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Mes 5 lectures d’avril

Les chroniques qui suivent ont été publiées sur Instagram. Pour que ces textes ne disparaissent pas et aient une durée de vie supérieure à quelques heures, je les publie à nouveau ici en espérant vous donner des idées de lecture. (pour la photo en Une, je m’étais amusée à chercher des livres assortis à mon poisson de Pâques).

C’est quoi le terrorisme ?

 

 

 
 

 
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Mes enfants ont grandi avec le terrorisme. Ils m’ont vu sidérée après le bataclan cette salle où j’étais allée écouter de la musique quand j’habitais à Paris. Ils m’ont raconté leur premier exercice de simulation d’attaque à l’école, chose que je n’ai jamais vécue. Comment en parler avec eux alors en dépassant les schémas les gentils et les méchants ?

Doan Búi répond à cette question dans C’est quoi un terroriste ? En tant que chroniqueuse judiciaire, elle a suivi le premier procès d’Abdelkader Merah (le frère du terroriste) et elle a alors été assaillie de nombreuses questions quant à son travail de journaliste. Cette bande dessinée est le moyen d y répondre tout en proposant un regard distancié sur un sujet lourd grâce aux dessins de Leslie Plée.

💪Les super pouvoirs de C’est quoi un terroriste ? 💪
♦️ Nous montrer de l’intérieur un procès historique avec ses lieux et tous ses protagonistes
♦️ Dépasser l’effroi et tenter non pas de justifier mais de comprendre (si le sujet vous intéresse je vous conseille Les revenants de David Thomson qui existe en poche)
♦️Suggérer l’horreur sans l’afficher (Leslie Plée utilise la couleur rouge pour traduire la tristesse et la colère de manière différente)

Et si vous ne connaissez pas Leslie Plée, je vous conseille Moi vivant vous n’aurez jamais de pause où elle raconte son expérience de libraire en grande surface.

Le nouveau

Peut être connaissiez vous Tracy Chevalier pour ses romans historiques et ses portraits de femmes ? Suite à une commande éditoriale (transposer un classique de Shakespeare dans le monde contemporain à savoir ici Othello), l’auteure opère un virage à 180 degrés avec Le nouveau.

Elle nous raconte en effet l’arrivée d’un jeune garçon noir, Osei, dans une école où il n y a que des blancs dans les années 70 à Washington (en reprenant les codes d’une tragédie, unité de lieu, de temps, nombre d’actes).
La société est vue à travers le prisme d’une cour d’école avec ses lois, ses règles tacites, sa hiérarchie.

Si la maturité intellectuelle et sensuelle des élèves m’a paru en décalage avec leur âge supposé (CM1/CM2), Le nouveau dévoile par les réactions que suscite l’arrivée de cet élève noir, les visages multiples du racisme ordinaire.

Quant à Dee, elle tombe sous le charme de ce nouveau et leur coup de foudre naissant donne lieu à des passages lumineux

« Quand Dee.-quel merveilleux hasard qu’elle aussi, on l’appela par la première lettre de son prénom– releva les yeux, Osei sentit son corps s’embraser. Elle avait les yeux marron : le brun clair et liquide du sirop d’érable. Pas le bleu qu’il avait vu dans tant de cours d’école, le bleu des ancêtres anglais, écossais, irlandais. Le bleu de l’Allemagne et de la Scandinavie. Le bleu des Européens du Nord venus s’installer en Amérique, qui avaient conquis les yeux bruns des Indiens et importés des yeux noirs d' »Afrique pour faire leur travail à leur place. »


Le nouveau suscite forcément des questions : est ce qu’un enfant est raciste parce que ses parents le sont ? Sur quoi le racisme repose ? On a souvent brandi la bêtise comme réponse mais aujourd’hui tout le monde va à l’école et Christine Taubira est comparée à un singe sur Twitter. Dans le nouveau, un enseignant sous le coup de la colère finit par lâcher « ils sont tous comme ça« . Est ce que de manière primaire l’être humain a peur de la différence ? 
Si on se doute que l’histoire va mal tourner, Tracy Chevalier instille une tension croissante et nous cueille avec une fin glaciale.

