Tag

roman

Browsing

Un soir Louis, le fils d’Anne , ne rentre pas à la maison. Il a 16 ans et commence pour sa mère une très longue attente. A-t-il fugué suite à l’annonce du pensionnat par son beau père Etienne ? S’est-il senti de trop une fois de plus depuis sa mère s’est remariée ? Ainsi commence Une longue impatience.

Depuis ce sont des jours blancs. Des jours d’attente et de peur, des jours de vie suspendue, de respiration suspendue, à aller et venir, à faire cent fois les mêmes pas, les mêmes gestes, à essayer de reconstituer les derniers moments de la présence de Louis à la maison, à tenter de me souvenir des derniers mots échangés, de les interpréter, d’y trouver un sens caché, d’y déceler un message, une intention. A penser à ce qui m’avait échappé, à ce que je n’avais pas su voir, pas su deviner, pas du dire.

Elle, elle l’attend dans l’incertitude puis quand elle découvre qu’il s’est embarqué sur un cargo pour des contrées lointaines, elle compte les jours jusqu’à son retour, sûre qu’il reviendra.

Pour supporter cette attente qui la dévore, Anne imagine la fête qu’elle donnera au retour de lui et dans une lettre, elle lui en décrit tous les détails, tous les plats.

Pourquoi j’ai aimé une longue impatience ?

♦La première chose qui m’a plu et très vite, sans attendre la fameuse page 66, est la façon dont Gaëlle Josse construit ses phrases, son rythme, sa musicalité.

Une longue impatience est la douleur abyssale d’une mère face à l’absence de son fils mais aussi une réflexion sur l’école (Anne aime lire et apprendre mais elle déteste l’école car elle ne se sent pas dans son milieu), sur la condition sociale, sur les choix et la culpabilité, sur la fin de l’insouciance le jour où l’on devient parent.

Car toujours les mères courent, courent, courent et s’inquiètent, de tout, d’un front chaud, d’un toussotement, d’une pâleur, d’une chute, d’un sommeil agité, d’une fatigue, d’un pleur, d’une plainte, d’un chagrin. Elles s’inquiètent dans leur coeur pendant qu’elle accomplissent tout ce que le quotidien réclame, exige, et ne cède jamais. Elles se hâtent et se démultiplient, présentes à tout, à tous, tandis qu’une voix intérieure qu’elles tentent de tenir à distance, de museler, leur souffle que jamais elles ne cesseront de se tourmenter pour l’enfant un jour sorti de leur flanc.

♦L’histoire se déroule après la seconde guerre mondiale et les passages consacrés aux années de guerre sont aussi particulièrement réussis.

Une longue impatience est le portrait d’une femme dont la fuite de son fils fait écho à son propre désir de fuite lorsqu’elle était enfant; une femme qui ne se sent pas à sa place depuis qu’elle a épousé un notable à qui on donne du « Monsieur » :

« Dans la grande maison, personne ne peut deviner que je me sens comme une invitée ».

Anne est aussi une femme coincée entre la haine et l’amour qu’elle éprouve pour son mari, coincée dans un espace temps qui semble suspendu alors que les années défilent, une femme qui cajole, console, écoute ceux qui restent mais qui n’est jamais vraiment là entièrement.

Peut-être que ce qui m’a plus le plus bouleversé dans Une longue impatience, en dehors de la fin, ce sont ces êtres qui s’aiment très fort mais qui se rendent quand même malheureux.

De la même auteure, je vous conseille aussi Le dernier gardien d’Ellis Island

Est ce que vous connaissez cette auteure ? avez-vous lu ce livre ?

Si je ne craignais pas les titres à rallonge, j’aurais écrit, à propos d’Un poisson sur la lune de David Vann, « le livre qui vous fait vivre comme dans la tête d’un maniaco-dépressif ». Je ne suis pas sûre que ce soit très vendeur à l’heure des « good feel book » et de cette quasi interdiction du spleen. Angèle en a fait une chanson :

Cela me parait pourtant la meilleure façon de résumer le dernier roman de David Vann d’abord parce que j’ai été bluffée par la justesse et la précision avec laquelle il décrit toutes les pensées de cet homme (Jim)qui a décidé d’en finir avec la vie. Je me suis même demandée si l’auteur souffrait lui même de dépression.

