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Les yeux rouges : Harcèlement 2.0

Denis s’ennuie au travail, Denis s’ennuie aussi dans la vie. Denis pense que c’était mieux avant, qu’aucune femme n’est à la hauteur de sa mère. Il exècre Marion Cotillard et tape sur les médias, les émigrés, le cinéma français, les politiques. …Denis fait une fixette sur une journaliste radio et la contacte via Facebook pour une interview pour son blog. Au début il la flatte, il se confie. L’obsession semble progressive, le harcèlement commence à petits pas puis va crescendo dans Les yeux rouges.

Myriam Leroy, qui a été victime de ce harcèlement, choisit un procédé stylistique particulier pour faire vivre aux lecteurs son harcèlement : elle raconte l’histoire en adoptant toujours la voix d’une tierce personne. Celle de Denis, celle des amis à qui elle se confie, celle de son amoureux, celle des avocats, celle des policiers quand elle porte plainte…Cela donne l’impression qu’elle est extérieure, instrumentalisée, que chacun réfléchit à sa place, lui dit comment réagir tout en minimisant les faits.

Les yeux rouges : La victime, un peu coupable, non ?

Je me suis surprise en tant que lectrice à finir par penser « Pourquoi ne quitte-t-elle pas les réseaux sociaux ?' » (Comme l’a fait Christophe Willem, après avoir reçu des dizaines et des dizaines de messages homophobes) comme si, en somme, c’était elle la coupable.

L’idée selon laquelle elle a forcément un peu provoqué ce défoulement, déferlement de haine chez Denis revient dans la bouche de ses amis. Elle est quand même un peu responsable comme quand on entend d’une femme violée qu’elle avait du s’habiller d’une manière provocante.

Oui non, OK, qu’IL me cherche des poux comme ça publiquement mais enfin ça n’était sans doute pas parti de nulle part, il devait bien y avoir un contentieux entre nous, un passif, il ne pouvait admettre qu’un mec, même s’il était pas tout juste dans sa tête, passe ses journées à m’insulter sans qu’il ne se soit rien passé, il ne disait pas forcément que j’avais provoqué l’affaire, juste qu’il avait du y avoir quelque chose, un big bang originel, il y avait toujours un big bang originel, même un truc mineur, pas nécessairement une ouverture d’hostilités de ma part mais un truc, oui, un truc qui avait dû lui aller très loin, le remuer très profond pour qu’il nourrisse une telle obsession.

La jeune femme est cernée, elle reçoit menaces de viol et de mort (mais son mec s’en fout et ses amis lui conseillent de ne pas y prêter attention !). Le passage sur son dépôt de plainte auprès de la police est aussi stupéfiant que les réponses de la justice.

Alors son corps craque. Baladée de spécialistes en spécialistes (chacun se disant capable de la guérir), l’auteur suggère combien la souffrance peut devenir une formidable machine à faire du fric.

 » Tous ces charlatans qui se nourrissent à la mamelle de la détresse humaine.« .

Les yeux rouges : Des émoticons et de la haine

A travers Les yeux rouges, Myriam Leroy montre bien comment la parole sous couvert de pseudonymes, d’avatars et d’une profusion d’émoticons, s’autorise à être haineuse.

Denis considère sa victime comme quelqu’un qui lui appartient, quelqu’un sur qui il a des droits, quelqu’un sur lequel il se projette du fait qu’elle soit une personnalité publique. On pourrait conclure pour se rassurer qu’il est dérangé mais chacun de ses -excusez-moi du terme- « dégueulis verbaux », est suivi d’une déferlante de commentaires parfois encore pires.