Une femme en contre-jour

 

 

 
 

 
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Il y a beaucoup de si dans le destin de Vivian Maier, beaucoup de questions et beaucoup moins de réponses. De son enfance sans amour et sans repères à la découverte fortuite de ses photos par un agent immobilier, il y a une telle dose de romanesque dans la vie de Vivian Maier qu’écrire sur elle pouvait être casse gueule. Mais c était sans compter la plume et la finesse d’analyse de Gaelle Josse.

💪 Les super pouvoirs d’une femme à contre jour ? 💪

♦Éviter les clichés et l’hagiographie face à une femme si complexe et peu ordinaire.

♦Éveiller la curiosité sur cette photographe dont j avais vu passer le nom et aller voir ses photos saisissantes d’humanité puis noter le documentaire, A la recherche de Vivian Maier, à son sujet.

♦Montrer qu’on peut avoir un immense talent et rester inconnue (et être célèbre sans talent particulier).

Si vous ne lisez pas ce roman, allez voir au moins ses photos d anonymes sur le site internet qui lui a été consacré. Elles saisissent un instant, une émotion avec une telle justesse qu’on a du mal à croire que l’œuvre de Vivian Maier soit restée totalement dans l’ombre de son vivant.

Retour à la terre

 

 

 
 

 
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Destination les Ravanelles où Monsieur Henri est toujours aussi silencieux mais n’est plus seul, où la veuve Lamortemont tente de se familiariser avec son téléphone portable, où M. Loupiot fait de la voyance et où Mariette attend un second enfant.

💪Les super pouvoirs de Retour à la terre 💪

🍃Installer une scénette et sa chute en seulement 6 cases
🍃Faire sourire et rire aussi bien avec des personnages atypiques qu’avec des questionnements existentiels avec un humour tendre et absurde
🍃Replonger le lecteur dans une série dont j ai savouré chaque volume avec la même complicité entre Ferri et Larcenet

L’empreinte

 

 

 
 

 
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Autobiographie ou journalisme, documentaire ou fiction, L’ Empreinte est un récit au croisement de tout cela. L’auteur se destine à une carrière d’avocat comme ses parents et est persuadée d’être une farouche opposante à la peine de mort jusqu’au jour où son chemin croise celui de Ricky Langley, un pédophile qui a tué un enfant. Alexandria Marzano-Lesnevitch pensait avoir mis sous le tapis ses traumatismes d’enfance, ils ressurgissent alors la poussant à écrire ce livre.. pour enfin dire ce qui a toujours été passé sous silence mais peut être aussi pour sauver sa peau.

◾J’ai pensé au film Les chatouilles où la mère se soucie (apprenant que sa fille a été abusée) avant tout du quand dira-t-on alors que dans l’empreinte, l’auteure écrit :

« ma mère m’a expliqué que je nuirais à la carrière politique de mon père [… ‘] Mon père a expliqué que je ferais souffrir ma mère. Ils m’ ont tous deux interdit d’en parler à ma grand-mère car ça lui ferait trop de mal et à mon frère. »

◾J’ai aussi pensé au film Grâce à Dieu où le silence de l’église est assourdissant.
◾Ce qu’on apprend, si jamais on en doutait, ce sont les empreintes que laissent les abus (le mot viol serait plus juste d’ailleurs) année après année : sur la santé, sur la vie sexuelle et sur les choix professionnels.
◾Ce que j’ai trouvé le plus intéressant dans ce récit ? Toute l’enquête sur la famille de Ricky Langley, tout ce qui concerne son enfance ;  le parcours d’Alexandria face à son passé et cet attrait inexplicable pour ce meurtrier (je fais de la psychologie de comptoir si j y vois une sorte de transfert ?)
◾J’ai moins aimé la dernière partie du livre quand l’auteure nous raconte en détails (trop pour moi) le procès et lorsqu’elle mélange la vie de Ricky et la sienne dans un même chapitre jusqu’à ce que je vois arriver la fin avec un certain soulagement.

Au delà de l’affaire et de l’enquête, L’empreinte est une réflexion saisissante et dérangeante sur les secrets de famille. 

