Tag

lectures

Browsing

Lautrec : Un portrait bouillonnant

Dès la scène d’ouverture, Matthieu Mégevand donne le ton : le lecteur ne va pas s’ennuyer en découvrant la vie de Toulouse Lautrec (je ne peux en dire plus, ça gâcherait la surprise).

Je ne connaissais quasi rien sur cet artiste. Ainsi j’ai découvert ses origines aristocratiques (pour une fois l’image de l’artiste vivant dans la pauvreté ne colle pas ), sa croissance stoppée très jeune à cause de la consanguinité et les conséquences que cela a non seulement sur son physique, sa santé mais plus largement sa vie.

Envoyé en cures régulièrement pour se soigner, Lautrec s’ennuie et se met à dessiner. Ce qui n’est au tout début qu’un passe temps, devient vite une obsession.

Possédé il l’est lorsqu’il peint ses modèles :

Affairé de la sorte, ni Carmen, ni l’atelier, ni le monde n’existait; la ville et les hommes, les odeurs et les sons, les désirs et les ambitions, tout cela s’est dissous, englouti dans ce seul entêtement : tenter de rendre un peu de cette rousseur furieuse sur le blanc du lin.

ou lorsqu’il tombe fou amoureux de Maria, modèle qui a posé pour Chevanne, Renoir, Utrillo, Degas (elle a aussi dessiné des portraits sous le pseudo de Suzanne). Il est raide dingue, elle s’amuse de lui et est volage alors il noie son chagrin dans l’alcool.

Lautrec

Cette biographie romancée est aussi une plongée dans l’atmosphère de Montmartre avec ses ateliers, ses lieux de fête (Mirlitin, le Chat noir rue de Laval), ses figures mythiques (Bruant, la Goulue, …) , ses danseuses aux noms hauts en couleur (Grille d’égout, la môme fromage, Nini Patte en l’air…).

Lautrec aurait-il laissé derrière lui l’oeuvre que l’on connait aujourd’hui s’il n’avait pas été aussi malheureux en amour ? Sans ses excès (excès de boissons, excès de bonne chère et de bonne chair), ses tableaux auraient-ils été les mêmes ?

A 25 ans, il peint un tableau saisissant du Moulin de la Galette :

On croirait entendre la rumeur de l’orchestre, le bruit des rires et des pas sur le sol, sentir l’odeur des femmes et des boissons. Il a l’impression que son établissement est là, tout entier, contenu dans la toile, sur le point de prendre vie.

J’ai l’impression d’en avoir beaucoup trop dit sur tout ce que j’ai appris mais l’expression « la vie est un roman » n’est en rien usurpée pour lui.

Loin d’une biographie classique, Lautrec montre un homme à la sensibilité débordante qui dévore la vie jusqu’à l’excès, quitte à y laisser la peau. C’est une vie à la fois bouillonnante et infiniment triste portée par une plume vive et truculente.

Lautrec, Matthieu Mégevand, Flammarion.

Edit : jusqu’au 27 janvier 2020 a lieu au Grand Palais une exposition consacrée à Toulouse Lautrec

10 livres pour voyager cet été

Je ne sais pas si cette sélection de 10 livres pour voyager cet été consolera ceux et celles qui ne peuvent pas partir loin ou même partir tout court (je vous épargnerai le fameux « l’aventure est au bout de la rue« , voyager est un luxe et pas un choix comme on le lit souvent ).

J’avais envie, à cette occasion, de redonner une chance à quelques livres dont j’ai parlés sur le blog et qui, il me semble, sont passés inaperçus (peu lus, pas commentés). Ils ont un point commun : ils vous embarquent en quelques pages loin de chez vous et pour moi, c’est aussi une façon de voyager. Alors prêt(e)s à embarquer ?