Il y aussi une phrase que j’ai trouvé particulièrement frappante dans ce roman, car l’argument de la misère sexuelle revient très souvent dans les discours pour expliquer (ou justifier ?) les agressions des femmes par les hommes :

Il faut dire que les statistiques que j’avais pu tirer de mes expériences personnelles d’enquiquinement dans la rue ou sur internet, montraient que les hommes vexés deviennent hargneux, mauvais, qu’ils se mettaient à mordre la main à laquelle une seconde auparavant ils réclamaient une caresse, et que tous vous diront que c’est la faute à Jenny, à Agathe, à cette fille qui lui avait fait croire à 14 ans qu’elle voulait bien alors qu’elle voulait pas, tous vous diront qu’au fond d’eux ils sont toujours ces petits garçons humiliés par ces filles méchantes et calculatrices, et tout en reprenant leur refrain sur cette épidémie de diablesses nous porterons un regard bienveillant sur ce que nous appellerons la « misère sexuelle » de ces pauvres bougres, comme si la sexualité des garçons était un dû et que ne pas s’y soumettre conduisait forcément à des drames dont ils n’étaient pas tout à fait responsables.

Les Yeux Rouges m’a laissé à la fois sans voix et pleine d’interrogations sur l’état de notre société. La littérature peut-elle changer les choses ? En tout cas vous verrez forcément le harcèlement 2.0 différemment en refermant ce roman implacable et suffocant.

Les yeux rouges, Myriam Leroy, éditions le Seuil

Journal de L. : Redonner la voix à Lolita

Ce que j’ai tout de suite remarqué avec Journal de L. (1947-1952), c’est sa couverture. Elle est gaufrée et en creux est écrite la première phrase du journal. Il y a cet or orangé qui se détache sur le titre, le nom de l’auteur, la maison d’édition, la 4ème de couverture. En ouvrant le livre, on découvre sur les rabats,de part et d’autre, les lettres qui forment le surnom Lolita comme si on commençait la lecture avec une image partielle du personnage principal et que celle ci se dessinerait totalement en refermant la dernière page. Je n’avais pas le classique de Nabokov en tête (je l’ai lu il y a très longtemps) mais une idée de cette adolescence la plus célèbre de la littérature américaine très conforme au regard porté sur elle par les hommes, une poupée plus qu’une jeune fille.

Et puis j’ai écouté la voix de Dolores dans son road trip infernal à travers le journal de L.


Lolita est une jeune femme objet pour son beau-père, un objet qu’on trimbale partout, qu’on exhibe comme un trophée, qu’on habille pour le rendre plus attrayant à son goût. C’est d’autant plus facile de la voir ainsi que Lolita est muette. Muette par sidérée par ce qu’elle subit dès 12 ans, muette parce que Humbert Humbert la menace et qu’elle a peur. Muette parce qu’il est la seule personne qu’il lui reste et qu’elle est, au moins au départ, attachée à lui.

En faisant de ce roman, le journal intime de Dolores Haze, Christophe Tisson lui redonne une voix, lui redonne sa vraie place, son épaisseur, sa complexité d’être humain.

Dolores a un corps d’adolescence mais dans sa tête, elle a encore des rêves d’enfant. Assistant à une scène où une mère réprimande ses enfants parce qu’ils traînent, elle écrit :

« J’aurais voulu la tuer, puis lui dire que dans la vie, on a le droit de lambiner. Si on ne le fait pas à cet âge, on le fait quand ? Après tout s’accélère, je suppose, on a des tas de choses à faire comme Madga et Neil. Des tas de choses absurdes. Vite se lever, se laver, s’habiller, vite prendre le train, travailleur, déjeuner, travailler encore, et puis vite rentrer, faire les courses, le dîner, manger, se coucher et vite, vite, ça recommence. Plus le temps de rien, plus le temps de chanter en évitant les rainures, entre les dalles d’un trottoir. »

Dolores a le sentiment d’être invisible. Comment expliquer autrement que les autres (tous ceux qu’elle croise dans ce road trip américain, d’hôtel en hôtel, accompagné de cet homme ) ne voient rien ? Elle s’absente aussi d’elle même, les yeux vides, l’esprit aussi, pour survivre aux viols répétés.

