roman Archives - Chroniques d'une Chocoladdict
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C’est étrange en cherchant le titre de ce billet, je me disais que je n’irai jamais voir ce genre de film apocalyptique au cinéma. Quand les multiplex m’imposent leur bande annonce de blockbuster américain avec héros seul survivant d’une énième fin du monde, je pouffe déjà sur mon siège tellement je trouve cela pétri de clichés. Dans la forêt est le second livre (seulement) de Gallmeister que je lis cette année et bien entendu cela a joué dans mon choix. J’ai redécouvert cette maison d’éditions avec My absolute darling, encensé par la critique et qui a reçu depuis le prix America du meilleur livre américain de l’année.

Je ne veux pas me la jouer à tout prix rebelle, pourtant de deux livres, tous les deux dans la veine « nature writing » qui est la ligne éditoriale de Gallmeister, j’ai préféré Dans la forêt que j’ai trouvé moins sombre, plus vibrant de vie. Les ressemblances entre les deux romans sont nombreuses : une famille américaine isolée et vivant au milieu de la nature, des jeunes filles (2 soeurs Neill et Eva Dans la forêt; Turtle dans My absolute Darling), la survie dans les deux cas face à des situations différentes.

Imaginez que peu à peu, suite à une « catastrophe politique » qui reste ici assez vague quant aux explications, il n’y ait plus de magasins d’ouverts, plus d’écoles, plus de transports en communs, plus d’essence, plus de réseau téléphonique, plus de représentant de l’état, plus de docteurs, plus de vivres à acheter, plus d’électricité et ce, pour une durée indéterminée.

Imaginez maintenant que vous êtes ado et que vous vivez seul au milieu de la forêt, à des kilomètres de la ville la plus proche, que les maisons de vos voisins ont été pillées et désertées et que de nombreuses personnes sont mortes victimes d’épidémies. Avouez que le présent peut paraître un tantinet désespérée ? Et pourtant ce qui apparaît au fil des pages, c’est la beauté des deux héroïnes, leur souffle de vie, leur combativité même si elles n’endossent jamais le costume de super-héroïne (tout reste toujours crédible, ce qui est très important à mes yeux ).

La forêt est bien entendu très présente. Elle est à la fois fascinante, majestueuse et terrifiante. Elle est au fil du temps et des épreuves, un lieu de jeu d’enfance, un lieu charnel, un lieu cachette, un lieu de chasse, un lieu de vie. Pourtant, et contrairement peut être à la sensation que j’avais eu en lisant My absolute darling, elle n’est pas le personnage principal.

Ce sont ces deux soeurs qui portent le roman, immobiles physiquement car contraintes par la situation à rester où elles ont toujours vécu alors qu’elles évoluent beaucoup psychologiquement au fil du temps.

Interrogation sur ce qu’il nous reste quand on ne possède plus rien, remise en cause du consumérisme, importance de la culture (une des sœurs danse, l’autre écrit) face au désespoir, Dans la forêt brasse de nombreux thèmes mais si je l’ai lu avec autant de plaisir c’est grâce à l’inventivité de l’auteur. Cela commence dès le début dans la façon d’imaginer comment nous raconter cette histoire et cela se poursuit par de multiples imprévus.

Bref Dans la forêt est un puissant, vibrant, sensuel retour à la nature que je vous conseille vivement !

Et parmi mes lectures d’été, ce ne sera pas le seul « Gallmeister » car j’ai prévu de lire « Mon désir le plus ardent » de Peter Fromm, une histoire d’amour inoubliable, parait-il.

Et vous, vous connaissiez Dans la forêt ?

 

La magie des romans comme L’art de perdre est d’aborder l’Histoire autrement (pas sûre du tout que spontanément je lirais un livre d’histoire sur la guerre d’Algérie et sur le sort réservé aux harkis). Un pan de l’histoire qui, à l’époque où j’usais mes jeans sur les bancs du lycée, était évoqué très rapidement comme d’ailleurs pas mal d’épisodes de l’histoire contemporaine.