1-En Islande avec Entre ciel et terre

Kit de voyage : des vêtements chauds pour supporter le climat rigoureux, un carnet de notes pour noter la langue si poétique de l’auteur

Envie d’en savoir plus ? Ma chronique sur Entre ciel et terre

2-A Naples avec la saga d’Elena Ferrante

Kit de voyage : Des lunettes de soleil, de la crème solaire, un chapeau et peut être quelques amaretti

le nouveau nom

Envie d’en savoir plus ? Ma chronique sur Le nouveau nom

3-En Alaska avec Le grand marin

Kit de voyage : un imperméable, des bottes pour la pluie, de la crème pour les mains abîmées pour le travail physique, des cachets contre le mal de mer

Envie d’en savoir plus ? Ma chronique sur Le grand marin

4-En Moyen-Orient avec l’Arabe du futur

Kit de voyage : des boules Quiès pour savourer chaque planche et ses détails

Envie d’en savoir plus ? Ma chronique sur le premier volet de l’Arabe du futur

5-Au Japon avec Les délices de Tokyo

Kit de voyage : de la purée de haricots rouges et un bon thé vert

Les délices de Tokyo

Envie d’en savoir plus ? Ma chronique sur Les délices de Tokyo

6-A New York avec Une vie comme les autres

Kit de voyage : des mouchoirs !

une vie comme les autres

Envie d’en savoir plus ? Ma chronique sur Une vie comme les autres

7-A Londres mais aussi en Australie et en Afrique du Sud avec Numéro 11

Kit de voyage : des scones et de la clotted cream

Envie d’en savoir plus ? Ma chronique sur Numéro 11

8-En Laponie avec Le dernier lapon

Kit de voyage : un plaid bien chaud

Envie d’en savoir plus ? Ma chronique sur Le dernier Lapon

9-En Finlande avec Nos souvenirs sont des fragments de rêve

Kit de voyage : Votre madeleine de Proust parce qu’il est beaucoup question de mémoire dans ce superbe roman

Envie d’en savoir plus ? Ma chronique sur Nos souvenirs sont des fragments de rêve

10-En Inde et aux Etats-Unis avec un fils en or

Kit de voyage : un curry de lentilles avec un soda, le protagoniste de l’histoire étant partagé entre sa culture d’origine et ses nouvelles habitudes américaines

Un fils en or

Envie d’en savoir plus ? Ma chronique sur Un fils en or

D’autres idées de voyages

♦en Angleterre avec Des cornflakes dans le porridge de Bill Bryson dont je vous conseille aussi Nos voisins du dessous (cela se passe en Australie et c’est vraiment drôle !)

♦dans la grosse pomme avec Le gang des rêves (plus gai que celui de ma sélection !)

♦En Islande avec Asta (du même auteur qu’Entre ciel et terre) et Snjor de Jonasson

♦A Lisbonne avec Pereira prétend d’Antonio Tabucchi

♦En Argentine avec Mapuche de Caryl Ferey et aux 4 coins du globe avec Pourvu que ça brûle

♦ De la riviera à Cuba avec Mrs Hemingway de Naomi Wood

Bonnes lectures estivales ! Vous partez où, vous ?

Mes 5 lectures d’avril

Les chroniques qui suivent ont été publiées sur Instagram. Pour que ces textes ne disparaissent pas et aient une durée de vie supérieure à quelques heures, je les publie à nouveau ici en espérant vous donner des idées de lecture. (pour la photo en Une, je m’étais amusée à chercher des livres assortis à mon poisson de Pâques).

C’est quoi le terrorisme ?

 

 

 
 

 
Voir cette publication sur Instagram
 

 

 

 
 

 
 

 

 

 

 

Une publication partagée par bookaddict (@bookaddictlyonnaise) le

Mes enfants ont grandi avec le terrorisme. Ils m’ont vu sidérée après le bataclan cette salle où j’étais allée écouter de la musique quand j’habitais à Paris. Ils m’ont raconté leur premier exercice de simulation d’attaque à l’école, chose que je n’ai jamais vécue. Comment en parler avec eux alors en dépassant les schémas les gentils et les méchants ?

Doan Búi répond à cette question dans C’est quoi un terroriste ? En tant que chroniqueuse judiciaire, elle a suivi le premier procès d’Abdelkader Merah (le frère du terroriste) et elle a alors été assaillie de nombreuses questions quant à son travail de journaliste. Cette bande dessinée est le moyen d y répondre tout en proposant un regard distancié sur un sujet lourd grâce aux dessins de Leslie Plée.