J’ai aussi lu Une sirène à Paris, j’en ai parlé ici comme un excellent moyen d’enchanter son quotidien. D’ailleurs je suis en train de préparer un nouveau billet « livrothérapie ».

Et vous, qu’avez-vous lu le mois dernier ?

Pirate n°7 : récit poignant et révoltant

« La justice a tranché », « décision de justice », « secret de l’instruction », « vice de procédure », la plupart du temps lorsque j’entends parler de justice, je me la représente comme un grande machine implacable, froide, sans visage. Dans Pirate n°7, la justice est au contraire incarnée, vivante, humaine car au delà de l’affaire qui est racontée, se dessine le portrait d’une avocate commis d’office. Cette dernière n’oublie pas son affaire en enlevant sa robe noire. Au contraire, pendant 4 ans, elle va porter à bout de bras la vie d’un jeune homme, ce pirate n°7.

pirate n°7

Peut-être a-t-elle outrepassé son rôle, franchi une frontière (je me demande si dans la formation d’avocat, des règles de « juste distance » entre client et avocat sont enseignées comme pour un psy et son patient) mais comment défendre avec force et conviction quelqu’un sans s’impliquer réellement à moins d’être dans un jeu d’acteur quasi schizophrène ?

Auprès de Fahram, je suis autre chose qu’un avocat. Certes, je le suis dans ses rapports avec l’administration pénitentiaire et les magistrats, c’est ainsi que je me présente, que je fais l’interface, mais entre nous, je deviens peu à peu, un substitut affectif et bientôt le témoin de son enfer.

Cette justice elle porte aussi le visage de Fahram. On aimerait le classer dans les méchants, les mauvais (il a attaqué, avec 6 autres somaliens, un navigateur français et sa femme en pleine mer), celui qu’on désigne par un numéro, un xsd (parce qu’il ne parle pas français ?).
Le priver ainsi de nom et de prénom n’est pas la première violence qu’on lui fait subir ?

xsd est la déshumanisation maximale de celui qui n’a pas de nom officiel dans une procédure pénale et dont le patronyme ne peut être appréhendé par l’autorité.

Revenant sur son parcours, Elise Arfi écrit :

Mes parents étaient médecins, et avocat, c’était tout de même nettement moins bien.

Plus j’avançais dans ma lecture, plus j’ai vu un lien évident entre ces deux métiers : la vie humaine est, dans les deux cas, en jeu.

Pirate n°7, à travers un cas particulier, pose des questions essentielles sur la prison, acceptée par la société comme unique solution de réparation.

Enfermer deux, trois, parfois quatre personnes, vingt heure sur vingt quatre, dans des cellules d’une dizaine de mètres carrés, sans hygiène ni intimité ne permet pas l’introspective, le retour sur soi, la repentance, dont on voudrait nous faire croire qu’ils donnent un sens à la peine.

Elise Arfi rappelle la surpopulation carcérale, l’état de délabrement, de manque d’hygiène de certaines prisons, le suicide de détenus (et le sentiment d’impuissance qui en découle). De temps en temps, la presse se fait l’écho de rapport alarmiste sur l’état de prisons françaises mais avez-vous déjà vu une mesure quelconque les concernant dans un programme électoral ?

Pirate n°7 est un cri, un immense cri face à l’injustice et un livre qui donne envie de crier de rage à son tour. Injustice sociale car Fahram est né dans le « mauvais » pays (la Somalie est un pays très pauvre), cela précipitera son destin. Injustice de traitement, Fahram devrait être jugé comme un mineur mais la justice s’entête à penser qu’il est majeur (s’appuyant sur des expertises qui s’écrouleront par la suite).

Non seulement on refuse à cet adolescent un prénom et un nom, mais sans lui demander son avis, au cours de sa détention provisoire, il subit une ablation de poumon. A partir de ce moment là, ses crises d’angoisse redoublent, ses délires cauchemardesques aussi. Fahram s’enfonce, il fait plusieurs tentatives de suicide, mais l’organisation pénitentiaire reste muette, ne répondant pas aux multiples lettres de son avocate. Le sentiment d’injustice, il naît aussi de l’indifférence moutonnière et bureaucratique de fonctionnaires.

