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10 poches pour passer l’hiver

Le plaisir de la lecture ne connait pas de saison mais quand il fait froid, que les jours sont courts et que les envies de cocooning prennent le dessus, les têtes à tête avec un bon bouquin ont une saveur particulière. Et puis ils peuvent faire oublier les blues de saison, les débuts d’année comme des pages blanches qui filent le vertige en nous emmenant ailleurs dans le temps, dans l’espace et dans d’autres vies. C’est cette idée à l’esprit que j’ai sélectionné 10 poches pour passer l’hiver :

1-Savourer l’instinct présent : Délices de Tokyo

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🇯🇵CHRONIQUE : ÉCOUTER LA VOIX DES HARICOTS🇯🇵 Si je vous dis, la prochaine fois que vous préparez à manger, écoutez les aliments 🍒🍓 vous parler, vous allez vous demander si je n’ai pas abusé sur le saké. Non je n’entends pas de voix dans ma cuisine mais j’aime l’idée de traiter avec un certain respect, une certaine douceur les cadeaux que nous fait la nature. Lorsque je regarde les chefs pâtissiers travailler avec admiration, j’y vois souvent cette délicatesse. 🇯🇵Dans Les Délices de Tokyo, Tokue, une vieille femme aux doigts étrangement déformés, écoute ce que lui disent les haricots rouges pour préparer la garniture des dorayaki. 🇯🇵 Sentarô qui tient une échoppe de dorayaki, embauche Tokue. Elle connait tous les secrets pour confectionner le « an » dans les règles de l’art et la clientèle de la boutique se met alors à être de plus en plus nombreuse. 🇯🇵 Si on était dans un film américain, Sentarô apprendrait à son tour à faire la meilleure pâte de haricots rouges de la ville, les clients seraient tellement nombreux que bientôt la presse et les réseaux sociaux ne parleraient plus que de lui. Il deviendrait riche et célèbre et il épouserait sa cliente la plus fidèle et la plus timide. 🇯🇵 Vous vous en doutez les choses ne se déroulent pas ainsi et la suite est à lire sur le blog. #bookstagram #bookish #booklover #reading #lire #lecture #livrestagram #roman #poche #japon #litteraturejaponaise #dorayaki #duriansukegawa #lyonnaise #blog

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2-Mettre ses pas dans celui d’un grand écrivain : Mrs Hemingway

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🍹CHRONIQUE 🍹 « Les livres sont comme les gens, ils sont bien meilleurs quand on ne les comprend pas tout à fait. » Naomi Wood a choisi de livrer une version parcellaire, romancée, subjective d’Ernest Hemingway à travers le regard des 4 Mrs Hemingway qui ont partagé sa vie. En ouvrant ce roman, j’ai entendu le bruit des cigales de la riviera française et senti l’humidité des maillots de bain après la baignade, la chaleur poisseuse de la Floride m’est tombé dessus, la végétation luxuriante de La Havane et des images colorées de Cuba ont envahi mon esprit. Au fil des pages, le décor change, les seconds rôles aussi, le temps passe mais tous les regards restent tournés vers Hemingway. Charismatique mais en perpetuel besoin d’amour, mari infidèle mais amant voulant à tout prix épouser ses maîtresses, solide physiquement mais noyant son mal être dans l’alcool, lâche et touchant, Naomi Wood brosse tout en nuances quelques facettes de cet écrivain mais dresse aussi de beaux portraits de femmes qui l’ont aimé différemment chacune à leur manière. Il serait peut être temps maintenant de lire au moins un des romans d’Ernest Hemingway. Lequel me conseilleriez-vous en priorité ? #bookstagram #bookish #booklover #livrestagram #reading #roman #poche #hemingway #litteratureamericaine #lyonnaise #blog

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3-Croire à l’incroyable : Les mains du miracle

