Tag

roman

Browsing

En janvier j’ai été à Rhode Island, en Californie, à Amsterdam, dans l’Est de la France…et tout cela avec une poignée de romans. Bien entendu, j’aimerais pouvoir voyager physiquement plus souvent, m’offrir un séjour comme au cinéma (grâce au tout nouvel outil de l’agence de voyages Expedia qui permet à ses utilisateurs de découvrir une multitude de séjours dans le monde entier, tous inspirés des scènes de leurs films préférés) à Rome ou à Glascow. Néanmoins les livres restent un formidable moyen de vivre ailleurs, d’autres vies, d’autres époques. La preuve ce mois ci, à travers mes lectures :

-je me suis projetée à Lyon pendant l’occupation et j’ai appris combien la parole des survivantes avait été enfuie au retour des camps :

 

 

 
 
 
Voir cette publication sur Instagram
 

 

 

 
 

 
 

 

 

🌺 SOEURS INSEPARABLES🌺 Je ne connaissais que les grandes lignes de l’histoire tragique de Simone Veil. Je ne savais rien sur son père qui pensa pendant longtemps que les juifs français seraient épargnés, rien sur sa sœur Denise agent de liaison à Lyon, rien sur Milou et sa fin tragique, rien sur son frère Jean dont on ne saura jamais vraiment où et comment il est mort. 🌺🌺 Les inséparables revient sur les quelques années qui ont précédé la déportation de Simone Veil et de sa famille, sur le retour des survivantes et sur l’après jusqu’aux années récentes où chaque semaine Simone Veil et Denise se retrouvaient, inséparables face à leur lourd passé. Étrange de lire que le siège de la police allemande était place Bellecour ou qu’un lieu de rendez vous pour les résistants était place Jacobin. Dur d’imaginer le climat de suspicion et de peur régnant à Nice. Impossible de comprendre ce que ces soeurs ont vécu dans les camps mais indispensable devoir de mémoire. « L’entourage réagit à l’unisson : Tournez la page. Oubliez c’est du passé. Combien de fois ont-elles entendu ces phrases toutes faites. C’est l’inverse pour oublier il faudrait parler, il faudrait qu’on les écoute, qu’on mesure ce qu’elles ont enduré. » 🌺🌺 #bookstagram #bookish #booklover #livrestagram #reading #document #grandprixdeslectriceselle2019 #deportation #histoire #simoneveil #lyon #blog

Une publication partagée par bookaddict (@bookaddictlyonnaise) le

-Je me suis demandée si je ne devrais pas prendre des cours pour être capable de faire un massage cardiaque si un jour …

Voir cette publication sur Instagram

🔻DE BATTRE SON CŒUR S’EST ARRÊTÉ🔻 D’abord il y a ce drôle de ronflement et elle croit que son amoureux fait l’imbécile. Puis le front luisant et cette poitrine qui ne se soulève plus. Nous lecteur, on se retrouve suspendu à chaque minute, celle qui sauve, celle qui rapproche de la mort ou l’en éloigne. Comme elle, on a peur, on a le ventre noué, on est cotonneux, on imagine le pire mais on garde espoir, on suit le rythme des phrases courtes comme des pulsations cardiaques. 💪Le super pouvoir de Vigile ? 💪 Rendre universel un drame personnel et intime (ce que nous raconte l’auteure, elle l’a vécu) sans jamais tomber dans le pathos. Vigile est une déclaration à l’homme qui partage sa vie, à ceux qui sont là quand on se sent si seul, un hymne à cette vie qui peut basculer en une nuit. 🔻🔻 À déconseiller peut être aux hypocondriaques (je ne le suis pas mais ça m’a secoué). Vous l’êtes ? #bookstagram #bookish #booklover #livrestagram #amour #roman #rl2019 #lecturedumoment #lecture #lyonnaise #blog #vendredilecture

Une publication partagée par bookaddict (@bookaddictlyonnaise) le

-Je me suis passionnée par un thriller plaçant la loi au cœur de son intrigue (inspiré de faits réels)

 

 

 
 
 
Voir cette publication sur Instagram
 

 

 

 
 

 
 

 

 