Je me souviens que lorsque j’étais bibliothécaire, devant l’affolement de certains collègues dans certaines situations, j’avais coutume de dire, qu’il n’y avait pas, dans notre boulot, d’urgence vitale. Ici, si !

Lui qu’on aura traité d’un bout à l’autre comme une chose pour finir balancé comme un déchet.

Elise Arfi n’est pas avocate par hasard, le moins qu’on puisse dire est qu’elle a le sens de la formule. J’avais envie de noter une phrase sur deux et cela m’arrive très rarement (jamais ?) en dehors d’une fiction. Impossible de ranger Pirate n°7 dans ma bibliothèque et de passer à autre chose. J’ai pris une grosse claque en lisant cet essai découvert grâce au Grand Prix des Lectrices Elle.

Que devient Fahram aujourd’hui ? Peut-il vivre sans séquelles après cela ? La fameuse résilience permet-t-elle de s’affranchir du passé et d’apprendre à vivre sans entraves ni privations ?

Pirate n°7, Elise Arfi, Editions Anne Carrière.

En février, j’ai lu …

Des poches, des romans graphiques, une bande dessinée, un essai, mes dernières lectures ont été assez variées. Comme il m’est impossible, par manque de temps, de tout chroniquer dans le détail mais que j’avais quand même envie de les partager, voici un court résumé de chacune d’entre elles :

Pourquoi y a-t-il des inégalités entre les hommes et les femmes ?

Mon pitch : Vous vous êtes déjà demandés pourquoi depuis la nuit des temps et partout sur la planète, les femmes n’ont jamais été traitées de manière égale aux hommes ? Pour répondre à cette question, cette bande dessinée remonte aux origines des inégalités entre les hommes et les femmes soulignant avec humour toute l’absurdité de cette situation. Expliquer pour repartir sur des bases plus justes c’est l’idée de cette chronologie dessinée.

Saviez vous que jusqu’en 1875 les hommes pensaient qu’il était l’unique responsable de la création d’un enfant ? que tous les textes de loi et tous les textes religieux ont été pensés et écrits par des hommes posant un regard uniquement masculin sur la société ? ou encore qu’au Moyen Age les filles étaient promises à un homme dès l’âge de 7 ans, qu’elles étaient majeures à 13 ans et mariées entre 13 et 17 ans ?

Pour qui ? à la fois histoire des inégalités hommes et femmes et histoire de l’évolution des droits des femmes (avec des femmes qui ont œuvré pour que les choses changent), j’aimerais que tous les collégiens et collégiennes le lisent. En tous cas, je vais le faire lire à mon fils et à ma fille.

 

Le colis

Mon pitch : Direction le quartier rouge de Bombay où Madhu, une hija (sorte de troisième sexe, née dans un corps d’homme mais amputée de ses attributs sexuels masculins), qui mendie pour vivre après des années de prostitution, doit s’occuper d’un colis. Alors qu’elle doit s’acquitter de cette mission (pour le moins glaçante je ne vous en dis pas plus), les souvenirs de sa vie reviennent à la surface.

Pour qui ? ceux qui ont une image idyllique de l’Inde même si je ne sais pas quelle est la part de fiction et la part de réalité dans ce destin et le terrible sort des colis.

 

Chroniques de la fruitière

Mon pitch : Que celui qui aime le fromage et qui n’aura pas envie de déguster un morceau de comté après la lecture de cette bande dessinée , lève le doigt ? Au fil des saisons, l’auteur part à la rencontre des Hommes qui, dans le Jura, l’Ain ou le Doubs, produisent le comté. A travers des anecdotes et des rencontres, on comprend à quoi tiennent la qualité et le caractère unique d’un produit qui a su résister à la mondialisation dans une filière restée indépendante.

Pour qui ? les gourmands, les gourmets, ceux qui aiment en savoir plus sur les produits du terroir, les fous de fromage.

