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Pereira prétend et le Quai de Ouestreham, deux livres apparemment très éloignées par la forme comme par l’histoire et pourtant…c’est la figure du journaliste qui est au cœur de chacun de ses livres, romancée dans un cas, sur le terrain  dans l’autre.

Pereira prétend a lieu à Lisbonne en 1938, en pleine période de salazarisme portugais, de fascisme italien et de guerre civile espagnole. Péreira est un journaliste portugais, qui vit seul depuis la mort de sa femme et s’occupe de la rubrique culturelle d’un journal. Son existence va être bouleversée par un jeune stagiaire à qui il propose d’écrire des nécrologies. Péreira pense la politique comme une bulle à part qui n’a pas d’incidence sur sa vie, à moins qu’il n’ait voulu jusqu’à présent rester aveugle aux signes d’une dictature. Avec ce roman, nous accompagnons ce personnage, en rien héros, dans sa prise de conscience et dans sa résistance d’abord passive puis active au totalitarisme et à la censure.

Avec le quai de Ouestreham, Florence Aubenas renoue avec cette façon bien particulière de mener l’enquête en se fondant dans son sujet : sur le même principe on se souvient de Tête de turc ou bien encore de ce documentaire dans lequel un blanc américain s’était fait passer pour un noir. Florence Aubenas, l’espace de quelques mois, a pris une chambre meublée à Caen et s’est mise dans la peau d’une demandeuse d’emploi. Assez étrangement, personne ne l’a reconnu à part une jeune femme dans une agence d’intérim. En devenant elle même une précaire, elle met des visages sur ce mot qu’on a lu, entendu sans savoir exactement ce qu’il signifiait : la crise ! Les statistiques deviennent des histoires individuelles qui ont toutes en commun des parcours chaotiques, des contrats de travail qui mis bout à bout ne parviennent même pas à un smic et des conditions de travail qui tendent à montrer que plus l’état se désengage, plus le monde du travail devient inhumain. Le quai de Ouestreham n’est pas un roman, les destins croisés manquent de profondeur et le style n’est pas particulièrement percutant. Ce livre n’est pas non plus un essai : au delà des faits, pas d’explications sur les mécanismes de la précarisation et de l’absurdité d’un système (cadences impossibles à respecter, temps de trajet parfois aussi longs que la durée d’une mission..). J’ai trouvé, par ailleurs, le ton de Florence Aubenas, relativement condescendant sur ces travailleurs pauvres. Néanmoins dénoncer cette situation que l’on trouve banale puis tellement normale un jour qu’elle ne révolte plus personne c’est aussi un acte de résistance.

Et toi, l’actualité tu la suis en instantané ou tu préfères prendre un peu de recul ?

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