💪Les super pouvoirs de C’est quoi un terroriste ? 💪
♦️ Nous montrer de l’intérieur un procès historique avec ses lieux et tous ses protagonistes
♦️ Dépasser l’effroi et tenter non pas de justifier mais de comprendre (si le sujet vous intéresse je vous conseille Les revenants de David Thomson qui existe en poche)
♦️Suggérer l’horreur sans l’afficher (Leslie Plée utilise la couleur rouge pour traduire la tristesse et la colère de manière différente)

Et si vous ne connaissez pas Leslie Plée, je vous conseille Moi vivant vous n’aurez jamais de pause où elle raconte son expérience de libraire en grande surface.

Le nouveau

Peut être connaissiez vous Tracy Chevalier pour ses romans historiques et ses portraits de femmes ? Suite à une commande éditoriale (transposer un classique de Shakespeare dans le monde contemporain à savoir ici Othello), l’auteure opère un virage à 180 degrés avec Le nouveau.

Elle nous raconte en effet l’arrivée d’un jeune garçon noir, Osei, dans une école où il n y a que des blancs dans les années 70 à Washington (en reprenant les codes d’une tragédie, unité de lieu, de temps, nombre d’actes).
La société est vue à travers le prisme d’une cour d’école avec ses lois, ses règles tacites, sa hiérarchie.

Si la maturité intellectuelle et sensuelle des élèves m’a paru en décalage avec leur âge supposé (CM1/CM2), Le nouveau dévoile par les réactions que suscite l’arrivée de cet élève noir, les visages multiples du racisme ordinaire.

Quant à Dee, elle tombe sous le charme de ce nouveau et leur coup de foudre naissant donne lieu à des passages lumineux

« Quand Dee.-quel merveilleux hasard qu’elle aussi, on l’appela par la première lettre de son prénom– releva les yeux, Osei sentit son corps s’embraser. Elle avait les yeux marron : le brun clair et liquide du sirop d’érable. Pas le bleu qu’il avait vu dans tant de cours d’école, le bleu des ancêtres anglais, écossais, irlandais. Le bleu de l’Allemagne et de la Scandinavie. Le bleu des Européens du Nord venus s’installer en Amérique, qui avaient conquis les yeux bruns des Indiens et importés des yeux noirs d' »Afrique pour faire leur travail à leur place. »


Le nouveau suscite forcément des questions : est ce qu’un enfant est raciste parce que ses parents le sont ? Sur quoi le racisme repose ? On a souvent brandi la bêtise comme réponse mais aujourd’hui tout le monde va à l’école et Christine Taubira est comparée à un singe sur Twitter. Dans le nouveau, un enseignant sous le coup de la colère finit par lâcher « ils sont tous comme ça« . Est ce que de manière primaire l’être humain a peur de la différence ? 
Si on se doute que l’histoire va mal tourner, Tracy Chevalier instille une tension croissante et nous cueille avec une fin glaciale.

Une femme en contre-jour

 

 

 
 

 
Voir cette publication sur Instagram
 

 

 

 
 

 
 

 

 

 

 

Une publication partagée par bookaddict (@bookaddictlyonnaise) le

Il y a beaucoup de si dans le destin de Vivian Maier, beaucoup de questions et beaucoup moins de réponses. De son enfance sans amour et sans repères à la découverte fortuite de ses photos par un agent immobilier, il y a une telle dose de romanesque dans la vie de Vivian Maier qu’écrire sur elle pouvait être casse gueule. Mais c était sans compter la plume et la finesse d’analyse de Gaelle Josse.

💪 Les super pouvoirs d’une femme à contre jour ? 💪

♦Éviter les clichés et l’hagiographie face à une femme si complexe et peu ordinaire.

♦Éveiller la curiosité sur cette photographe dont j avais vu passer le nom et aller voir ses photos saisissantes d’humanité puis noter le documentaire, A la recherche de Vivian Maier, à son sujet.

♦Montrer qu’on peut avoir un immense talent et rester inconnue (et être célèbre sans talent particulier).

