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rentrée littéraire 2013

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garçonniere

J’avais envie de lire Hélène Grémillon dès son premier roman, Le Confident et finalement le temps filant, je suis passée directement à son second livre, La garçonnière, sans à priori, presque vierge de toute considération sur l’auteur (hormis le côté people, l’auteur étant la femme de Julien Clerc).

Le pitch : L’histoire se passe en Argentine en 1987, est inspirée d’une histoire vraie nous prévient l’écrivain à la première page. Lisandra, la femme d’un psychiatre argentin, Vittorio Puig, est retrouvée défenestrée. Accusé de meurtre, le mari est très vite arrêté mais l’une de ses patientes, Eva Maria, convaincue de son innocence, décide de mener sa propre enquête.

La garçonnière est à la fois un polar, tout le long du livre j’ai cherché le coupable, mes soupçons se sont déplacés sans que je ne découvre la vérité et un drame conjugal, celui d’un couple dont on suit la relation depuis ses débuts. Hélène Grémillon met dans son objectif chacun des personnages et peu à peu s’arrange pour régler les balances et les zones de flous. Elle croise les destins – ceux des patients de Vittorio Puig à travers les enregistrements sauvages de leur dernière séance qu’Eva Maria écoute dans l’espoir de découvrir un suspect, celui d’Eva Maria dont la fille, Stella, a disparu sous la junte argentine et qui boit pour oublier, celui de Pépé le professeur de tango de Lisandra -pour dessiner un portrait de Vittorio et de Lisandra bien éloigné de l’idée qu’on peut s’en faire aux premières pages.

A travers l’intrigue, il est question du couple bien-sûr (usure, amour et désamour), de différence d’âge, du passé (peut-on en guérir?), de la jalousie, des apparences. La garçonnière aborde aussi une période terrible de l’histoire de l’Argentine, celle de la dictature, par le biais de plusieurs personnages.

L’auteur m’a mené par le bout du nez sans que je ne vois aucune ficelle. Elle a multiplié les fausses pistes, j’ai du à peu près soupçonner tout le monde au fur et à mesure que j’avançais dans ma lecture. Et puis elle m’a balancé un uppercut dans le ventre avec un dénouement final auquel je ne m’attendais pas du tout et j’ai enfin compris pourquoi le roman s’appelait la garçonnière. Bref je me suis laissée totalement embarquer par ce livre à tiroirs, par la complexité des personnages. J’espère vous avoir donné envie de le lire à votre tour !

(livre reçu dans le cadre des matchs littéraires de Price Minister-Rakuten, je lui mets la note de 18 sur 20 et je participe aussi avec au challenge 1% de la rentrée littéraire )

lecture de septembre

J’adore parler bouquin avec mes ami(e)s et leur donner envie parfois, avec un peu de chance (ou de la conviction ou une certaine passion) de lire tel ou tel auteur mais quand il s’agit de passer à l’écrit, je rame, je cherche mes mots, j’admire ceux qui décortiquent, analysent tout avec tellement de recul alors que je suis toujours une lectrice en apnée, en mode submersion totale (et quand ce n’est pas le cas, c’est que le livre m’ennuie alors souvent je l’abandonne ). Bref j’ai quelques lectures à partager depuis un petit moment déjà, leurs souvenirs s’estompent pour certaines (parmi mes nombreuses tares, j’ai une mémoire de poisson rouge) et je remets toujours à plus tard le moment de les chroniquer.

[typography font= »Supermercado One » size= »24″ size_format= »px » color= »#eba559″]La fabrique du monde [/typography]

Tonight is THE night comme dirait l’autre, je me lance en commençant par La fabrique du monde, un titre qui ne m’emballait pas plus que ça mais qui a atterri sur ma table de chevet, la quatrième de couverture m’ayant convaincu d’aller plus loin. Cela m’a permis de vivre par procuration l’espace de quelques heures la vie de Mei, jeune ouvrière qui travaille dans une usine de textile dans la Chine d’aujourd’hui. Elle ne fait pas que travailler dans ce lieu, c’est aussi là qu’elle vit avec d’autres jeunes filles et qu’elle dort. Elle a quitté sa campagne avec l’espoir de gagner suffisamment sa vie pour avoir bientôt d’autres projets, pour mettre des économies de côté mais mois après mois, elle réalise qu’une fois qu’elle a envoyé de l’argent à ses parents il ne lui reste rien. Ses conditions de travail comme celles de ses camarades sont terribles, son corps est poussé jusqu’à l’épuisement pour honorer des commandes dans des délais déments et Mei sent monter en elle une rage contre cette vie sans sens et sans espoir, cette vie d’esclave. En filigramme se pose la question de la servitude volontaire (ça m’a ramené à mon année de terminale et mes 8 heures de philo par semaine, qu’est ce que j’ai aimé ça !) : comment l’être humain peut arriver à obéir, à se plier volontairement aux ordres d’autrui alors qu’on l’asservit, qu’on lui nuit ?
Ce premier roman est court mais construit en deux parties. Tout bascule dans le quotidien de Mei, le jour où elle rencontre un garçon, un contremaître chargé de la surveiller. Les deux adolescents vont s’aimer pendant 3 jours et s’éveiller à la vie avec d’autant plus d’appétit qu’ils s’échappent enfin de ce cadre déshumanisant et brutal. Bref heureusement que je suis allée plus loin que le titre car La fabrique du monde est une jolie découverte.