Est ce juste une question de programme ou plutôt le signe d’une France pas très à l’aise avec ces algériens sur lesquels elle s’est appuyée pendant la guerre d’Algérie, à qui elle a promis protection et stabilité en France quand l’indépendance de l’Algérie a été déclarée puis qu’elle a parqué dans des camps, dans des minuscules maisonnettes en bois loin de tout regard puis logé dans des barres d’HLM.

Tout cela je l’ai découvert à travers le récit du destin de la famille Zekkar de 1930 à nos jours racontée par Naïma, petite fille de harki, comme l’est Alice Zeniter (ce qui explique sans doute que son propos ne sonne jamais faux comme il ne tombe jamais dans les clichés ni les jugements).

5 raisons de lire L’art de perdre

▼ Parce qu’il est très facile, les fesses sur son siège, dans son confort quotidien, de se dire, par rapport à telle ou telle situation, qu’on aurait fait « le bon choix ». Ce roman  montre à travers le personnage d’Ali qui a combattu pendant la seconde guerre mondiale et en est revenu si traumatisé qu’il ne peut pas en parler que la réalité est beaucoup plus complexe, sans frontières nettes entre les bons et les méchants.

▼ Parce que l’auteur met une telle force dans sa plume que certaines scènes de L’art de perdre se dessinent sous nos yeux comme des tableaux

Pour Hamid, ce sera différent. Ils n’en parleront jamais. Mais dans la tête du petit garçon, la vision reste. Alger la Blanche. Eblouissante. Prompte à réapparaître dès que l’on parle du pays. Précise et lointaine à la fois, comme une maquette de ville présentée sous vitrine dans un musée. Les ruelles qui découpent les maisons en blocs, l’escalade de la colline par des bâtiments lépreux. Les villas. Notre-Dame d’Afrique qui déguise Alger en Marseille.
Ce sera cette image-là qui s’installera derrière les yeux de Hamid et ressurgira chaque fois que quelqu’un dira « Algérie ». Et c’est pour lui un phénomène étrange car cette ville, il la voit pour la première fois au moment où le bâteau s’en éloigne. Ce n’est pas elle qui devrait représenter le pays perdu. Cette ville, elle n’est pas perdue puisqu’elle n’a jamais été possédée. Pourtant c’est elle qu’il emporte, sans le même le vouloir. Alger se glisse dans ses bagages.

▼Parce que le racisme si décomplexé de nos jours, et qui n’est après tout qu’un concept quand on est blanc aux yeux verts, ici on le touche du doigt, on le vit dans ses habits les plus ordinaires (terrible scène du café ! ) ou insidieuses.

▼ Parce que la dernière partie du roman (même si c’est celle que j’ai le moins aimée ) se recentre sur le personnage de Naïma, fille issue d’un couple mixte. Naïma bouscule toutes les idées qu’on plaque sur « les musulmans » comme si le fait même de les nommer comme un seul groupe avait du sens . Naïma a 30 ans, elle est célibataire, elle couche avec les hommes mais ne s’engage pas avec eux, elle n’est pas pratiquante et quand les attentats ont lieu en France, elle a doublement peur : peur du regard soudain méfiant de ses concitoyens et peur d’être une prochaine victime comme vous et moi.

▼Parce que L’art de perdre dit aussi des choses très justes et fortes sur la place de ces enfants immigrés qui ont souvent le sentiment d’avoir les fesses (décidément) entre deux sièges, sur la construction de l’identité, sur le sentiment pesant de honte et sur la réconciliation avec soi.

