rentrée littéraire 2016 Archives - Chroniques d'une Chocoladdict
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rentrée littéraire 2016

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Vous savez quoi ? j’ai songé à chroniquer les livres dont je vais vous parler façon booktubeuse (enfin pas tout à fait ). Bon le souci est qu’il n’est pas question que je me filme et que je me mette en scène alors une vidéo en plan fixe d’un bouquin, je ne suis pas sûre que ce soit le truc le plus affolant : )

Allez je cogite et qui sait mais en attendant et de manière très old school, voici mes dernières lectures, celles qui m’ont permises de me glisser dans la peau d’…:

Une amante et une mère : Cannibales de Régis Jauffret

Cannibales est le premier livre de Régis Jauffret que j’ai entre les mains, je ne sais donc pas si ses « romans » sont habituellement des exercices de style. Il y excelle, à chaque page, on ne peut qu’admettre qu’il est très fort pour jouer avec les mots. L’ennui c’est que cette histoire de femme qui écrit à la mère de son ex-amant pour lui dire tout le mal qu’elle pense de son fils jusqu’à imaginer, au fil de leur correspondance, de le faire cuire et de le manger, je n’y crois pas. Ce n’est peut être pas le « but » de ce livre. J’ai encore cédé au « syndrome des liaisons dangereuses » et me voici une nouvelle fois déçue.

Un fils en deuil : Comment tu parles de ton père de Joan Sfar

Est ce le petit garçon ou l’homme adulte (lui même papa) qui nous parle de son père qu’il admire tant et qu’il vient de perdre ? Un peu des deux sûrement et cela donne un regard à la fois tendre, drôle et touchant. La mort du père brasse tout un tas de souvenirs et est l’occasion pour l’auteur de revenir sur les circonstances mystérieuses de la mort de sa mère, sur sa culture juive, sur Nice cette ville à laquelle il semble si attaché, sur son rapport aux femmes.

Je connaissais depuis l’âge de trois ans et demi les mensonges des grandes personnes, « ta maman est partie en voyage », mais il a fallu attendre quarante-deux ans et demi pour que j’assiste à ça…Je connais les cadavres. J’en ai disséqué à l’hôpital Pasteur, je connais les os. Aux Beaux-Arts, on n’allait jamais loin sans brandir un fémur ou un maxillaire. Mais je n’avais jamais vu une âme quitter un corps. Voyant comme elle s’est dévouée au chevet de papa, j’ai failli présenter des excuses à ma sœur chérie, pour avoir eu à sa place l’étrange privilège de voir mon père mourir dans mes bras.

 

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Une meilleure amie : L’autre qu’on adorait de Catherine Cusset

J’aurais pu aussi écrire dans la peau d’un bi-polaire car c’est lui qui est au cœur du dernier roman, L’autre qu’on adorait, de Catherine Cusset. Pourtant c’est à travers ses yeux d’écrivaine et de meilleure amie qu’on suit la vie de cet homme. Meilleure amie l’a t elle vraiment été ? bien sûr comme souvent dans ses romans Catherine Cusset ne s’épargne pas et elle est particulièrement dure avec celui qu’on devine pourtant hypersensible. En même temps, comment aurait elle pu retracer si finement le parcours, les échecs, les amours du désormais absent si elle n’avait été cette meilleure amie ?

Ce personnage excessif dans ses joies comme dans ses désespoirs agace  autant qu’il séduit. Au final, devant tous les échecs de sa vie et face à la maladie qu’il subit, on aimerait que le destin joue enfin à sa faveur même si on connait l’issue depuis le début.

J’ai eu le temps de me rendre compte qu’il n’y avait aucun ami que j’aimais davantage, personne qui me fasse me sentir plus vivante, et que cela était du à quelque chose d’exceptionnel qui en toi t’illuminait.
Le rire.
C’est à cela que j’ai pensé à l’instant où mon frère m’a appris ta mort : qu’il y aurait moins de rire sur la terre.

 

Un peintre : Deux remords de Claude Monet

Je finis avec un roman qui a probablement été moins médiatisé que les titres d’avant et qui est pourtant celui qui m’a le plus plu. Il m’a permis de vivre à nouveau quelques soirées avec Claude Monet comme j’avais pu le faire en visitant sa maison et ses jardins à Giverny par exemple. Le premier chapitre s’ouvre sur Frédéric Bazille, un de mes amis du peintre qui apparait sur l’une de ses toiles (Le déjeuner sur l’herbe) et qui mourra jeune au combat en 1870. Sa mort hantera Claude Monet toute sa vie comme la disparition de sa première femme Camille.

