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Le mois de Mai s’achève et il a été plutôt riche en lecture pour moi avec Grand Frère, le dernier volet de la saga italienne d’Elena Ferrante et Guatanamo Kids, La vie secrète des animaux et ces deux livres dont je vous parle aujourd’hui. Si vous avez envie de savoir ce que j’ai prévu de lire en juin, je vous donne rendez vous sur mon compte Instagram dédié aux livres, bookaddictlyonnaise.

My absolute darling de Gabriel Tallent

Stephen King a crié au génie, l’accueil réservé à My absolute Darling a été globalement très bon et mes impressions à son sujet sont très contrastées voire ambivalentes.

D’abord tout le début du roman m’a relativement ennuyé avec ces histoires d’armes à feu, de tirs, de mécanismes pour les nettoyer. Je comprends bien que le propos global du livre est une critique à l’égard des armes à feu qui font partie de la culture américaine. D’ailleurs l’auteur fait dire à un des personnages que statistiquement on a plus de chances de finir mort (par accident) quand on possède un arme à feu chez soi (alors que le but est de se protéger) que lorsqu’on en a pas. N’empêche de toutes ces scènes j’ai eu envie de les sauter.

Ce qui m’a empêché de refermer le  livre c’est la manière tellement vivante qu’à Gabriel Tallent de décrire la nature, véritable personnage de ce livre. On la sent frémir, bouger, on sent sa dangerosité et le fait, encore une fois, que l’homme n’est qu’un point minuscule alors qu’il se pense le roi.

My absolute darling est aussi un livre violent : la violence de la nature dans certaines scènes (celle magnifique où Turltle et Jacob se retrouvent comme deux naufragés) mais surtout la violence humaine, celle d’un père manipulateur et abusif envers sa fille. J’imagine que rien n’est gratuit mais n’empêche qu’il y a quelques passages qui, pour moi, frôlent une certaine complaisance et j’ai eu bien du mal à ne pas détourner le regard (oui on parle bien d’un livre, je vis toujours mes lectures comme ça).

Paradoxalement quand un livre vous remue autant, on ne peut pas le jeter aux orties. D’autant plus que l’auteur (qui a juste 30 ans !)  a aussi le mérite de rentrer dans la tête d’une jeune fille de 14 ans et d’inviter le lecteur dans cette transition vers son « indépendance » (elle semble vis à vis de son père frappée du syndrome de Stockholm, elle le déteste et elle l’adore aussi), dans son ouverture vers le monde extérieur, sa rebellion.

My absolute darling est à priori tout le contraire des romans que j’aime habituellement : l’analyse psychologique des personnages est quasi absente, les personnages sont taiseux. Pourtant je suis presque sûre que c’est un roman dont je me souviendrai pendant longtemps.

Elle sort de la baignoire, elle voit son reflet dans la baie vitrée, Martin derrière elle, penché sur sa chaise, les yeux plissés, frottant son pouce contre sa mâchoire, et ils regardent tous deux son image, ses longues jambes striées d’ecchymoses noires et vertes. Elle prend une serviette sur le portant et s’enroule dedans, passe devant lui à petits pas boittants. Il se tourne pour l’observer, son oeil gauche plus triste que le droit, son visage ridé d’amour et de chagrin, et elle monte s’habiller, chacun de ses pores emploi de son amour, un amour qui la fait se sentir grande et heureuse, et elle pense, animée d’une force vengeresse, Advienne que pourra.  Elle doit se pencher pour récupérer ses vêtements sur l’étagère, elle exhale doucement et douloureusement, elle s’habille avec précaution, elle prend tout son temps, et quand elle a terminé, elle regarde par la fenêtre en se mordant la lèvre. Elle pense, Non, ça ne mènera à rien. Elle contemple le flan de la colline, l’étendue gracieuse de fléole des prés et de folle avoine, des parcelles abandonnées à l’herbe de la pampa et autres herbes invasives, et vers la route les ravanelles violettes et blanches en pleine floraison. Elle n’arrive pas à imaginer que sa vie puisse changer, elle n’arrive pas à imaginer comment le repas de ce soir pourrait aboutir à quoi que ce soit, elle n’arrive pas à imaginer comment cela pourrait mal tourner. Sa vie tout entière, son cours, les gens qui y évoluent, tout lui semble si immuable et il y a peut être des difficultés, et il y a peut-être des désaccords, mais ça ne mènera à rien.