Si vous ne lisez pas ce roman, allez voir au moins ses photos d anonymes sur le site internet qui lui a été consacré. Elles saisissent un instant, une émotion avec une telle justesse qu’on a du mal à croire que l’œuvre de Vivian Maier soit restée totalement dans l’ombre de son vivant.

Retour à la terre

 

 

 
 

 
Voir cette publication sur Instagram
 

 

 

 
 

 
 

 

 

 

 

Une publication partagée par bookaddict (@bookaddictlyonnaise) le

Destination les Ravanelles où Monsieur Henri est toujours aussi silencieux mais n’est plus seul, où la veuve Lamortemont tente de se familiariser avec son téléphone portable, où M. Loupiot fait de la voyance et où Mariette attend un second enfant.

💪Les super pouvoirs de Retour à la terre 💪

🍃Installer une scénette et sa chute en seulement 6 cases
🍃Faire sourire et rire aussi bien avec des personnages atypiques qu’avec des questionnements existentiels avec un humour tendre et absurde
🍃Replonger le lecteur dans une série dont j ai savouré chaque volume avec la même complicité entre Ferri et Larcenet

L’empreinte

 

 

 
 

 
Voir cette publication sur Instagram
 

 

 

 
 

 
 

 

 

 

 

Une publication partagée par bookaddict (@bookaddictlyonnaise) le

Autobiographie ou journalisme, documentaire ou fiction, L’ Empreinte est un récit au croisement de tout cela. L’auteur se destine à une carrière d’avocat comme ses parents et est persuadée d’être une farouche opposante à la peine de mort jusqu’au jour où son chemin croise celui de Ricky Langley, un pédophile qui a tué un enfant. Alexandria Marzano-Lesnevitch pensait avoir mis sous le tapis ses traumatismes d’enfance, ils ressurgissent alors la poussant à écrire ce livre.. pour enfin dire ce qui a toujours été passé sous silence mais peut être aussi pour sauver sa peau.

◾J’ai pensé au film Les chatouilles où la mère se soucie (apprenant que sa fille a été abusée) avant tout du quand dira-t-on alors que dans l’empreinte, l’auteure écrit :

« ma mère m’a expliqué que je nuirais à la carrière politique de mon père [… ‘] Mon père a expliqué que je ferais souffrir ma mère. Ils m’ ont tous deux interdit d’en parler à ma grand-mère car ça lui ferait trop de mal et à mon frère. »

◾J’ai aussi pensé au film Grâce à Dieu où le silence de l’église est assourdissant.
◾Ce qu’on apprend, si jamais on en doutait, ce sont les empreintes que laissent les abus (le mot viol serait plus juste d’ailleurs) année après année : sur la santé, sur la vie sexuelle et sur les choix professionnels.
◾Ce que j’ai trouvé le plus intéressant dans ce récit ? Toute l’enquête sur la famille de Ricky Langley, tout ce qui concerne son enfance ;  le parcours d’Alexandria face à son passé et cet attrait inexplicable pour ce meurtrier (je fais de la psychologie de comptoir si j y vois une sorte de transfert ?)
◾J’ai moins aimé la dernière partie du livre quand l’auteure nous raconte en détails (trop pour moi) le procès et lorsqu’elle mélange la vie de Ricky et la sienne dans un même chapitre jusqu’à ce que je vois arriver la fin avec un certain soulagement.

Au delà de l’affaire et de l’enquête, L’empreinte est une réflexion saisissante et dérangeante sur les secrets de famille. 

J’ai aussi lu Une sirène à Paris, j’en ai parlé ici comme un excellent moyen d’enchanter son quotidien. D’ailleurs je suis en train de préparer un nouveau billet « livrothérapie ».

Et vous, qu’avez-vous lu le mois dernier ?

La Loi de la mer de David Enia

Nouvelle lecture, nouvelle destination. Aujourd’hui direction Lampedusa, une île italienne située entre l’Afrique et l’Europe. En écrivant ce billet de blog sur La Loi de la mer,  je suis allée voir à quoi elle ressemblait. Je suis tombée sur des photos de ses eaux turquoises . Contraste troublant entre cette beauté et ce qui ce passe au large de ses côtes.

La Loi de la mer de quoi ça parle ? 