L’amour c’est bien, oui, dit Ali à son fils, c’est bon pour le coeur, ça fait vérifier qu’il est là. Mais c’est comme la saison d’été ça passe. Et après il fait froid.
Pourtant il ne peut s’empêcher d’imaginer que ce serait de vivre avec une femme qu’il aimerait comme un adolescent. Dont le sourire le paralyserait à chaque fois. Dont les yeux lui feraient perdre les mots. Michelle, par exemple. C’est plaisant de rêver quelques secondes. Il ignore que pour ses enfants et encore plus pour ses petits-enfants ces quelques secondes de rêve qu’il s’autorise parfois deviendront la norme à partir de laquelle ils jaugeront leur vie sentimentale. Ils voudront que l’amour soit le coeur, la base du mariage, la raison qui pousse à fonder une famille et ils se débattront en tentant d’articuler l’ordre du quotidien et la fulgurance de l’amour sans que l’un des deux n’étouffe ou ne détruise l’autre. Ce sera un combat permanent et souvent perdu mais toujours recommencé.

Et vous, vous avez lu L’art de perdre d’Alice Zeniter ?

Le mois de Mai s’achève et il a été plutôt riche en lecture pour moi avec Grand Frère, le dernier volet de la saga italienne d’Elena Ferrante et Guatanamo Kids, La vie secrète des animaux et ces deux livres dont je vous parle aujourd’hui. Si vous avez envie de savoir ce que j’ai prévu de lire en juin, je vous donne rendez vous sur mon compte Instagram dédié aux livres, bookaddictlyonnaise.

My absolute darling de Gabriel Tallent

Stephen King a crié au génie, l’accueil réservé à My absolute Darling a été globalement très bon et mes impressions à son sujet sont très contrastées voire ambivalentes.

D’abord tout le début du roman m’a relativement ennuyé avec ces histoires d’armes à feu, de tirs, de mécanismes pour les nettoyer. Je comprends bien que le propos global du livre est une critique à l’égard des armes à feu qui font partie de la culture américaine. D’ailleurs l’auteur fait dire à un des personnages que statistiquement on a plus de chances de finir mort (par accident) quand on possède un arme à feu chez soi (alors que le but est de se protéger) que lorsqu’on en a pas. N’empêche de toutes ces scènes j’ai eu envie de les sauter.

Ce qui m’a empêché de refermer le  livre c’est la manière tellement vivante qu’à Gabriel Tallent de décrire la nature, véritable personnage de ce livre. On la sent frémir, bouger, on sent sa dangerosité et le fait, encore une fois, que l’homme n’est qu’un point minuscule alors qu’il se pense le roi.

My absolute darling est aussi un livre violent : la violence de la nature dans certaines scènes (celle magnifique où Turltle et Jacob se retrouvent comme deux naufragés) mais surtout la violence humaine, celle d’un père manipulateur et abusif envers sa fille. J’imagine que rien n’est gratuit mais n’empêche qu’il y a quelques passages qui, pour moi, frôlent une certaine complaisance et j’ai eu bien du mal à ne pas détourner le regard (oui on parle bien d’un livre, je vis toujours mes lectures comme ça).

Paradoxalement quand un livre vous remue autant, on ne peut pas le jeter aux orties. D’autant plus que l’auteur (qui a juste 30 ans !)  a aussi le mérite de rentrer dans la tête d’une jeune fille de 14 ans et d’inviter le lecteur dans cette transition vers son « indépendance » (elle semble vis à vis de son père frappée du syndrome de Stockholm, elle le déteste et elle l’adore aussi), dans son ouverture vers le monde extérieur, sa rebellion.

My absolute darling est à priori tout le contraire des romans que j’aime habituellement : l’analyse psychologique des personnages est quasi absente, les personnages sont taiseux. Pourtant je suis presque sûre que c’est un roman dont je me souviendrai pendant longtemps.