⚖️LA LOI EST DURE MAIS C’EST LA LOI ⚖️ Cela commence comme un thriller « classique  » avec l’histoire d’un serial killer qui assassine sauvagement deux femmes et trois enfants. Sauf que Kwame Diggs est mineur et que le Code Pénal de Rhode Island prévoit alors que tout délinquant juvénile doit être libéré à ses 21 ans. Et c est ainsi que ce livre bascule dans un thriller beaucoup plus intéressant, haletant. 💪Les super pouvoirs de Dura Lex 💪 🔻Mettre au cœur de l’intrigue un questionnement moral : peut-on pour la sécurité de tous (si Kwame ressort il tuera à nouveau c’est certain) bafouer les libertés individuelles d’un individu ? 🔻Montrer le pouvoir et les dérives de la presse et de la justice. 🔻Construire l’intrigue de manière à ce que ce soit haletant MAIS intelligent et alors même que très vite on sait qui est le coupable. 🔻C’est rythmé, c’est crédible et cela me donne très envie de découvrir d’autres titres de cet auteur ! Et vous vous connaissez Bruce Desilva ? ⚖️⚖️ #bookstagram #bookish #lecture #polar #romannoir #litteratureamericaine #justice #grandprixdeslectriceselle2019 #livrestagram #blog #lyonnaise

Une publication partagée par bookaddict (@bookaddictlyonnaise) le

-J’ai passé quelques soirées avec Berlioz apprenant que de son temps, il était beaucoup plus aimé à l’étranger qu’en France

-J’ai suivi Helen et Franck de Rome à Londres en passant par Amsterdam et la Normandie mais sans vraiment croire à leurs voyages 

 

 

 
 
 
Voir cette publication sur Instagram
 

 

 

 
 

 
 

 

 

◾DANS SON OMBRE◾ Cela pourrait être une histoire d’amour mais pour qu’il y ait histoire ne faut il pas être deux ? Ma dévotion est plutôt la vénération d’Helen pour Franck, son dévouement quasi total pour cet homme raconté dans des chapitres très courts. ◾◾ Le problème est que je n’ai jamais vraiment cru à cette histoire. Est ce parce que j’ai trouvé un peu gros que nos deux protagonistes habitent comme par hasard à côté après avoir tous deux vécu dans divers pays ? Est ce parce que les clichés sur la jeune fille normande.-plouc et arriviste-qui monte à Paris m’ont agacé ? Est ce parce que les violences sexuelles subies par Helen sont très vite oubliées ? En tous cas Helen et Franck sont restés pour moi des êtres de papier et les décors du carton pâte. Je n’ai lu que de très bons avis au sujet de ce roman mais pour moi l’adoration n’a pas eu lieu. ◾◾ #bookstagram #bookish #booklover #livrestagram #reading #grandprixdeslectriceselle2019 #litteraturefrançaise #lyonnaise #lecturedumoment

Une publication partagée par bookaddict (@bookaddictlyonnaise) le

-je me suis demandée s’il fallait être tout le temps méfiant dans la vie …ou pas 

 

 

 
 
 
Voir cette publication sur Instagram
 

 

 

 
 

 
 

 

 

♦️ SOUS INFLUENCE ♦️ Il y a des auteurs qu’on aime mais qui écrivent un peu toujours le même livre. Entre un jour tu raconteras cette histoire (l’avant dernier livre de Joyce Maynard qui m’avait bouleversé) et De si bons amis (titre français; Under the influence en anglais ), les intrigues n’ont rien à voir. Cette fois Joyce Maynard nous raconte l’histoire d’Hélène McCabe qui est au fond du trou et qui rencontre un couple de riches Californiens qui lui tend la main… Mais sont ils si désintéressés qu ils ne paraissent au premier abord ? En y réfléchissant bien, il y a au moins un trait commun entre chaque livre de l’auteur : sa capacité à dresser des portraits de femmes complexes et touchants. 💪Le super pouvoir de Si bons amis ? 💪 Instiller peu à peu un sentiment diffus de malaise, mettre le lecteur sur le qui vive, construire une histoire qui bascule peu à peu dans l’amitié toxique en nous tenant, nous lecteur, sous influence. Peut être pas mon roman préféré de Joyce Maynard mais je m y suis laissée prendre avec plaisir guettant le moment où le « rêve américain » bascule en drame. #litteratureamericaine #joycemaynard #bookstagram #bookish #booklover #livrestagram #reading #lecture #lecturedumoment #lyonnaise #blog

Une publication partagée par bookaddict (@bookaddictlyonnaise) le

-Enfin j’ai lu le dernier Goncourt, pas parce qu’il a eu ce prix mais parce que le thème m’intéressait. Je l’ai trouvé assez désespérant sur l’état de notre société même si l’auteur est une preuve qu’on peut parfois s’échapper d’une route tracée par un milieu social.