Ensuite j’ai pensé à pas mal de livres qui traitent de cette maladie mentale :

La succession de Jean-Paul Dubois, où l’héritage n’est pas que matériel mais aussi tragique comme si le suicide se transmettait dans les gènes


L’autre qu’on adorait de Catherine Cusset, roman écrit suite au suicide d’un ami très cher de l’auteure. Je m’étais retrouvée dans l’hypersensibilité de Thomas en lisant ses mots de Catherine Cusset :

« Je suis ton amie. Je ne suis pas méchante, tu l’as compris. Mais comme j’ignore la fragilité, comme j’ignore le mal qu’on fait à l’autre en posant le doigt sur ses zones les plus sensibles et en appuyant dessus ! »

Avec toutes mes sympathies d’Olivia de Lamberterie ou le portrait d’un frère qu’elle adorait et qui s’est suicidé

Il m’a semblé que pour la première fois, l’auteur adoptait un point de vue différent, sans utiliser le « je », nous lecteurs, nous sommes dans la tête de Jim.

Le livre s’ouvre alors que Doug vient chercher Jim, son frère à l’aéroport. Le psy a été formel : Jim ne doit jamais rester seul. Mais Doug le houspille, reprenant à son compte ces phrases si souvent entendues face à quelqu’un qui est dépressif :

« Tu ferais mieux de te ressaisir. Des menaces, parce que ça va l’aider, c’est bien connu. »

S’installe en quelques pages, la sensation perpétuelle d’étouffement de Jim. Avec Un poisson sur la lune, on est très loin d’un traitement journalistique ou médical de la dépression. Lors d’un rendez vous avec le psy, Jim compare la dépression qui s’abat sur lui et le met à terre avec des vagues puissantes. Le passage est réellement magnifique !

Pourquoi Jim a fait le voyage depuis l’Alaska où il est installé ? Au début, j’ai cru qu’il cherchait la cause de son désespoir en rendant visite à ses proches : ses enfants (dont son fils David …qui n’est autre que David Vann), son frère, son dernière femme, ses parents. Ou peut-être cherchait-t-il encore une raison de s’accrocher à la vie ? Très vite, j’ai compris qu’il s’agissait de dernières fois, d’adieux. Comme dans Avec toutes mes sympathies, même tout l’amour des siens, ne peut le sauver. Pour Jim, c’est déjà trop tard.

Un poisson sur la lune pose une question cruciale : qu’est ce qui donne sens à la vie ?

A propos de l’argent, Jim dit à ses enfants :

« Ne vous rendez pas esclaves de l’argent. Et fichez vous de ce que pensent les autres. Encore un truc inutile. »

A la sensation d’étouffement, s’ajoute celle d’un temps qui semble s’étirer de manière infinie :

« Comment survivre assez longtemps pour atteindre ce moment où la vie redevient quelque chose de désirable ? »

Un poisson dans la lune est un roman très noir, à l’écriture au scalpel, pas dénué d’humour par petites touches et qui laisse un sentiment d’impuissance face à un homme que rien ne peut aider.

Si je devais citer mes écrivains préférés, dans ma liste les femmes auraient une place importante. Je ne les lis pas parce que ce sont des femmes mais parce que leur style, leur plume, leur univers me touchent. Alors parmi mes dernières lectures, j’avais envie de vous parler de Delphine de Vigan et de son dernier roman, Les gratitudes.

crédit photo : hachette

Les gratitudes de quoi ça parle ?

Michka ne veut plus vivre seule, elle a peur car les mots s’enfuient. Ce sont ces derniers mois dans un Ehpad, entourée de Jérome et Marie, que nous raconte Les gratitudes.

Le comble pour parler des gratitudes de Delphine de Vigan ? Ce serait de ne pas trouver les mots, comme Michka, l’héroïne de son dernier roman.

Les mots, Delphine de Vigan, joue avec, remplaçant ceux qui manquent dans la bouche de Michka par d’autres. Il en naît une cocasserie (et un plaisir de lecture pour moi) qui contrebalance la détresse de la vielle dame.

Ces mots, ce sont ceux qu’il faudrait oser prononcer avant qu’il ne soit trop tard :

« Tout ce qu’on rejette…regrette, quand les gens disparaissent, pffuit…comme ça, vous voyez ? Ça arrive, vous savez. On ne peut pas rester avec tout ça dans le coeur. Après ça fait des cocards…cauchemars, vous voyez. »

Le mot c’est ce « merdi » que Michka aimerait adresser, avant de tirer sa révérence, à ceux qui lui ont sauvé la vie pendant la seconde guerre mondiale.