Mais Dolores renaît lorsqu’elle rencontre Stan et en tombe amoureuse :

Il m’a embrassé sur les lèvres et mon corps entier s’est dissous, envolé. Mes jambes, de la fumée et mon coeur sortait de ma poitrine.
C’est donc ça, ce baiser ? Comme si j’étais à vif, et l’espace autour de moi devenu soudain clos, plein d’élan et chargé d’avenir, le temps d’un baiser de théâtre. Ce temps-là, si court, j’appartenais enfin au monde, j’y avais à nouveau une place.

Dolores est réduite à un objet de désir (impossible pour moi de ne pas penser à Marylin Monroe, réduite aussi à son physique) mais sous la plume de Christophe Tesson, elle relève la tête, elle se libère de l’emprise de son bourreau. Ses désirs de fuite grandissent, elle élabore un plan avec Clare …qui s’avère encore plus cruel et pervers qu’Humbert, Humbert.

Journal de L. est glaçant souvent, cru (mais pour moi nécessairement cru, c’est comme une réponse à tous ceux qui minimisent, qui insinuent que les victimes l’ont cherché d’une manière ou d’une autre …j’aurais toujours en tête les paroles terribles de la mère de la jeune fille dans le film Les chatouilles, qui lui dit qu’elle fait bien « des histoires pour deux doigts dans la zézette » ), sans fausse note (probablement parce que l’auteur a lui-même été abusé enfant), rageant, émouvant.

Elle m’accompagnera longtemps cette jeune fille réduite à un « ça » et qui voulait juste être aimée.

Journal de L., Christophe Tisson, Editions Goutte d’Or

I am, I am, I am de Maggie O’Farrel : Quand la vie tient à un fil

17 nouvelles, 17 presque morts, 17 fois où Maggie O’Farrel raconte dans I am, I am, I am, non pas sa vie mais sa mort, 17 fois où la vie a repris le dessus.

N’est ce pas exagéré ? 17 fois pour une femme née en 1972 c’est beaucoup et puis écrivain ce n’est ni cascadeur, ni reporter de guerre ni soldat.

17 fois face à la mort

Pourtant dès le première chapitre de I am, I am, I am, la mort est bien là, sous différents traits, touchant à chaque nouvelle à une partie du corps différente, des poumons au cœur en pensant par le crâne ou la colonne vertébrale (cela sert de titre à chaque nouveau chapitre).

Maggie O’ Farrel a-t-elle été particulièrement malchanceuse pour côtoyer si souvent la Grande Faucheuse ? ou au contraire, incroyablement chanceuse d’y échapper tant de fois ? Elle a une façon de l’affronter, sans détour, droit dans les yeux, la défiant presque parfois.

Peut-être parce que celle-ci a plané très tôt au dessus de sa tête, bien avant qu’elle ne devienne une écrivaine. Est ce parce qu’elle a eu conscience, bien plus qu’un autre enfant, du caractère fragile de la vie, qu’elle a vécu les choses à 200 %, surestimant parfois ses forces ?

Effroi, peur, résignation (quand un avion dans lequel elle se trouve manque de s’écraser), instinct de survie, impuissance face à la souffrance d’un enfant mais aussi espoir et humour, Maggie O’Farrel dissèque et analyse ses propres réactions face à la mort et à la douleur avec une incroyable finesse.

Autobiographique mais universel

I am, I am, I am aurait pu être égocentrique, égocentré, le livre, pourtant très autobiographique, est au contraire universel.

Lorsqu’elle écrit sur ses fausses couches, chacun de ses mots ont trouvé un écho en moi : le sentiment d’être la seule à être passée par là (non pas que ce soit particulièrement rare mais c’est tabou et aucune amie, femme de mon entourage ne m’en a jamais parlé), la culpabilité, l’absence de psychologie du corps médical, le déni, la colère, l’abattement, Maggie O’Farrel décrit tout. Je pensais pouvoir revivre ces moments là sans affect. La cicatrice est refermée depuis longtemps mais elle est toujours là.