Voir cette publication sur Instagram

♦️ DESENCHANTE ♦️ Ils ne sont pas si fréquents les romans qui peignent une fresque sociale, qui disent l’injustice par le biais de l’intime ou peut-être que d’habitude je ne les lis pas. Les enfants après eux est le portrait d’une région (l’est de la France, les hauts fourneaux) sinistrée par la désindustrialisation, une France des villes moyennes et des zones pavillonnaires plutôt invisible dans les médias. C’est aussi un retour dans les années 90 à travers 4 étés (avec plein de références qui font tilt) et le portrait d’adolescents qui rêvent tous de fuir ce lieu qui semble comme une entrave à leur liberté. 💪Les super pouvoirs de ce roman 💪 Démonter quelques idées toutes faites. On a coutume de dire que quand on est jeune tout est possible, l’auteur nous suggère (car il n’est jamais dans la démonstration) le poids du milieu social. Non l’école n’est pas ce fameux ascenseur social, les formations sans débouchés sont légion, les emplois abrutissants aussi. J’ai souvent entendu mes parents dire qu’ils vivaient mieux que leurs parents mais aujourd’hui ? Tout au long du roman, s’installe comme une sensation de moiteur, d’anesthésie liée à la chaleur, à l’alcool et la drogue qu’on consomme pour oublier mais aussi comme pour traduire ces destins englués par leur situation sociale. Le propos n’est jamais didactique car tout est dit à travers les trajectoires d’adolescents, leur éveil à la sensualité, leurs relations avec les parents. Même si j’ai trouvé qu’il y avait quelques longueurs dans ce roman, Les enfants après eux réussit à nous dépeindre des vies d’ennui et sans beaucoup d’espoir mais construit de telle sorte qu on a envie de connaître la suite. Assez désespérant mais éclairant ! ♦️♦️ #bookstagram #bookish #booklover #livrestagram #reading #roman #fresquesociale #lyonnaise #goncourt #lecture

Une publication partagée par bookaddict (@bookaddictlyonnaise) le

Je n’ai pas eu d’énorme comme coup de coeur en janvier (mon dernier étant Asta ), mais j’espère que ce petit récapitulatif vous donnera envie de lire un de ces livres.

Bonnes lectures !

lien partenaire

Allons droit au but : Asta m’a emporté, m’a chaviré, m’a bouleversé, j’ai eu si souvent envie de noter ses phrases, je l’ai dévoré et en même temps dégusté, je voulais connaitre la suite mais je retardais le moment de quitter les personnages crées 500 pages plus tôt.

De l’auteur Jón Kalman Stefánsson, pourtant assez connu, je n’avais rien lu et dès le départ j’ai été bluffée par son style, par sa plume (oui toujours et encore), par sa façon de construire son intrigue. Rien n’est linéaire, on saute d’un personnage à l’autre, d’une époque à une autre, d’un lieu à un autre comme si une tornade nous emportait. Au départ, je me suis sentie un peu déséquilibrée, inconfortable (face à une tornade c’est peut être normal) et puis cela m’a grisé.

Jón Kalman Stefánsson /crédit photo :DR

Asta : De quoi ça parle ?

Oui mais l’histoire me direz-vous, de quoi parle Asta ? Il n’est pas simple de résumer en quelques mots cette saga qui se déroule en Islande des années 50 à nos jours autour d’Asta (sans le a en islandais ce prénom signifie amour) et de Sigaldi son père ainsi que de tous ceux qui ont compté dans leur vie.

Asta raconte deux vies « ordinaires » dans le sens où les personnages principaux ne sont pas des héros ayant marqué l’histoire ou ayant accompli des choses qui l’aurait changée mais grâce au talent de Jón Kalman Stefánsson et de son formidable traducteur Eric Boury, elles deviennent extraordinaires. Leurs vies sont à la fois semblables aux nôtres et à la fois mille fois plus romanesques et cette dichotomie infuse tout le roman. Le bien et le mal, le sexe et la mort, le désir et l’amour, la raison et la folie.

