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Il est 22h23 et je me demande si je dois me lancer à cette heure dans un billet « lecture » alors que je mets toujours un certain temps pour ne pas dire un temps certain lorsqu’il s’agit de parler de livres me refusant 1) à trop raconter l’intrigue 2) à aller voir sur d’autres sites ce qu’ils en disent. Alors je vais faire court pour vous parler des 4 derniers livres que j’ai lus. Il s’agit de 4 romans noirs et ce n’est pas un hasard mais une mise en bouche avant le week-end Quais du Polar qui se tiendra cette année du 6 au 8 avril 2018.

La femme à la fenêtre  : le plus « page turner »

Mon pitch : Une femme vit seule dans une maison et passe une grande partie de son temps à espionner la vie de ses voisins. Jusqu’au jour où elle aperçoit une voisine qui lui a rendu visite se faire poignarder. Elle appelle la police mais problème la femme qu’elle pense avoir identifié n’a jamais habité dans cette maison, aucun corps n’a été retrouvé et tout ce qu’elle raconte ressemble de plus en plus à des hallucinations. Comme elle prend médicaments et alcool, personne ne la croit et elle même doute. Alors a t elle rêvé ou pas ?

Ce que j’en ai pensé : Il y a sûrement pas mal de références à Hitchcock, les chapitres sont construits de façon à ce que le lecteur ait toujours envie d’aller plus loin. Le souci, c’est bien que ne lisant pas des tonnes de polars, j’ai deviné un des twists de l’intrigue et une autre bizarrerie m’a frappé alors qu’elle n’aurait pas du me mettre la puce à l’oreille. Je n’ai tout de même pas deviné le retournement final mais ce page turner m’a laissé une sensation très mitigée.

A.J Finn sera présent à Quais du Polar

Emma dans la nuit : le thriller psychologique

Mon pitch : Les soeurs Tanner, Emma 15 ans et Cass, 13 ans , sont tristement célèbres dans la région car elles ont disparu un soir sans qu’aucune piste plausible n’ait été trouvée. 3 ans plus tard, Cass frappe à la porte de ses parents et interrogée par le FBI raconte ce qu’il lui est arrivé à elle et à sa soeur.

Ce que j’en ai pensé : on se doute d’emblée que le récit de Cass est une construction, une invention du coup le lire jusqu’au bout perd, pour moi, un peu d’intérêt. J’ai été aussi assez gênée par le style laissant une très grande part au dialogues.

Natt: le plus islandais

Mon pitch : Bonne nouvelle l’inspecteur Ari Thor est de retour pour un troisième volet (après Snjor et Monk que j’avais beaucoup aimé). Cette fois un cadavre est retrouvé au bord d’un fjord et l’action ne se déroule pas en hiver mais en été.

Ce que j’en ai pensé : Plaisir de repartir en Islande, plaisir de lecture avec cette façon de construire l’intrigue comme un puzzle dont chaque chapitre serait une pièce, plaisir de retrouver un personnage en proie à ses questionnements personnels….bref je signerais pour un autre volet sans problème !

Jake : le plus bouleversant

Mon pitch : Simon est père au foyer, ce qui n’est pas toujours simple mais ses enfants sont le centre de sa vie. Le jour où il apprend qu’une fusillade a eu lieu dans l’école de son fils et que ce dernier pourrait être impliqué, son monde bascule. Et si son fils qu’il a vu grandir bien plus que de nombreux parents, était tout de même un inconnu ?

Ce que j’en ai pensé : D’abord au niveau du style, j’ai su dès les premières pages que l’auteur m’accrochait et puis je me suis reconnue dans certains traits de ce père de famille qui n’est pas très à l’aise avec les autres mamans, ni au square, qui savoure chaque minute de temps libre…bien qu’il aime ses enfants comme la prunelle de ses yeux. Il y a aussi des passages très justes sur la façon dont les enfants peuvent éloigner un couple. Et puis il y a ce suspense que l’auteur installe progressivement. Jake, le fils de Simon est introuvable et la recherche physique de ce dernier se double d’une recherche d’indices dans le passé pour savoir ce qui a pu cloché (avec des chapitres alternant présent et passé). Simon est très fort pour culpabiliser et là encore en tant que parent, on se reconnait forcément à un moment ou un autre. Si je rajoute que le dénouement est glaçant, j’espère vous avoir convaincu de le lire.