Il existe un courant de pensée qui préconise que les femmes victimes de fausse couche fassent comme si de rien n’était, métabolisent l’événement au plus vite et reprennent leur vie. C’est un mauvais moment à passer, s’est vu dire une des amies, sèchement, par sa belle mère.
A ce genre de réflexion, je réponds : Pourquoi ?
Pourquoi devrait-on faire comme si rien d’extraordinaire ne s’était passé ? N’est-il pas extraordinaire de concevoir la vie puis de la perdre ?

Lorsque Maggie O’Farrel évoque combien le train train lui pèse et l’étouffe (alors qu’il est sensé être rassurant, une sorte de cocon), ses mots aussi résonnent :

J’avais passé des années à me sentir déroutée, déconcertée par le sentiment d’insatisfaction, de contrainte que me procurait le quotidien, la monotonie, la pénibilité de la routine, par cette répétitivité qui agace, qui chatouille ».

Au fur et à mesure de ma lecture, j’ai été glacée d’effroi, rageuse contre ce gynécologue trop imbus de lui même pour avoir le moindre doute sur ses décisions médicales, j’ai suffoqué et manqué d’air, j’ai retenu mon souffle, comme si c’était moi qui était en danger.

Intense et bouleversant, I am, I am, I am, nous rappelle combien la vie tient à un fil.

Le dernier Lapon, Les improbablologies

Si mes lectures depuis quelques mois sont très liées au Grand Prix des lectrices Elle, il m’arrive de faire quelques écarts. J’ai lu récemment deux bandes dessinés très différentes dont j’ai eu envie de parler ici :

Le dernier Lapon / Javier Cosnava-Toni Carbos

Une enquête policière au pays des aurores boréales

Le pitch : En Laponie, un tambour précieux pour le peuple Sami a été dérobé au musée qui venait de l’acquérir. La seule personne qui connaissait son histoire est retrouvée tuée et ses oreilles découpées. L’enquête est menée par Klemet, un policier Sami et Nina.

Ce que j’ai aimé :
♦ La façon dont sont dessinés les paysages de Laponie et en particulier les paysages de nuit. J’ai cru au début que c’était du noir et blanc avant de remarquer la couleur bleu de l’uniforme des policiers
♦ La « plume » du dessinateur Toni Carbos dans la façon dont il dessine tous les nez des personnages
♦ Le dépaysement qu’offre ce roman graphique : j’ai appris l’existence d’une police des rennes mais aussi des gumpis et des joïk
♦ L’intrigue qui mêle petite et grande histoire. A travers le vol du tambour, Le dernier Lapon brosse les difficiles relations entre le peuple Sami et les Norvégiens à travers les siècles.

Ce roman graphique est tiré du roman éponyme d’Olivier Truc que j’ai bien envie de lire maintenant !

Les improbablogies de Zoé Thouron

La science improbable…pour les Nuls

Le pitch : Faire comprendre ce qu’est la science improbable, c’est à dire interroger la méthode scientifique d’une façon incongrue et avec humour.

Ce que j’ai aimé :
♦ Les questions loufoques et saugrenues posées mais qui ont donné lieu à de vraies recherches scientifiques. Vous voulez des exemples ? Assis ou couché, dans quelle position étudier ? Pourquoi les hommes sont très prévisibles ? Est il possible de s’enivrer en immergeant les pieds dans de l’alcool ? (cette dernière question repose sur une légende urbaine danoise)
♦ Les questions spéciales cinéma : Peut-on vraiment briser un crâne avec une bouteille en verre ? Peut-on vraiment dissoudre un cadavre dans de l’acide en 20 minutes ?
♦ Si les expériences apparaissent pour le moins décalées, les dessins ne sont pas en reste !