Ce roman est tellement riche que j’ai l’impression que face à un festin, je suis en train de vous décrire chichement un misérable amuse bouche.

« La meilleure manière de contrer la mort c’est de se constituer des souvenirs qui, plus tard, auront le pouvoir de caresser doucement et d’apaiser les blessures de la vie. »

Et des blessures, ils en ont Asta, Sigaldi, Helga, Joseph. Celles liées aux rendez vous manqués entre un père et une fille, celles liées à l’incompréhension et l’incommunicabilité des sentiments, celles des amours impossibles et passionnés, celles des deuils.

Asta : mille et une raisons de le lire

Asta est une saga mélancolique qui m’a envoûté au fur et à mesure de ma lecture ; au fur et à mesure que Sigaldi -peintre en bâtiment victime d’une chute d’échelle et allongé sur le trottoir, incapable désormais de bouger- se remémorait des épisodes de sa vie ; au fur et à mesure que je découvrais les lettres écrites par Asta à celui qui partageait sa vie.

La lettre de Barcelone écrite par Joseph est comme un coup de grâce. Je me fais violence pour ne pas la recopier ici, tant j’ai aimé chacun des mots de cette déclaration d’amour à l’envers.

Asta est aussi une saga exaltante tant il y est question de poésie, du pouvoir de la musique, du rôle de l’écrivain par rapport à ses personnages (le narrateur apparaît ainsi lors de plusieurs chapitres) sans jamais tomber dans l’exposé. Au contraire Jón Kalman Stefánsson a le don de mêler idées et actions, sensations et images.

N’est ce pas la plus agréable sensation au monde ? Avoir hâte. Surtout lorsqu’il s’agit de retrouver une personne qui vous est chère. Alors, on se sent vivant.
On est vivant.
Puis il se passe quelque chose

Pendant la lecture d‘Asta, le cerveau bouillonne, le coeur bat plus vite. Asta est un livre qui ne ressemble à aucun autre et qui ne s’oublie pas.

D’habitude les livres que je n’ai pas envie de reposer mêlent petite et grande histoire, sont des sagas ou des romans choraux. Rien de tout cela avec Le discours de Fabrice Caro et même plutôt le contraire : unité de temps, unité de lieu, unité de décor, tout se passe dans la tête du personnage principal, le même jour, dans un même lieu, au cours d’un repas familial.

Le point de départ de l’histoire ? Une demande de discours à Adrien, le personnage principal et le narrateur, de la part de son futur beau-frère pour le mariage de sa soeur. Comme Adrien est plutôt un « looser » (dans lequel je me reconnais sur de nombreux points, je ne vous en ferai pas la liste )), l’idée de parler en public le plonge dans un grand désarroi, début d’un monologue intérieur qu’on imagine très bien façon stand up.

Adrien n’attendrait pas désespérément le SMS de sa petite amie Sonia, qui lui a imposé « une pause », son regard sur son environnement serait moins sévère. Mais là tout l’agace, tout le déprime et c’est très drôle (en tous cas pour moi).

Et je réalise tout à coup l’incongruité de ma ponctuation : pourquoi un point d’exclamation à la fin de bisous ? Pourquoi cet emballement soudain ? Ce point d’exclamation délivre un message inverse à celui souhaité : ce point d’exclamation est une demande, une supplique, un cri de douleur, il mendie une réponse, il quémande de l’amour, c’est de la ponctuation de genou à terre, il hurle Sonia, bordel, qu’est ce que tu fous ! Réponds-moi ! Tu vois pas que je suis malade de chagrin, que je n’y arrive pas sans toi, que tout est vide et fade et sans le moindre sens. Il se veut festif et léger mais il n’est que larmoyant et inquiet.

J’ai ri en repensant à mes cours d’E.M..T (sigle que seuls les gens de mon âge peuvent comprendre)). Pas de porte serviette à mon actif mais un vide poche assez informe fabriqué pendant le cours de poterie (on était très loin de Ghost pour celles qui ont fantasmé sur la scène des mains dans la glaise) que ma mère a gardé sur son bureau jusqu’à sa retraite.