Avec Deux remords de Claude Monet, on aime, on doute, on part au petit matin dans la nature, on épouse le regard de l’artiste, on tient un pinceau, on déménage, on vit perclus de dettes souvent, on s’attable avec ses amis bref on est un peu Monet mais surtout on apprend à connaître son œuvre à travers le prisme de sa vie. Érudit mais jamais ennuyeux, ce roman m’a donné envie de retourner voir les œuvres du peintre impressionniste.

Les gens voyaient la robe, il voyait le sentiment. Les gens donnaient à l’œuvre le nom de l’objet, il lui donnait le nom de son amour. C’est cela qu’il avait peint. […] Bazille et Renoir, qui avaient découvert le tableau dans l’atelier et avaient fait connaissance de Camille en même temps que leur ami, avaient deviné. Pour eux, il n’y avait d’autre mystère dans ce chef d’œuvre de quatre jours que la rayonnante puissance d’une passion neuve.

 

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Une fois n’est pas coutume, je partage aujourd’hui des lectures qui n’ont pas été des coups de cœur et qui font toutes partie de la rentrée littéraire 2016.

Beaux rivages de Nina Bouraoui

Nina Bouraoui s’est elle faite quitter pour écrire un livre entier sur la rupture amoureuse, là n’est peut être pas la question. En tous cas elle maitrise son sujet, décrivant dans le détail toutes les étapes par lesquelles elle passe avant un jour d’accepter vraiment que c’est fini.

Certaines femmes plongent dans la folie (c’est le thème du livre sorti en poche Les jours de mon abandon d’Elsa Ferrante que je n’ai pas encore lu mais qui est dans mon PAL), d’autres dans la colère, la protagoniste, elle, est totalement obsédée par l’autre, celle qui l’a remplacé et dont elle lit le blog. Hormis lorsqu’elle travaille, elle ne pense qu’à lui, qu’à leur couple et se laisse glisser peu à peu dans la dépression.

Même si la rupture amoureuse est un thème universel, j’ai trouvé le livre trop nombriliste pour qu’il reste gravé dans ma mémoire.

I love Dick de Chris Kraus

J’ai une grosse faiblesse : dès que je lis à propos d’un roman qu’il est épistolaire, j’ai absolument envie de l’avoir entre les mains. Je suis probablement victime du syndrôme « Les liaisons dangereuses », un de mes livres préférés. Malheureusement difficile d’être à la hauteur de ce chef d’oeuvre et I love Dick n’a pas fait exception. Je pensais m’offrir des heures de lecture de courriers passionnés, enflammés. J’ai vite eu l’impression d’un truc branché où il est question de « romantisme abstrait » (ne me demandez pas de vous expliquer, j’en suis incapable) ou de « baise conceptuelle » (baise virtuelle je vois encore mais baise conceptuelle, c’est plus flou) et de performance façon Sophie Calle….bref à des années lumières, même transportées à l’époque moderne, des lettres de Laclos.

Pour faire l’amour d’Howard Jacobson

Il parait que Pour faire l’amour d’Howard Jacobson est un roman érotique. Personnellement l’idée, malgré le titre, ne m’a pas effleuré l’esprit une seule fois en le lisant tant il est cérébral et si peu sensuel (en tous cas pour moi). Je suis passée peut être à côté de l’histoire de cet homme qui ne trouve rien de plus excitant que d’imaginer sa femme avec un autre homme et si possible avec un autre homme qu’il a « choisi » lui même puis poussé dans les bras de sa chère et tendre.

La succession de Jean Paul Dubois

Peut on avoir un avis éclairé sur un roman que vous avez trouvé déprimant et qui vous a donné envie, au moins l’espace de quelques heures, de mettre la tête dans le four ? C’est la question que je me pose depuis que j’ai lu le dernier roman, La succession, de Jean-Paul Dubois. Je ne sais pas comment il a été « reçu » « ressenti » par d’autres lecteurs, peut être n’était je pas en bonne disposition le soir où je l’ai fini.