 

Comme un chef

Mon pitch : Raconter une vie à travers son rapport à la nourriture et l’amour pour la cuisine, voilà le parti pris de Comme un chef.  Repas d’enfance avec une mère qui n’aime pas passer du temps derrière les fourneaux, frustration de ne pas pouvoir préparer grand chose dans une piaule étudiante, révélation » lors du premier grand restaurant, un déjeuner chez les frères Troisgros, expériences en tant que chef à domicile, on découvre Benoît Peeters presque toujours autour d’une table même si l’autre pan de sa vie (chercheur et romancier) a aussi son importance. Hymne à la vie, chronique d’une époque, Comme un chef donne envie …de remettre le couvert sans attendre : )

Pour qui ? Ceux et celles qui peuvent passer des heures à parler cuisine, bonne bouffe et bonnes adresses

 

Un fils parfait

Mon pitch : Il est le fis parfait, le gendre idéal, celui que vos copines vous jalousent, il a « bien réussi » et puis un jour, un petit caillou se met dans la mécanique d’un emploi du temps bien huilé et c’est la sortie de route. Et si celui avec qui vous partagiez votre vie depuis des années était en fait un monstre ?

Pour qui ? Ceux et celles qui aiment lire les faits divers (d’autant plus que ce roman a été inspiré par une histoire vraie)

 

Petit traité d’éducation lubrique

Mon pitch : L’auteur s’amuse à enseigner, dans ce court livre, à son lecteur les plaisirs charnels avec beaucoup d’humour et un amour des mots incontestable.

Pour qui ? Selon Lydie Salvayre, « petit traité à instruire les analphabètes du sexe, à désengourdir les gourds et à défâcher méchants. » Si vous êtes du genre pudibond, passez votre tour.

 

Les revenants

Mon pitch : La méthode de travail de David Thomson, qui a obtenu le prix Albert Londres avec cet essai, est d’utiliser les sources primaires. Il a ainsi suivi pendant plusieurs années ( jusqu’à 5 ans et certains jusqu’à la mort)  une centaine de jihadistes (tunisiens, français, belges, suisses), menant entretiens et reportages.
Dans ce livre il racontent l’histoire de quelques uns en  leur donnant la parole une fois de retour en France, en revenant sur les raisons qui les ont poussé à partir en Syrie et en leur demandant comment se sont passées les choses une fois là bas. Leur parole est toujours accompagnée d’une analyse et d’une contextualisation pour aider à mieux comprendre leur cheminement et garder un sens critique entre ce qui est dit et la « réalité ».
Au delà de ces témoignages, l’objectif de cet essai est de déconstruire la mécanique sociale, religieuse, politique, familiale et psychologique qui les a fait basculer. Il est aussi question de leur déception, de l’inefficacité de la déradicalisation.
J’ai toujours été intriguée par ces personnes qui se laissent totalement embrigadées par les sectes et j’ai eu souvent, l’impression, au fil de ma lecture, de voir la même mécanique à l’œuvre avec des cibles la plupart du temps « fragiles » ou à la recherche de sens dans leur vie. Passionnant et terrifiant.

Pour qui ? Ceux et celles qui ont envie de comprendre (ce qui ne signifie pas justifier bien-sûr), aller au delà des propos « café du commerce » avec une grille de lecture jamais simpliste mais pourtant éclairante.

 

Et vous, qu’avez-vous lu en février ?

3 livres, 3 façons de raconter la guerre

Hasard ou pas, j’ai lu dans la foulée 3 livres -2 romans et une biographie- dans lesquels la seconde guerre mondiale est plus qu’un élément capital. Si je vous dis qu’en plus, j’ai été voir le film La douleur (tirée du livre de Marguerite Duras) en avant première et que dans mon sac à main, se trouve le livre de poche Par amour de Valérie Tong Cuong qui se passe à la même époque, il serait facile de conclure que cela vire à l’obsession.

L’origine de la violence

Comment un livre est-il choisi plutôt qu’un autre ? Pour L’origine de la violence, la raison est toute simple : j’avais lu Comment vivre en héros de Fabrice Humbert , j’avais trouvé le propos ambitieux, j’avais aimé la plume et logiquement j’avais envie de lire d’autres titres de cet auteur. Je ne connaissais rien sur l’histoire, celle d’un jeune professeur, qui a l’occasion d’un voyage scolaire en Allemagne découvre dans le camp de Buchenwald la photo d’un détenu dont la ressemblance avec son propre père est frappante.