Pourquoi j’ai été touchée par Les gratitudes

Moins enthousiasmée par Les loyautés (qui fait partie d’un triptyque dont Les gratitudes est le second volet, sans être une suite au niveau de l’intrigue), j’ai retrouvé, dans ce texte, la sensibilité de Delphine de Vigan , celle qui m’avait tant touché dans Les heures souterraines ou dans Rien ne s’oppose à la nuit.

Comment parler d’une chose qu’on n’a jamais vécu personnellement, à savoir la vieillesse ? Delphine de Vigan y parvient avec une rare justesse à travers le regard de Jérôme, l’orthophoniste de Michka et de Marie, cette jeune femme qu’elle a recueilli et élevé comme sa fille.

Ces deux-là s’attachent à ne pas oublier quelle femme a été Michka :

« Je lutte mais cela ne marche pas, je finis toujours par m’adresser à elle comme à une enfant et cela m’arrache le coeur, car je sais quel genre de femme elle a été, je sais qu’elle a lu Doris Lessing, Sylvia Plath et Virginia Woolf, qu’elle a gardé son abonnement au Monde et qu’elle continue de passer chaque jour en revue la totalité du journal, même si elle n’en parcourt plus que les gros titres » dit Marie.

« Quand je les rencontre pour la première fois, c’est toujours la même image que je cherche, celle d’Avant » confie Jérôme.

Delphine de Vigan m’a ému par ses mots sur la maternité et ce que je vois comme un signe aux lecteurs et lectrices de ses précédents romans lorsqu’elle écrit :

« Sa mère, elle était …cette jeune femme..triste…parfois elle passait tout le jour, fermée…sans sortir du lit…dormir, dormir, tout le temps, vous voyez les draps fermés, les portes fermées.. »

Comment ne pas penser à la propre mère de l’auteure et à Rien ne s’oppose à la nuit ?

Et puis cette histoire elle est devenue mienne. Je me suis imaginée comme Marie dans 40 ou 50 ans avec cette souffrance de ne plus être touchée par personne. J’ai aussi forcément pensé à ma grand mère qui ne perd pas ses mots mais ses souvenirs immédiats depuis bien des années.

Alors Delphine de Vigan, pour savoir si bien mettre des mots sur des ressentis, je voulais vous dire merci.

En janvier j’ai été à Rhode Island, en Californie, à Amsterdam, dans l’Est de la France…et tout cela avec une poignée de romans. Bien entendu, j’aimerais pouvoir voyager physiquement plus souvent, m’offrir un séjour comme au cinéma (grâce au tout nouvel outil de l’agence de voyages Expedia qui permet à ses utilisateurs de découvrir une multitude de séjours dans le monde entier, tous inspirés des scènes de leurs films préférés) à Rome ou à Glascow. Néanmoins les livres restent un formidable moyen de vivre ailleurs, d’autres vies, d’autres époques. La preuve ce mois ci, à travers mes lectures :

-je me suis projetée à Lyon pendant l’occupation et j’ai appris combien la parole des survivantes avait été enfuie au retour des camps :

 

 

 
 
 
Voir cette publication sur Instagram
 

 

 

 
 

 
 

 

 

🌺 SOEURS INSEPARABLES🌺 Je ne connaissais que les grandes lignes de l’histoire tragique de Simone Veil. Je ne savais rien sur son père qui pensa pendant longtemps que les juifs français seraient épargnés, rien sur sa sœur Denise agent de liaison à Lyon, rien sur Milou et sa fin tragique, rien sur son frère Jean dont on ne saura jamais vraiment où et comment il est mort. 🌺🌺 Les inséparables revient sur les quelques années qui ont précédé la déportation de Simone Veil et de sa famille, sur le retour des survivantes et sur l’après jusqu’aux années récentes où chaque semaine Simone Veil et Denise se retrouvaient, inséparables face à leur lourd passé. Étrange de lire que le siège de la police allemande était place Bellecour ou qu’un lieu de rendez vous pour les résistants était place Jacobin. Dur d’imaginer le climat de suspicion et de peur régnant à Nice. Impossible de comprendre ce que ces soeurs ont vécu dans les camps mais indispensable devoir de mémoire. « L’entourage réagit à l’unisson : Tournez la page. Oubliez c’est du passé. Combien de fois ont-elles entendu ces phrases toutes faites. C’est l’inverse pour oublier il faudrait parler, il faudrait qu’on les écoute, qu’on mesure ce qu’elles ont enduré. » 🌺🌺 #bookstagram #bookish #booklover #livrestagram #reading #document #grandprixdeslectriceselle2019 #deportation #histoire #simoneveil #lyon #blog