Envie d’en savoir plus sur l’auteur ? Lisez son portrait dans Next Libération

Le goût d’Emma de Takahama, Maisonneuve, Pavlowitch

Après My absolute Darling, j’ai enchaîné avec quelque chose de plus gai puisqu’il est question dans le roman graphique, Le goût d’Emma, d’un des plus grands plaisirs de ma vie…bien manger.

Emma a un palais particulièrement fin, elle a le don de disséquer le goût des plats. Son rêve est de rentrer en tant qu’inspectrice au Guide Michelin. Elle pose une candidature spontanée et raconte dans Le goût d’Emma son parcours c’est à dire son éprouve de sélection, sa formation puis ses tournées.

Elle imagine des tables étoilées et elle se retrouve bizutée dans les coins les plus perdus à visiter des hôtels restaurants qui ne marqueront pas l’histoire de la gastronomie. Elle découvre aussi que les pépites ne sont pas forcément les endroits les plus médiatisés.

L’intérêt du livre est d’entrer côté coulisses dans le Guide Michelin et voir comment les restrautants sont inspectés, quels critères sont pris en compte, quelle est la vie d’un inspecteur (mieux vaut avoir un estomac solide ! ) mais aussi de voir comment la première femme inspectrice a été accueillie.

Il n’est question que de cuisine dans Le goût d’Emma pourtant cela ne m’a pas vraiment fait saliver (très peu de desserts et je suis un bec sucré) et je n’ai pas été sensible aux dessins (un côté manga ?). Au passage, la cuisine lyonnaise côté bouchons en prend un peu pour son grade, ce qui est plutôt amusant.

Et vous, quelles ont été vos dernières lectures ?

A chaque fois que j’entre dans une librairie, j’ai envie de repartir avec une pile de livres, j’aime lire les bandeaux coup de cœur des libraires (je me suis peut être plantée plus jeune, j’aurais peut être du être libraire et pas bibliothécaire mais j’imagine que le métier de libraire est aussi décevant que celui de bibliothécaire dans le sens où il ne consiste pas à être « payé » pour lire des livres ) et le temps semble s’arrêter. Bref samedi alors que je flânais dans les rayons d’une librairie indépendante lyonnaise, j’ai pensé à cette année de lecture qui s’achevait et je me suis dit que plutôt qu’un grand récapitulatif, j’allais écrire sur les livres qui m’avaient vraiment marqué en 2017 (option flemme diront les mauvaises langues).

Au final il n’en reste pas tant que cela (peut être à cause de ma mauvaise mémoire mais pas que )). Elena Ferrante et sa saga italienne fait indéniablement partie de ceux là. Si vous avez du mal à entrer dans l’histoire (le volume 1, L’amie prodigieuse, est très axé sur l’enfance, c’est celui dont on a le plus parlé mais des 3 tomes, rétrospectivement, c’est celui que j’aime le moins), accrochez-vous et ensuite ne laissez pas trop passer de temps entre les différents tomes pour garder le souvenir des différentes familles et personnages.

En savoir plus ? Le nouveau nom Celle qui fuit et celle qui reste

roman l'amie prodigieuseImpossible de ne pas citer Philippe Jaenada et La serpe qui a une plume, un sens de l’humour, une façon de mêler petite et grande histoires et un art de la digression uniques. J’ai rarement eu autant de plaisir de lecture qu’avec ce roman ou avec La petite femelle.