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// INOUÏ MAIS POURTANT VRAI // Inouï de penser qu’un homme, Félix Kersten, qui s’est formé auprès d’un maître chinois arrive à soulager les souffrances pour lesquelles les médicaments ne peuvent rien juste avec ses mains ; Inouï qu’il se retrouve, un jour, à soigner Himmler « le technicien sans rival en exterminations massives  » d’incessants maux d’estomac. Encore plus inouï de voir comment Félix Kersten par la confiance qu’il a su installer, par la connaissance psychologique très fine qu’il a acquis du dignitaire nazi, par de fines manoeuvres et par le pouvoir qu’il avait sur lui, du fait de ses mains aux dons extraordinaires, a réussi à sauver des milliers de vies. Oui c’est dans un état de sidération que j’ai lu Les mains du miracle (livre longtemps introuvable et republié bien heureusement par Folio en 2013 ) du fait du caractère quasi impensable de ce volet peu connu de l’histoire mais aussi du fait du contexte dans lequel il s’insère. Comment expliquer que des hommes dangereux, prêts à tout, brutes, sans affect, se soient retrouvés concentrés tous à des postes sous les ordres de Hitler et comment autant d’hommes ont rejoint la Gestapo pour semer partout terreur et mort ? Au delà de cette rencontre entre Félix Kersten et Himmler,Les mains du miracle éclaire sur le contexte, les rouages d’une organisation, l’endoctrinement et nous plonge dans les coulisses d’une période de l’histoire où une poignée d’hommes haineux ont décidé du sort de millions d’autres ! J’avoue que j’ai douté de la véracité des faits, les vies humaines semblant tenir à si peu de choses mais la plus grande majorité des actions racontée à Joseph Kessler par Kersten a été vérifiée et attestée. Invraisemblable et pourtant vrai, Les mains du diable est à la fois glaçant et passionnant ! #bookstagram #bookish #booklover #livrestagram #reading #histoire #secondeguerremondiale #poche #lyonnaise #blog

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4-S’armer de patience : Une longue impatience

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🔺MAL DE MÈRE 🔺 Second roman de Gaelle Josse que je lis et gros coup de ❤️. Pourtant l’histoire–une mère dont le fils de 16 ans ne rentre pas un soir et dont l’absence va la ronger- ne m’enthousiasmait pas vraiment. Et puis au bout de quelques paragraphes à peine, j’ai été totalement réceptive à la musicalité d’Une longue impatience . 🔺Pour qui ? 🔺 Pour ceux et celles qui ne comprennent pas vraiment quand on leur dit que l’insouciance s’arrête le jour où l’on a des enfants. Pour ceux et celles que le couple de Meghan Markle et du prince Harry fait rêver (beaucoup si on en juge le nombre d’abonnés de leur compte Instagram tout neuf) mais qui se demandent si c’est facile d:épouser quelqu’un qui n’est pas de son milieu social Pour ceux et celles qui aiment la Bretagne et la mer Sur le blog je vous dis plus en détails pourquoi j’ai tant aimé ce roman. Vous l’avez lu ? #bookstagram #bookish #booklover #reading #lire #lecture #livrestagram #roman #poche #litteraturefrancaise #bretagne #amour #lyonnaise #bloggueuse #blog

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5-Donner vie à une statue connue : La petite danseuse de 14 ans

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♦️PETIT RAT ♦️ J’aurais Camille Laurens en face de moi (si j’arrivais à faire taire l’idée que toute question posée par moi, sera forcément mauvaise voire stupide) je lui demanderais comment lui est venue l’idée de ce livre ou comment est né un intérêt tel pour la danseuse de Degas. À travers cette célèbre œuvre de l’artiste (que je serais allée voir à Orsay après avoir fini ce roman si j’habitais à Paris), Camille Laurens nous plonge dans un Paris qui nous paraît bien éloigné de l’actuel. Elle nous apprend comment cette sculpture si admirée et connue aujourd’hui a été reçue lors de son exposition au salon des Indépendants en 1881. Mais surtout elle se penche sur la vie de celle qui a servi de modèle et nous entraîne dans les coulisses de l’opéra de Paris. 💪 Le super pouvoir de la petite danseuse de quatorze ans ? 💪 Camille Laurens redonne vie à une sculpture de cire avec tellement de vigueur qu,’elle confie avoir eu du mal à dire adieu à son personnage.. Peut être parce que celui ci a réellement existé. Original et stimulant ! ♦️ De Camille Laurens, j’ avais également beaucoup aimé Celle que vous croyez et j’ ai maintenant très envie de lire Dans ces bras là. Vous connaissez cette auteure ? ♦️♦️ #bookstagram #bookish #booklover #livrestagram #reading #roman #poche #degas #danseuse #lecturedumoment #lyonnaise #blog #vendredilecture

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6-Devenir un champion : Einstein, le sexe et moi

(Il est sorti en livre de poche )