Une publication partagée par bookaddict (@bookaddictlyonnaise) le

-Je me suis demandée si je ne devrais pas prendre des cours pour être capable de faire un massage cardiaque si un jour …

Voir cette publication sur Instagram

🔻DE BATTRE SON CŒUR S’EST ARRÊTÉ🔻 D’abord il y a ce drôle de ronflement et elle croit que son amoureux fait l’imbécile. Puis le front luisant et cette poitrine qui ne se soulève plus. Nous lecteur, on se retrouve suspendu à chaque minute, celle qui sauve, celle qui rapproche de la mort ou l’en éloigne. Comme elle, on a peur, on a le ventre noué, on est cotonneux, on imagine le pire mais on garde espoir, on suit le rythme des phrases courtes comme des pulsations cardiaques. 💪Le super pouvoir de Vigile ? 💪 Rendre universel un drame personnel et intime (ce que nous raconte l’auteure, elle l’a vécu) sans jamais tomber dans le pathos. Vigile est une déclaration à l’homme qui partage sa vie, à ceux qui sont là quand on se sent si seul, un hymne à cette vie qui peut basculer en une nuit. 🔻🔻 À déconseiller peut être aux hypocondriaques (je ne le suis pas mais ça m’a secoué). Vous l’êtes ? #bookstagram #bookish #booklover #livrestagram #amour #roman #rl2019 #lecturedumoment #lecture #lyonnaise #blog #vendredilecture

Une publication partagée par bookaddict (@bookaddictlyonnaise) le

-Je me suis passionnée par un thriller plaçant la loi au cœur de son intrigue (inspiré de faits réels)

 

 

 
 
 
Voir cette publication sur Instagram
 

 

 

 
 

 
 

 

 

⚖️LA LOI EST DURE MAIS C’EST LA LOI ⚖️ Cela commence comme un thriller « classique  » avec l’histoire d’un serial killer qui assassine sauvagement deux femmes et trois enfants. Sauf que Kwame Diggs est mineur et que le Code Pénal de Rhode Island prévoit alors que tout délinquant juvénile doit être libéré à ses 21 ans. Et c est ainsi que ce livre bascule dans un thriller beaucoup plus intéressant, haletant. 💪Les super pouvoirs de Dura Lex 💪 🔻Mettre au cœur de l’intrigue un questionnement moral : peut-on pour la sécurité de tous (si Kwame ressort il tuera à nouveau c’est certain) bafouer les libertés individuelles d’un individu ? 🔻Montrer le pouvoir et les dérives de la presse et de la justice. 🔻Construire l’intrigue de manière à ce que ce soit haletant MAIS intelligent et alors même que très vite on sait qui est le coupable. 🔻C’est rythmé, c’est crédible et cela me donne très envie de découvrir d’autres titres de cet auteur ! Et vous vous connaissez Bruce Desilva ? ⚖️⚖️ #bookstagram #bookish #lecture #polar #romannoir #litteratureamericaine #justice #grandprixdeslectriceselle2019 #livrestagram #blog #lyonnaise

Une publication partagée par bookaddict (@bookaddictlyonnaise) le

-J’ai passé quelques soirées avec Berlioz apprenant que de son temps, il était beaucoup plus aimé à l’étranger qu’en France

-J’ai suivi Helen et Franck de Rome à Londres en passant par Amsterdam et la Normandie mais sans vraiment croire à leurs voyages 

 

 

 
 
 
Voir cette publication sur Instagram
 

 

 

 
 

 
 

 

 