Cet album Les improbablogies réunit une sélection de vraies recherches scientifiques compilées par Pierre Barthélémy, chroniqueur de science improbable pour le Journal Le Monde. J’imagine la discussion  » et toi tu fais quoi dans la vie ? » « Chroniqueur de science improbable » : )

Alors plutôt prêt(e)s à partir en Laponie ou à revêtir votre blouse blanche ?

Pirate n°7 : récit poignant et révoltant

« La justice a tranché », « décision de justice », « secret de l’instruction », « vice de procédure », la plupart du temps lorsque j’entends parler de justice, je me la représente comme un grande machine implacable, froide, sans visage. Dans Pirate n°7, la justice est au contraire incarnée, vivante, humaine car au delà de l’affaire qui est racontée, se dessine le portrait d’une avocate commis d’office. Cette dernière n’oublie pas son affaire en enlevant sa robe noire. Au contraire, pendant 4 ans, elle va porter à bout de bras la vie d’un jeune homme, ce pirate n°7.

pirate n°7

Peut-être a-t-elle outrepassé son rôle, franchi une frontière (je me demande si dans la formation d’avocat, des règles de « juste distance » entre client et avocat sont enseignées comme pour un psy et son patient) mais comment défendre avec force et conviction quelqu’un sans s’impliquer réellement à moins d’être dans un jeu d’acteur quasi schizophrène ?

Auprès de Fahram, je suis autre chose qu’un avocat. Certes, je le suis dans ses rapports avec l’administration pénitentiaire et les magistrats, c’est ainsi que je me présente, que je fais l’interface, mais entre nous, je deviens peu à peu, un substitut affectif et bientôt le témoin de son enfer.

Cette justice elle porte aussi le visage de Fahram. On aimerait le classer dans les méchants, les mauvais (il a attaqué, avec 6 autres somaliens, un navigateur français et sa femme en pleine mer), celui qu’on désigne par un numéro, un xsd (parce qu’il ne parle pas français ?).
Le priver ainsi de nom et de prénom n’est pas la première violence qu’on lui fait subir ?

xsd est la déshumanisation maximale de celui qui n’a pas de nom officiel dans une procédure pénale et dont le patronyme ne peut être appréhendé par l’autorité.

Revenant sur son parcours, Elise Arfi écrit :

Mes parents étaient médecins, et avocat, c’était tout de même nettement moins bien.

Plus j’avançais dans ma lecture, plus j’ai vu un lien évident entre ces deux métiers : la vie humaine est, dans les deux cas, en jeu.

Pirate n°7, à travers un cas particulier, pose des questions essentielles sur la prison, acceptée par la société comme unique solution de réparation.

Enfermer deux, trois, parfois quatre personnes, vingt heure sur vingt quatre, dans des cellules d’une dizaine de mètres carrés, sans hygiène ni intimité ne permet pas l’introspective, le retour sur soi, la repentance, dont on voudrait nous faire croire qu’ils donnent un sens à la peine.

Elise Arfi rappelle la surpopulation carcérale, l’état de délabrement, de manque d’hygiène de certaines prisons, le suicide de détenus (et le sentiment d’impuissance qui en découle). De temps en temps, la presse se fait l’écho de rapport alarmiste sur l’état de prisons françaises mais avez-vous déjà vu une mesure quelconque les concernant dans un programme électoral ?

Pirate n°7 est un cri, un immense cri face à l’injustice et un livre qui donne envie de crier de rage à son tour. Injustice sociale car Fahram est né dans le « mauvais » pays (la Somalie est un pays très pauvre), cela précipitera son destin. Injustice de traitement, Fahram devrait être jugé comme un mineur mais la justice s’entête à penser qu’il est majeur (s’appuyant sur des expertises qui s’écrouleront par la suite).