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📘 JE SUIS AUTISTE ASPERGER.. 📘 « Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. » Drôle c’est ce que j’ai pensé d’abord d’Einstein, le sexe et moi quand @olivierliron m’a invité dans les coulisses de l’émission de Questions pour un champion. Drôle ses observations attentives des autres candidats (il est l’un d’eux), des tics de langage et de la mélopée (ses envolées, ses hors sujet) de Julien Lepers. J’ai même souvent ri. Rageuse aussi son écriture quand il revient sur la violence, le harcèlement, la moquerie, la stigmatisation vécus au collège. Rageuse je l’étais en lisant ce tableau d’une école normative, qui, au lieu de valoriser la différence, fait tout pour l:étouffer. Touchée par cet homme qui dit ne pas avoir les codes avec les filles mais qui face à un tableau de Rothko ressens un « orgasme de nuances » ; touchée par celui qui a une connaissance encyclopédique mais qui se trouve souvent démuni face aux autres; touchée lorsqu’il confie que l’écriture et la poésie l’ont sauvé. Proche de ce narrateur qui aurait aimé dire tant de choses à Barbara, cette fille dont il était fou amoureux mais qui est resté muet. Émue enfin de retrouver, par ces séquences de jeu télévisé construites comme un thriller et une tension croissante, mes grands parents. Chez eux il ne fallait surtout pas rater cette émission, pas question de prévoir autre chose à ce moment là. Alors je les ai revu face à l’écran, quasi silencieux, s’autorisant tout juste parfois un « il est fort lui ! ». Moi j’essayais de trouver des réponses pour impressionner mon grand-père mais c’était rare. Cela aurait pu être sombre c’est lumineux. Cela aurait pu être pathos, c’est sans fard, sans tricherie mais plein d’humour. Derrière les feux des projecteurs et des madeleines trempées dans le coca, une sincérité et une sensibilité qui vont droit au coeur. L’avez vous lu ? #bookstagram #bookish #booklover #reading #lire #lecture #livrestagram #litteraturefrancaise #asperger #roman #lyonnaise #rl2018 #blog

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7-Se sentir poète(sse) : Entre ciel et terre

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//NULLE CHOSE NE M’EST PLAISIR EN DEHORS DE TOI. // ❤️❤️❤️ Vous croyez au coup de foudre ⚡ littéraire ? Celui qui vous ensorcelle, vous éblouit, vous subjugue ? ⚡Ce coup de foudre je l’ai vécu avec Àsta de Jón Kalman Stefánsson. J’avais un peu peur que la magie n’opère qu’une fois alors j’ai attendu avant de me lancer dans un autre livre de l’auteur. Et puis j’ai ouvert Entre ciel et terre, premier volet d’une trilogie et premier roman de cet écrivain islandais traduit en France par le formidable Éric Boury. Et le ciel a été traversé de miliiers d’étoiles filantes 🌌. L’histoire se déroule il y a un siècle, dans un petit village de pêcheurs en Islande (ces pêcheurs qui ne savent pas nager.. De toute façon ça ne sert à rien l’eau est trop froide) bref à des années lumières de ma vie et pourtant tout fait écho. La plume de l’auteur est si poétique et si mélancolique que j’ai noirci mon carnet d’extraits. J’avais envie de noter une phrase sur deux ! La foudre a encore frappé ⚡⚡. Chronique complète sur le blog où je vous parle aussi de la rencontre aux Assises internationale du roman. #bookstagram #bookish #booklover #livrestagram #vendredilecture #litteratureislandaise #ecrivainirlandais #jonkalmanstefansson #poche #vieuxlyon #lyonnaise #blog

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8-Rire : Le discours

(il est sorti en livre de poche depuis mon post)

9-S’émanciper : La vie invisible d’Euridice Guismao

10 poches pour passer l'hiver

C’est sûrement parce que j’ai lu Miss Islande il y a peu mais j’ai vu un lien entre ces deux histoires.

Euridice vit à Rio de Janeiro au début du 20ème siècle. Euridice est double : celle qu’elle aimerait être (une femme qui aime créer, écrire) et celle qu’on attend qu’elle soit (attente de ses parents, attente de la maîtresse d’école, attente de son mari).