Le personnage principal aurait pu en rester là, ranger cette ressemblance étrange dans un coin de sa tête mais depuis qu’il est enfant, il sent une rage et une violence tapie en lui et cette découverte est pour lui l’occasion de s’interroger sur l’origine de la violence (celle de l’Homme et pas que la sienne), l’origine du Mal.

Question existentielle et quête personnelle se mêlent alors sans que l’auteur ne soit jamais ridicule (pourtant la situation de départ est tout de même très improbable). Même lorsqu’il décrit l’horreur des camps, il n’y a pas une fausse note.

J’ai cru un instant que L’origine de la violence allait devenir une sorte d’essai philosophique sur le Mal mais très vite j’ai plongé dans ce roman haletant avec la volonté de connaitre les secrets de famille du personnage principal.

Winston de Boris Johnson

Boris Johnson, l’auteur de Winston, a été maire de Londres. On reconnait, malgré la traduction, cet humour typiquement anglais et l’amour qu’il nourrit pour son île sans pour autant qu’il ne perdre tout esprit critique. De la même façon, on ressent, dans cette biographie consacrée à Winston Churchill, l’admiration qu’il a pour l’homme sans que cela ne tombe dans l’hagiographie.

On connait Churchill pour son sens de la formule mais saviez-vous qu’il est le fondateur avec Lloyd Georges de l’État Providence ? il a mis en place la loi instaurant le salaire minimum (1908), créé des bureaux de placement pour lutter contre le chômage,  il est le père de l’assurance chômage et il a réduit l’âge de la retraite de 70 à 65 ans.

Chapitre après chapitre, Johnson souligne la bravoure de Churchill qui a combattu et était un fou d’aviation qui a eu de multiples accidents. Ses détracteurs lui reprochaient de vouloir toujours être sur le devant de la scène mais il admettait volontiers vouloir épater autrui comme pour « effacer » « rattraper » les relations glaciales qu’il a eues avec son père.

J’ai trouvé très intéressant le chapitre détaillant la façon dont Churchill préparait et écrivait ses textes. Il en a produit plus que Dickens et Shakespeare réunis. Il a lu un nombre de livres impressionnant (cela nous change des présidents qui déclarent sans vergogne ne jamais lire un roman) et il connaissait une foule de poèmes par cœur du fait de son incroyable mémoire.

Si j’ai mis Winston dans cette sélection, c’est que la guerre est au centre de cette biographie. Parmi toutes les opinions courantes entendues sur Churchill (et sur lesquelles l’auteur revient une à une ), l’image de belliqueux lui colle à la peau. Boris Johnson essaie de démontrer que, lors de la seconde guerre mondiale, il a, au contraire, dépensé une énergie considérable pour éviter la guerre. Par la suite, il a agi en fin stratège pour convaincre les USA de rentrer dans le conflit.

Une vraie leçon d’histoire et le portrait d’un homme extra-ordinaire.

L’amour après

Marceline Loridan-Ivens est une écrivaine, une cinéaste, rescapée des camps de concentration. A 15 ans, elle était à Birkenau. A la question que l’on se pose souvent : peut-on vivre après l’horreur, Marceline Loridan-Ivens (que je connaissais sans le savoir : c’est la jeune femme qui, dans une chanson de Vincent Delerm, demande aux gens s’ils sont heureux ) en substitue une autre, peut-on aimer un jour après les camps ? comment peut-on aimer quand son rapport au corps a été totalement ravagé ? peut-on avoir un jour du plaisir ?

Marceline Loridan-Ivens se décrit à plusieurs reprises comme n’ayant plus aucune sensation, comme une poupée de chiffon dans les histoires charnelles qu’elle a avec les hommes après la guerre. Pour nous raconter sa vie amoureuse, elle prend comme prétexte une valise retrouvée chez elle, qu’elle appelle « sa valise d’amour » contenant des lettres qu’elle nous dévoile.

Il y a un peu de Jules et Jim dans cette femme qui, à 36 ans, avait deux hommes dans sa vie. Aujourd’hui à 89 ans, sur le plateau de l’émission La grande librairie, elle réaffirme sa conception de l’amour : un amour synonyme de liberté et sans possessivité. Marceline Loridan-Ivans dit se sentir toujours jeune dans sa tête, seul son corps ne suit pas.