Elle sort de la baignoire, elle voit son reflet dans la baie vitrée, Martin derrière elle, penché sur sa chaise, les yeux plissés, frottant son pouce contre sa mâchoire, et ils regardent tous deux son image, ses longues jambes striées d’ecchymoses noires et vertes. Elle prend une serviette sur le portant et s’enroule dedans, passe devant lui à petits pas boittants. Il se tourne pour l’observer, son oeil gauche plus triste que le droit, son visage ridé d’amour et de chagrin, et elle monte s’habiller, chacun de ses pores emploi de son amour, un amour qui la fait se sentir grande et heureuse, et elle pense, animée d’une force vengeresse, Advienne que pourra.  Elle doit se pencher pour récupérer ses vêtements sur l’étagère, elle exhale doucement et douloureusement, elle s’habille avec précaution, elle prend tout son temps, et quand elle a terminé, elle regarde par la fenêtre en se mordant la lèvre. Elle pense, Non, ça ne mènera à rien. Elle contemple le flan de la colline, l’étendue gracieuse de fléole des prés et de folle avoine, des parcelles abandonnées à l’herbe de la pampa et autres herbes invasives, et vers la route les ravanelles violettes et blanches en pleine floraison. Elle n’arrive pas à imaginer que sa vie puisse changer, elle n’arrive pas à imaginer comment le repas de ce soir pourrait aboutir à quoi que ce soit, elle n’arrive pas à imaginer comment cela pourrait mal tourner. Sa vie tout entière, son cours, les gens qui y évoluent, tout lui semble si immuable et il y a peut être des difficultés, et il y a peut-être des désaccords, mais ça ne mènera à rien.

Envie d’en savoir plus sur l’auteur ? Lisez son portrait dans Next Libération

Le goût d’Emma de Takahama, Maisonneuve, Pavlowitch

Après My absolute Darling, j’ai enchaîné avec quelque chose de plus gai puisqu’il est question dans le roman graphique, Le goût d’Emma, d’un des plus grands plaisirs de ma vie…bien manger.

Emma a un palais particulièrement fin, elle a le don de disséquer le goût des plats. Son rêve est de rentrer en tant qu’inspectrice au Guide Michelin. Elle pose une candidature spontanée et raconte dans Le goût d’Emma son parcours c’est à dire son éprouve de sélection, sa formation puis ses tournées.

Elle imagine des tables étoilées et elle se retrouve bizutée dans les coins les plus perdus à visiter des hôtels restaurants qui ne marqueront pas l’histoire de la gastronomie. Elle découvre aussi que les pépites ne sont pas forcément les endroits les plus médiatisés.

L’intérêt du livre est d’entrer côté coulisses dans le Guide Michelin et voir comment les restrautants sont inspectés, quels critères sont pris en compte, quelle est la vie d’un inspecteur (mieux vaut avoir un estomac solide ! ) mais aussi de voir comment la première femme inspectrice a été accueillie.

Il n’est question que de cuisine dans Le goût d’Emma pourtant cela ne m’a pas vraiment fait saliver (très peu de desserts et je suis un bec sucré) et je n’ai pas été sensible aux dessins (un côté manga ?). Au passage, la cuisine lyonnaise côté bouchons en prend un peu pour son grade, ce qui est plutôt amusant.

Et vous, quelles ont été vos dernières lectures ?

Il est 22h23 et je me demande si je dois me lancer à cette heure dans un billet « lecture » alors que je mets toujours un certain temps pour ne pas dire un temps certain lorsqu’il s’agit de parler de livres me refusant 1) à trop raconter l’intrigue 2) à aller voir sur d’autres sites ce qu’ils en disent. Alors je vais faire court pour vous parler des 4 derniers livres que j’ai lus. Il s’agit de 4 romans noirs et ce n’est pas un hasard mais une mise en bouche avant le week-end Quais du Polar qui se tiendra cette année du 6 au 8 avril 2018.

La femme à la fenêtre  : le plus « page turner »

Mon pitch : Une femme vit seule dans une maison et passe une grande partie de son temps à espionner la vie de ses voisins. Jusqu’au jour où elle aperçoit une voisine qui lui a rendu visite se faire poignarder. Elle appelle la police mais problème la femme qu’elle pense avoir identifié n’a jamais habité dans cette maison, aucun corps n’a été retrouvé et tout ce qu’elle raconte ressemble de plus en plus à des hallucinations. Comme elle prend médicaments et alcool, personne ne la croit et elle même doute. Alors a t elle rêvé ou pas ?