Enfant, elle est très douée pour la flûte mais envisager qu’elle puisse être musicienne ne fait pas partie des possibles pour sa famille. Mariée, elle est si douée en cuisine qu’elle imagine un livre de recettes et espère pouvoir le publier. Quand elle le montre à son mari, il ricane et est à mille lieux de comprendre qu’elle puisse vouloir être autre chose qu’une femme au foyer.

Euridice étouffe, rêve de liberté dans une société patriarcale, se sent comme invisible car elle n’existe pas telle qu’elle aimerait être.

« Je suis en train d’écrire un livre. Sur l’histoire de l’invisibilité »

Et puis il y a aussi l’histoire de Guida, sa soeur, qui essaie d’échapper à sa condition sociale plus abruptement, en quittant tout.

Ce que j’ai aimé ?
Plonger dans ces familles portugaises et dans la culture brésilienne à travers la cuisine (bien entendu j’ai eu envie de préparer un bolo de fuba, des brigadeiros), les radionoveles
Le regard de l’auteure sur ses personnages (dont pas mal « hauts en couleur ») : elle ne les juge pas, elle essaie tous de les comprendre, même les moins sympathiques
La combativité d’Euridice et de Guida qui ne renoncent jamais vraiment à s’émanciper

10-Etre rital : Une saison en enfance

10 poches pour passer l'hiver

Une saison en enfance est le dernier poche que j’ai lu en 2019, offert par Peonies_in_october. Je n’ai pas pris beaucoup de notes à son sujet (alors que c’est tellement plus simple ensuite pour en parler) car je l’ai lu dans le train et je me suis complètement laissée entraîner par cette histoire, celle de l’enfance romancée de l’auteur.

André est un petit garçon de 12 ans dont les parents déménagent souvent. Il n’a jamais le temps de se faire des amis, de se créer des habitudes. En arrivant à Genève, il est vu comme un étranger, il est « le rital » pour la bande qui rode au pied de sa barre d’HLM comme pour les élèves de sa nouvelle classe.

Le fait de n’être pas d’ici, le fait d’être habillé « comme un pauvre », les autres vont lui faire payer. Au déracinement, s’ajoutent le racisme et le violence et cette année scolaire signe la fin de l’enfance pour André.

Le retour en Sicile à l’occasion de vacances est une respiration bienvenue dans ce roman sous tension qui m’a laissé avec un amer goût de révolte face à l’indifférence des adultes.

Est ce qu’un de ces 10 poches pour passer l’hiver vous tente ?

Pour retrouver facilement ces 10 poches pour passer l’hiver, épinglez-le sur Pinterest grâce au bouton Pin situé en haut à gauche de cette photo.

10 poches pour passer l'hiver

Le goût de l’enfance à la fois doux et amer de Philippe Conticini

Il y a une rencontre que je n’oublierai jamais dans ma vie, c’est celle avec Philippe Conticini en 2013 lors de la coupe du monde de pâtisserie au Sirha. Il avait échangé un long moment avec Louise de Raids pâtisseries, Rose de Rose and Cook et moi même avec une passion, une disponibilité et un sens de la transmission remarquables. Alors quand dans son livre, Cochon de lait, je suis tombée sur cette phrase :

Donner aux gens ce que j’aurais tellement rêvé que l’on me donne étant jeune.

J’ai repensé à ce moment incroyable.

Avant cet échange, j’avais goûté un de ses gâteaux, son fameux Paris Brest, ce grand classique que je n’aimais pas car trop marqué par le goût de la crème au beurre…jusqu’à ce que je déguste un jour le sien (avec 70% de beurre en moins ) et que je tombe à la renverse.

Philippe Conticini c’est aussi ce chef pâtissier qui s’est toujours distingué (pour moi) par -le mot est galvaudé à force d’être utilisé à toutes les sauces – sa bienveillance face aux candidats de l’émission Le meilleur pâtissier. De tous les chefs invités, dans différentes saisons, c’est lui qui m’a le plus frappé par le temps passé à prodiguer des conseils, par sa pédagogie, par sa gentillesse.

Alors lorsque j’ai eu , sous les yeux, son dernier livre qui n’est pas un livre de recettes, j’ai lu sans pouvoir m’arrêter ses souvenirs d’enfance et de jeunesse, son parcours, ses expérimentations, ses doutes, ses blessures, ses hauts et ses bas.