La serpeSans consulter les titres lus mois après mois (en général je note ce que j’ai lu ou vu au cinéma dans mon agenda papier), j’ai repensé à Comment vivre en héros ? de Fabrice Humbert, peut être parce que son axe narratif était original (comment une décision peut avoir des répercutions sur toute une vie), peut-être parce qu’il nous interroge sur la notion de courage et de lâcheté (dans telle ou telle situation, comment aurions-nous agi ?) ou parce qu’il suit la vie d’un homme et des siens sur des décennies et que j’ai toujours aimé ce genre de fil narratif (il y a un côté Une vie de Jean-Paul Dubois dans ce livre).

 

Enfin rayon roman, Un jour tu raconteras cette histoire de Joyce Maynard, n’est pas un livre qu’on referme et qu’on oublie. Est ce que le « contexte de lecture » a une incidence sur la façon dont on « accueille » un livre? Je l’ai lu en Bretagne, dans une chambre avec vue sur la mer, l’esprit pollué par aucune préoccupation quotidienne (les vacances quoi), plus sereine que je ne le suis jamais à Lyon. Si vous êtes victime de déprime saisonnière et que vous êtes, comme moi, en manque de luminosité et de soleil, reportez cette lecture à plus tard ou lisez un des autres titres de Joyce Maynard (Un long week-end; L’homme de la montagne), la plume de cet auteur vous donnera sûrement envie d’y revenir.

J’aurais aimé citer un ou deux polars qui m’ont filé des sueurs froides, empêché de dormir mais tous les titres auxquels je songe datent d’autres années. J’ai été plus enthousiasmée par les bandes dessinées qui ont atterries sur ma table de chevet : Les cahiers d’Esther et Dans la combi de Thomas Pesquet dont je vous parlais très récemment mais aussi Les nouvelles de la jungle,  L’arabe du futur  3 ou Le journal de mon père.

histoires de mes 12 ansMauvaise passe

En novembre j’ai enchaîné les lectures qui m’ont laissé « en dehors » : Me voici de Jonathan Safran Foer (qui a eu de très bonnes critiques) m’a perdu en cours de route pourtant tous les ingrédients étaient là, l’histoire de tueur à gages de Lawrence Block dans Tue-moi, n’était pas déplaisante mais c’est comme si j’avais attendu tout le livre un rebondissement qui n’est jamais arrivé, le dernier roman de Delphine de Vigan Nos loyautés ne m’a pas du tout convaincu alors que j’avais été manipulée par son précédent livre D’après une histoire vraie, j’ai abandonné Malin et malin et demi de Richard Russo alors que j’étais persuadée que je n’allais pas le lâcher et je n’ai pas retrouvé dans La mise à nu de Jean-Philippe Blondel  ce que j’avais aimé dans 06h41, Un hiver à Paris ou Et rester vivant. Bref une mauvaise passe de lectrice …

Lectures en cours

Je finis l’année avec un pavé (812 pages), Une vie comme les autres d’Hanya Yanagihara. Il ne m’a fallu pas plus qu’un début de description (« ce roman balaie plusieurs décennies de la vie de quatre amis de fac venus conquérir New York « ) pour avoir envie de me plonger dedans. Comme j’étais un peu perdue au début, j’ai pris des notes dans un carnet sur chacun des protagonistes comme je le fais trop rarement (je n’écris jamais dans les livres et vous, vous le faîtes ?). Il parait que ce roman se lit comme on regarde une très bonne série : une fois qu’on est dedans, on a du mal à s’arrêter. Pour l’instant je n’en suis qu’au début (page 70) mais j’ai déjà ressenti combien l’auteur « aime » ses personnages et il y a de fortes chances que je vous reparle de ce roman en 2018.