D’autres romans noirs dont les auteurs seront présents à Quais du Polar

🔪 Hannelore Cayre dont je vous conseille les romans noirs Commis d’Office, Toiles de maître ou le dernier La daronne (c’est drôle, c’est méchant parfois, c’est émouvant aussi avec une dose de rocambolesque)

🔪Michel Bussi dont je vous invite à lire Nymphéas Noirs (vous passerez quelques soirées à Giverny et si vous avez eu la chance d’y aller en vrai c’est encore mieux !)

🔪Carl Férey que j’irais bien saluer en dédicace si je n’étais pas aussi  persuadée de lui sortir de tristes banalités (lisez Mapuche, lisez son autoportrait, lisez Zulu)

🔪le génial Philippe Jaenada que j’espère pouvoir écouter lors d’une conférence et qu’il faut absolument mettre sur votre table de chevet si vous n’êtes pas rebuté par les pavés car il est drôle, il a un sens de la digression extraordinaire, il sait mêler petite et grande histoire, il s’arrange pour qu’on mène l’enquête avec lui et c’est juste passionnant (je vous conseille en particulier La serpe et La petite femelle )

J’aime bien les romans noirs mais pas trop à la suite alors après ces mauvais genres, je vais peut être passer à un autre genre ; )

Et vous, vous lisez des polars, des thrillers ?

J’ai débuté l’année 2018 à New York avec une bande de copains que j’ai suivi pendant plus de 30 ans. Je m’attendais avec Une vie comme les autres à un roman choral. Au début, j’ai eu un peu mal à m’y retrouver dans les personnages, non pas qu’ils soient 20 mais parce qu’on est plongé au cœur de leur vie, dans leurs petites habitudes (se retrouver dans un resto asiatique qui fait buffet parce que ce n’est pas cher et qu’ils sont étudiants et fauchés alors qu’à chaque fois l’un deux est malade après) sans véritable présentation.

Au fur à mesure de ma lecture, j’ai glané des informations sur chacun d’eux et chacun d’eux s’est peu à peu matérialisé dans mon esprit : JB l’artiste, né de parents haïtiens, élevé uniquement par des femmes (sa mère, sa tante, sa grand mère); Malcom « oreo » selon ses amis (un père noir, une mère blanche), qui vit encore chez ses parents à 27 ans avant d’intégrer un cabinet d’architecture; Willem, qui a vécu à la campagne avec ses parents suédois dans une ferme et qui est toujours soucieux de son frère handicapé; Jude, qui va aménager avec Willem dans le sud de Manhattan dont on devine peu à peu qu’il a un lourd passé.

Le roman fait plus de 800 pages mais on a toujours envie d’avancer dans sa lecture parce qu’il transparaît très rapidement que Hanya Yanagihara (je vais avoir du mal à le prononcer son nom) aime ses personnages. Quand je les ai quitté, j’ai ressenti exactement la même chose qu’en visionnant le dernier épisode de la série Six Feet Under : je ne me faisais pas à l’idée que c’était fini une bonne fois pour toutes et que je n’aurais plus de leurs nouvelles (il y a d’ailleurs d’autres similitudes avec la série mais comme à chaque fois que je parle de livre, j’ai peur de trop en dire).

Comme je l’écrivais plus haut, je m’attendais à un roman choral. Or peu à peu le personnage de Jude, dont on apprend au fil des chapitres des pans du passé, devient central. Peu à peu, ce sont à travers ses rapports avec lui que l’on voit  et revoit Willem, Malcom, JB mais aussi Andy, Harold, Richard entre autres (les femmes sont peu présentes dans ce roman).

On peut s’interroger sur le titre de ce roman, Une vie comme les autres (A little life en version originale) car la vie de Jude est tout sauf une vie comme les autres. L’auteur suggère-t-elle que malgré toutes les atrocités que notre héros a subies enfant et adolescent, il n’aura de cesse de tenter de vivre comme les autres à travers ses études, sa carrière, ses amis. A moins que cela fasse référence au fait que Jude s’obstine à se présenter aux autres comme quelqu’un d’ordinaire cachant tout ce qu’il peut cacher, ne voulant jamais rien dévoiler de son passé, éludant les questions.