◾DANS SON OMBRE◾ Cela pourrait être une histoire d’amour mais pour qu’il y ait histoire ne faut il pas être deux ? Ma dévotion est plutôt la vénération d’Helen pour Franck, son dévouement quasi total pour cet homme raconté dans des chapitres très courts. ◾◾ Le problème est que je n’ai jamais vraiment cru à cette histoire. Est ce parce que j’ai trouvé un peu gros que nos deux protagonistes habitent comme par hasard à côté après avoir tous deux vécu dans divers pays ? Est ce parce que les clichés sur la jeune fille normande.-plouc et arriviste-qui monte à Paris m’ont agacé ? Est ce parce que les violences sexuelles subies par Helen sont très vite oubliées ? En tous cas Helen et Franck sont restés pour moi des êtres de papier et les décors du carton pâte. Je n’ai lu que de très bons avis au sujet de ce roman mais pour moi l’adoration n’a pas eu lieu. ◾◾ #bookstagram #bookish #booklover #livrestagram #reading #grandprixdeslectriceselle2019 #litteraturefrançaise #lyonnaise #lecturedumoment

Une publication partagée par bookaddict (@bookaddictlyonnaise) le

-je me suis demandée s’il fallait être tout le temps méfiant dans la vie …ou pas 

 

 

 
 
 
Voir cette publication sur Instagram
 

 

 

 
 

 
 

 

 

♦️ SOUS INFLUENCE ♦️ Il y a des auteurs qu’on aime mais qui écrivent un peu toujours le même livre. Entre un jour tu raconteras cette histoire (l’avant dernier livre de Joyce Maynard qui m’avait bouleversé) et De si bons amis (titre français; Under the influence en anglais ), les intrigues n’ont rien à voir. Cette fois Joyce Maynard nous raconte l’histoire d’Hélène McCabe qui est au fond du trou et qui rencontre un couple de riches Californiens qui lui tend la main… Mais sont ils si désintéressés qu ils ne paraissent au premier abord ? En y réfléchissant bien, il y a au moins un trait commun entre chaque livre de l’auteur : sa capacité à dresser des portraits de femmes complexes et touchants. 💪Le super pouvoir de Si bons amis ? 💪 Instiller peu à peu un sentiment diffus de malaise, mettre le lecteur sur le qui vive, construire une histoire qui bascule peu à peu dans l’amitié toxique en nous tenant, nous lecteur, sous influence. Peut être pas mon roman préféré de Joyce Maynard mais je m y suis laissée prendre avec plaisir guettant le moment où le « rêve américain » bascule en drame. #litteratureamericaine #joycemaynard #bookstagram #bookish #booklover #livrestagram #reading #lecture #lecturedumoment #lyonnaise #blog

Une publication partagée par bookaddict (@bookaddictlyonnaise) le

-Enfin j’ai lu le dernier Goncourt, pas parce qu’il a eu ce prix mais parce que le thème m’intéressait. Je l’ai trouvé assez désespérant sur l’état de notre société même si l’auteur est une preuve qu’on peut parfois s’échapper d’une route tracée par un milieu social.

Voir cette publication sur Instagram

♦️ DESENCHANTE ♦️ Ils ne sont pas si fréquents les romans qui peignent une fresque sociale, qui disent l’injustice par le biais de l’intime ou peut-être que d’habitude je ne les lis pas. Les enfants après eux est le portrait d’une région (l’est de la France, les hauts fourneaux) sinistrée par la désindustrialisation, une France des villes moyennes et des zones pavillonnaires plutôt invisible dans les médias. C’est aussi un retour dans les années 90 à travers 4 étés (avec plein de références qui font tilt) et le portrait d’adolescents qui rêvent tous de fuir ce lieu qui semble comme une entrave à leur liberté. 💪Les super pouvoirs de ce roman 💪 Démonter quelques idées toutes faites. On a coutume de dire que quand on est jeune tout est possible, l’auteur nous suggère (car il n’est jamais dans la démonstration) le poids du milieu social. Non l’école n’est pas ce fameux ascenseur social, les formations sans débouchés sont légion, les emplois abrutissants aussi. J’ai souvent entendu mes parents dire qu’ils vivaient mieux que leurs parents mais aujourd’hui ? Tout au long du roman, s’installe comme une sensation de moiteur, d’anesthésie liée à la chaleur, à l’alcool et la drogue qu’on consomme pour oublier mais aussi comme pour traduire ces destins englués par leur situation sociale. Le propos n’est jamais didactique car tout est dit à travers les trajectoires d’adolescents, leur éveil à la sensualité, leurs relations avec les parents. Même si j’ai trouvé qu’il y avait quelques longueurs dans ce roman, Les enfants après eux réussit à nous dépeindre des vies d’ennui et sans beaucoup d’espoir mais construit de telle sorte qu on a envie de connaître la suite. Assez désespérant mais éclairant ! ♦️♦️ #bookstagram #bookish #booklover #livrestagram #reading #roman #fresquesociale #lyonnaise #goncourt #lecture

Une publication partagée par bookaddict (@bookaddictlyonnaise) le

Je n’ai pas eu d’énorme comme coup de coeur en janvier (mon dernier étant Asta ), mais j’espère que ce petit récapitulatif vous donnera envie de lire un de ces livres.