Pour écrire La Loi de la mer, l’écrivain Davide Enia est resté à Lampedusa pendant 3 ans. Il a recueilli les témoignages de ceux qui, d’une façon ou d’une autre, ont eu à se confronter à la réalité des migrants.
Se sont confiés à lui, un plongeur géant physiquement mais fragilisé à jamais par ce qu’il a vu; Gabriella, médecin secouriste qui a vécu un premier sauvetage tournant à la catastrophe; Bennet, 17 ans, qui a fui l’Erythrée et qui raconte sa traversée pour le moins terrible; Vitta Simone, témoin de la tragédie du 13 octobre et beaucoup d’autres. 

Leurs mots et ceux de l’écrivain donnent réalité et humanité à ce qui n’est, qu’au mieux, une tragédie temporaire à la Une des journaux, au pire un mot vague.

Ils racontent, avec force, les dilemmes moraux auxquels ils ont dû faire face, l’écart entre les idéaux et la réalité, la détermination au prix souvent de leur vie de ceux et celles qui quittent leur pays.

La Loi de la mer, un récit très personnel 

Loin du documentaire, La Loi de la mer est au contraire un récit très personnel et littéraire. J’ai lu que certaines personnes avaient été gênées par les passages consacrées à la vie de l’auteur. Et s’il avait voulu montrer les conséquences de ces « recherches » pour ce livre sur sa vie, sur son appréhension de la mort, sur ce à quoi il faut accorder de l’importance ?

La Loi de la mer gifle, secoue, captive, bouleverse à la fois par le destin de ces personnes qui se jettent à l’eau pour souvent ne plus jamais toucher terre et par ces mains qu’on leur tend.

Ce n’est qu’une question de temps, mais c’est eux qui nous expliqueront leurs itinéraires et leurs désirs, qui nous diront les noms de ceux que les trafiquants d’êtres humains ont massacrés dans le désert, et la quantité de viols à laquelle une très jeune fille peut survivre pendant vingt-quatre heures. Eux nous diront le prix exact d’une vie sous ces latitudes. Ils feront le récit, pour nous et pour eux-mêmes, des prisons libyennes et des coups reçus à toute heure du jour et de la nuit, de la mer aperçue soudain, après des jours et des jours de marche forcée, du silence qui tombe quand le sirocco se lève et qu’on est cinq cents sur un bateau de pêche de vingt mètres où l’eau monte peu à peu depuis des heures. C’est eux qui auront les mots pour décrire ce que veut aborder sur la terre ferme après avoir échappé à la guerre et à la misère, pour suivre leur rêve d’une vie meilleure. 

La Loi de la Mer, Davide Enia 

La Loi de la mer est le second livre de Davide Enia. Sur cette terre comme au ciel avait été recomposé par le prix du Premier roman étranger. Après Elena Ferrante et sa saga, j’ai envie de découvrir cette autre plume de la littérature italienne (avec le travail de traduction de Françoise Brun). 


En février, j’ai lu …

Des poches, des romans graphiques, une bande dessinée, un essai, mes dernières lectures ont été assez variées. Comme il m’est impossible, par manque de temps, de tout chroniquer dans le détail mais que j’avais quand même envie de les partager, voici un court résumé de chacune d’entre elles :

Pourquoi y a-t-il des inégalités entre les hommes et les femmes ?

Mon pitch : Vous vous êtes déjà demandés pourquoi depuis la nuit des temps et partout sur la planète, les femmes n’ont jamais été traitées de manière égale aux hommes ? Pour répondre à cette question, cette bande dessinée remonte aux origines des inégalités entre les hommes et les femmes soulignant avec humour toute l’absurdité de cette situation. Expliquer pour repartir sur des bases plus justes c’est l’idée de cette chronologie dessinée.

Saviez vous que jusqu’en 1875 les hommes pensaient qu’il était l’unique responsable de la création d’un enfant ? que tous les textes de loi et tous les textes religieux ont été pensés et écrits par des hommes posant un regard uniquement masculin sur la société ? ou encore qu’au Moyen Age les filles étaient promises à un homme dès l’âge de 7 ans, qu’elles étaient majeures à 13 ans et mariées entre 13 et 17 ans ?

