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A chaque fois que j’entre dans une librairie, j’ai envie de repartir avec une pile de livres, j’aime lire les bandeaux coup de cœur des libraires (je me suis peut être plantée plus jeune, j’aurais peut être du être libraire et pas bibliothécaire mais j’imagine que le métier de libraire est aussi décevant que celui de bibliothécaire dans le sens où il ne consiste pas à être « payé » pour lire des livres ) et le temps semble s’arrêter. Bref samedi alors que je flânais dans les rayons d’une librairie indépendante lyonnaise, j’ai pensé à cette année de lecture qui s’achevait et je me suis dit que plutôt qu’un grand récapitulatif, j’allais écrire sur les livres qui m’avaient vraiment marqué en 2017 (option flemme diront les mauvaises langues).

Au final il n’en reste pas tant que cela (peut être à cause de ma mauvaise mémoire mais pas que )). Elena Ferrante et sa saga italienne fait indéniablement partie de ceux là. Si vous avez du mal à entrer dans l’histoire (le volume 1, L’amie prodigieuse, est très axé sur l’enfance, c’est celui dont on a le plus parlé mais des 3 tomes, rétrospectivement, c’est celui que j’aime le moins), accrochez-vous et ensuite ne laissez pas trop passer de temps entre les différents tomes pour garder le souvenir des différentes familles et personnages.

En savoir plus ? Le nouveau nom Celle qui fuit et celle qui reste

roman l'amie prodigieuseImpossible de ne pas citer Philippe Jaenada et La serpe qui a une plume, un sens de l’humour, une façon de mêler petite et grande histoires et un art de la digression uniques. J’ai rarement eu autant de plaisir de lecture qu’avec ce roman ou avec La petite femelle.

La serpeSans consulter les titres lus mois après mois (en général je note ce que j’ai lu ou vu au cinéma dans mon agenda papier), j’ai repensé à Comment vivre en héros ? de Fabrice Humbert, peut être parce que son axe narratif était original (comment une décision peut avoir des répercutions sur toute une vie), peut-être parce qu’il nous interroge sur la notion de courage et de lâcheté (dans telle ou telle situation, comment aurions-nous agi ?) ou parce qu’il suit la vie d’un homme et des siens sur des décennies et que j’ai toujours aimé ce genre de fil narratif (il y a un côté Une vie de Jean-Paul Dubois dans ce livre).

 

Enfin rayon roman, Un jour tu raconteras cette histoire de Joyce Maynard, n’est pas un livre qu’on referme et qu’on oublie. Est ce que le « contexte de lecture » a une incidence sur la façon dont on « accueille » un livre? Je l’ai lu en Bretagne, dans une chambre avec vue sur la mer, l’esprit pollué par aucune préoccupation quotidienne (les vacances quoi), plus sereine que je ne le suis jamais à Lyon. Si vous êtes victime de déprime saisonnière et que vous êtes, comme moi, en manque de luminosité et de soleil, reportez cette lecture à plus tard ou lisez un des autres titres de Joyce Maynard (Un long week-end; L’homme de la montagne), la plume de cet auteur vous donnera sûrement envie d’y revenir.

J’aurais aimé citer un ou deux polars qui m’ont filé des sueurs froides, empêché de dormir mais tous les titres auxquels je songe datent d’autres années. J’ai été plus enthousiasmée par les bandes dessinées qui ont atterries sur ma table de chevet : Les cahiers d’Esther et Dans la combi de Thomas Pesquet dont je vous parlais très récemment mais aussi Les nouvelles de la jungle,  L’arabe du futur  3 ou Le journal de mon père.

histoires de mes 12 ansMauvaise passe

En novembre j’ai enchaîné les lectures qui m’ont laissé « en dehors » : Me voici de Jonathan Safran Foer (qui a eu de très bonnes critiques) m’a perdu en cours de route pourtant tous les ingrédients étaient là, l’histoire de tueur à gages de Lawrence Block dans Tue-moi, n’était pas déplaisante mais c’est comme si j’avais attendu tout le livre un rebondissement qui n’est jamais arrivé, le dernier roman de Delphine de Vigan Nos loyautés ne m’a pas du tout convaincu alors que j’avais été manipulée par son précédent livre D’après une histoire vraie, j’ai abandonné Malin et malin et demi de Richard Russo alors que j’étais persuadée que je n’allais pas le lâcher et je n’ai pas retrouvé dans La mise à nu de Jean-Philippe Blondel  ce que j’avais aimé dans 06h41, Un hiver à Paris ou Et rester vivant. Bref une mauvaise passe de lectrice …