Cochon de lait s’ouvre sur ce qui a provoqué un jour une véritable extase gustative :

« Le terme risque d’en déconcerter plus d’un mais je jure que j’ai un véritable orgasme.« 

Par la suite, Philippe Conticini fera tout pour éprouver et provoquer  » ces mêmes frissons exquis » à travers la pâtisserie.

Cela va paraître brumeux-mystique mais au delà de son génie, il y a toujours eu quelque chose qui m’a touché chez Philippe Conticini. Est ce sa sensibilité exacerbée ? ou tout ce qui est tu mais qui transparaît quand même : sa solitude enfant qu’il comble par la nourriture, ce manque de confiance qui l’a accompagné longtemps même lorsqu’il était reconnu par les plus grands, ce besoin de faire plaisir aux autres qu’il raconte dans Cochon de lait ? Ce qui est sûr est, que ce portrait en creux, rend l’homme encore plus attachant.

Frappant de constater que l’on peut être au sommet professionnellement mais au plus bas personnellement. Touchant de voir que l’on recherche toujours l’approbation, la reconnaissance, l’amour de ceux même qui ont passé leur vie à vous rabaisser…même lorsqu’on est un génie de la pâtisserie.

Pâtissier est un métier difficile, dur et Philippe Conticini le montre aussi. Sa force, sa capacité de travail énorme lui ont sûrement sauvé la vie en 2010.

chou Paris-Brest, crédit photo : Philippe Conticini

Et puis Cochon de lait est un livre « sensuel ». Lorsque Philippe Conticini parle des plats de son frère ou de sa mère, j’étais comme assise avec lui en train de les goûter. Lorsqu’il parle de desserts, de ses jus courts de fruits, de ses croquettes au chocolat, de sa tarte tatin, j’ai salivé.

Au passage, le chef pâtissier nous donne une leçon de dégustation que je vais essayer d’appliquer à l’avenir. Plutôt que d’être frappé par une saveur particulière dans un dessert, il écrit :

« Pour multiplier par dix les sensations, je n’ai qu’une devise : toujours mélanger dans la bouche, pas dans l’assiette. »

« Ce qui m’agite c’est surtout le goût global. »

En connaissant plus l’homme et son histoire à travers Cochon de lait, on comprend mieux pourquoi aujourd’hui sa boutique s’appelle Gâteaux d’Émotions.

Cent millions d’années et un jour ou comment je suis partie à la recherche d’un dinosaure

J’ai fini de lire Cent millions d’années et un jour hier soir mais je me suis dit que tant que j’avais les idées claires à son sujet, autant les coucher très vite sur le clavier (et puis après un week-end rempli de fournitures scolaires, rangement et ménage, j’avais besoin d’une récréation !).

Les dinosaures ça t’intéresse ?

Je n’ai pas de fascination particulière pour les dinosaures, je n’ai jamais rêvé d’être paléontologue lorsque j’étais gamine mais malgré tout, l’histoire de cet homme qui décide, a 50 ans, de partir en expédition dans la montagne entre la France et l‘Italie, à la recherche d’un squelette de dinosaure, c’est précisément cela, avant tout, qui m’a donné envie de le lire.

Et puis j’ai mis mes chaussures de randonnée

Et j’ai suivi les pas de Stan (le personnage principal de Cent millions d’années et un jour) mais aussi d’Umberto, de Gio et de Peter. J’ai eu mal aux jambes, le vertige, froid. J’ai frôlé la mort, j’ai espéré. Ce rêve fou de trouver un brontosaure, ce rêve de trésor qui a animé bien des hommes à travers le temps, j’y ai cru.

Pourtant comme Stan « Je n’ai jamais été très à l’aise en montagne. Petit, je la voyais d’en bas, elle s’appelait les Pyrénées, sauf qu’à 6 ans, j’entendais « Pires Aînés ». J’imaginais de grands frères immenses et effrayants, d’une autre race que moi, sans doute méchants. C’est peut être pour ça que nous n’y montions pas. »

cent millions d'années et un jour

Pourquoi Cent millions d’années et un jour est un coup de cœur de la rentrée littéraire

Quand j’étais au collège, l’étude des roches ne m’a jamais passionné, je trouvais cela ennuyeux mais c’était peut être la façon dont on m’a enseigné cette matière qui était ennuyeuse (ou alors j’étais une ado écervelée )). Ici que Jean-Baptiste Andréa parle de pierre, de nature, de neige, il n’y a jamais un mot de trop.