Alors forcément comme les amis de Jude, on veut savoir pourquoi il ne peut pas marcher sans boiter, pourquoi il a des crises qui le paralysent, pourquoi il se scarifie et au fil des chapitres, on souffre avec ce personnage principal, on souhaite ardemment que les fantômes de son passé ne le tourmentent plus autant et qu’il ose se confier pour, peut-être, se libérer. On aimerait croire qu’une nouvelle page peut enfin s’écrire pour lui, entouré de gens bienveillants, on aimerait croire à la fameuse résilience, on aimerait croire que l’amour que tous lui porte sera suffisant à effacer tout ce qui est inscrit dans son corps et son esprit depuis longtemps.

Non seulement Une vie comme les autres est un bouleversant roman sur la force de l’amitié et de l’amour, non seulement Une vie comme les autres nous plonge dans la tête d’un héros tourmenté mais il nous questionne sur la tolérance à la douleur, sur notre degré d’empathie, sur l’euthanasie, sur ce qu’est une vie « réussie ».

Parfois je me disais que l’auteur allait trop loin dans la noirceur, dans le « pas de chance » (mais n’y a t il pas de personnes qui répètent les mêmes scénarios de vie?). Comme si l’insupportable ne pouvait pas être réel, l’histoire regorge pourtant de contre-exemples.

J’ai eu le sentiment de reprendre mon souffle dans les rares moments de répit offerts à Jude, je n’ai pas pu m’empêcher de verser des larmes (degré d’empathie 100%). Ambitieux, sombre et bouleversant.

Et vous, quelle est votre première lecture de l’année 2018 ?

A chaque fois que j’entre dans une librairie, j’ai envie de repartir avec une pile de livres, j’aime lire les bandeaux coup de cœur des libraires (je me suis peut être plantée plus jeune, j’aurais peut être du être libraire et pas bibliothécaire mais j’imagine que le métier de libraire est aussi décevant que celui de bibliothécaire dans le sens où il ne consiste pas à être « payé » pour lire des livres ) et le temps semble s’arrêter. Bref samedi alors que je flânais dans les rayons d’une librairie indépendante lyonnaise, j’ai pensé à cette année de lecture qui s’achevait et je me suis dit que plutôt qu’un grand récapitulatif, j’allais écrire sur les livres qui m’avaient vraiment marqué en 2017 (option flemme diront les mauvaises langues).

Au final il n’en reste pas tant que cela (peut être à cause de ma mauvaise mémoire mais pas que )). Elena Ferrante et sa saga italienne fait indéniablement partie de ceux là. Si vous avez du mal à entrer dans l’histoire (le volume 1, L’amie prodigieuse, est très axé sur l’enfance, c’est celui dont on a le plus parlé mais des 3 tomes, rétrospectivement, c’est celui que j’aime le moins), accrochez-vous et ensuite ne laissez pas trop passer de temps entre les différents tomes pour garder le souvenir des différentes familles et personnages.

En savoir plus ? Le nouveau nom Celle qui fuit et celle qui reste

roman l'amie prodigieuseImpossible de ne pas citer Philippe Jaenada et La serpe qui a une plume, un sens de l’humour, une façon de mêler petite et grande histoires et un art de la digression uniques. J’ai rarement eu autant de plaisir de lecture qu’avec ce roman ou avec La petite femelle.

La serpeSans consulter les titres lus mois après mois (en général je note ce que j’ai lu ou vu au cinéma dans mon agenda papier), j’ai repensé à Comment vivre en héros ? de Fabrice Humbert, peut être parce que son axe narratif était original (comment une décision peut avoir des répercutions sur toute une vie), peut-être parce qu’il nous interroge sur la notion de courage et de lâcheté (dans telle ou telle situation, comment aurions-nous agi ?) ou parce qu’il suit la vie d’un homme et des siens sur des décennies et que j’ai toujours aimé ce genre de fil narratif (il y a un côté Une vie de Jean-Paul Dubois dans ce livre).