Lectures en cours

Je finis l’année avec un pavé (812 pages), Une vie comme les autres d’Hanya Yanagihara. Il ne m’a fallu pas plus qu’un début de description (« ce roman balaie plusieurs décennies de la vie de quatre amis de fac venus conquérir New York « ) pour avoir envie de me plonger dedans. Comme j’étais un peu perdue au début, j’ai pris des notes dans un carnet sur chacun des protagonistes comme je le fais trop rarement (je n’écris jamais dans les livres et vous, vous le faîtes ?). Il parait que ce roman se lit comme on regarde une très bonne série : une fois qu’on est dedans, on a du mal à s’arrêter. Pour l’instant je n’en suis qu’au début (page 70) mais j’ai déjà ressenti combien l’auteur « aime » ses personnages et il y a de fortes chances que je vous reparle de ce roman en 2018.

En parallèle et comme je ne pouvais pas emporter ce gros livre dans mon sac à main (non je ne suis toujours pas passée à la liseuse, c’est mon côté « vieux jeu »), j’ai commencé L’Origine de la violence (qui a été adapté en film…visiblement très mauvais) de Fabrice Humbert dont je vous ai parlé plus haut. Le pitch ? Un professeur dans un lycée visite, un jour, avec sa classe un camp de concentration et sur une photo, est frappé par le visage d’un prisonnier tant il ressemble à son père. Il se lance alors dans une grande enquête sur cet homme. La suite je ne peux pas vous raconter d’abord parce que si vous connaissez toute l’histoire, le livre n’aura plus beaucoup d’intérêt et puis je n’ai pas pu aller beaucoup plus loin jusqu’à présent (j’ai toujours l’espoir de lire en train oubliant …mes enfants « on fait des mots fléchés ? » )).

Et vous, quels sont les livres qui vous ont marqué cette année ? avec quels titres terminez-vous l’année ?

 

Le temps passé à regarder la vie parfaite des gens sur Instagram ou la colère du monde sur twitter empiète probablement sur mon temps de lecture mais les jours sans lire sont rares, si bien que j’ai du mal à partager toutes mes lectures ici. Du coup, je cède au récapitulatif plus succinct, histoire d’être « à jour »:

Il n’y a rien de mieux -sauf si votre voisine a décidé de raconter toute sa vie au téléphone au wagon entier…oui c’est du vécu -pour avancer dans ses lectures que de voyager en train. Lors d’un aller-retour Lyon-Paris, j’ai tenté de trouver l’entrée et la sortie du labyrinthique Sympathisant de Viet Thanh NGuyen mais je me suis très vite perdue. Je n’ai pas de complexe à abandonner la lecture de livres qui m’ennuient, certains m’agacent tellement que je les referme brutalement (je pense au dernier Grégoire Delacourt que j’ai trouvé insupportable de clichés) mais là je voulais aller jusqu’au bout. Ce qui m’avait attiré est que l’histoire commençait au Vietnam (et c’est cette partie trop courte que j’ai préféré) et j’espérais en apprendre plus sur ce pays. J’ai eu du mal à comprendre le rôle de ce sympathisant (agent double ?), j’ai attendu le moment où j’étais enfin dans le livre et pas sur mon siège TGV..en vain. Rencontre manquée.

N’en restez pas là : une interview de l’auteur qui vous donnera peut être envie de le lire (car l’idée sur ce blog a toujours été de donner envie de …et pas de couper l’envie de …))

Dans  Fief de David Lopez, il est question d’une bande de potes qui vit entre banlieue et campagne, qui fume beaucoup, qui boxe, qui joue aux cartes et au foot. Bref rien qui me passionne. Tout est raconté par le narrateur comme dans une phrase unique avec beaucoup de dialogues. Il parait que la force de ce premier roman est son écriture, son style. Je l’ai lu jusqu’au bout en me disant qu’à un moment il allait m’embarquer enfin avec lui. Raté.

