Se glisser pendant une année dans les cuisines du restaurant de Michel Bras et assister à la passation entre père et fils c’est à quoi nous invite le film Entre les bras dont j’avais loupé la sortie sur grand écran en mars 2012 et que j’ai pu découvrir en DVD avec quelques bonus dont une interview du réalisateur Paul Lacoste et un grand nombre de scènes coupées.

Les deux hommes ont été filmés 150 heures, réduites à 6 heures au bout de quatre mois de montage puis à 1h30 de film. La première surprise est l’absence, dans un tel contexte source inévitable de tensions, de crises. Parfois l’un et l’autre s’asticotent (comme dans cette scène de marché nocturne), parfois les regards et les silences laissent filtrer un mécontentement mais s’ils ne sont pas d’accord sur tout, le ton ne monte jamais, les portes ne claquent pas. Le fait que Sébastien Bras est en cuisine avec son père depuis 15 ans déjà est peut-être un début d’explication.

Le fils Bras a-t-il vraiment choisi cette voie? sa femme Véronique interrogée à ce sujet, balaie rapidement la question et affirme que cela s’est imposé à lui comme une évidence. Les choses n’en sont pas forcément plus simples : le père est à la fois allié et obstacle comme le rappelle Paul Lacoste, il continue à être très présent aux jardins du restaurant ou dans les cuisines et on a du mal à l’imaginer réellement à la retraite tant il est passionné.

Entre les Bras nous emmène sur le plateau de l’Aubrac où le restaurant est planté au milieu de nulle part. Ce paysage très atypique de l’Aveyron que j’ai découvert pour la première fois est filmé avec une poésie que l’on retrouve dans toutes les séquences de cuisine, quand la caméra quitte les visages pour se concentrer sur les assiettes et les gestes si précis, techniques. C’est tellement beau qu’on en redemanderait encore.

Les Bras ont aussi un restaurant au Japon où se joue l’une des scènes les plus symboliques du film quand les deux hommes se retrouvent seuls en cuisine et que le père goûte un plat créé par le fils. L’attention de l’un, les conseils de l’autre, soudain les frontières entre disciple et maître se brouillent…

Lors de la fête des vendanges, Michel Troisgros, interrogé sur la passation, répond que Sébastien ne pourra s’épanouir qu’une fois qu’il sera vraiment seul aux commandes. Dans la dernière séquence du film, ce dernier présente ses nouveaux plats (à la presse? ), on a le sentiment qu’il a réussi à s’exprimer malgré tout ce poids qui pèse sur ses épaules.

Est-ce cette habitude des voix off qui surlignent ce que l’on voit déjà à l’écran dans certaines émissions depuis de nombreuses années mais j’aurais aimé parfois un peu plus de légendes, d’explications.

Entre les Bras est un documentaire sur la passation et entraîne forcément des questionnements personnelles sur nos choix professionnels par rapport à l’héritage familial mais c’est aussi un beau portrait d’artistes à l’incroyable créativité qui dressent leur  assiette par touches de couleur comme s’ils peignaient un tableau sous les yeux du spectateur.

 

Crédits photos : cinema guild

Edit : si vous avez un moment, jetez un oeil aux photos panoramiques du plateau de l’Aubrac prises par Arnaud Millot ..attention le visionnage de ces photos peut avoir comme conséquence une forte envie  d’aller se balader là-bas.

23 Comments

  1. Cela doit être effectivement bien intéressant ! J’aime beaucoup voir comment cela se passe en cuisine , l’agitation , les cuisiniers à l’oeuvre …
    • ça doit être extra de voir un service en vrai !
      là il faut quand même bien dire que les scènes de cuisine ne sont pas majoritaires au final car ce n’est pas un film sur le métier de cuisinier mais vraiment sur la passation entre ces deux hommes et sur leur histoire, leur enfance
  2. Bonjour
    Merci beaucoup pour le lien vers les images de mon petit site, c’est très sympa!
    L’Aubrac est un coin vraiment magique en toute saisons, avec beaucoup de choses à découvrir 🙂
  3. Merci pour cet article, j’étais complètement passée à côté de ce film ; ça donne très envie de le voir ! Et puis d’aller manger chez eux dans la foulée aussi, mais ça c’est un autre problème 🙂
  4. J’ai vu ce film le jour de sa sortie et tu décris très bien, rien à redire. Comme des peintres ils composent les assiettes je suis d’accord. J’ai vécu en cuisine, pas dans un si grand restaurant mais le travail je t’assure était le même… et cela me passionne toujours autant.. mais à regarder maintenant ! Bisous et bon lundi.
  5. pfiouu…ça donne envie.. les photos sont magnifiques… on se demande ce qu’on fait en ville quand on voit des paysages pareils!
    quant au film, je pense que ça me plairait bien de le voir, ça doit etre sympa de voir la relation entre le pere et le fils..
    • j’aimerais bien aller me balader dans ce coin même sans faire le restaurant ), j’ai trouvé les paysages vraiment superbes !
  6. Ce film me tentait également, tu as fini de me convaincre de le visionner ! je ne sais pas s’il existe en bluray ?
  7. Ce joli film est un carton dans ma région 🙂 J’ai la chance d’aller souvent sur l’Aubrac mais malheureusement jamais mangé chez Bras, rien que le cadre, ça le fait!
    Les gourmands venez donc manger par ici, un bon aligot au buron, expérience indispensable …
  8. cela doit être passionnant à suivre, pourtant il y a déjà tellement d’émission culinaires à la télé, que je sature sans les regarder…
    • ah mais ça n’a absolument rien à voir avec une émission culinaire..après c’est sûr que c’est plus susceptible d’intéresser un passionné de culinaire )

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