Pour qui ? à la fois histoire des inégalités hommes et femmes et histoire de l’évolution des droits des femmes (avec des femmes qui ont œuvré pour que les choses changent), j’aimerais que tous les collégiens et collégiennes le lisent. En tous cas, je vais le faire lire à mon fils et à ma fille.

 

Le colis

Mon pitch : Direction le quartier rouge de Bombay où Madhu, une hija (sorte de troisième sexe, née dans un corps d’homme mais amputée de ses attributs sexuels masculins), qui mendie pour vivre après des années de prostitution, doit s’occuper d’un colis. Alors qu’elle doit s’acquitter de cette mission (pour le moins glaçante je ne vous en dis pas plus), les souvenirs de sa vie reviennent à la surface.

Pour qui ? ceux qui ont une image idyllique de l’Inde même si je ne sais pas quelle est la part de fiction et la part de réalité dans ce destin et le terrible sort des colis.

 

Chroniques de la fruitière

Mon pitch : Que celui qui aime le fromage et qui n’aura pas envie de déguster un morceau de comté après la lecture de cette bande dessinée , lève le doigt ? Au fil des saisons, l’auteur part à la rencontre des Hommes qui, dans le Jura, l’Ain ou le Doubs, produisent le comté. A travers des anecdotes et des rencontres, on comprend à quoi tiennent la qualité et le caractère unique d’un produit qui a su résister à la mondialisation dans une filière restée indépendante.

Pour qui ? les gourmands, les gourmets, ceux qui aiment en savoir plus sur les produits du terroir, les fous de fromage.

 

Comme un chef

Mon pitch : Raconter une vie à travers son rapport à la nourriture et l’amour pour la cuisine, voilà le parti pris de Comme un chef.  Repas d’enfance avec une mère qui n’aime pas passer du temps derrière les fourneaux, frustration de ne pas pouvoir préparer grand chose dans une piaule étudiante, révélation » lors du premier grand restaurant, un déjeuner chez les frères Troisgros, expériences en tant que chef à domicile, on découvre Benoît Peeters presque toujours autour d’une table même si l’autre pan de sa vie (chercheur et romancier) a aussi son importance. Hymne à la vie, chronique d’une époque, Comme un chef donne envie …de remettre le couvert sans attendre : )

Pour qui ? Ceux et celles qui peuvent passer des heures à parler cuisine, bonne bouffe et bonnes adresses

 

Un fils parfait

Mon pitch : Il est le fis parfait, le gendre idéal, celui que vos copines vous jalousent, il a « bien réussi » et puis un jour, un petit caillou se met dans la mécanique d’un emploi du temps bien huilé et c’est la sortie de route. Et si celui avec qui vous partagiez votre vie depuis des années était en fait un monstre ?

Pour qui ? Ceux et celles qui aiment lire les faits divers (d’autant plus que ce roman a été inspiré par une histoire vraie)

 

Petit traité d’éducation lubrique

Mon pitch : L’auteur s’amuse à enseigner, dans ce court livre, à son lecteur les plaisirs charnels avec beaucoup d’humour et un amour des mots incontestable.

Pour qui ? Selon Lydie Salvayre, « petit traité à instruire les analphabètes du sexe, à désengourdir les gourds et à défâcher méchants. » Si vous êtes du genre pudibond, passez votre tour.

 

Les revenants

Mon pitch : La méthode de travail de David Thomson, qui a obtenu le prix Albert Londres avec cet essai, est d’utiliser les sources primaires. Il a ainsi suivi pendant plusieurs années ( jusqu’à 5 ans et certains jusqu’à la mort)  une centaine de jihadistes (tunisiens, français, belges, suisses), menant entretiens et reportages.
Dans ce livre il racontent l’histoire de quelques uns en  leur donnant la parole une fois de retour en France, en revenant sur les raisons qui les ont poussé à partir en Syrie et en leur demandant comment se sont passées les choses une fois là bas. Leur parole est toujours accompagnée d’une analyse et d’une contextualisation pour aider à mieux comprendre leur cheminement et garder un sens critique entre ce qui est dit et la « réalité ».
Au delà de ces témoignages, l’objectif de cet essai est de déconstruire la mécanique sociale, religieuse, politique, familiale et psychologique qui les a fait basculer. Il est aussi question de leur déception, de l’inefficacité de la déradicalisation.
J’ai toujours été intriguée par ces personnes qui se laissent totalement embrigadées par les sectes et j’ai eu souvent, l’impression, au fil de ma lecture, de voir la même mécanique à l’œuvre avec des cibles la plupart du temps « fragiles » ou à la recherche de sens dans leur vie. Passionnant et terrifiant.