[typography font= »Supermercado One » size= »24″ size_format= »px » color= »#eba559″]Transatlantic [/typography]

J’ai découvert Colum McCann avec Les saisons de la nuit et j’ai tellement aimé que j’ai lu un à un (mais pas à la suite ) ses autres livres. Je n’ai été déçue que par Zoli et j’ai adoré son dernier roman Et que le monde poursuive sa course folle.
Pourquoi les anglo-saxons sont-ils si doués pour les sagas et les français si peu ? (bon ok je vous conseille quand même Une famille française de Jean-Paul Dubois), c’est la question que je me pose à chaque fois que je plonge dans une histoire où le destin de divers personnages se croisent avec autant de brio, où je suis  au fil du temps une famille et sa destinée comme c’est le cas dans Transatlantic. J’ai adoré me retrouver dans la carlingue d’un avion pour un des grands exploits de l’aviation en 1919 (peu connu en France), celui de deux hommes qui relièrent l’Amérique à l’Irlande dans des conditions mémorables. J’ai admiré  Frédéric Douglas, cet homme noir esclave sur le sol américain en fuite et qui vient témoigner de sa condition en Irlande en 1845. J’ai suivi avec bonheur la vie de Lily et de ses descendantes. Dommage que la troisième partie, la plus contemporaine, m’ait un peu moins emballé. Tant pis Et que le monde poursuive sa course folle reste le roman de Colum McCann que je préfère mais entrez sans retenue dans cette fresque qui mêle grande et petite histoire, qui parle de déracinement, d’exil et d’écartèlement, de double appartenance entre deux pays, l’Irlande et les États-Unis.

« J’ai la main dans deux poches différentes, j’aime cette idée d’une notion d’identité un peu fluctuante, instable » (Colum McCann)

Et vous, vous aimez les sagas ?

(participation au challenge de la rentrée littéraire 2013)

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Bien entendu je n’ai pas lu les 553 romans de la rentrée littéraire 2013, juste quelques uns et parmi ceux là, j’espère qu’on parlera beaucoup et en bien du dernier Laura Kasischke, Esprit d’hiver. J’ai déjà souvent parlé de cet auteur américaine dont j’aurais bientôt presque tout lu (elle écrit aussi de la poésie mais cela n’a pas été encore publié en France). Étrangement certains de ses titres sonnent comme des romans harlequin (je pense en particulier à « A moi pour toujours« ), surtout ne vous arrêtez pas à ça, vous rateriez une grande écrivain.

kasischke

Comme dans d’autres livres de Laura Kasischke, l’intrigue se passe dans une banlieue américaine mais on n’est assez loin de l’ambiance Desperate Housewife où les femmes tuent leur ennui entre séances de yoga, tromperies avec le jardinier et poker entre copines. On sent très vite une impression d’enfermement, on manque d’air, rapidement on étouffe, on voudrait ouvrir une fenêtre, prendre un peu d’oxygène, s’éloigner mais voilà que l’auteur imagine une tempête de neige qui bloque toute la région et isole les deux personnages principaux de l’histoire, mère et fille dans un tête à tête de plus en plus oppressant.

Avec un sens du suspense très maîtrisé et cette façon de flirter avec les frontières du surnaturel bien à elle, l’écrivain instille le doute quand à ce qui se passe réellement et ce qui relève de l’imaginaire….à moins que la mère tombe peu à peu dans la folie ? Laura Kasischke sème des signes, brouille les pistes jusqu’au twist final qui donne envie de reprendre la lecture depuis le début pour tout comprendre autrement.

Pour moi, Esprit d’hiver est son meilleur roman même si j’ai aimé tous ses livres car j’ai vraiment eu le sentiment d’être dans la même maison que ces deux femmes, j’ai eu bien du mal à reposer le livre parce qu’il était trop tard, j’ai découvert avec intérêt cette histoire d’adoption et je me suis laissée complètement cueillir par la fin.

Bref si Esprit d’hiver croise votre route, n’hésitez pas : )

crédit photo : les inrocks

(participation au Challenge 1% de la rentrée littéraire)

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