Dans ce roman, on retrouve certaines obsessions de l’auteur : un père absent mais pourtant pesant sur le présent, l’attachement aux chiens, la passion des voitures, un goût pour l’absurde. De cet auteur, j’avais beaucoup aimé Une vie française (pas forcément très optimiste non plus) et dans un tout autre style Vous plaisantez Monsieur Tanner ? Ses autres romans m’ont moins marqué.

Cette fois, on suit la vie de Paul, un joueur de pelote basque installé à Miami, après avoir fui une famille pour le moins peu ordinaire et comme marqué par le sceau du malheur. Paul connaitra quelques années de bonheur mais forcé de rentrer en France à la mort de son père, son destin en sera chamboulé pour toujours.

Je n’arrive guère à en dire plus à son sujet, j’ai trouvé l’histoire qu’il a avec une femme beaucoup plus âgée que lui très belle. Si vous l’avez lu ou que vous le lisez, j’aimerais beaucoup savoir s’il vous a sapé le moral…ou pas : )

Prochaine chronique livre : un roman sur Claude Monet

 

Le dernier roman de Serge Joncour sera lié à ces derniers jours d’Août où quelques degrés en moins rendaient l’atmosphère bien plus agréable (même si il faisait encore 30 l’après midi), où je savourais le plaisir de mordre à pleines dents dans des figues gorgées de soleil et ramenées du Sud par des amis, où j’avais du mal à croire que la rentrée, les cartables, les levers de bonne heure, les devoirs, les jours qui raccourcissent seraient bientôt là.

Il n’est pas question d’été dans Repose-toi sur moi. Qu’ils campent ses personnages à Paris ou en pleine campagne, il est plus question de froid, de pluie, de grisaille, de nuits qui tombent tôt et de lumière aux fenêtres, de frissons et de corps tremblants, voire même de neige et de glace.

Les deux personnages (elle, Aurore, styliste dont le nom est aussi une marque reconnue; lui, Ludovic, agriculteur reconverti dans le recouvrement de dettes) sont voisins, ils habitent l’un en face de l’autre mais leurs chemins ne se croisent pas jusqu’où jour où des corbeaux ayant élu domicile dans la cour de leur immeuble, créent une occasion de rencontre.

Elle est rat des villes, il est rat des champs, elle est toujours classe et élégante, il a du mal à trouver des vêtements adaptés à sa carrure, elle semble avoir peur de tout, il affirme que rien ne le gêne, elle est mariée et mère de famille dans un grand appartement, il vit seul dans un petit studio. Bref tout semble les opposer et cela pourrait virer à la comédie romantique à l’eau de rose à laquelle on a un peu de mal à croire.

Sauf que l’écrivain, alternant les voix de son récit (il donne la parole successivement à Aurore et Ludovic),  dessine le portrait de personnages contrastés et qui ne vont pas forcément là où on les attend, qui doutent sans cesse de leur relation pour le moins improbable au delà de leur attirance.

Quand d’un coup on s’embrasse, c’est que vraiment on n’en peut plus de cette distance, même collés l’un à l’autre on a la sensation d’être encore trop loin, pas assez en osmose, de là vient l’envie de se fondre, de ne plus laisser d’espace.

A travers leur histoire, Serge Joncour dit avec justesse et sensibilité la solitude à la campagne comme dans la grande ville (malgré la foule partout), les gens qui tentent de survivre, assommés par les dettes, l’absurdité de la cette société de consommation obsédée par le toujours plus de rendement, de profit et réserve au lecteur un dénouement inattendu.

Parfois, à des carrefours inattendus de la vie, on découvre que depuis un bon bout de temps déjà on avance sur un fil, depuis des années on est parti sur sa lancée, sans l’assurance qu’il y ait vraiment quelque chose de solide en dessous, ni quelqu’un, pas uniquement du vide, et alors on réalise qu’on en fait plus pour les autres qu’ils n’en font pour nous, que ce sont eux qui attendent tout de nous, dans ce domaine les enfants sont voraces, avides, toujours en demande et sans la moindre reconnaissance, les enfants après tout c’est normal de les porter, mais elle pensa aussi à tous les autres, tous ceux face auxquels elle ne devait jamais montrer ses failles, parce qu’ils s’y seraient engouffrés, ils ne lui auraient pas fait de cadeaux. Ils sont rares ceux qui donnent vraiment, ceux qui écoutent vraiment.

 

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