Pour qui ? Ceux et celles qui ont envie de comprendre (ce qui ne signifie pas justifier bien-sûr), aller au delà des propos « café du commerce » avec une grille de lecture jamais simpliste mais pourtant éclairante.

 

Et vous, qu’avez-vous lu en février ?

Lectures d’été : naviguer, pêcher, danser

Signe qu’il n’a pas beaucoup plu cette année en Bretagne, je n’ai pas lu énormément (et je ne suis pas une grande adepte des vacances serviette sur la plage toute la journée). Hormis Des cornflakes dans le porridge, dans la PAL prévue, j’ai lu :

La traversée amoureuse de Vitta Sackville-West

La croisière s’amuse version ambiance surannée et désuète, tout se passe en effet à bord d’un énorme paquebot dans lequel nos deux protagonistes se sont embarqués pour un tour du monde. Le narrateur, Edward, a une raison bien particulière de faire ce voyage : atteint d’un mal dont on ne saura guère de choses, il sait qu’il vit ces dernières semaines et qu’à bord de ce paquebot, se trouve, Laura, la femme dont il est follement amoureux en secret.

Avec un pitch pareil, j’aurais du adorer ce roman mais je ne suis jamais vraiment rentrée dans l’histoire même si les dernières pages gagnent en intensité romanesque et que la fin n’est pas de celle qu’on oublie.

9782253069492-001-T

Rudik, l’autre Noureev de Philippe Grimbert

J’ai été plus happée par l’écriture de Philippe Grimbert mettant en scène la rencontre entre le célèbre danseur Noureev et un psychanalyste. J’ai été fascinée par ce monstre sacré comme l’est son thérapeute qui, très vite, enfreint les règles les plus basiques de sa profession, pour continuer à suivre et à aider l’artiste.

Noureev captive-t-il le psychanalyste (comme le lecteur) du fait de sa personnalité hors du commun, excentrique ou démesuré ou vient il réactiver des blessures enfantines ? Parfois on se demande qui a besoin de l’autre et on aimerait poser la question à Philippe Grimbert qui a réllement fréquenté le danseur.

Au delà du portrait et de ce duo-duel, c’est un roman émouvant sur le remords, la solitude et le chagrin.

1540-1

Le grand marin de Catherine Poulain

Intriguée, questionnée, je l’ai été aussi par Catherine Poulain (ou par son personnage principal largement inspirée de sa propre histoire) qui fuit la France, arrive à Kodiak en Alaska et n’a plus qu’une obsession : faire partie de l’équipage d’un navire et partir pêcher la morue noire ou le flétan. Dormir à même le sol, supporter la fatigue, le froid, les tâches très physiques, la peau rongée par le sel,  les blessures, les brimades des hommes qui ne lui font aucun cadeau, rien ne semble abattre sa volonté. Repoussant toujours plus loin ses limites, Lili sauve-t-elle sa peau en la risquant autant ? Il n’y a qu’à bord d’un bateau, en plein stress, hurlements, roulis, qu’elle semble revivre.

Parfois j’ai eu un peu de mal à visualiser certaines actions décrites, ne connaissant pas assez le monde nautique (il y a un glossaire assez complet à la fin du roman) mais j’ai ressenti la même impression qu’avec le polar Noir Océan, j’étais à bord et en pleine mer.

Ce que j’ai le plus aimé dans ce roman c’est son côté sensoriel, le corps y est central dans la souffrance comme dans le plaisir.

 

J’ai commencé aussi (pour rester dans l’ambiance marine), La mémoire des embruns, mais j’avais un peu l’impression de lire une saga de l’été sur TF1 alors je l’ai abandonné.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Pin It