 

Enfin rayon roman, Un jour tu raconteras cette histoire de Joyce Maynard, n’est pas un livre qu’on referme et qu’on oublie. Est ce que le « contexte de lecture » a une incidence sur la façon dont on « accueille » un livre? Je l’ai lu en Bretagne, dans une chambre avec vue sur la mer, l’esprit pollué par aucune préoccupation quotidienne (les vacances quoi), plus sereine que je ne le suis jamais à Lyon. Si vous êtes victime de déprime saisonnière et que vous êtes, comme moi, en manque de luminosité et de soleil, reportez cette lecture à plus tard ou lisez un des autres titres de Joyce Maynard (Un long week-end; L’homme de la montagne), la plume de cet auteur vous donnera sûrement envie d’y revenir.

J’aurais aimé citer un ou deux polars qui m’ont filé des sueurs froides, empêché de dormir mais tous les titres auxquels je songe datent d’autres années. J’ai été plus enthousiasmée par les bandes dessinées qui ont atterries sur ma table de chevet : Les cahiers d’Esther et Dans la combi de Thomas Pesquet dont je vous parlais très récemment mais aussi Les nouvelles de la jungle,  L’arabe du futur  3 ou Le journal de mon père.

histoires de mes 12 ansMauvaise passe

En novembre j’ai enchaîné les lectures qui m’ont laissé « en dehors » : Me voici de Jonathan Safran Foer (qui a eu de très bonnes critiques) m’a perdu en cours de route pourtant tous les ingrédients étaient là, l’histoire de tueur à gages de Lawrence Block dans Tue-moi, n’était pas déplaisante mais c’est comme si j’avais attendu tout le livre un rebondissement qui n’est jamais arrivé, le dernier roman de Delphine de Vigan Nos loyautés ne m’a pas du tout convaincu alors que j’avais été manipulée par son précédent livre D’après une histoire vraie, j’ai abandonné Malin et malin et demi de Richard Russo alors que j’étais persuadée que je n’allais pas le lâcher et je n’ai pas retrouvé dans La mise à nu de Jean-Philippe Blondel  ce que j’avais aimé dans 06h41, Un hiver à Paris ou Et rester vivant. Bref une mauvaise passe de lectrice …

Lectures en cours

Je finis l’année avec un pavé (812 pages), Une vie comme les autres d’Hanya Yanagihara. Il ne m’a fallu pas plus qu’un début de description (« ce roman balaie plusieurs décennies de la vie de quatre amis de fac venus conquérir New York « ) pour avoir envie de me plonger dedans. Comme j’étais un peu perdue au début, j’ai pris des notes dans un carnet sur chacun des protagonistes comme je le fais trop rarement (je n’écris jamais dans les livres et vous, vous le faîtes ?). Il parait que ce roman se lit comme on regarde une très bonne série : une fois qu’on est dedans, on a du mal à s’arrêter. Pour l’instant je n’en suis qu’au début (page 70) mais j’ai déjà ressenti combien l’auteur « aime » ses personnages et il y a de fortes chances que je vous reparle de ce roman en 2018.

En parallèle et comme je ne pouvais pas emporter ce gros livre dans mon sac à main (non je ne suis toujours pas passée à la liseuse, c’est mon côté « vieux jeu »), j’ai commencé L’Origine de la violence (qui a été adapté en film…visiblement très mauvais) de Fabrice Humbert dont je vous ai parlé plus haut. Le pitch ? Un professeur dans un lycée visite, un jour, avec sa classe un camp de concentration et sur une photo, est frappé par le visage d’un prisonnier tant il ressemble à son père. Il se lance alors dans une grande enquête sur cet homme. La suite je ne peux pas vous raconter d’abord parce que si vous connaissez toute l’histoire, le livre n’aura plus beaucoup d’intérêt et puis je n’ai pas pu aller beaucoup plus loin jusqu’à présent (j’ai toujours l’espoir de lire en train oubliant …mes enfants « on fait des mots fléchés ? » )).