N’en restez pas là : une critique positive de Fief

Il est aussi question de boxe dans Comment vivre en héros de Fabrice Humbert mais cette fois je n’ai pas trouvé cela chiant du tout. L’idée que le style l’emporterait sur le thème (ou rendrait lisible/intéressant des sujets qui, de prime abord, ne le seraient pas pour moi), se vérifie de plus en plus souvent. N’allez pas croire que ce roman parle de boxe : non son axe principal est comment une décision, une façon de réagir peut avoir des conséquences sur toute une vie.

Tristan, personnage principal, laisse son entraineur se faire tabasser par 3 types dans le métro et prend la fuite. Il ne digère jamais vraiment sa réaction et cette « lâcheté » (selon lui) aura des conséquences sur sa vie amoureuse, sa vie de prof, son rôle de père. Réflexion sur la violence, sur les valeurs de la société, sur la transmission, c’est intelligent et drôle parfois. Cela m’a donné envie de lire le précédent roman de Fabrice Humbert, l’Origine de la violence (il y a eu un film du même nom, mais visiblement le roman est beaucoup mieux )

Noir dehors de Valérie Tong Cuong braque son projecteur sur la vie de plusieurs New-Yorkais (tous très seuls) dont le destin va basculer quand un après midi d’été d’intense chaleur, la ville est plongée dans le noir suite à une panne générale de courant. Naomi, la jolie prostituée, Simon Schwartz, l’avocat médiatique, Canal le jeune homme recueilli nourrisson par un grand père chinois qui l’exploite, verront leur chemin se croiser. Un roman choral fort alors qu’il est très court.

Enfin je suis en train de lire Un personnage de roman de Philippe Besson, ce qui m’a valu une scène plutôt marrante. La semaine dernière j’ai accompagné mon fils à un prix littéraire et pendant qu’il délibérait, plutôt que de parler à d’autres parents (#modesauvage #modejaidumalaveclesmèresquisonttoutespersuadéesqueleursenfantssontdespetitsgénies), j’ai sorti le roman qui était dans mon sac et j’ai commencé à lire. Et là j’ai senti le regard d’une maman qui m’a catalogué « fervente macroniste » quand elle découvrait la couverture que je tenais entre les mains. Perdu. J’ai aimé la plume de Philippe Besson parfois (Son frère, Un garçon d’Italie, L’arrière saison) et j’étais curieuse de découvrir les coulisses d’une campagne électorale. L’auteur revendique sa subjectivité, on sent même une certaine admiration sans tomber dans l’hagiographie. Je ne suis pas certaine d’aller jusqu’au bout….fainéante? )

Et vous, quelles ont été vos dernières lectures ?

J’aurais aimé être une artiste (danseuse) mais j’aurais jamais pu être urgentiste. Je fuis autant que je peux les cabinets de médecin (j’ai pas mal d’hypocondriaques dans mon entourage qui sont rassurés quand ils voient des docteurs mais je suis du genre à me sentir déjà beaucoup mieux dès que j’ai un rdv médical ) et lorsqu’il s’agit de l’hôpital, j’ai carrément des sueurs froides. Les quelques fois où j’ai été forcée d’y mettre les pieds pour rendre visite à quelqu’un : 1) je me suis évanouie (celle qui ne comprenait pas le concept de visiteur et de patient )) 2) je ne suis pas d’un grand réconfort craignant l’odeur de l’éther, l’ambiance, les choses que je pourrais apercevoir dans l’entrebâillement d’une porte. Avec les urgences, on franchit encore une étape supplémentaire : je n’y ai que des mauvais souvenirs et une angoisse, à chaque fois, qui vrille le ventre et qui me donne l’impression de suffoquer. Bref à l’idée que des personnes travaillent jour après jour (et nuit) dans un service d’urgences, je suis à la fois admirative et intriguée (comment tiennent-ils le coup psychologiquement ?). C’est justement au sein des urgences que nous invitent Baptiste Beaulieu (cette BD est une adaptation de son ouvrage Alors voilà. Les 1001 vies des urgences ) et D. Mermoux avec l’ouvrage Les milles et une vies des urgences.