Ce que j’en ai pensé : Il y a sûrement pas mal de références à Hitchcock, les chapitres sont construits de façon à ce que le lecteur ait toujours envie d’aller plus loin. Le souci, c’est bien que ne lisant pas des tonnes de polars, j’ai deviné un des twists de l’intrigue et une autre bizarrerie m’a frappé alors qu’elle n’aurait pas du me mettre la puce à l’oreille. Je n’ai tout de même pas deviné le retournement final mais ce page turner m’a laissé une sensation très mitigée.

A.J Finn sera présent à Quais du Polar

Emma dans la nuit : le thriller psychologique

Mon pitch : Les soeurs Tanner, Emma 15 ans et Cass, 13 ans , sont tristement célèbres dans la région car elles ont disparu un soir sans qu’aucune piste plausible n’ait été trouvée. 3 ans plus tard, Cass frappe à la porte de ses parents et interrogée par le FBI raconte ce qu’il lui est arrivé à elle et à sa soeur.

Ce que j’en ai pensé : on se doute d’emblée que le récit de Cass est une construction, une invention du coup le lire jusqu’au bout perd, pour moi, un peu d’intérêt. J’ai été aussi assez gênée par le style laissant une très grande part au dialogues.

Natt: le plus islandais

Mon pitch : Bonne nouvelle l’inspecteur Ari Thor est de retour pour un troisième volet (après Snjor et Monk que j’avais beaucoup aimé). Cette fois un cadavre est retrouvé au bord d’un fjord et l’action ne se déroule pas en hiver mais en été.

Ce que j’en ai pensé : Plaisir de repartir en Islande, plaisir de lecture avec cette façon de construire l’intrigue comme un puzzle dont chaque chapitre serait une pièce, plaisir de retrouver un personnage en proie à ses questionnements personnels….bref je signerais pour un autre volet sans problème !

Jake : le plus bouleversant

Mon pitch : Simon est père au foyer, ce qui n’est pas toujours simple mais ses enfants sont le centre de sa vie. Le jour où il apprend qu’une fusillade a eu lieu dans l’école de son fils et que ce dernier pourrait être impliqué, son monde bascule. Et si son fils qu’il a vu grandir bien plus que de nombreux parents, était tout de même un inconnu ?

Ce que j’en ai pensé : D’abord au niveau du style, j’ai su dès les premières pages que l’auteur m’accrochait et puis je me suis reconnue dans certains traits de ce père de famille qui n’est pas très à l’aise avec les autres mamans, ni au square, qui savoure chaque minute de temps libre…bien qu’il aime ses enfants comme la prunelle de ses yeux. Il y a aussi des passages très justes sur la façon dont les enfants peuvent éloigner un couple. Et puis il y a ce suspense que l’auteur installe progressivement. Jake, le fils de Simon est introuvable et la recherche physique de ce dernier se double d’une recherche d’indices dans le passé pour savoir ce qui a pu cloché (avec des chapitres alternant présent et passé). Simon est très fort pour culpabiliser et là encore en tant que parent, on se reconnait forcément à un moment ou un autre. Si je rajoute que le dénouement est glaçant, j’espère vous avoir convaincu de le lire.

D’autres romans noirs dont les auteurs seront présents à Quais du Polar

🔪 Hannelore Cayre dont je vous conseille les romans noirs Commis d’Office, Toiles de maître ou le dernier La daronne (c’est drôle, c’est méchant parfois, c’est émouvant aussi avec une dose de rocambolesque)

🔪Michel Bussi dont je vous invite à lire Nymphéas Noirs (vous passerez quelques soirées à Giverny et si vous avez eu la chance d’y aller en vrai c’est encore mieux !)