Et vous, quels sont les livres qui vous ont marqué cette année ? avec quels titres terminez-vous l’année ?

 

J’aurais pu intituler ce billet « le temps des suites » cela aurait été assez peu parlant (quoique glop/pas glop, pas sûre que cela soit clair comme de l’eau de roche) mais il se trouve que récemment j’ai vu et lu beaucoup de « suites » avec quelques déceptions (pas glop, vous suivez ?) à la clef :

Glop : The Missing saison 2

Après une saison 1 où un couple de jeunes parents anglais affrontait la disparition de leur petit garçon lors de vacances en France un 14 juillet, la saison 2 -sans reprendre les mêmes personnages si ce n’est l’inspecteur joué par Tchéky Karyo (bien plus mal en point) axe son intrigue autour de la disparition de jeunes filles en Allemagne.

Au fur et à mesure des épisodes, on pense forcément au roman Room d’Emma Donughue mais aussi à des histoires réelles comme celles de Natacha  Kampusch et le physique fantomatique et inquiétant de l’actrice Abigail Hardingham ajoute une dose de frissons. Les personnages ne sont pas caricaturaux (la mère mange dort respire en pensant à sa fille disparue mais n’est pas hystérique ça change).

Jusqu’à ce qu’on ait le nez sur celui qui enlève les jeunes filles, on ne le soupçonne pas. C’est très addictif (quasiment impossible de ne regarder qu’un épisode) mais si vous avez des enfants, attention vous allez avoir encore plus de mal à leur lâcher la main après avoir regardé cette saison 2 (j’en ai fait des cauchemars !).

 

(C) New Pictures – Photographer: Sophie Mutevelian

Glop : Bureau des légendes saison 3

Qu’il est mal traité l’agent secret interprété par Mathieu Kassowitz dans la saison 3 du Bureau des légendes. On se doute bien que les scénaristes ne vont pas le faire mourir car Malotru, c’est le personnage central de la série mais prisonnier de Daesh, on souffre avec lui et pas qu’un peu.  Marina Loiseau (joué par Sarah Girardeau), quant à elle, est confrontée à de graves crises d’angoisse et doit faire à de nouvelles situations périlleuses, si bien qu’on se demande un peu pourquoi elle ne retourne pas à une vie plus « normale ».

Par rapport aux saisons précédentes, les scènes sur le terrain sont plus nombreuses, ce qui rend la série encore plus prenante. C’est joué sans fausse note, peut être que certains détails manquent de crédibilité (il y a eu plusieurs articles à ce sujet) mais aux yeux d’un spectateur lambda qui ne bosse pas à la DGSE cela est insoupçonnable. C’est rythmé et si le tableau est noir, il y a parfois aussi ses petits touches d’humour qu’on ne retrouverait pas forcément je pense dans une version adaptée.

Pas glop : The Affair, saison 2

Pas glop c’est un peu sévère parce que je n’ai pas détesté la saison 2 de The Affair, je l’ai même regardé jusqu’au bout sans déplaisir. N’empêche que je l’ai trouvé bien moins réussie que la saison 1 (j’étais assez peu convaincue par la nécessité de faire une suite et je ne comprends pas que les scénaristes, quand une saison 1 marche bien, veuillent absolument pondre une suite au risque de tout saborder).

Le scénario mélange les époques, je me suis sentie perdue …pendant pas mal de temps. Il se recentre sur les époux délaissés s’intéressant à Cole pour en dessiner, au fil des épisodes, un portrait beaucoup plus nuancé (et sympathique) que dans la saison 1. Je suis beaucoup moins convaincue par le personnage d’Helen. Enfin il y a un côté soap qui n’était pas présent au début et qui m’a pas mal gêné.

Une saison 3 et une saison 4 ont été tournées et diffusées depuis ..alors stop ou encore ?

Glop : Celle qui fuit et celle qui reste

Je vous ai déjà parlé du tome 1 et du tome 2 de la saga italienne d’Elena Ferrante, je ne vais donc pas écrire des tartines sur ce troisième volet. Au début de la lecture, il faut un petit temps d’adaptation (même si l’auteur, comme pour une pièce de théâtre, rappelle en marge du texte, qui est qui, quels sont les liens de parenté) pour se remémorer la place des personnages, leur histoire jusqu’à présent mais une fois qu’on est plongé dedans, on est plus dans le métro, dans le train, dans son lit mais dans l’Italie des années 70.