En parallèle et comme je ne pouvais pas emporter ce gros livre dans mon sac à main (non je ne suis toujours pas passée à la liseuse, c’est mon côté « vieux jeu »), j’ai commencé L’Origine de la violence (qui a été adapté en film…visiblement très mauvais) de Fabrice Humbert dont je vous ai parlé plus haut. Le pitch ? Un professeur dans un lycée visite, un jour, avec sa classe un camp de concentration et sur une photo, est frappé par le visage d’un prisonnier tant il ressemble à son père. Il se lance alors dans une grande enquête sur cet homme. La suite je ne peux pas vous raconter d’abord parce que si vous connaissez toute l’histoire, le livre n’aura plus beaucoup d’intérêt et puis je n’ai pas pu aller beaucoup plus loin jusqu’à présent (j’ai toujours l’espoir de lire en train oubliant …mes enfants « on fait des mots fléchés ? » )).

Et vous, quels sont les livres qui vous ont marqué cette année ? avec quels titres terminez-vous l’année ?

 

L’histoire de Meurtres à la pause déjeuner s’annonçait originale et drôle, le titre avait attiré mon attention et le cadre, Milan, avait fini de me convaincre.  Francesca, jeune femme fraîchement larguée par son petit ami la veille de son mariage, déprime dans son entreprise et rejoint tous les jours à la même heure son collègue Paolo pour déjeuner dans le même bistrot à l’extérieur. Elle est de retour au bureau avant tout le monde et alors qu’elle s’apprête à se laver les dents aux toilettes, elle découvre le cadavre de Marinella, une de ses collègues, la corde au cou.

Un autre meurtre suit quelques semaines plus tard. Coïncidence ou pas, Francesca occupait le bureau en face du sien comme c’était le cas pour Marinella et ni l’un ni l’autre n’étaient aimés au sein de la boîte.

Si le personnage de Francesca a un petit côté Bridget Jones et que le roman n’est pas dépourvu d’humour, il lui manque du mordant et un style plus affirmé. Le monde de l’entreprise et l’ennui qui lui est inhérent dans certains cas sont bien dépeints mais le livre souffre de nombreuses longueurs et le dénouement ne m’a pas vraiment surprise. Bref j’espère que mes prochaines lectures seront plus enthousiasmantes : )

Des poches

pochesJe n’ai pas lu de roman noir depuis longtemps, voilà pourquoi Angel Baby, l’histoire de la cavale d’une mère prête à tout pour retrouver sa fille en California, annoncée comme haletante, fait partie de ma sélection. J’avais prévu de lire Hudson River cet été mais je n’ai pas eu le temps. Avec Funny Girl, je compte retrouver la plume mordante de Nick Hornby. Quant au club Jane Austen (6 personnes se rencontrent régulièrement autour de l’oeuvre de Jane Austen), cela doit parler à mon côté ex-bibliothécaire : )

Des romans presque tous étrangers

Je viens à peine de commencer The Girls, inspirée de l’histoire vraie d’une bande de filles qui, à la fin des années 60, assassinèrent sauvagement la comédienne Sharon Tate et quatre de ses amis et j’ai prévu d’enchaîner avec California Girls axé autour du même fait réel mais avec un traitement différent.

Ensuite place au voyage avec la Sicile, (une saga ! ) et Sur cette terre comme au ciel, la grosse pomme (New York, esquisses nocturnes), le Minnesota (Et la vie nous emportera).

Suskand Island de David Vann m’avait beaucoup marqué par sa capacité à installer un huit clos étouffant dans un cadre sauvage. J’ai hâte de le retrouver avec Aquarium dans une nouvelle confrontation familiale entre une mère et sa fille.

Et puis le syndrôme « liaisons dangereuses » me pousse peut être à mettre dans ma liste de livres à lire, la correspondance entre Paul Cézanne et Emile Zola dans Lettres croisées.romans-etrangers

prochaines-lectures

Des bandes dessinées

Côté bande dessinées, j’attends avec impatience la suite de l’Arabe du futur après avoir beaucoup aimé les deux premiers tomes. Le nom de Lewis Trondheim suffit à me convaincre d’ouvrir Coquelicots d’Irak. Les dessins de Florence Cestac (et la gueule de ses personnages avec leur gros pif) m’ont toujours amusé d’où la présence de Filles des oiseaux.

