saisissante (tellement marquantes qu’elles m’ont valu un réveil en pleine nuit le cœur battant ).

J’avoue que je n’étais pas particulièrement emballée par l’idée d’une histoire racontée par le prisme d’un enfant. Pourtant tout en évitant les écueils liés ce point de vue (la mièvrerie et une certaine naïveté qui m’agacent dans certains romans), j’ai compris que c’était bien plus qu’un exercice de style ou une contrainte que ce serait donnée l’auteur pour corser l’écriture. Cette fille puis jeune fille arrive en effet à nous faire ressentir l’atmosphère irrespirable dans lequel baigne son foyer où chacun est suspendu à la moindre réaction du père, guettant dans chacun de ses gestes ou mimiques le signe d’une prochaine crise de violence.

Dans un souffle à peine audible, il a dit : « C’est ça que tu appelles saignant ? ». Ma mère est devenue si blanche qu’on aurait pu penser que tout son sang était parti dans l’assiette de mon père.

Comme elle, on oscille entre incompréhension (comment un père peut-il voir sa propre fille comme une proie ? comment sa mère peut vivre dans une telle situation ?) et volonté de comprendre.

Tout ce qu’elle pouvait espérer c’était que toute la colère de mon père sorte en cris. Enfin c’était plutôt des rugissements. Sa voix éclatait, elle bondissait hors de sa gorge pour aller dévorer ma mère. Elle la découpait, la mettait en pièces pour la faire disparaître. Et pour ça, ma mère était d’accord. Disparaître. Et si les rugissements ne suffisaient pas, les mains venaient aider. Jusqu’à ce que mon père se vide complètement de sa colère. Ma mère se retrouvait toujours par terre, immobile. Elle ressemblait à une taie d’oreiller vide. Après ça, on savait qu’on avait quelques semaines de calme devant nous.

Pour un premier roman, Adeline Dieudonné avec La vrai vie, a frappé très fort.

 

Comme je vous le disais récemment, je fais partie du jury du Prix des lectrices Elle 2019 et j’ai reçu ma première sélection de livres à lire, à « chroniquer » et à noter, la sélection de septembre. J’avais eu en amont un mail m’annonçant les 3 titres que j’allais recevoir, ce qui gâche un peu l’effet de surprise (du coup pour octobre, je n’ai pas lu le mail )) mais sur les 3 livres, je n’avais vu passer dans la presse que celui concernant Maria Schneider.
C’est pour moi un des intérêts de participer à ce prix littéraire : lire des bouquins qui n’auraient probablement pas fini entre mes mains, en particulier pour la catégorie documents.

Alors cette première sélection qu’est ce que j’en ai pensé ? (dans mon ordre de lecture ) :

Tu t’appelais Maria Schneider -Vanessa Schneider

Je connaissais à peine le nom de Maria Schneider. Je ne savais pas qu’elle était la fille de Daniel Gélin, la petite protégée d’Alain Delon et de Brigitte Bardot et l’actrice du film qui fit scandale à sa sortie, Le dernier tango à Paris.

Au fur et à mesure de ma lecture, son destin malheureux m’a fait penser à celui de Jean Seberg et hasard, ces deux jeunes femmes, toutes les deux femme-enfant, se croisent dans ce récit.

Vanessa Schneider a toujours été fascinée par sa cousine. Dès 6 ans, elle collectionne tous les articles qui lui sont consacrées.

Est ce parce que la vie de cette actrice a eu des “incidences” directes sur la sienne ? est ce parce qu’elle faisait partie de son quotidien ? Quelque que soit la raison, lorsque Maria Schneider décède, Vanessa Schneider prend la plume et nous parle de son enfance bancale, à côté d’une mère qui ne sait pas l’aimer, de ses débuts au cinéma, de son mal être croissant.

Tu t’appelais Maria Schneider est aussi le tableau d’une époque, celle des années 70 et celui d’une famille où la folie et les excès sont toujours présents.

J’ai été touchée par la vie de cette actrice, manipulée par Bertolucci et Marlon Brandon, portée aux nues et conspuée en même temps, rejetée du monde du cinéma à partir du moment où elle refuse de tourner des scènes de sexe, propulsée si jeune dans un monde où “cet enfant perdu” n’avait peut être pas sa place.

Réduite à une image (même Libération lorsqu’il fait son portrait, choisit une photo d’elle nue, ce qui serait impensable pour un homme), Vanessa Schneider redonne à Maria Schneider avec ce livre, une complexité et une épaisseur humaines.