Des 3 tomes, c’est celui qui m’a le plus transporté je crois : peut être parce que le personnage d’Elena ose enfin peu à peu, peut être parce que le roman en dit long sur la place des femmes dans la société, sur leur sexualité, que la Grande et petite histoire se mêlent encore plus que dans les volumes précédents et que l’intrigue n’a jamais été autant romanesque. A peine fermé, on aimerait lire la suite ….Elena Ferrante a vraiment un don !

Pas Glop : Vernon Subutex, tome 3

Je suis embêtée parce que j’aime bien Virginie Despentes, son parcours, ses prises de position, son féminisme, son côté « à prendre ou à laisser » (et peut être le fait qu’elle ait vécu sur les pentes où je passe à la monté ou à la descente au moins une fois par semaine) mais autant dire les choses clairement : j’ai été beaucoup moins emballée par le tome 3 de Vernon Subutex que par les tomes 1 et 2.

Je cerne à peu près ce qui à qui a fait que je ne suis pas rentrée dans le roman : ce qu’elle appelle les convergences, une forme de mysticisme qui m’a laissé dubitative.

Ceci étant dit, elle fait dire à ses personnages des choses sur la maternité ( absolument pas politiquement correct et qui feraient probablement scandale dans la brigade des mamans parfaites), ou sur le libéralisme qui sont saisissantes et elle pose un diagnostic sur la société qui me semble d’une justesse incroyable.

 

Glop : Fabrice Luchini et moi

Je finis ce billet avec un spectacle que j’ai vu mercredi soir à la Comédie Odéon à Lyon, Fabrice Luchini et moi, et qui joue jusqu’au 15 septembre. Olivier Sauthon nous raconte qu’un soir, alors qu’il était jeune et qu’il errait dans Paris, il est tombé sur Fabrice Luchini et, rêvant de devenir comédien comme lui, il lui a demandé de lui donner quelques leçons.

Pendant une heure et demie, un dialogue entre le maître (dont il a repris le phrasé, les tics de langage, les postures, les expressions du visage d’une telle manière qu’à un moment donné on a quasi l’impression de voir Luchini sur scène) et l’élève sont l’occasion de jouer avec les mots, de faire découvrir ou redécouvrir quelques grands auteurs, d’apporter une réflexion sur ce qu’est la culture,  l’art de la séduction, le génie ….toujours avec intelligence et humour.

Les citations sont si savoureuses qu’on aimerait toutes les noter (j’entendais le monsieur à côté de moi dire régulièrement « il faut que je m’en souvienne, faut que je m’en souvienne ») et je ne lirai plus jamais la fable de la Cigale et de la fourmi sans penser à l’interprétation de texte exaltée et drôle que j’ai vue sur scène.

Voilà j’aurais pu ajouter quelques titres de DVD et de livres vus ou lus cet été mais ce billet est déjà trop long. N’hésitez pas à partager vos coups de coeur en commentaire.

Mes sept premiers livres étaient directement inspirés de la ma vie. A un certain moment, j’avais raconté à peu près tout ce qui m’était arrivé d’intéressant. Comme je n’allais pas décrire mes courses au Franprix, je me suis lancé dans un roman de fiction pure. Au bout de 250 pages, je l’ai relu, il n’avait aucun intérêt. Et puis, un beau jour, j’ai réalisé qu’il y avait d’autres vies que la mienne… Philippe Jaenada, l’Express, 16 août 2017

Je n’ai pas lu les 7 premiers livres de Philippe Jaenada, ma rencontre avec cet écrivain s’est faite lorsqu’il est passé à ce qu’on nomme exofiction. Je l’ai déjà raconté à l’époque de ma chronique sur La petite femelle mais c’est l’homme avant son œuvre qui m’a plu. Je l’ai écouté parler de ce « roman » (je mets des guillemets parce que l’écrivain ne change rien aux faits, n’invente pas, il s’appuie sur des documents d’archives, des rapports de police mais il y a quand même de la fiction dans la construction du livre, dans ses digressions) que je n’avais pas encore lu, je l’ai trouvé drôle, loin de certains clichés de l’écrivain parisien autocentré sur sa petite personne et surtout défendant avec un tel enthousiasme son personnage principal que je n’avais qu’une envie …m’isoler en quelque part et plonger dans son histoire.