En refermant son livre, je me suis demandée qui, après elle, restera pour témoigner.

Y-a-t-il des sujets qui reviennent souvent dans vos lectures ?

 

 

Quand la parole se libère : Sexe et mensonges, la vie sexuelle au Maroc

Je connaissais Leila Slimani pour ses romans Dans le jardin de l’ogre (après avoir lu cet essai, je comprends un peu mieux l’accueil qu’a pu recevoir dans son pays ce roman où il est question d’une femme nymphomane) et Chanson douce qui a obtenu en 2016 le prix Goncourt. Je ne regarde quasiment pas la télévision mais il parait qu’elle est invitée sur pas mal de plateaux de télé en ce moment.

Sexe et mensonges : la vie sexuelle au Maroc n’est pas un essai sociologique mais le recueil de la parole de femmes et d’hommes marocains plus libres que les autres ou qui ont un regard assez critique sur la société marocaine et ses rapports avec la sexualité pour avoir envie d’en témoigner, peut être « éveiller les consciences » et qui sait, même si cela est une goutte d’eau, faire évoluer les choses.

Est ce qu’une situation sous prétexte qu’elle est culturelle (ce que l’auteur démonte par ailleurs) est sensée perdurer ? De rencontre en rencontre, Leila Slimani dresse le portrait d’une société hypocrite, où le regard de l’autre semble guider toute conduite, où la consommation de pornographie est très forte mais où toute sexualité en dehors du mariage n’est pas sensée exister.

Sexe et mensonges : la vie sexuelle au Maroc dépasse largement la simple accumulation de témoignages car il propose par exemple l’éclairage d’une chercheuse en théologie, Asma Lamrabet :

‘N’importe qui peut dire n’importe quoi au nom de la religion. Dès qu’on veut justifier le fait de vous dominer, on vous assène cette phrase « C’est le Coran qui le dit ».Il faut que les femmes aient les outils pour argumenter face à cette inculture religieuse généralisée. Nous ne devons pas accepter n’importe quoi au nom du sacré. »

ou celui du sociologue Dialmy qui explique très finement ce qui peut se résumer à une phrase :

« Faites ce que vous voulez, mais faites-le en cachette. »

Ce qu’il faut souligner aussi, malgré le fait que les hommes ont une liberté (celle d’avoir une vie sexuelle hors mariage puisqu’il n’y aucun moyen de le vérifier) que n’ont pas les femmes, c’est que le propos ne tombe pas dans le manichéisme : les hommes ne sont pas vus comme des ennemis et les femmes ne sont pas forcément toutes des victimes. L’éditorialiste Sanaa Al Aji rappelle :

« Eux aussi souffrent de ce malaise, de cette ambiguïté. Ils ont eux aussi envie que les relations avec les femmes soient plus simples. Il faut dire que les femmes ont, elles aussi, un lien mercantile avec leurs corps. Pour beaucoup d’entre elles, le mari représente d’abord un avancement social. L’homme donne une dot en contrepartie du mariage. (…) Beaucoup de femmes veulent la modernité mais elles veulent en même temps que le mari gagne de l’argent et s’occupe d’elles. Très peu assument vraiment la modernité. »

Il n’empêche qu’au Maroc les relations hétérosexuelles hors mariage, les actes homosexuels et l’avortement sont aujourd’hui punis par le code pénal.

Sexe et Mensonges a été adapté en un roman graphique avec  l’auteur de BD Laetitia Coryn. Paroles d’honneur est aussi engagé que Sexe et Mensonges et même si, du fait du format, la parole des femmes est moins développée que dans l’essai il reflète une réalité aussi complexe à appréhender.

Enfin il se conclut, dans les derniers dessins, avec la parole d’ un homme. Ce dernier dit qu’il n’est pas d’accord avec la morale rétrograde et hypocrite qui règne autour de lui. Peut être un des signes que la société marocaine est en train de changer.