Et puis j’aimerais en savoir plus sur ces femmes qui ont mené la vie de leur choix quitte à se mettre la société à dos et cela sous le crayon de Pénélope Bagieu avec Culottées.

bdDes essais

Je lis peu d’essais par rapport aux romans mais je suis curieuse aussi bien de ce qu’est le parcours et la vie d’une Danseuse étoile que de ces 8 ans d’enquête sur la télé avec Ma vie au poste.

 

essais

Je suis tombée sur un interview de Martin Winckler qui souligne qu’en France, la formation médicale n’était pas du tout centrée sur l’écoute du patient. Dans son dernier livre, il dénonce la « maltraitance » de certains médecins, qui peut prendre la forme de sexisme, de paternalisme, de gestes douloureux ou de remarques déplacées sur le physique entre autres.

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Voilà pas de délai, pas de compte, pas de challenge, juste le plaisir de la lecture en espérant que parmi ces titres, j’aurais plein de coups de cœur à partager.

 

 

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Le mois dernier, j’ai suivi Virginie Despentes aux Buttes Chaumont (j’ai habité pas loin) et Vernon Subutex, ancien disquaire, dans sa chute, j’ai découvert le trait de crayon de Joann Sfar et un peu de ses pensées et j’ai passé une soirée en tête à tête avec une adolescente en plein mal être.

Vernon Subutex (1 et 2) de Virginie Despentes

J’ai écris plusieurs fois ici que si je lisais beaucoup de littérature anglo saxonne, c’est parce que j’aime les romans choraux et qu’à part Une vie Française de Jean-Paul Dubois, il y en a peu d’exemples dans la littérature française actuelle. Virginie Despentes et son Vernon Subutex vient contredire superbement mon propos. Si elle dresse le portrait d’un homme dont le surnom est le titre à cette trilogie (car un tome 3 devrait sortir), elle donne aussi de l’épaisseur et de la consistance à tous ceux et celles qui vont croiser son chemin ou qui jouent un rôle dans sa vie, formant un kaléidoscope et une photographie de notre époque incroyablement riches.

J’ai aimé la hargne de Virginie Despentes, son regard sans concession ni complaisance, sa rage, sa justesse à décrire le monde en braquant sa plume sur différents univers (celui de la musique, celui du cinéma, celui de l’industrie pornographique) et sur différentes réalités sociales (du trader au sdf). Elle a aussi ce talent de se glisser dans la peau d’un homme sans qu’on ne voit une seule seconde les coutures du costume apparaitre. Je crois que le milieu dont je viens me rend plus proche d’elle que de Beigbeder et autres écrivains germanopratins, même si dans les deux cas, l’alcool et la drogue sont des éléments très présents (j’ai une vie beaucoup moins mouvementée et rock’n’roll qu’elle, c’est certain).

Si la fin du tome 2 m’emballe moins que le reste, j’aimerais offrir Vernon Subutex à tous ceux qui se sont laissés enfermés dans un « prêt à penser », à tous ceux qui pensent que la galère ne les concernera jamais et qui se sentent au dessus, à tout ceux qui comptent pour moi.

Le tome 3, annoncé pour le printemps, devrait bientôt sortir et je me demande quel sort Virginie Despentes réserve à ses personnages.

Tu n’as rien à craindre de moi de Joann Sfar

J’ai commencé à suivre Joann Sfar sur Instagram au lendemain des attentats du 13 novembre 2015. Il est, parait-il, toujours en train de dessiner et il s’est exprimé de cette façon après ce drame. Alors qu’un concert de voix partout dans le monde appelait à « Priez pour Paris », il publiait ce dessin :

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et je me sentais en accord avec lui.

Tu n’as rien à craindre de moi est la première bande dessinée de Joann Sfar que je lis. J’ai été un peu déroutée par l’absence à proprement parler de narration ou d’intrigues. Il s’agit plus d’une série de réflexions sur la création, sur le désir et sur l’amour. On y croise Mireille Darc : la « vraie » et la jeune femme qui partage sa vie, sa  muse à qui il trouve une ressemblance frappante avec l’actrice.