crédit photo : DR

Dès les premières pages de La serpe, j’ai su que j’avais retrouvé tout ce qui distingue et fait la force de Philippe Jaenada : son art génial de la digression (il arrive à ouvrir plusieurs parenthèses mais jamais il ne me perd en route et surtout il retombe sur ses pattes comme un chat), son humour, son empathie pour ses personnages (sans jamais cacher leur noirceur), son sens du récit, sa façon de raconter à la fois l’histoire d’un homme et celle d’un pays à une époque bien particulière, sa manière d’enquêter en conviant son lecteur à ses côtés (et pour moi c’est bien plus « jouissif » qu’un roman policier).

Comment après avoir enquêté et dressé les portraits de Pauline Dubuisson et de Bruno Sulak (qui défraya la chronique comme ennemi public numéro 1), comment Philippe Jaenada est-il « tombé » sur Henri Girard et a décidé d’en faire le personnage principal de La serpe ?

Un jour, l’un de mes amis me dit « Tu devrais faire un livre sur mon grand-père, Georges Arnaud, il a été millionnaire, clochard, militant FLN, c’est lui qui a écrit Le Salaire de la peur, adapté au cinéma avec Montant et Vanel ». Je n’étais pas très chaud. Et puis, il ajoute :  » Ah oui, il a aussi été accusé d’avoir tué une partie de sa famille, dont son père, à coups de serpe, en 1941… ». Là ca changeait tout, je me suis dit que je tenais un personnage de méchant comme j’en cherche toujours. Même si, en enquêtant, j’ai fini par gratter les couches de noir dont on l’avait recouvert… »

Comme avec La Petite Femelle, Philippe Jaenada débute son livre en se posant comme narrateur/enquêteur par une scène drôle dont il a le secret (et qui sera le début d’une longue série de sourires et de rires provoqués par ses lignes) et nous plonge dans la vie d’Henri Girard en brossant un portrait de ses parents, de ses grands-parents et en racontant son enfance (Henri a perdu sa mère Valentine à l’âge de 9 ans, cela aura une incidence sur toute sa vie).

Il ne le lâche plus jusqu’à sa mort et à travers les différentes étapes de sa vie, ses amours, ses coups d’éclat, ses colères, ses engagements, son travail en tant qu’auteur (avec en prime, une comparaison très intéressante entre le roman Le salaire de la peur et le film…et c’est un autre point fort de Philippe Jaenada, on apprend toujours plein de choses en le lisant sans que ce soit jamais rébarbatif). Il dresse le portrait d’un homme atypique, tout en demi-teintes et, malin, en faisant une ellipse volontaire sur l’évènement central de La serpe (il le fait tellement bien qu’à la limite, on ne s’en rend pas compte).

la serpe

On « juge » alors la suite à l’aune de tous les éléments accumulés dans cette première partie de La serpe avant d’attaquer le cœur de l’enquête elle-même, celle où l’écrivain épluche les archives, se rend sur les lieux du crime dans le Périgord, tâte l’atmosphère de la ville, lit tout ce qu’il peut sur l’affaire et son traitement à l’époque pour revenir sur les faits un par un.

Cela pourrait être un peu aride parfois car il rentre vraiment dans les détails (Philippe Jaenada intitule même un de ses chapitres « Le tunnel »), reprenant élément par élément, déclaration par déclaration, preuve par preuve mais l’écrivain s’arrange pour rendre son récit beaucoup plus digeste (et drôle souvent) en mêlant à son enquête des scènes de la vie quotidienne avec un sens de l’observation et du détail pour le moins savoureux. Ses scènes dans les restaurants quand il dépeint les autres couples ou qu’il est victime d’un quiproquo, par exemple, sont vraiment très réussies !