Aujourd’hui médecin généraliste et romancier, Baptiste Beaulieu plonge son lecteur dans le quotidien des internes aux urgences de l’hôpital d’Auch où il a exercé. J’ai été trop peu aux urgences (et tant mieux) pour faire une étude comparative sur le comportement des internes avec les patients mais si je base sur mes quelques expériences, l’auteur me paraît nettement plus « chaleureux », « humain » voire empathique que les personnes à qui j’ai eu affaire (je suppose que leur froideur est un moyen de se protéger mais le manque total de psychologie rajoute au stress…j’ai d’ailleurs sur ma table de chevet le livre de Martin Winckler Les brutes en blanc car le sujet m’intéresse ).

Humanité c’est le mot qui résumerait, pour moi, le mieux Les mille et une vie des urgences : celle de Baptiste Beaulieau qui ne traite jamais les patients comme un dossier, un numéro mais s’attache à restituer leur histoire en les rendant unique et singulière. Revenant en quelques planches sur ce qui lui a donné la vocation, il répond aussi au fil des pages à la question : comment tient-il face aux tentatives de suicide, cancers en phase terminale, accidentés de la route …? L’humour est une béquille sur laquelle il s’appuie beaucoup, aussi bien auprès des patients (et de manière assez surprenante ils sont souvent eux mêmes capables de rire de situations pourtant loin d’être drôles) que de ses collègues dont il dresse aussi des portraits forts.

Peut-être que les cas les plus « légers » ( les gens qui prennent des suppositoires par la bouche (si, si), les patientes qui ont perdu l’alliance de leur mari (ahem), ceux qui jouent avec des sex toy ) sont des bulles d’air dans un quotidien qui peut vite devenir asphyxiant, sûrement qu’on vit plus intensément en dehors de ses heures de travail quand on est interne aux urgences.

Les internes ont un sens de l’humour souvent très noir et souvent déplorable. Mais il est à l’image de leur sexualité : ils rient comme ils font l’amour, dans une sorte de « sauve-qui-peut-généralisé ». En prétextant que tout va bien.

Et puis au milieu de toutes les anecdotes que l’auteur nous raconte, l’histoire de la femme Oiseau-de-feu (Baptiste Beaulieu la surnomme ainsi comme il a donné des surnoms à tous ses collègues), est un fil conducteur et le plus bouleversant témoignage de la relation qui se noue, ici, entre médecin et malade.

Je connaissais Leila Slimani pour ses romans Dans le jardin de l’ogre (après avoir lu cet essai, je comprends un peu mieux l’accueil qu’a pu recevoir dans son pays ce roman où il est question d’une femme nymphomane) et Chanson douce qui a obtenu en 2016 le prix Goncourt. Je ne regarde quasiment pas la télévision mais il parait qu’elle est invitée sur pas mal de plateaux de télé en ce moment.

Sexe et mensonges : la vie sexuelle au Maroc n’est pas un essai sociologique mais le recueil de la parole de femmes et d’hommes marocains plus libres que les autres ou qui ont un regard assez critique sur la société marocaine et ses rapports avec la sexualité pour avoir envie d’en témoigner, peut être « éveiller les consciences » et qui sait, même si cela est une goutte d’eau, faire évoluer les choses.

Est ce qu’une situation sous prétexte qu’elle est culturelle (ce que l’auteur démonte par ailleurs) est sensée perdurer ? De rencontre en rencontre, Leila Slimani dresse le portrait d’une société hypocrite, où le regard de l’autre semble guider toute conduite, où la consommation de pornographie est très forte mais où toute sexualité en dehors du mariage n’est pas sensée exister.

Sexe et mensonges : la vie sexuelle au Maroc dépasse largement la simple accumulation de témoignages car il propose par exemple l’éclairage d’une chercheuse en théologie, Asma Lamrabet :

‘N’importe qui peut dire n’importe quoi au nom de la religion. Dès qu’on veut justifier le fait de vous dominer, on vous assène cette phrase « C’est le Coran qui le dit ».Il faut que les femmes aient les outils pour argumenter face à cette inculture religieuse généralisée. Nous ne devons pas accepter n’importe quoi au nom du sacré. »

ou celui du sociologue Dialmy qui explique très finement ce qui peut se résumer à une phrase :

« Faites ce que vous voulez, mais faites-le en cachette. »