Non seulement on refuse à cet adolescent un prénom et un nom, mais sans lui demander son avis, au cours de sa détention provisoire, il subit une ablation de poumon. A partir de ce moment là, ses crises d’angoisse redoublent, ses délires cauchemardesques aussi. Fahram s’enfonce, il fait plusieurs tentatives de suicide, mais l’organisation pénitentiaire reste muette, ne répondant pas aux multiples lettres de son avocate. Le sentiment d’injustice, il naît aussi de l’indifférence moutonnière et bureaucratique de fonctionnaires.

Je me souviens que lorsque j’étais bibliothécaire, devant l’affolement de certains collègues dans certaines situations, j’avais coutume de dire, qu’il n’y avait pas, dans notre boulot, d’urgence vitale. Ici, si !

Lui qu’on aura traité d’un bout à l’autre comme une chose pour finir balancé comme un déchet.

Elise Arfi n’est pas avocate par hasard, le moins qu’on puisse dire est qu’elle a le sens de la formule. J’avais envie de noter une phrase sur deux et cela m’arrive très rarement (jamais ?) en dehors d’une fiction. Impossible de ranger Pirate n°7 dans ma bibliothèque et de passer à autre chose. J’ai pris une grosse claque en lisant cet essai découvert grâce au Grand Prix des Lectrices Elle.

Que devient Fahram aujourd’hui ? Peut-il vivre sans séquelles après cela ? La fameuse résilience permet-t-elle de s’affranchir du passé et d’apprendre à vivre sans entraves ni privations ?

Pirate n°7, Elise Arfi, Editions Anne Carrière.

Mes lectures de janvier

En janvier j’ai été à Rhode Island, en Californie, à Amsterdam, dans l’Est de la France…et tout cela avec une poignée de romans. Bien entendu, j’aimerais pouvoir voyager physiquement plus souvent, m’offrir un séjour comme au cinéma (grâce au tout nouvel outil de l’agence de voyages Expedia qui permet à ses utilisateurs de découvrir une multitude de séjours dans le monde entier, tous inspirés des scènes de leurs films préférés) à Rome ou à Glascow. Néanmoins les livres restent un formidable moyen de vivre ailleurs, d’autres vies, d’autres époques. La preuve ce mois ci, à travers mes lectures :

-je me suis projetée à Lyon pendant l’occupation et j’ai appris combien la parole des survivantes avait été enfuie au retour des camps :

 

 

 
 
 
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🌺 SOEURS INSEPARABLES🌺 Je ne connaissais que les grandes lignes de l’histoire tragique de Simone Veil. Je ne savais rien sur son père qui pensa pendant longtemps que les juifs français seraient épargnés, rien sur sa sœur Denise agent de liaison à Lyon, rien sur Milou et sa fin tragique, rien sur son frère Jean dont on ne saura jamais vraiment où et comment il est mort. 🌺🌺 Les inséparables revient sur les quelques années qui ont précédé la déportation de Simone Veil et de sa famille, sur le retour des survivantes et sur l’après jusqu’aux années récentes où chaque semaine Simone Veil et Denise se retrouvaient, inséparables face à leur lourd passé. Étrange de lire que le siège de la police allemande était place Bellecour ou qu’un lieu de rendez vous pour les résistants était place Jacobin. Dur d’imaginer le climat de suspicion et de peur régnant à Nice. Impossible de comprendre ce que ces soeurs ont vécu dans les camps mais indispensable devoir de mémoire. « L’entourage réagit à l’unisson : Tournez la page. Oubliez c’est du passé. Combien de fois ont-elles entendu ces phrases toutes faites. C’est l’inverse pour oublier il faudrait parler, il faudrait qu’on les écoute, qu’on mesure ce qu’elles ont enduré. » 🌺🌺 #bookstagram #bookish #booklover #livrestagram #reading #document #grandprixdeslectriceselle2019 #deportation #histoire #simoneveil #lyon #blog

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-Je me suis demandée si je ne devrais pas prendre des cours pour être capable de faire un massage cardiaque si un jour …