Mes envies de lecture du moment

L’histoire de Meurtres à la pause déjeuner s’annonçait originale et drôle, le titre avait attiré mon attention et le cadre, Milan, avait fini de me convaincre.  Francesca, jeune femme fraîchement larguée par son petit ami la veille de son mariage, déprime dans son entreprise et rejoint tous les jours à la même heure son collègue Paolo pour déjeuner dans le même bistrot à l’extérieur. Elle est de retour au bureau avant tout le monde et alors qu’elle s’apprête à se laver les dents aux toilettes, elle découvre le cadavre de Marinella, une de ses collègues, la corde au cou.

Un autre meurtre suit quelques semaines plus tard. Coïncidence ou pas, Francesca occupait le bureau en face du sien comme c’était le cas pour Marinella et ni l’un ni l’autre n’étaient aimés au sein de la boîte.

Si le personnage de Francesca a un petit côté Bridget Jones et que le roman n’est pas dépourvu d’humour, il lui manque du mordant et un style plus affirmé. Le monde de l’entreprise et l’ennui qui lui est inhérent dans certains cas sont bien dépeints mais le livre souffre de nombreuses longueurs et le dénouement ne m’a pas vraiment surprise. Bref j’espère que mes prochaines lectures seront plus enthousiasmantes : )

Des poches

pochesJe n’ai pas lu de roman noir depuis longtemps, voilà pourquoi Angel Baby, l’histoire de la cavale d’une mère prête à tout pour retrouver sa fille en California, annoncée comme haletante, fait partie de ma sélection. J’avais prévu de lire Hudson River cet été mais je n’ai pas eu le temps. Avec Funny Girl, je compte retrouver la plume mordante de Nick Hornby. Quant au club Jane Austen (6 personnes se rencontrent régulièrement autour de l’oeuvre de Jane Austen), cela doit parler à mon côté ex-bibliothécaire : )

Des romans presque tous étrangers

Je viens à peine de commencer The Girls, inspirée de l’histoire vraie d’une bande de filles qui, à la fin des années 60, assassinèrent sauvagement la comédienne Sharon Tate et quatre de ses amis et j’ai prévu d’enchaîner avec California Girls axé autour du même fait réel mais avec un traitement différent.

Ensuite place au voyage avec la Sicile, (une saga ! ) et Sur cette terre comme au ciel, la grosse pomme (New York, esquisses nocturnes), le Minnesota (Et la vie nous emportera).

Suskand Island de David Vann m’avait beaucoup marqué par sa capacité à installer un huit clos étouffant dans un cadre sauvage. J’ai hâte de le retrouver avec Aquarium dans une nouvelle confrontation familiale entre une mère et sa fille.

Et puis le syndrôme « liaisons dangereuses » me pousse peut être à mettre dans ma liste de livres à lire, la correspondance entre Paul Cézanne et Emile Zola dans Lettres croisées.romans-etrangers

prochaines-lectures

Des bandes dessinées

Côté bande dessinées, j’attends avec impatience la suite de l’Arabe du futur après avoir beaucoup aimé les deux premiers tomes. Le nom de Lewis Trondheim suffit à me convaincre d’ouvrir Coquelicots d’Irak. Les dessins de Florence Cestac (et la gueule de ses personnages avec leur gros pif) m’ont toujours amusé d’où la présence de Filles des oiseaux.

Et puis j’aimerais en savoir plus sur ces femmes qui ont mené la vie de leur choix quitte à se mettre la société à dos et cela sous le crayon de Pénélope Bagieu avec Culottées.

bdDes essais

Je lis peu d’essais par rapport aux romans mais je suis curieuse aussi bien de ce qu’est le parcours et la vie d’une Danseuse étoile que de ces 8 ans d’enquête sur la télé avec Ma vie au poste.

 

essais

Je suis tombée sur un interview de Martin Winckler qui souligne qu’en France, la formation médicale n’était pas du tout centrée sur l’écoute du patient. Dans son dernier livre, il dénonce la « maltraitance » de certains médecins, qui peut prendre la forme de sexisme, de paternalisme, de gestes douloureux ou de remarques déplacées sur le physique entre autres.

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Voilà pas de délai, pas de compte, pas de challenge, juste le plaisir de la lecture en espérant que parmi ces titres, j’aurais plein de coups de cœur à partager.

 

 

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