🔪Carl Férey que j’irais bien saluer en dédicace si je n’étais pas aussi  persuadée de lui sortir de tristes banalités (lisez Mapuche, lisez son autoportrait, lisez Zulu)

🔪le génial Philippe Jaenada que j’espère pouvoir écouter lors d’une conférence et qu’il faut absolument mettre sur votre table de chevet si vous n’êtes pas rebuté par les pavés car il est drôle, il a un sens de la digression extraordinaire, il sait mêler petite et grande histoire, il s’arrange pour qu’on mène l’enquête avec lui et c’est juste passionnant (je vous conseille en particulier La serpe et La petite femelle )

J’aime bien les romans noirs mais pas trop à la suite alors après ces mauvais genres, je vais peut être passer à un autre genre ; )

Et vous, vous lisez des polars, des thrillers ?

J’ai débuté l’année 2018 à New York avec une bande de copains que j’ai suivi pendant plus de 30 ans. Je m’attendais avec Une vie comme les autres à un roman choral. Au début, j’ai eu un peu mal à m’y retrouver dans les personnages, non pas qu’ils soient 20 mais parce qu’on est plongé au cœur de leur vie, dans leurs petites habitudes (se retrouver dans un resto asiatique qui fait buffet parce que ce n’est pas cher et qu’ils sont étudiants et fauchés alors qu’à chaque fois l’un deux est malade après) sans véritable présentation.

Au fur à mesure de ma lecture, j’ai glané des informations sur chacun d’eux et chacun d’eux s’est peu à peu matérialisé dans mon esprit : JB l’artiste, né de parents haïtiens, élevé uniquement par des femmes (sa mère, sa tante, sa grand mère); Malcom « oreo » selon ses amis (un père noir, une mère blanche), qui vit encore chez ses parents à 27 ans avant d’intégrer un cabinet d’architecture; Willem, qui a vécu à la campagne avec ses parents suédois dans une ferme et qui est toujours soucieux de son frère handicapé; Jude, qui va aménager avec Willem dans le sud de Manhattan dont on devine peu à peu qu’il a un lourd passé.

Le roman fait plus de 800 pages mais on a toujours envie d’avancer dans sa lecture parce qu’il transparaît très rapidement que Hanya Yanagihara (je vais avoir du mal à le prononcer son nom) aime ses personnages. Quand je les ai quitté, j’ai ressenti exactement la même chose qu’en visionnant le dernier épisode de la série Six Feet Under : je ne me faisais pas à l’idée que c’était fini une bonne fois pour toutes et que je n’aurais plus de leurs nouvelles (il y a d’ailleurs d’autres similitudes avec la série mais comme à chaque fois que je parle de livre, j’ai peur de trop en dire).

Comme je l’écrivais plus haut, je m’attendais à un roman choral. Or peu à peu le personnage de Jude, dont on apprend au fil des chapitres des pans du passé, devient central. Peu à peu, ce sont à travers ses rapports avec lui que l’on voit  et revoit Willem, Malcom, JB mais aussi Andy, Harold, Richard entre autres (les femmes sont peu présentes dans ce roman).

On peut s’interroger sur le titre de ce roman, Une vie comme les autres (A little life en version originale) car la vie de Jude est tout sauf une vie comme les autres. L’auteur suggère-t-elle que malgré toutes les atrocités que notre héros a subies enfant et adolescent, il n’aura de cesse de tenter de vivre comme les autres à travers ses études, sa carrière, ses amis. A moins que cela fasse référence au fait que Jude s’obstine à se présenter aux autres comme quelqu’un d’ordinaire cachant tout ce qu’il peut cacher, ne voulant jamais rien dévoiler de son passé, éludant les questions.