Ce qu’il faut souligner aussi, malgré le fait que les hommes ont une liberté (celle d’avoir une vie sexuelle hors mariage puisqu’il n’y aucun moyen de le vérifier) que n’ont pas les femmes, c’est que le propos ne tombe pas dans le manichéisme : les hommes ne sont pas vus comme des ennemis et les femmes ne sont pas forcément toutes des victimes. L’éditorialiste Sanaa Al Aji rappelle :

« Eux aussi souffrent de ce malaise, de cette ambiguïté. Ils ont eux aussi envie que les relations avec les femmes soient plus simples. Il faut dire que les femmes ont, elles aussi, un lien mercantile avec leurs corps. Pour beaucoup d’entre elles, le mari représente d’abord un avancement social. L’homme donne une dot en contrepartie du mariage. (…) Beaucoup de femmes veulent la modernité mais elles veulent en même temps que le mari gagne de l’argent et s’occupe d’elles. Très peu assument vraiment la modernité. »

Il n’empêche qu’au Maroc les relations hétérosexuelles hors mariage, les actes homosexuels et l’avortement sont aujourd’hui punis par le code pénal.

Sexe et Mensonges a été adapté en un roman graphique avec  l’auteur de BD Laetitia Coryn. Paroles d’honneur est aussi engagé que Sexe et Mensonges et même si, du fait du format, la parole des femmes est moins développée que dans l’essai il reflète une réalité aussi complexe à appréhender.

Enfin il se conclut, dans les derniers dessins, avec la parole d’ un homme. Ce dernier dit qu’il n’est pas d’accord avec la morale rétrograde et hypocrite qui règne autour de lui. Peut être un des signes que la société marocaine est en train de changer.

J’aurais pu intituler ce billet « le temps des suites » cela aurait été assez peu parlant (quoique glop/pas glop, pas sûre que cela soit clair comme de l’eau de roche) mais il se trouve que récemment j’ai vu et lu beaucoup de « suites » avec quelques déceptions (pas glop, vous suivez ?) à la clef :

Glop : The Missing saison 2

Après une saison 1 où un couple de jeunes parents anglais affrontait la disparition de leur petit garçon lors de vacances en France un 14 juillet, la saison 2 -sans reprendre les mêmes personnages si ce n’est l’inspecteur joué par Tchéky Karyo (bien plus mal en point) axe son intrigue autour de la disparition de jeunes filles en Allemagne.

Au fur et à mesure des épisodes, on pense forcément au roman Room d’Emma Donughue mais aussi à des histoires réelles comme celles de Natacha  Kampusch et le physique fantomatique et inquiétant de l’actrice Abigail Hardingham ajoute une dose de frissons. Les personnages ne sont pas caricaturaux (la mère mange dort respire en pensant à sa fille disparue mais n’est pas hystérique ça change).

Jusqu’à ce qu’on ait le nez sur celui qui enlève les jeunes filles, on ne le soupçonne pas. C’est très addictif (quasiment impossible de ne regarder qu’un épisode) mais si vous avez des enfants, attention vous allez avoir encore plus de mal à leur lâcher la main après avoir regardé cette saison 2 (j’en ai fait des cauchemars !).

 

(C) New Pictures – Photographer: Sophie Mutevelian

Glop : Bureau des légendes saison 3

Qu’il est mal traité l’agent secret interprété par Mathieu Kassowitz dans la saison 3 du Bureau des légendes. On se doute bien que les scénaristes ne vont pas le faire mourir car Malotru, c’est le personnage central de la série mais prisonnier de Daesh, on souffre avec lui et pas qu’un peu.  Marina Loiseau (joué par Sarah Girardeau), quant à elle, est confrontée à de graves crises d’angoisse et doit faire à de nouvelles situations périlleuses, si bien qu’on se demande un peu pourquoi elle ne retourne pas à une vie plus « normale ».

Par rapport aux saisons précédentes, les scènes sur le terrain sont plus nombreuses, ce qui rend la série encore plus prenante. C’est joué sans fausse note, peut être que certains détails manquent de crédibilité (il y a eu plusieurs articles à ce sujet) mais aux yeux d’un spectateur lambda qui ne bosse pas à la DGSE cela est insoupçonnable. C’est rythmé et si le tableau est noir, il y a parfois aussi ses petits touches d’humour qu’on ne retrouverait pas forcément je pense dans une version adaptée.