 

 

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🎬 Une enfant perdue 🎬 Je ne connaissais rien de Maria Schneider, je n’ai vu que de courts extraits du Dernier Tango à Paris🗼. Au moins je n avais pas d’idée toute faite concernant cette actrice. Propulsée trop tôt dans le monde de la fête, puis dans celui du cinéma 🎥 sans être accompagnée et préparée, Maria Schneider a été portée aux nues et conspuée à la fois, manipulée par Bertolucci et Marlon Brandon, protégée par Bardot et Delon. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’a pas eu un destin banal. A travers son portrait où demeurent les zones d’ombre, Vanessa Schneider dessine le tableau d’une époque, les années 70, celui d’une famille pleine d excès et de folie. Elle redonne surtout à Maria Schneider, trop souvent réduite à une image, une épaisseur humaine. #grandprixdeslectriceselle2019 #recit #mariaschneider #cinema #actrice #rl2018 #bookstagram #bookish #booklover

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Un gentleman à Moscou d’Amor Towles

Un million d’exemplaires vendus, distingué comme l’un des meilleurs livres de l’année 2016 par le Chicago Tribune, le Washington Post, le Philadelphia Inquirer et le San Francisco Chronicle, j’avais quasiment l’obligation d’aimer Un gentleman à Moscou après avoir lu cette présentation.

J’ai pris consciencieusement des notes par peur de me perdre dans tous les personnages présents dans cette histoire qui dure sur plus de 30 ans, celle du Comte Rostov assigné à résidence à l’Hôtel Métropole, situé à deux pas de la place rouge à Moscou.

Pour maîtriser le cours de sa vie face à son enfermement (il occupait une suite, il se retrouve dans un tout petit espace), il se consacre dans un premier temps aux détails pratiques, à son confort quotidien et prend soin de rythmer son quotidien de petits plaisirs (un mille feuilles, un rdv hebdomadaire chez le barbier). Il participe par la suite au bon fonctionnement de l’hôtel.

Ses années de “captivité” sont aussi marquées par des rencontres : Nina, la fillette qui s’habille toujours en jaune, Anna une star de cinéma, celle qui deviendra sa fille adoptive et bien d’autres.

Malgré la galerie de portraits (au fil du temps les rapports du Comte avec les membres du personnel de l’hôtel vont changer), malgré des références à la littérature classique mais aussi à la cuisine et aux accords mets/vins, malgré quelques traits d’humour, l’auteur ne m’a pas embarqué dans l’histoire de la Grande Russie qui se dessine en arrière plan.

J’ai attendu le fameux déclic, le moment où je brûlerais d’impatience de retrouver Un gentleman à Moscou pour connaître la suite mais la vérité est que, pour moi, le comte Rostov est resté un personnage de papier et que ce livre dont la belle couverture -semée de détails rappelant l’intrigue- m’a très souvent ennuyé.

 

La disparition d’Adèle Bedeau

Sur la couverture de La disparition d’Adèle Bedeau, s’affiche la devanture d’un bar tabac avec un néon rouge. On pense aux photos de Raymond Depardon, celles de cette France ni sur le devant de la scène ni particulièrement marginale, cette France quasi invisible avec ses enseignes si “années 80”.

Et c’est dans cette France que Graeme Macrae Burnet installe son intrigue : Saint Louis, une ville alsacienne, pas loin de la frontière allemande et suisse, une ville sans histoire, sans éclat, affreusement banale. La vie ici semble se résumer à une suite de petites habitudes immuables, preuve en est le quotidien de Manfred Baumann. Toujours le même restaurant La cloche, toujours le même plat du jour, toujours la même place à la même table, toujours les mêmes clients jouant au même jeu de carte, toujours la même sortie le week end pour ce solitaire inadapté qui ne demande rien d’autre qu’à passer le plus inaperçu possible.

Quant à Georges Gorski, policier à Saint Louis, il n’a rien d’un héros aux hauts faits. S’il a rêvé un jour de faire carrière à Strasbourg, il est aujourd’hui autant résigné professionnellement que face à son couple mal assorti.

Pourtant le jour où Adèle Bedeau, serveuse au restaurant La Cloche, disparaît, l’apparente banalité de ces existences bien réglées commence à se fissurer.

Ne vous attendez pas à un page turner ou à un rebondissement à chaque chapitre avec ce roman noir. La force de La disparition d’Adèle Bedeau– qui se savoure lentement – est de camper une atmosphère de plus en plus pesante comme dans un film de Claude Chabrol.

L’autre point fort du roman est le très fin portrait des deux hommes, Manfred Baumann et Georges Gorski, dont l’auteur alterne les points de vue. Éteints, pas particulièrement intéressants à la base, l’écrivain a le talent de les rendre vivants et en un sens attachants avec leur fêlures, leur solitude et leur mal être.

 

Est ce qu’un de ces titres vous tente ? J’attends maintenant avec impatience la prochaine sélection !

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