Bonnes lectures !

lien partenaire

Allons droit au but : Asta m’a emporté, m’a chaviré, m’a bouleversé, j’ai eu si souvent envie de noter ses phrases, je l’ai dévoré et en même temps dégusté, je voulais connaitre la suite mais je retardais le moment de quitter les personnages crées 500 pages plus tôt.

De l’auteur Jón Kalman Stefánsson, pourtant assez connu, je n’avais rien lu et dès le départ j’ai été bluffée par son style, par sa plume (oui toujours et encore), par sa façon de construire son intrigue. Rien n’est linéaire, on saute d’un personnage à l’autre, d’une époque à une autre, d’un lieu à un autre comme si une tornade nous emportait. Au départ, je me suis sentie un peu déséquilibrée, inconfortable (face à une tornade c’est peut être normal) et puis cela m’a grisé.

Jón Kalman Stefánsson /crédit photo :DR

Asta : De quoi ça parle ?

Oui mais l’histoire me direz-vous, de quoi parle Asta ? Il n’est pas simple de résumer en quelques mots cette saga qui se déroule en Islande des années 50 à nos jours autour d’Asta (sans le a en islandais ce prénom signifie amour) et de Sigaldi son père ainsi que de tous ceux qui ont compté dans leur vie.

Asta raconte deux vies « ordinaires » dans le sens où les personnages principaux ne sont pas des héros ayant marqué l’histoire ou ayant accompli des choses qui l’aurait changée mais grâce au talent de Jón Kalman Stefánsson et de son formidable traducteur Eric Boury, elles deviennent extraordinaires. Leurs vies sont à la fois semblables aux nôtres et à la fois mille fois plus romanesques et cette dichotomie infuse tout le roman. Le bien et le mal, le sexe et la mort, le désir et l’amour, la raison et la folie.

Ce roman est tellement riche que j’ai l’impression que face à un festin, je suis en train de vous décrire chichement un misérable amuse bouche.

« La meilleure manière de contrer la mort c’est de se constituer des souvenirs qui, plus tard, auront le pouvoir de caresser doucement et d’apaiser les blessures de la vie. »

Et des blessures, ils en ont Asta, Sigaldi, Helga, Joseph. Celles liées aux rendez vous manqués entre un père et une fille, celles liées à l’incompréhension et l’incommunicabilité des sentiments, celles des amours impossibles et passionnés, celles des deuils.

Asta : mille et une raisons de le lire

Asta est une saga mélancolique qui m’a envoûté au fur et à mesure de ma lecture ; au fur et à mesure que Sigaldi -peintre en bâtiment victime d’une chute d’échelle et allongé sur le trottoir, incapable désormais de bouger- se remémorait des épisodes de sa vie ; au fur et à mesure que je découvrais les lettres écrites par Asta à celui qui partageait sa vie.

La lettre de Barcelone écrite par Joseph est comme un coup de grâce. Je me fais violence pour ne pas la recopier ici, tant j’ai aimé chacun des mots de cette déclaration d’amour à l’envers.

Asta est aussi une saga exaltante tant il y est question de poésie, du pouvoir de la musique, du rôle de l’écrivain par rapport à ses personnages (le narrateur apparaît ainsi lors de plusieurs chapitres) sans jamais tomber dans l’exposé. Au contraire Jón Kalman Stefánsson a le don de mêler idées et actions, sensations et images.

N’est ce pas la plus agréable sensation au monde ? Avoir hâte. Surtout lorsqu’il s’agit de retrouver une personne qui vous est chère. Alors, on se sent vivant.
On est vivant.
Puis il se passe quelque chose

Pendant la lecture d‘Asta, le cerveau bouillonne, le coeur bat plus vite. Asta est un livre qui ne ressemble à aucun autre et qui ne s’oublie pas.