Alors forcément comme les amis de Jude, on veut savoir pourquoi il ne peut pas marcher sans boiter, pourquoi il a des crises qui le paralysent, pourquoi il se scarifie et au fil des chapitres, on souffre avec ce personnage principal, on souhaite ardemment que les fantômes de son passé ne le tourmentent plus autant et qu’il ose se confier pour, peut-être, se libérer. On aimerait croire qu’une nouvelle page peut enfin s’écrire pour lui, entouré de gens bienveillants, on aimerait croire à la fameuse résilience, on aimerait croire que l’amour que tous lui porte sera suffisant à effacer tout ce qui est inscrit dans son corps et son esprit depuis longtemps.

Non seulement Une vie comme les autres est un bouleversant roman sur la force de l’amitié et de l’amour, non seulement Une vie comme les autres nous plonge dans la tête d’un héros tourmenté mais il nous questionne sur la tolérance à la douleur, sur notre degré d’empathie, sur l’euthanasie, sur ce qu’est une vie « réussie ».

Parfois je me disais que l’auteur allait trop loin dans la noirceur, dans le « pas de chance » (mais n’y a t il pas de personnes qui répètent les mêmes scénarios de vie?). Comme si l’insupportable ne pouvait pas être réel, l’histoire regorge pourtant de contre-exemples.

J’ai eu le sentiment de reprendre mon souffle dans les rares moments de répit offerts à Jude, je n’ai pas pu m’empêcher de verser des larmes (degré d’empathie 100%). Ambitieux, sombre et bouleversant.

Et vous, quelle est votre première lecture de l’année 2018 ?

A chaque fois que j’entre dans une librairie, j’ai envie de repartir avec une pile de livres, j’aime lire les bandeaux coup de cœur des libraires (je me suis peut être plantée plus jeune, j’aurais peut être du être libraire et pas bibliothécaire mais j’imagine que le métier de libraire est aussi décevant que celui de bibliothécaire dans le sens où il ne consiste pas à être « payé » pour lire des livres ) et le temps semble s’arrêter. Bref samedi alors que je flânais dans les rayons d’une librairie indépendante lyonnaise, j’ai pensé à cette année de lecture qui s’achevait et je me suis dit que plutôt qu’un grand récapitulatif, j’allais écrire sur les livres qui m’avaient vraiment marqué en 2017 (option flemme diront les mauvaises langues).

Au final il n’en reste pas tant que cela (peut être à cause de ma mauvaise mémoire mais pas que )). Elena Ferrante et sa saga italienne fait indéniablement partie de ceux là. Si vous avez du mal à entrer dans l’histoire (le volume 1, L’amie prodigieuse, est très axé sur l’enfance, c’est celui dont on a le plus parlé mais des 3 tomes, rétrospectivement, c’est celui que j’aime le moins), accrochez-vous et ensuite ne laissez pas trop passer de temps entre les différents tomes pour garder le souvenir des différentes familles et personnages.

En savoir plus ? Le nouveau nom Celle qui fuit et celle qui reste

roman l'amie prodigieuseImpossible de ne pas citer Philippe Jaenada et La serpe qui a une plume, un sens de l’humour, une façon de mêler petite et grande histoires et un art de la digression uniques. J’ai rarement eu autant de plaisir de lecture qu’avec ce roman ou avec La petite femelle.

La serpeSans consulter les titres lus mois après mois (en général je note ce que j’ai lu ou vu au cinéma dans mon agenda papier), j’ai repensé à Comment vivre en héros ? de Fabrice Humbert, peut être parce que son axe narratif était original (comment une décision peut avoir des répercutions sur toute une vie), peut-être parce qu’il nous interroge sur la notion de courage et de lâcheté (dans telle ou telle situation, comment aurions-nous agi ?) ou parce qu’il suit la vie d’un homme et des siens sur des décennies et que j’ai toujours aimé ce genre de fil narratif (il y a un côté Une vie de Jean-Paul Dubois dans ce livre).

