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La lecture du mot campus chez tous ceux et celles qui ont trop regardé de séries américaines dans leur adolescence est indissociablement liée à des images d’espace verdoyant et boisé avec des bâtiments imposants, des colonnes grecques ou des briques rouges et quelques bancs sur lesquels les étudiants sont assis en groupe entre deux cours.

En arrivant sur le campus de Bron, si tu as toujours ces clichés en tête, tu risques d’avoir un mini-choc. D’abord le lieu se trouve totalement excentré de tout lieu de vie sympa (café, librairie..) et lorsque mes camarades de classe m’ont proposé comme lieu de rendez vous cet endroit un jour où je n’avais pas cours, un vague sentiment de désespoir (ou de panique?) m’a envahi.

Niveau architecture, on est loin, mais alors très loin de Cambridge. C’est plutôt esprit préfabriqués années 70, l’endroit le plus laid étant pour moi la bibliothèque (oublie encore une fois les petites lampes vertes sur les tables) avec son dédale de salles imbriquées les unes dans les autres d’une façon qui parait anarchique, ses places assisses totalement pas cosy et une atmosphère générale qui ne me donne pas envie d’y rester plus longtemps que le temps d’un emprunt.

La première fois j’ai été un peu déconcertée par le plan général : j’ai tournée 30 minutes avant de trouver le bâtiment B planqué derrière le K, j’ai appris ensuite qu’il fallait retraverser tout le campus jusqu’au distributeur automatique, j’aurais aimé me poser deux secondes pour profiter d’un petit rayon de soleil mais les murets étaient très convoités en l’absence de bancs.

L’endroit stratégique, après les points principaux de ravitaillement et les machines à café, reste bien entendu les toilettes. Une fois je me suis retrouvée, erreur du débutant, dans des WC immondes à la turque …re-sentiment de désespoir. Alors je suis partie à la recherche de la signalétique hommes/femmes, poussant les portes avant de me décider à mettre un bout de chaussure à l’intérieur, vérifiant la présence de papier (l’étudiant doit toujours avoir au moins un paquet de mouchoirs avec lui).

Quelques mois plus tard, je connais le chemin les yeux fermés pour me rendre en salle L207, je sais ce que signifie maison de l’étudiant, j’ai trouvé l’endroit pour faire relier des travaux écrits, j’ai mis les pieds dans mon secrétariat, je suis une habituée de la salle informatique bref si un nouveau arrive sur le campus je pourrais lui servir de guide (mais seulement s’il ressemble à Jude Law ou à Riccardo Scamarcio )

Et toi, le campus ça t’évoque quoi?

Après un an de réflexion, de doutes (ils sont toujours là), de questions sans réponse, j’ai sauté le pas et fin septembre, je reprends le chemin de la fac après une pause de plus de 12 ans.

Des hésitations il y en a eu parce que je suis maman et que cette décision a quelques conséquences; parce que les frais fixes ne changeront pas; parce que je n’ai aucune garantie de travail par la suite et que j’avais jusqu’à présent comme on dit la stabilité de l’emploi (à vie en plus); parce qu’on est des millions à exercer un boulot purement alimentaire alors pourquoi ne pas s’en contenter comme tout le monde?

Malgré tout, un jour, mon envie de changer d’orientation professionnelle a été plus forte que ces petites voix qui me susurraient que ce n’était pas raisonnable, que c’était le caprice d’une éternelle insatisfaite. J’ai demandé et rempli un dossier à un master pro en communication internet, j’ai été convoquée à un oral d’admission (et toutes vos ondes positives ont porté leurs fruits) et j’ai reçu une réponse positive le 13 juillet dernier.

J’ai sauté de joie mais je n’ai pas ouvert le champagne…j’attends le jour où je trouverai du boulot dans ce domaine.

Je mesure que le rythme (concentré sur quelques mois pour la partie théorique) va être intense et sûrement plus difficile pour moi que pour quelqu’un d’une vingtaine d’années déjà dans le bain, que l’emploi du temps familial va perdre en souplesse (par rapport aux horaires de garde, aux rendez-vous médicaux) puisque je passe de 50% à 100%.

Autour de moi, on me félicite et on ajoute tout de suite après que « je suis courageuse » mais en vérité je suis morte de trouille à l’intérieur : peur de ne pas pouvoir rembourser ce prêt personnel pour compenser mon absence de demi-salaire, peur de ne pas faire le poids face aux jeunes étudiants, peur de ne plus être assez disponible pour mes proches, peur de ne plus pouvoir consacrer de temps à mon blog..

Prendre un tournant à 35 ans, c’est aussi particulièrement excitant, surtout quand on a le sentiment d’être dans un cul de sac depuis 1 an et demi. Des nouvelles rencontres, expériences, connaissances et l’espoir que ce virage se concrétise professionnellement, c’est à cela que je pense quand la panique m’envahit.

Et toi, tu as déjà négocié un grand virage dans ta vie?

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