L’écrivain a, en plus, un sens poussé de l’auto-dérision qui contrebalance de manière bienvenue les détails glaçants du triple meurtre dont est accusé Henri Girard.

La serpe est un pavé de plus de 600 pages (je ne sais pas combien de temps il a fallu à l’écrivain pour écrire ce livre mais quel travail !), peut être moins facile à lire que ….(fill the blank) mais il a une façon d’analyser les âmes comme les faits avec une telle minutie, y allant couche par couche, avec une gouaille qui n’appartient qu’à lui que cela cela est passionnant de la première à la dernière page !

J’ai emporté Les corps brisés d’Elsa Marpeau lors d’un trajet à Paris : 2h aller, 2h retour, assez pour le commencer et le terminer alors que les paysages défilaient derrière la fenêtre. C’est presque un plaidoyer pour les transports en commun mais à Lyon, je marche beaucoup et la durée entre quelques stations est trop courte pour se plonger vraiment dans un livre.

J’avais d’abord vaguement lu la quatrième de couverture et le début de l’intrigue et j’ai pensé retrouver un peu « Patients » de Grands Corps Malade (« chronique » qui est un des billets les plus lus, le titre ayant été probablement donné à étudier à des élèves et histoire de gagner du temps, j’imagine qu’ils viennent lire le résumé, espérant aussi un avis très détaillé….perdu )). En effet l’intrigue se passe dans un centre de rééducation pour grands accidentés de la vie et l’héroïne principale se retrouve dans un fauteuil roulant suite à un accident. Néanmoins la comparaison s’arrête là : Les corps brisés est un titre de série noire chez Gallimard et le bandeau entourant le bouquin annonce à ses futurs lecteurs « A la croisée de Sade et de Misery« .

Le livre commence par la sortie de route de Sarah, coureuse émérite, lors d’un rallye automobile. Son co-équipier meurt sur le coup, elle se réveille paralysée des deux jambes. Après un séjour à l’hôpital, la jeune femme se retrouve dans un centre hospitalier où l’isolement est total (isolement géographique, isolement numérique -pas de wifi, pas de réseau vous imaginez un peu ?, isolement familial) et où certains membres du personnel paraissent étranges. Quand la compagne de chambre de Sarah disparait, le côté « enquête » du livre s’accélère mais l’ambiance pleine de mystère règne depuis longtemps.

Ce thriller a tellement bien fonctionné pour moi (le fait qu’il soit inspiré d’un fait réel « les torturées d’Appoigny » et que certains détails n’ont malheureusement pas été inventés n’y est pas étranger) que j’ai cauchemardé, la nuit suivant ma lecture, au sujet d’un boucher prélevant de la chair humaine (comme on est heureux de se réveiller dans ces cas là).

Si la dernière partie du livre est plus axée autour de la résolution de la disparition, le suspense montant alors crescendo, l’auteur parvient  à nous faire ressentir, dans Les corps brisés, toutes les étapes psychologiques par lesquelles passent Sarah face à son handicap et le fait que son corps est comme une prison. L’écrivain montre aussi très bien la multiplicité des regards que les autres posent sur elle (de l’infantilisme de certains membres du personnel soignant à la tendresse d’autres patients).

Quand ils étaient petits, l’un et l’autre avaient cette pensée magique « T’as qu’à appeler papa, il saura. » Le mantra marchait pour tous les ennuis. Un grand qui embêtait l’un ou l’autre dans la cour. Un réfrigérateur vide. Une panne d’électricité. Un orage. Et même plus tard, au début de leur vie d’adultes, ils continuaient à convoquer la divinité paternelle : un tuyau encrassé, une fuite d’eau, une recette de tartiflette, un bon bouquin à lire, le meilleur fromager de Paris… »T’as qu’à appeler papa, il saura. »
Aujourd’hui, la divinité s’est rompue avec la même facilité que le verre du pare-brise. Il n’est pas venu parce qu’il le sait aussi bien qu’elle : il ne peut rien devant sa souffrance. Son impuissance s’est révélée si brutalement, si clairement pour eux deux, qu’ils préfèrent s’éviter.

Vous est-il arrivé de cauchemarder suite à la lecture d’un livre ?

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