J’ai ri quand Adrien lit l’horoscope de Marc Angel et interprète chaque mot, chaque phrase parce que je lis toujours mon horoscope en espérant qu’il ne m’annonce que des choses positives (décrocher la mission de mes rêves, faire tourner toutes les têtes autour de moi) tout en sachant pertinemment que toutes les Vierges de France et de Navarre ne peuvent pas vivre ce qui est résumé en un court paragraphe au même moment.

J’ai ri si souvent en lisant Le discours de Fabrice Caro que je me suis dit que cela arrivait rarement (hormis peut être avec de la BD), très rarement même. Alors non ce n’est pas une grande fresque, non cela n’est pas animé d’un grand souffle romanesque mais je suis arrivée à une période de ma vie où je profite de chaque minuscule moment de plaisir et en lisant Le discours, des minuscules moments de plaisir j’en ai eu plein. Je n’avais plus du tout envie de lâcher ce livre une fois ouvert et finalement ce qui m’importe le plus quand je lis, c’est le plaisir de lecture procuré plus que l’ambition du livre.

Fabrice Caro n’est pas sans me rappeler Philippe Jaenada. Il maîtrise très bien les digressions (si vous n’aimez pas cela, fuyez), tout en retombant toujours sur ses pieds. Il joue avec le lecteur en créant des références au début du roman qui reviennent et s’insèrent de manière naturelle dans d’autres scènes et c’est assez jubilatoire.

Le discours de Fabrice Caro aurait pu tomber dans un certain cynisme car il se moque de pas mal de conventions mais le roman fourmille de petits détails qui montre la tendresse sous le regard mordant.

La descente du « Mon cœur d’amour » à Adrien est une piste noire verglacée qu’on descend sur les fesses, sans pouvoir rien faire d’autre qu’attendre d’être en bas, passif et résigné.

Avant d’écrire ce roman, Fabrice Caro a été un auteur prolixe de bandes dessinées. Comme j’avais été enthousiasmée par Le discours, j’avais envie de lire plus de livres de cet auteur. J’ai commencé par Zaï Zaï Zaï Zaï, dans lequel le facteur identification est absent et l’humour beaucoup plus absurde. Cela dit, c’est souvent drôle alors en cas de blues hivernal, je vais me prévoir quelques doses de Fabrice Caro.

Et vous, quel est le dernier livre qui vous a vraiment fait rire ? 

 

 

Comme son titre le laisse supposer, l’image est centrale dans le dernier roman de Jérôme Ferrari, A son image. C’est un thème qui m’intéresse, encore plus lorsqu’il s’agit de photographie. Suis-je ce qu’on qualifie une photographe amatrice ? En tous cas je me balade rarement sans mon appareil photo et j’essaie d’observer les choses qui m’entourent pour capter le petit détail, la scène, la lumière.

A son image, s’ouvre sur la chute d’Antonia, personnage principal, dans un ravin alors qu’elle rejoignait sa famille dans un petit village corse. Ses funérailles sont l’occasion de raconter sa vie mais aussi les conséquences de sa disparition sur ceux qui restent.

Ce qui m’a frappé au fur et à mesure que je découvrais les longues phrases de l’auteur qui semblent s’enrouler autour de nous, lecteurs, c’est l’absurdité de la vie. Celui qui a offert à Antonia son premier appareil photo à 14 ans, son parrain (le seul qui n’a pas de prénom) est celui qui l’enterre. Elle, qui derrière son viseur, semblait protégée de la peur, n’a laissé derrière elle, aucune photo.

Antonia, en prenant des photos, voulait capter « la vérité », « sa vérité » mais l’auteur ne nous suggère-t-il pas à travers son destin (et aussi celui de deux photographes extérieurs à l’intrigue principale), l’absurdité de la photographie face à la mort ? Les choses existent-elles plus parce qu’on les a photographiées ? A une époque où les images sont en surabondance suffisent-elles à révolter, à éveiller les consciences ? Ne sont-elles pas indécentes quand le photographe préfère prendre une photo que tendre une main à celui qui souffre en face de lui ?

Antonia vivait dans un petit village de Corse, où tout le monde se connait. Enfant, elle est très vite fascinée par Pascal B, membre d’un mouvement indépendantiste. Quelques années plus tard, quand celui ci fait son premier séjour en prison, elle lui envoie régulièrement des lettres et des photos. Grâce à elle, le présent reste immuable :

« revoir aussi tout ce qui, grâce à elle, existait encore au moins sous forme d’images qu’il accrochait aux murs de sa cellule ».