Même si je me suis sentie un peu perdue parfois dans les pensées de l’auteur, j’ai trouvé l’idée de montrer l’amour (dans ses meilleurs jours) et l’histoire d’un couple, à travers l’Art, originale.

Bianca de Loulou Robert

Je pensais être plus emballée par Bianca de Loulou Robert que je ne l’ai été . Est ce que les louanges entendus à son égard sont liés en partie au fait qu’elle n’a que 22 ans et qu’elle est mannequin (une fille sublime ET en plus intelligente, gardez en pour les autres )) ou est ce que je suis passée  à côté de l’histoire de cette ado qui raconte son séjour dans un service psychiatrique suite à une tentative de suicide ?

J’ai lu ce roman, sans déplaisir et très vite (et je sais que les livres que je lis très vite, je les oublie aussi très vite), sans croire vraiment aux personnages, si ce n’est peut être à Bianca qui doit avoir pas mal de Loulou en elle (il est beaucoup question d’anorexie mais peut être que je tire des conclusions hâtives).

J’ai aussi lu deux ouvrages, très différents, qui parlent de régime, mais je vous en parlerai dans une prochaine chroniques livres.

Enfonçons une porte ouverte : la bonne cuisine passe par des produits de qualité.  En pâtisserie, j’en ai fait maintes fois l’expérience. La qualité du chocolat utilisé (en particulier pour une ganache, une crème ou une mousse) a une conséquence indéniable sur le goût final du dessert. La pâte d’amande à 60% n’a rien à voir en puissance avec celle vendue en grande surface qui contient elle un pourcentage beaucoup plus faible d’amande et beaucoup plus de sucre.

Dans le premier tome  de la bande dessinée Frères de Terroirs, il est question de qualité à travers les histoires de ceux et celles qui font les produits qu’on retrouve dans les assiettes du restaurant du chef Yves Camdeborde, Le Comptoir. En duo avec Jacques Ferrandez (connu par ses Carnets d’Orient et qui a travaillé plus récemment sur L’étranger de Camus), les deux hommes nous invite à un road trip gourmand à travers la France pour découvrir des producteurs heureux de leur travail, minutieux et respectueux de l’environnement, des hommes auxquels le chef est fidèle depuis de nombreuses années.

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Le périple commence dans la Drôme provençale à Gramenon lors d’un week-end autour de la truffe (et une recette de croque monsieur au beurre demi-sel Bordier et truffes dans lequel on croquerait volontiers) et nous emmène à Côte Rôtie, à Saint Malo à la découverte de la maison Bordier (merveilleux souvenir de ses beurres dont celui à la vanille), sur l’île de Chaussey pour une pêche à pied, dans le Beaujolais ou bien encore à la criée de Saint Jean de Luz.

Yves Cambedorde rencontre ces producteurs régulièrement et confie qu’il se nourrit de leur passion comme source d’inspiration. Parmi ces hommes, beaucoup sont passées au bio, des viticulteurs qui ont supprimé le souffre de leurs vins au maraîcher Jean Marc Orso qui traite les parasites de manière naturelle. Ce dernier explique également qu’il a renoncé à chauffer ses serres :

sans chauffage, on démarre les tomates avec 30 jours de retard mais on a une production qualitative

Le chef s’appuie sur ces producteurs comme sur l’ensemble de son équipe. Chef d’orchestre, sans musicien, il ne pourrait pas jouer sa partition et il revient sur la fierté qu’il ressent vis à vis de ceux à qui il a transmis son savoir, son amour du beau geste et qui, après un passage dans ses cuisines, ont monté leur propre restaurant.