Pas glop : The Affair, saison 2

Pas glop c’est un peu sévère parce que je n’ai pas détesté la saison 2 de The Affair, je l’ai même regardé jusqu’au bout sans déplaisir. N’empêche que je l’ai trouvé bien moins réussie que la saison 1 (j’étais assez peu convaincue par la nécessité de faire une suite et je ne comprends pas que les scénaristes, quand une saison 1 marche bien, veuillent absolument pondre une suite au risque de tout saborder).

Le scénario mélange les époques, je me suis sentie perdue …pendant pas mal de temps. Il se recentre sur les époux délaissés s’intéressant à Cole pour en dessiner, au fil des épisodes, un portrait beaucoup plus nuancé (et sympathique) que dans la saison 1. Je suis beaucoup moins convaincue par le personnage d’Helen. Enfin il y a un côté soap qui n’était pas présent au début et qui m’a pas mal gêné.

Une saison 3 et une saison 4 ont été tournées et diffusées depuis ..alors stop ou encore ?

Glop : Celle qui fuit et celle qui reste

Je vous ai déjà parlé du tome 1 et du tome 2 de la saga italienne d’Elena Ferrante, je ne vais donc pas écrire des tartines sur ce troisième volet. Au début de la lecture, il faut un petit temps d’adaptation (même si l’auteur, comme pour une pièce de théâtre, rappelle en marge du texte, qui est qui, quels sont les liens de parenté) pour se remémorer la place des personnages, leur histoire jusqu’à présent mais une fois qu’on est plongé dedans, on est plus dans le métro, dans le train, dans son lit mais dans l’Italie des années 70.

Des 3 tomes, c’est celui qui m’a le plus transporté je crois : peut être parce que le personnage d’Elena ose enfin peu à peu, peut être parce que le roman en dit long sur la place des femmes dans la société, sur leur sexualité, que la Grande et petite histoire se mêlent encore plus que dans les volumes précédents et que l’intrigue n’a jamais été autant romanesque. A peine fermé, on aimerait lire la suite ….Elena Ferrante a vraiment un don !

Pas Glop : Vernon Subutex, tome 3

Je suis embêtée parce que j’aime bien Virginie Despentes, son parcours, ses prises de position, son féminisme, son côté « à prendre ou à laisser » (et peut être le fait qu’elle ait vécu sur les pentes où je passe à la monté ou à la descente au moins une fois par semaine) mais autant dire les choses clairement : j’ai été beaucoup moins emballée par le tome 3 de Vernon Subutex que par les tomes 1 et 2.

Je cerne à peu près ce qui à qui a fait que je ne suis pas rentrée dans le roman : ce qu’elle appelle les convergences, une forme de mysticisme qui m’a laissé dubitative.

Ceci étant dit, elle fait dire à ses personnages des choses sur la maternité ( absolument pas politiquement correct et qui feraient probablement scandale dans la brigade des mamans parfaites), ou sur le libéralisme qui sont saisissantes et elle pose un diagnostic sur la société qui me semble d’une justesse incroyable.

 

Glop : Fabrice Luchini et moi

Je finis ce billet avec un spectacle que j’ai vu mercredi soir à la Comédie Odéon à Lyon, Fabrice Luchini et moi, et qui joue jusqu’au 15 septembre. Olivier Sauthon nous raconte qu’un soir, alors qu’il était jeune et qu’il errait dans Paris, il est tombé sur Fabrice Luchini et, rêvant de devenir comédien comme lui, il lui a demandé de lui donner quelques leçons.

Pendant une heure et demie, un dialogue entre le maître (dont il a repris le phrasé, les tics de langage, les postures, les expressions du visage d’une telle manière qu’à un moment donné on a quasi l’impression de voir Luchini sur scène) et l’élève sont l’occasion de jouer avec les mots, de faire découvrir ou redécouvrir quelques grands auteurs, d’apporter une réflexion sur ce qu’est la culture,  l’art de la séduction, le génie ….toujours avec intelligence et humour.