D’habitude les livres que je n’ai pas envie de reposer mêlent petite et grande histoire, sont des sagas ou des romans choraux. Rien de tout cela avec Le discours de Fabrice Caro et même plutôt le contraire : unité de temps, unité de lieu, unité de décor, tout se passe dans la tête du personnage principal, le même jour, dans un même lieu, au cours d’un repas familial.

Le point de départ de l’histoire ? Une demande de discours à Adrien, le personnage principal et le narrateur, de la part de son futur beau-frère pour le mariage de sa soeur. Comme Adrien est plutôt un « looser » (dans lequel je me reconnais sur de nombreux points, je ne vous en ferai pas la liste )), l’idée de parler en public le plonge dans un grand désarroi, début d’un monologue intérieur qu’on imagine très bien façon stand up.

Adrien n’attendrait pas désespérément le SMS de sa petite amie Sonia, qui lui a imposé « une pause », son regard sur son environnement serait moins sévère. Mais là tout l’agace, tout le déprime et c’est très drôle (en tous cas pour moi).

Et je réalise tout à coup l’incongruité de ma ponctuation : pourquoi un point d’exclamation à la fin de bisous ? Pourquoi cet emballement soudain ? Ce point d’exclamation délivre un message inverse à celui souhaité : ce point d’exclamation est une demande, une supplique, un cri de douleur, il mendie une réponse, il quémande de l’amour, c’est de la ponctuation de genou à terre, il hurle Sonia, bordel, qu’est ce que tu fous ! Réponds-moi ! Tu vois pas que je suis malade de chagrin, que je n’y arrive pas sans toi, que tout est vide et fade et sans le moindre sens. Il se veut festif et léger mais il n’est que larmoyant et inquiet.

J’ai ri en repensant à mes cours d’E.M..T (sigle que seuls les gens de mon âge peuvent comprendre)). Pas de porte serviette à mon actif mais un vide poche assez informe fabriqué pendant le cours de poterie (on était très loin de Ghost pour celles qui ont fantasmé sur la scène des mains dans la glaise) que ma mère a gardé sur son bureau jusqu’à sa retraite.

J’ai ri quand Adrien lit l’horoscope de Marc Angel et interprète chaque mot, chaque phrase parce que je lis toujours mon horoscope en espérant qu’il ne m’annonce que des choses positives (décrocher la mission de mes rêves, faire tourner toutes les têtes autour de moi) tout en sachant pertinemment que toutes les Vierges de France et de Navarre ne peuvent pas vivre ce qui est résumé en un court paragraphe au même moment.

J’ai ri si souvent en lisant Le discours de Fabrice Caro que je me suis dit que cela arrivait rarement (hormis peut être avec de la BD), très rarement même. Alors non ce n’est pas une grande fresque, non cela n’est pas animé d’un grand souffle romanesque mais je suis arrivée à une période de ma vie où je profite de chaque minuscule moment de plaisir et en lisant Le discours, des minuscules moments de plaisir j’en ai eu plein. Je n’avais plus du tout envie de lâcher ce livre une fois ouvert et finalement ce qui m’importe le plus quand je lis, c’est le plaisir de lecture procuré plus que l’ambition du livre.

Fabrice Caro n’est pas sans me rappeler Philippe Jaenada. Il maîtrise très bien les digressions (si vous n’aimez pas cela, fuyez), tout en retombant toujours sur ses pieds. Il joue avec le lecteur en créant des références au début du roman qui reviennent et s’insèrent de manière naturelle dans d’autres scènes et c’est assez jubilatoire.

Le discours de Fabrice Caro aurait pu tomber dans un certain cynisme car il se moque de pas mal de conventions mais le roman fourmille de petits détails qui montre la tendresse sous le regard mordant.

La descente du « Mon cœur d’amour » à Adrien est une piste noire verglacée qu’on descend sur les fesses, sans pouvoir rien faire d’autre qu’attendre d’être en bas, passif et résigné.

Avant d’écrire ce roman, Fabrice Caro a été un auteur prolixe de bandes dessinées. Comme j’avais été enthousiasmée par Le discours, j’avais envie de lire plus de livres de cet auteur. J’ai commencé par Zaï Zaï Zaï Zaï, dans lequel le facteur identification est absent et l’humour beaucoup plus absurde. Cela dit, c’est souvent drôle alors en cas de blues hivernal, je vais me prévoir quelques doses de Fabrice Caro.

Et vous, quel est le dernier livre qui vous a vraiment fait rire ? 

 

 

Pin It