A plusieurs reprises, Yves Camdeborde défend aussi l’idée qu’il faut qu’il y ait le moins d’intermédiaires possibles entre le producteur et le client/consommateur. Dans le cas contraire, les deux sont perdants : le producteur ne vend pas son produit au prix souhaité et le client se retrouve avec un produit trop cher pour lui. Cette absence d’intermédiaires suppose néanmoins que le producteur ait son réseau pour trouver assez d’acheteurs ou que le bouche à oreille fonctionne bien pour que les restaurateurs viennent se fournir chez lui comme c’est le cas pour le boucher Hugo Desnoyer :

Un grand chef m’a fait confiance. Dans le milieu de la cuisine, ça s’est vite su, on a commencé à m’appeler. J’ai servi un, deux, trois clients…la plus belle chose que j’ai entendue, c’est Pierre Gagnaire qui me l’a dite « Je tiens à vous remercier. Depuis que je travaille avec vous, le souci de la viande m’est sorti de la tête. »

Frères de Terroirs est une balade gourmande qui suggère plus qu’elle ne démontre, qu’on peut se nourrir avec des producteurs à proximité même quand on habite en ville. La bande dessinée se prolonge d’ailleurs par une application mobile qui comprend une carte de France interactive avec la possibilité de cliquer sur les producteurs, chers à Yves Camdeborde, pour avoir plus de détails sur chacun d’eux.

 Histoire d’émotion, de passion, de transmission, Frères de terroirs ne tenait pas dans un seul volume. Un second tome est prévu pour partir à la rencontre d’autres régions, d’autres terroirs et d’autres hommes.

crédit photo : Olivier Gonin

Quand j’ai appris que Riad Sattouf sortait une nouvelle BD, j’étais joie parce que les auteurs qui me font rire ne sont pas si nombreux. J’ai découvert cet auteur il y a quelques années avec Pascal Brutal, je me suis retrouvée dans Retour au collège (en particulier les fameux cours de gym…si tous les gens qui souffraient pendant ces heures là avaient su qu’ils n’étaient pas seuls, on l’aurait mieux vécu peut-être), j’ai traversé l’Atlantique avec No sex in New York et et je me suis attachée au personnage du rêve de Jérémie, Le pays de la soif et Les pieds de Florence. J’ai été un peu déçue par La vie rêvée des jeunes par son côté juxtaposition de scénettes sans véritable intrigue.

Dans ce premier tome d’une série consacrée à sa jeunesse, Riad Sattouf nous raconte son enfance jusqu’à ses 6 ans (et là forcément je me demande comment peut-il avoir ce sens du détail qui fait mouche alors qu’il est si peu âgé à l’époque ? comment peut-il être aussi précis alors que ma petite enfance ressemble à un nuage de vapeur façon hammam dans mon esprit ?). J’ai suivi le très jeune Riad -visiblement beau comme un ange avec ses cheveux d’or bouclés – dans ses pérégrinations de la Libye à la Syrie en passant par la Bretagne et le Cap Fréhel. Pas particulièrement calée sur l’histoire de ces pays, j’ai appris au passage pas mal de choses sur la vie dans ces états au début des années 80. L’arabe du futur est aussi un portrait du père de l’auteur, Abdel-Razak, professeur d’université persuadé que tout passe par l’éducation mais sans véritable sens critique quant aux dictateurs dont il admire la modernité et la puissance.

Riad Sattouf évoque ses souvenirs personnels (sa grand mère paternelle qui soigne les problèmes oculaires en léchant les paupières -et ça marche-, l’odeur de sueur des femmes, sa difficile cohabitation avec ses cousins en Syrie qui le traitent de juif, ses dessins si précis de Pompidou qui entrainent une convocation des parents par l’institutrice) sous fond de toile politique …si l’humour est toujours présent, l’atmosphère est souvent pesante en particulier lorsque l’auteur raconte son enfance dans la campagne syrienne très pauvre et polluée où il est confronté à la violence des enfants (terrible scène du chiot qui finit décapiter) et des hommes. Point de vue de l’enfant et regard distancié de l’adulte se superposent pour adopter un angle particulièrement riche et intéressant.

Vivement la suite !

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