Là encore l’absurdité est tapie. Au fil des années, au sein de ce mouvement indépendantiste corse, la lutte pour le  pouvoir devient plus importante que la lutte pour une cause. Ceux qui étaient hier des frères de combat, sont aujourd’hui des ennemis qui finissent criblés de balles.

Antonia rêvait d’ailleurs (elle partira en Yougoslavie) mais son travail de photographe consiste à immortaliser  des parties de pétanque et les conseils municipaux, de se limiter au plan large pour les articles de la presse locale.

Si j’ ai été plus hermétique à la liturgie très présente et fil conducteur du roman, j’ai aimé dans A son image ce portrait de femme qui s’affranchit des traditions, de la culture corse (en se mettant en couple avec Pascal B. elle n’existe plus que comme femme de..) et se bat pour être plus libre et se réaliser.

 

En matière de lecture, j’essaie d’être curieuse, ma participation au Grand Prix des Lectrices Elle m’amène à lire plus de documentaires qu’habituellement (avec le même défaut, pour moi, l’absence, souvent, d’une belle plume) mais je réalise que je ne prends jamais autant de plaisir que lorsqu’un écrivain m’embarque dans une histoire de famille ou une histoire de groupe d’amis sur plusieurs générations (la fameuse saga avec laquelle je vous bassine !). Avec Là où les chiens aboient par la queue j’ai été servie et en même temps pas complètement en terrain connu. Je lis beaucoup de littérature américaine, je me retrouve donc souvent sur le sol américain. Avec Là où les chiens aboient par la queue, je suis partie en Guadeloupe (et autant dire que j’ai lu peu-voire pas – d’histoires se passant là-bas) et j’ai découvert aussi le plaisir des expressions créoles au fil des pages.

J’ai été une fois en vacances en Guadeloupe il y a plus 15 ans, j’avais donc quelques images en tête des paysages et aussi de bons souvenirs en mémoire (l’atmosphère le soir chargée de bruits de crapauds et d’insectes, la nuit qui tombe d’un seul coup, la température idyllique de la mer pour une frileuse comme moi, les rhums arrangés du marché et les accras de morue à déguster avec..) mais je ne connaissais pas grand chose à l’histoire de la Guadeloupe.

C’est cette histoire dans les années 50/60 et cette culture qu’Estelle Sarah Bulle nous raconte à travers trois voix, Antoine, Lucinde et Petit Frère, trois frères et soeurs dont on suit le destin. Ce sont leurs mots, seul héritage de la famille Ezechiel, que leur nièce, une jeune femme née en banlieue parisienne (comme l’auteure Estelle-Sarah Bulle née de père guadeloupéen), capture au fil de leurs conversations.

Antoine, l’aînée, est celle qui a la plus forte personnalité, elle est incroyablement belle et fait en sorte, tout au long de sa vie, que rien n’entrave sa liberté. Elle est la première à quitter Morne-Galant (un endroit tellement à part que dans cet endroit « les chiens aboient par la queue » ) pour Pointe à Pitre et les pages où elle parle du marché, de ses odeurs, puis des hauts de Pointe à Pitre sont très réussies :

La municipalité laissait ce genre de trafic se développer sur tous les entours de la ville. Cela évitait au maire de construire des logements pour les pauvres. Les blancs et les mulâtres qui possédaient tout le centre ville laissaient faire aussi. Ils avaient ainsi disponible une main d’oeuvre grouillante, sans avoir à construite un pan de mur.

Elle connaîtra jusqu’à son arrivée en France en 1968 une destinée assez incroyable mais c’est sa nièce qui raconte une scène de racisme ordinaire à Créteil et l’absence de modèles antillais à l’époque.

Petit Frère, le personnage qui m’a le plus ému dans sa quête de la seule photo de sa mère, évoque aussi le regard des métropolitains sur les antillais :

Je dirais qu’en métropole, nous sommes devenus noirs vers 1980, à partir du moment où avoir du boulot n’est plus allé de soi.

L’histoire de Là où les chiens aboient par la queue à la fois loin de nous avec des traditions et des croyances, une société hiérarchisée selon les nuances infimes de couleur de peau, l’essor du commerce des Caraïbes, une langue propre (« Travailler dans son lolo »  » un cousin un peu dek dek » ) et universel (rapport aux parents, rapport entre frère et soeur, histoire d’amour, double culture). C’est à la fois drôle et émouvant. On ne s’ennuie pas une seule minute et en refermant Là où les chiens aboient par la queue se dresse un tableau de la Guadeloupe, vivante, rebelle et bien loin des clichés.