J’ai aimé le goût d’enfance de ce roman : à travers cet homme qui a gardé enfui au fond de lui ce rêve de trésor depuis des années, à travers les souvenirs qui reviennent à la surface au fur et à mesure de l’aventure dont ces 13 minutes de bonheur au cinéma avec sa mère, véritable moment de grâce.

Je me suis très vite attaché à Stan  » Je suis parfois maladroit. Blessant, bourru, bête même. Réservé, froid, méfiant. Empoté et désespérant. Mais je ne suis pas un mauvais bougre. J’ai la gentillesse ébouriffée des abeilles, je pique parfois sans m’en rendre compte la main qui m’apprivoise, parce que je crois par habitude qu’elle va m’écraser.« 

J’ai été touchée par cet homme qui est devenu paléontologue car il aimait les histoires et qui, à son tour, à travers sa quête, a la possibilité de raconter une histoire.

Cent millions d’années et un jour dit la beauté des saisons, la grandeur de la nature (et l’arrogance de l’homme qui pense pouvoir la contrôler). C’est aussi un huit clos fort entre des hommes :

« J’ai voulu dire quelque chose, partager les miennes, de cicatrices. Lui avouer qu’à 52 ans, je cousais encore mon nom au revers de mes pulls parce que ma mère m’avait expliqué que, comme ça, elle me retrouverait toujours.« 

Et si ce qui apparaissait comme un rêve de gamin un peu irrationnel pour un scientifique était un défi, un prétexte à tester ses limites et une façon de régler ses comptes avec les blessures du passé ?

Sensible, beau, puissant !

Aller plus loin :

Jean-Baptiste Andréa a écrit un premier roman, Ma reine, qui a eu de nombreux prix (il existe en poche).

A quoi ressemble un brontosaure ?

10 idées reçues sur les dinosaures

Cent millions d’années et un jour, Jean-Baptiste Andréa, L’Iconoclaste

Les frères K ou comment j’eus du mal à quitter la famille Chance

J’ai beaucoup de retard dans mes chroniques de livres. Sans surprise, je lis plus vite que je n’écris au sujet de mes lectures et l’exercice me prend toujours du temps. Alors pour tenter de rattraper ce retard, je vais tenter d’être concise MAIS convaincante. J’attaque avec cette saga dont j’ai entendu parler grâce au prix bookstagram, Les frères K de David James Duncan.

Face à ce pavé

Les frères K compte plus de 800 pages, je craignais que cela ne tienne pas la longueur, que cela devienne plus ennuyeux les chapitres passant, un peu comme on est parfois déçu par la saison 2 d’une série après avoir adoré la saison 1.

J’en savais un peu plus sur ce roman qu’habituellement car j’avais suivi avec intérêt les débats en ligne des lecteurs du prix bookstagram à son sujet. Il ne m’avait pas échappé que le baseball avait une place très importante dans ce récit. Or je n’y connais rien et le sujet, à priori, ne me passionne pas.

Et puis j’ai plongé ….

Dans une ville de l’Etat de Washington, dans les années 60 pour faire la connaissance à travers le regard de Kincaid de la famille Chance. Il m’a fallu exactement 8 pages pour avoir envie de lire la suite !

Je l’ai lu aussi doucement que possible car je savais que plus la fin se rapprocherait, plus j’aurais du mal à dire au revoir à tous ses personnages qui étaient devenus vivants, complexes, attachants au fil des pages.

Les frères K

Pourquoi les frères K est un gros coup de cœur

L’auteur a le talent de décrire des scènes de famille du quotidien comme si on était avec eux (en particulier dans la première partie du livre) et il a l’art de la chute.

La plume de David James Duncan est créative : par exemple pour raconter une partie de l’histoire du père, l’auteur a imaginé une rédaction écrite par Kincaid (le plus jeune garçon) avec ses fautes, son point de vue, son décalage. C’est drôle et surprenant !

En lisant ce roman, j’ai eu l’impression d’être une chercheuse d’or avec un tamis qui n’arrêtait pas de trouver des pépites. La scène du repas familial organisée autour de la présence du père et l’analogie avec une tour de cubes ou celle décrivant Kincaid, paralysée face à une sœur à qui il doit réciter un verset, sont savoureuses comme tant d’autres !