 

Enfin rayon roman, Un jour tu raconteras cette histoire de Joyce Maynard, n’est pas un livre qu’on referme et qu’on oublie. Est ce que le « contexte de lecture » a une incidence sur la façon dont on « accueille » un livre? Je l’ai lu en Bretagne, dans une chambre avec vue sur la mer, l’esprit pollué par aucune préoccupation quotidienne (les vacances quoi), plus sereine que je ne le suis jamais à Lyon. Si vous êtes victime de déprime saisonnière et que vous êtes, comme moi, en manque de luminosité et de soleil, reportez cette lecture à plus tard ou lisez un des autres titres de Joyce Maynard (Un long week-end; L’homme de la montagne), la plume de cet auteur vous donnera sûrement envie d’y revenir.

J’aurais aimé citer un ou deux polars qui m’ont filé des sueurs froides, empêché de dormir mais tous les titres auxquels je songe datent d’autres années. J’ai été plus enthousiasmée par les bandes dessinées qui ont atterries sur ma table de chevet : Les cahiers d’Esther et Dans la combi de Thomas Pesquet dont je vous parlais très récemment mais aussi Les nouvelles de la jungle,  L’arabe du futur  3 ou Le journal de mon père.

histoires de mes 12 ansMauvaise passe

En novembre j’ai enchaîné les lectures qui m’ont laissé « en dehors » : Me voici de Jonathan Safran Foer (qui a eu de très bonnes critiques) m’a perdu en cours de route pourtant tous les ingrédients étaient là, l’histoire de tueur à gages de Lawrence Block dans Tue-moi, n’était pas déplaisante mais c’est comme si j’avais attendu tout le livre un rebondissement qui n’est jamais arrivé, le dernier roman de Delphine de Vigan Nos loyautés ne m’a pas du tout convaincu alors que j’avais été manipulée par son précédent livre D’après une histoire vraie, j’ai abandonné Malin et malin et demi de Richard Russo alors que j’étais persuadée que je n’allais pas le lâcher et je n’ai pas retrouvé dans La mise à nu de Jean-Philippe Blondel  ce que j’avais aimé dans 06h41, Un hiver à Paris ou Et rester vivant. Bref une mauvaise passe de lectrice …

Lectures en cours

Je finis l’année avec un pavé (812 pages), Une vie comme les autres d’Hanya Yanagihara. Il ne m’a fallu pas plus qu’un début de description (« ce roman balaie plusieurs décennies de la vie de quatre amis de fac venus conquérir New York « ) pour avoir envie de me plonger dedans. Comme j’étais un peu perdue au début, j’ai pris des notes dans un carnet sur chacun des protagonistes comme je le fais trop rarement (je n’écris jamais dans les livres et vous, vous le faîtes ?). Il parait que ce roman se lit comme on regarde une très bonne série : une fois qu’on est dedans, on a du mal à s’arrêter. Pour l’instant je n’en suis qu’au début (page 70) mais j’ai déjà ressenti combien l’auteur « aime » ses personnages et il y a de fortes chances que je vous reparle de ce roman en 2018.

En parallèle et comme je ne pouvais pas emporter ce gros livre dans mon sac à main (non je ne suis toujours pas passée à la liseuse, c’est mon côté « vieux jeu »), j’ai commencé L’Origine de la violence (qui a été adapté en film…visiblement très mauvais) de Fabrice Humbert dont je vous ai parlé plus haut. Le pitch ? Un professeur dans un lycée visite, un jour, avec sa classe un camp de concentration et sur une photo, est frappé par le visage d’un prisonnier tant il ressemble à son père. Il se lance alors dans une grande enquête sur cet homme. La suite je ne peux pas vous raconter d’abord parce que si vous connaissez toute l’histoire, le livre n’aura plus beaucoup d’intérêt et puis je n’ai pas pu aller beaucoup plus loin jusqu’à présent (j’ai toujours l’espoir de lire en train oubliant …mes enfants « on fait des mots fléchés ? » )).

Et vous, quels sont les livres qui vous ont marqué cette année ? avec quels titres terminez-vous l’année ?

 

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