 

La vraie vie, quand on est une fille de 10 ans et qu’on habite une maison avec quatre chambres dont une chambre des cadavres, avec derrière le jardin le bois les Petits Pendus et pas loin le labyrinthe des voitures cassées comme terrain de jeu, ressemble à un conte qui effraie les enfants. Quand en plus, dans la famille, le père a tout d’une bête féroce, la mère d’une amibe et que le petit frère, suite à un terrible accident, est devenu mutique, le conte devient cauchemar.

La vraie vie serait-ce celle qui recommencera quand cette fille aura réussi à remonter le temps comme dans le célèbre film. Alors elle retrouvera le rire de son petit frère Gilles et leurs jeux ensemble.

A moins que La vraie vie ce soit celle qu’elle sent naître et palpiter dans son ventre en grandissant, mélange d’élan vital dont dépend sa survie et d’éveil sensuel lié à son corps qui change.

La vraie vie c’est peut être aussi celle qu’elle choisit en luttant pour ne plus être une proie. Elle s’enfuit de ce foyer pire qu’étouffant dès qu’elle peut pour prendre des cours de physique quantique avec le professeur Pavlovic. Elle savoure tous les instants passés en compagnie de La Plume et du champion de karaté car ils lui offrent cette douceur, cette légèreté qu’elle n’a pas chez elle.

Des histoires de violence conjugale ont déjà noirci bien des pages. J’ai pensé pendant ma lecture à ce livre jeunesse qu’en tant que jeunes parents on lit un jour aux enfants pour leur expliquer la colère. Comme dans Grosse Colère,  le père est rouge de colère, submergé, emporté, incontrôlable. J’ai pensé aussi au film très fort et juste  Jusqu’à la garde, pendant lequel je me suis cramponnée à mon fauteuil jusqu’au générique de fin alors qu’il n’y a pas un coup, pas une goutte de sang.

 

Pourtant ce roman est atypique et unique. La force de ce livre, pour moi, tient à l’extraordinaire travail sur la langue, à la façon dont l’auteure, Adeline Dieudonné,  convoque les mots pour faire naître sous nos yeux de lecteur des images d’une puissance saisissante (tellement marquantes qu’elles m’ont valu un réveil en pleine nuit le cœur battant ).

J’avoue que je n’étais pas particulièrement emballée par l’idée d’une histoire racontée par le prisme d’un enfant. Pourtant tout en évitant les écueils liés ce point de vue (la mièvrerie et une certaine naïveté qui m’agacent dans certains romans), j’ai compris que c’était bien plus qu’un exercice de style ou une contrainte que ce serait donnée l’auteur pour corser l’écriture. Cette fille puis jeune fille arrive en effet à nous faire ressentir l’atmosphère irrespirable dans lequel baigne son foyer où chacun est suspendu à la moindre réaction du père, guettant dans chacun de ses gestes ou mimiques le signe d’une prochaine crise de violence.

Dans un souffle à peine audible, il a dit : « C’est ça que tu appelles saignant ? ». Ma mère est devenue si blanche qu’on aurait pu penser que tout son sang était parti dans l’assiette de mon père.

Comme elle, on oscille entre incompréhension (comment un père peut-il voir sa propre fille comme une proie ? comment sa mère peut vivre dans une telle situation ?) et volonté de comprendre.

Tout ce qu’elle pouvait espérer c’était que toute la colère de mon père sorte en cris. Enfin c’était plutôt des rugissements. Sa voix éclatait, elle bondissait hors de sa gorge pour aller dévorer ma mère. Elle la découpait, la mettait en pièces pour la faire disparaître. Et pour ça, ma mère était d’accord. Disparaître. Et si les rugissements ne suffisaient pas, les mains venaient aider. Jusqu’à ce que mon père se vide complètement de sa colère. Ma mère se retrouvait toujours par terre, immobile. Elle ressemblait à une taie d’oreiller vide. Après ça, on savait qu’on avait quelques semaines de calme devant nous.

Pour un premier roman, Adeline Dieudonné avec La vrai vie, a frappé très fort.

 

Pin It