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🔻DE BATTRE SON CŒUR S’EST ARRÊTÉ🔻 D’abord il y a ce drôle de ronflement et elle croit que son amoureux fait l’imbécile. Puis le front luisant et cette poitrine qui ne se soulève plus. Nous lecteur, on se retrouve suspendu à chaque minute, celle qui sauve, celle qui rapproche de la mort ou l’en éloigne. Comme elle, on a peur, on a le ventre noué, on est cotonneux, on imagine le pire mais on garde espoir, on suit le rythme des phrases courtes comme des pulsations cardiaques. 💪Le super pouvoir de Vigile ? 💪 Rendre universel un drame personnel et intime (ce que nous raconte l’auteure, elle l’a vécu) sans jamais tomber dans le pathos. Vigile est une déclaration à l’homme qui partage sa vie, à ceux qui sont là quand on se sent si seul, un hymne à cette vie qui peut basculer en une nuit. 🔻🔻 À déconseiller peut être aux hypocondriaques (je ne le suis pas mais ça m’a secoué). Vous l’êtes ? #bookstagram #bookish #booklover #livrestagram #amour #roman #rl2019 #lecturedumoment #lecture #lyonnaise #blog #vendredilecture

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-Je me suis passionnée par un thriller plaçant la loi au cœur de son intrigue (inspiré de faits réels)

 

 

 
 
 
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⚖️LA LOI EST DURE MAIS C’EST LA LOI ⚖️ Cela commence comme un thriller « classique  » avec l’histoire d’un serial killer qui assassine sauvagement deux femmes et trois enfants. Sauf que Kwame Diggs est mineur et que le Code Pénal de Rhode Island prévoit alors que tout délinquant juvénile doit être libéré à ses 21 ans. Et c est ainsi que ce livre bascule dans un thriller beaucoup plus intéressant, haletant. 💪Les super pouvoirs de Dura Lex 💪 🔻Mettre au cœur de l’intrigue un questionnement moral : peut-on pour la sécurité de tous (si Kwame ressort il tuera à nouveau c’est certain) bafouer les libertés individuelles d’un individu ? 🔻Montrer le pouvoir et les dérives de la presse et de la justice. 🔻Construire l’intrigue de manière à ce que ce soit haletant MAIS intelligent et alors même que très vite on sait qui est le coupable. 🔻C’est rythmé, c’est crédible et cela me donne très envie de découvrir d’autres titres de cet auteur ! Et vous vous connaissez Bruce Desilva ? ⚖️⚖️ #bookstagram #bookish #lecture #polar #romannoir #litteratureamericaine #justice #grandprixdeslectriceselle2019 #livrestagram #blog #lyonnaise

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-J’ai passé quelques soirées avec Berlioz apprenant que de son temps, il était beaucoup plus aimé à l’étranger qu’en France

-J’ai suivi Helen et Franck de Rome à Londres en passant par Amsterdam et la Normandie mais sans vraiment croire à leurs voyages 

 

 

 
 
 
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◾DANS SON OMBRE◾ Cela pourrait être une histoire d’amour mais pour qu’il y ait histoire ne faut il pas être deux ? Ma dévotion est plutôt la vénération d’Helen pour Franck, son dévouement quasi total pour cet homme raconté dans des chapitres très courts. ◾◾ Le problème est que je n’ai jamais vraiment cru à cette histoire. Est ce parce que j’ai trouvé un peu gros que nos deux protagonistes habitent comme par hasard à côté après avoir tous deux vécu dans divers pays ? Est ce parce que les clichés sur la jeune fille normande.-plouc et arriviste-qui monte à Paris m’ont agacé ? Est ce parce que les violences sexuelles subies par Helen sont très vite oubliées ? En tous cas Helen et Franck sont restés pour moi des êtres de papier et les décors du carton pâte. Je n’ai lu que de très bons avis au sujet de ce roman mais pour moi l’adoration n’a pas eu lieu. ◾◾ #bookstagram #bookish #booklover #livrestagram #reading #grandprixdeslectriceselle2019 #litteraturefrançaise #lyonnaise #lecturedumoment