De la grand mère anglaise qui rejette le sport et la religion (dans une famille où les deux occupent une place cruciale) à la mère adventiste, des jumelles appelées « les deux savantes » car elles mènent des expériences aux grands frères, aucun personnage n’est sacrifié, l’auteur aime chacun d’eux.

Les passages sur le baseball sont nombreux et parfois assez détaillés mais rien n’est gratuit, ils sont toujours là pour « servir » l’intrigue, comme angle dans la narration et je ne les ai jamais zappés.

A travers la saga de cette famille Chance et le portrait de la société américaines des années 60, Les frères K abordent la religion et la spiritualité, la guerre du Vietnam, les relations fraternelles, les chemins qui se séparent, le travail à l’usine et l’impact du capitalisme sur l’environnement, le poids de l’enfance, les idéaux….

Enfin et c’est peut-être le plus important, on passe du rire aux larmes sans rien voir venir.

Bref si vous aimez les sagas, ne vous laissez surtout pas impressionner par le nombre de pages, et vous aussi, invitez-vous dans la famille Chance !

Les frères K, David James Duncan , Monsieur Toussaint Laventure

La vraie vie : l’uppercut de la rentrée littéraire

La vraie vie, quand on est une fille de 10 ans et qu’on habite une maison avec quatre chambres dont une chambre des cadavres, avec derrière le jardin le bois les Petits Pendus et pas loin le labyrinthe des voitures cassées comme terrain de jeu, ressemble à un conte qui effraie les enfants. Quand en plus, dans la famille, le père a tout d’une bête féroce, la mère d’une amibe et que le petit frère, suite à un terrible accident, est devenu mutique, le conte devient cauchemar.

La vraie vie serait-ce celle qui recommencera quand cette fille aura réussi à remonter le temps comme dans le célèbre film. Alors elle retrouvera le rire de son petit frère Gilles et leurs jeux ensemble.

A moins que La vraie vie ce soit celle qu’elle sent naître et palpiter dans son ventre en grandissant, mélange d’élan vital dont dépend sa survie et d’éveil sensuel lié à son corps qui change.

La vraie vie c’est peut être aussi celle qu’elle choisit en luttant pour ne plus être une proie. Elle s’enfuit de ce foyer pire qu’étouffant dès qu’elle peut pour prendre des cours de physique quantique avec le professeur Pavlovic. Elle savoure tous les instants passés en compagnie de La Plume et du champion de karaté car ils lui offrent cette douceur, cette légèreté qu’elle n’a pas chez elle.

Des histoires de violence conjugale ont déjà noirci bien des pages. J’ai pensé pendant ma lecture à ce livre jeunesse qu’en tant que jeunes parents on lit un jour aux enfants pour leur expliquer la colère. Comme dans Grosse Colère,  le père est rouge de colère, submergé, emporté, incontrôlable. J’ai pensé aussi au film très fort et juste  Jusqu’à la garde, pendant lequel je me suis cramponnée à mon fauteuil jusqu’au générique de fin alors qu’il n’y a pas un coup, pas une goutte de sang.

 

Pourtant ce roman est atypique et unique. La force de ce livre, pour moi, tient à l’extraordinaire travail sur la langue, à la façon dont l’auteure, Adeline Dieudonné,  convoque les mots pour faire naître sous nos yeux de lecteur des images d’une puissance saisissante (tellement marquantes qu’elles m’ont valu un réveil en pleine nuit le cœur battant ).

J’avoue que je n’étais pas particulièrement emballée par l’idée d’une histoire racontée par le prisme d’un enfant. Pourtant tout en évitant les écueils liés ce point de vue (la mièvrerie et une certaine naïveté qui m’agacent dans certains romans), j’ai compris que c’était bien plus qu’un exercice de style ou une contrainte que ce serait donnée l’auteur pour corser l’écriture. Cette fille puis jeune fille arrive en effet à nous faire ressentir l’atmosphère irrespirable dans lequel baigne son foyer où chacun est suspendu à la moindre réaction du père, guettant dans chacun de ses gestes ou mimiques le signe d’une prochaine crise de violence.

Dans un souffle à peine audible, il a dit : « C’est ça que tu appelles saignant ? ». Ma mère est devenue si blanche qu’on aurait pu penser que tout son sang était parti dans l’assiette de mon père.

Comme elle, on oscille entre incompréhension (comment un père peut-il voir sa propre fille comme une proie ? comment sa mère peut vivre dans une telle situation ?) et volonté de comprendre.