Les citations sont si savoureuses qu’on aimerait toutes les noter (j’entendais le monsieur à côté de moi dire régulièrement « il faut que je m’en souvienne, faut que je m’en souvienne ») et je ne lirai plus jamais la fable de la Cigale et de la fourmi sans penser à l’interprétation de texte exaltée et drôle que j’ai vue sur scène.

Voilà j’aurais pu ajouter quelques titres de DVD et de livres vus ou lus cet été mais ce billet est déjà trop long. N’hésitez pas à partager vos coups de coeur en commentaire.

A l’occasion du dernier Festival Lyon BD, était distribué un numéro spécial Le Bouchon déchaîné consacré en grande partie à la bande dessinée comme média du réel avec plusieurs articles que j’ai trouvé très intéressants. La situation politique à Jérusalem avec Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle, la science vulgarisée par Marion Montaigne avec l’excellente série Tu mourras moins bête (si vous avez un moment jetez un oeil à une des vidéos comme Pourquoi les ados sont-ils si mous ?  sujet susceptible de me concerner prochainement, mon fils rentrant au collège en septembre ), les figures du féminisme, la jungle de Calais ou les élections présidentielles, la bande dessinée explore depuis quelques années de nouveaux terrains de jeu, sortant de la fiction et touchant probablement de nouveaux lecteurs qui n’auraient pas lu de BD avant.

Cela ne marche pas à tous les coups, le piège du propos trop didactique n’est jamais très loin et on peut vite s’ennuyer (je pense à quelques bios qui, pour moi, auraient été beaucoup plus passionnantes et puissantes en « roman » qu’en BD) mais lorsque l’auteur sait y distiller de l’humour et un sens aigu de l’observation, cela peut s’avérer au contraire très percutant comme le souligne Lisa Mandel :

« Montrer c’est toujours plus efficace qu’expliquer. »

 

« La BD, ça oblige à la synthèse. »

Peut être aussi que cela fait mouche chez des personnes qui lisent peu d’essais (ce qui est mon cas…il semblerait que sociologiquement les hommes lisent plus d’essais et les femmes plus de romans).

Toujours est-il que Lisa Mandel et Yasmine Bouagga ont imaginé une collection Sociorama chez Casterman, collection qui présente des thèses en BD et dont les deux derniers titres sont Les nouvelles de la Jungle et Prézizidentielle.

Les nouvelles de la jungle est un reportage de longue durée (par rapport à un papier d’un journaliste sur le sujet). Lisa Mandel (la dessinatrice) et Yasmine Bouagga (la sociologue) sont en effet parties sur le terrain pendant 1 an, ce qui leur a permis de tisser des liens avec les personnes qu’elles ont côtoyé et d’avoir une analyse tout en nuances sans misérabilisme ni angélisme sur cette fameuse jungle de Calais.

Personnellement j’ai appris plein de choses dans Les nouvelles de la jungle, j’ai ri plusieurs fois alors que la situation de bien des personnes là-bas n’a rien de drôle et j’ai été admirative du travail des associations sur place qui tentent d’améliorer le quotidien de milliers de femmes, d’hommes, d’enfants qui fuient la guerre (non on ne paie pas des fortunes, on ne risque pas sa peau juste parce qu’on pense que l’herbe est plus verte ailleurs).

Depuis des années, j’ai tendance à penser que les petites et grandes améliorations dans notre société et notre environnement passeront par des associations et par des actes citoyens individuels et non par les politiques et lorsqu’on voit ici comme des hommes politiques au préfet, on se passe le bébé sans jamais vraiment vouloir affronter le problème (si ce n’est « il faut raser la jungle », ok mais on fait quoi des gens ?), cela me conforte dans cette idée.

 

Le titre PréZiZidentielle montre les élections présidentielles vues par deux classes (CE1 et CM2) d’une école primaire de Seine Saint-Denis. En dehors de la perspicacité des enfants quant au vainqueur des élections, on note une manière bien à eux de vivre ce moment, assez décalée. A plusieurs reprises, Julie Pagis, sociologue en CNRS, qui a discuté avec les élèves de mars à mai 2017 revient sur leurs propos en proposant une grille d’analyse sociologique. Cela m’a rappelé pourquoi j’aimais tant les sciences sociales lorsque j’étais étudiante.

Et vous, avez vous déjà des bandes dessinées qui se confrontent au réel ? des titres à conseiller ?

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