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-je me suis demandée s’il fallait être tout le temps méfiant dans la vie …ou pas 

 

 

 
 
 
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♦️ SOUS INFLUENCE ♦️ Il y a des auteurs qu’on aime mais qui écrivent un peu toujours le même livre. Entre un jour tu raconteras cette histoire (l’avant dernier livre de Joyce Maynard qui m’avait bouleversé) et De si bons amis (titre français; Under the influence en anglais ), les intrigues n’ont rien à voir. Cette fois Joyce Maynard nous raconte l’histoire d’Hélène McCabe qui est au fond du trou et qui rencontre un couple de riches Californiens qui lui tend la main… Mais sont ils si désintéressés qu ils ne paraissent au premier abord ? En y réfléchissant bien, il y a au moins un trait commun entre chaque livre de l’auteur : sa capacité à dresser des portraits de femmes complexes et touchants. 💪Le super pouvoir de Si bons amis ? 💪 Instiller peu à peu un sentiment diffus de malaise, mettre le lecteur sur le qui vive, construire une histoire qui bascule peu à peu dans l’amitié toxique en nous tenant, nous lecteur, sous influence. Peut être pas mon roman préféré de Joyce Maynard mais je m y suis laissée prendre avec plaisir guettant le moment où le « rêve américain » bascule en drame. #litteratureamericaine #joycemaynard #bookstagram #bookish #booklover #livrestagram #reading #lecture #lecturedumoment #lyonnaise #blog

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-Enfin j’ai lu le dernier Goncourt, pas parce qu’il a eu ce prix mais parce que le thème m’intéressait. Je l’ai trouvé assez désespérant sur l’état de notre société même si l’auteur est une preuve qu’on peut parfois s’échapper d’une route tracée par un milieu social.

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♦️ DESENCHANTE ♦️ Ils ne sont pas si fréquents les romans qui peignent une fresque sociale, qui disent l’injustice par le biais de l’intime ou peut-être que d’habitude je ne les lis pas. Les enfants après eux est le portrait d’une région (l’est de la France, les hauts fourneaux) sinistrée par la désindustrialisation, une France des villes moyennes et des zones pavillonnaires plutôt invisible dans les médias. C’est aussi un retour dans les années 90 à travers 4 étés (avec plein de références qui font tilt) et le portrait d’adolescents qui rêvent tous de fuir ce lieu qui semble comme une entrave à leur liberté. 💪Les super pouvoirs de ce roman 💪 Démonter quelques idées toutes faites. On a coutume de dire que quand on est jeune tout est possible, l’auteur nous suggère (car il n’est jamais dans la démonstration) le poids du milieu social. Non l’école n’est pas ce fameux ascenseur social, les formations sans débouchés sont légion, les emplois abrutissants aussi. J’ai souvent entendu mes parents dire qu’ils vivaient mieux que leurs parents mais aujourd’hui ? Tout au long du roman, s’installe comme une sensation de moiteur, d’anesthésie liée à la chaleur, à l’alcool et la drogue qu’on consomme pour oublier mais aussi comme pour traduire ces destins englués par leur situation sociale. Le propos n’est jamais didactique car tout est dit à travers les trajectoires d’adolescents, leur éveil à la sensualité, leurs relations avec les parents. Même si j’ai trouvé qu’il y avait quelques longueurs dans ce roman, Les enfants après eux réussit à nous dépeindre des vies d’ennui et sans beaucoup d’espoir mais construit de telle sorte qu on a envie de connaître la suite. Assez désespérant mais éclairant ! ♦️♦️ #bookstagram #bookish #booklover #livrestagram #reading #roman #fresquesociale #lyonnaise #goncourt #lecture

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Je n’ai pas eu d’énorme comme coup de coeur en janvier (mon dernier étant Asta ), mais j’espère que ce petit récapitulatif vous donnera envie de lire un de ces livres.

Bonnes lectures !

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