Tout ce qu’elle pouvait espérer c’était que toute la colère de mon père sorte en cris. Enfin c’était plutôt des rugissements. Sa voix éclatait, elle bondissait hors de sa gorge pour aller dévorer ma mère. Elle la découpait, la mettait en pièces pour la faire disparaître. Et pour ça, ma mère était d’accord. Disparaître. Et si les rugissements ne suffisaient pas, les mains venaient aider. Jusqu’à ce que mon père se vide complètement de sa colère. Ma mère se retrouvait toujours par terre, immobile. Elle ressemblait à une taie d’oreiller vide. Après ça, on savait qu’on avait quelques semaines de calme devant nous.

Pour un premier roman, Adeline Dieudonné avec La vrai vie, a frappé très fort.

 

Dans la combi de Thomas Pesquet de Marion Montaigne

Il parait que lorsque Thomas Pesquet était dans le ventre de sa mère, cette dernière n’arrêtait pas de lui chanter « Aller plus haut, aller plus haut ». Ces paroles se sont tellement gravées dans l’esprit de cet enfant qu’il n’a eu qu’une idée dès qu’il a su marcher : aller dans l’espace. Ne racontez pas cette histoire au prochain réveillon de Noël, je viens de l’inventer. Marion Montaigne qui s’est glissée, le temps d’une bande dessinée, Dans la combi de Thomas Pesquet, raconte juste que ce dernier a toujours été fasciné, obsédé, dès son plus jeune âge, pour les navettes spatiales.

Combien de gamins disent un jour que plus tard ils veulent être astronautes et le deviennent vraiment ? Combien de personnes ont une vue aussi dingue de la terre et grâce à la magie des internets, la partagent avec ceux qui sont  restés « en bas » ? Combien ont marqué l’histoire en flottant là-haut, tout là-haut ?

Peu, une poignée d’humains et ce sont toutes les étapes de la sélection que nous montre d’abord Marion Montaigne dans la première partie de la bande dessinée : problèmes mathématiques, scientifiques et logiques à résoudre puis tests psychologiques puis batterie d’examens médicaux, ils sont 8000 au départ et plus que 6 , tous pays confondus, à l’arrivée.

Et c’est pas fini comme dirait l’autre car Thomas Pesquet a beau avoir des fourmis dans sa future combinaison, la formation est longue, très technique, éprouvante. Il est un peu comme ces acteurs qui attendent près de leur téléphone qu’on leur propose un rôle, il ne sait pas quand on le choisira pour une mission.

Comment Marion Montaigne a-t-elle écrit Dans la combi de Thomas Pesquet ? Est ce qu’elle a rencontré l’astronaute français une fois, plusieurs fois ? est ce qu’elle a lu son journal de bord ? Elle n’hésite pas en tous cas à se moquer gentiment de lui et à révéler les détails les moins glamours de la vie à bord (le vomi, la sueur ou allez je suis sûre que vous vous posez la question -et il y a tout un passage très détaillé sur ce point crucial – comment faire caca lorsqu’on est en impesanteur).

Comme dans ses titres précédents, Marion Montaigne sait, par ses dessins et ses propos, rendre la science drôle et compréhensible même pour une « littéraire » comme moi. J’ai lu, par exemple, cette sortie dans l’espace appelée EVA comme un épisode de série particulièrement haletant, pourtant c’est à la base très technique et scientifique (bon cela est tellement fou que cela reste un peu surréaliste pour moi ). J’ai même envie d’en apprendre davantage avec toutes les sources que l’auteur cite à la fin.

Plus je m’installais Dans la combi de Thomas Pesquet, plus je me disais qu’il faut être un peu/beaucoup maso pour être astronaute. L’attente avant une mission est interminable (6 ans !), les examens médicaux font partie du quotidien et ne ressemblent pas franchement à une partie de plaisir, les entraînements et la formation s’effectuent la plupart du temps loin de la famille et des amis, le retour sur terre est rude physiquement (Marion Montaigne explique entre autres ce que l’impesanteur a comme conséquence sur les os) et pourtant, assez rapidement, Thomas Pesquet espère repartir.

N’empêche que Tina Arena, elle parlait peut être de l’espace :

« Aller plus haut, aller plus haut
où l’on n’oublie ses souvenirs » (ben oui l’effet de l’impesanteur))

 

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