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Il y a des occasions qui ne se loupent pas dans une vie de cakista. Aussi quand Sébastien Bouillet m’a demandé si je voulais participer au jury du concours amateur de macarons pour Lyon, je ne lui ai pas sauté au cou mais presque et j’ai dit oui. Je n’ai jamais tenté les macarons à la maison car cela est trop compliqué pour moi, trop long, que je n’ai pas la moitié du matériel, que j’ai toujours un enfant qui traîne dans les jambes mais question dégustation, je crois que c’est dans mes cordes ).

Samedi dernier, en début d’après-midi, rendez vous était donc pris au Gâteau École où nous (pour la composition complète du jury, cliquez ici pour lire l’article d’Argone qui a participé côté candidats) attendaient 24 plateaux de macarons différents. Autant préciser que je n’avais pas déjeuné avant, histoire d’avoir le palais le plus vierge possible et de ne pas déclarer forfait au bout de 5 macarons. Lors des dégustations vins, il est coutume de recracher histoire de ne pas rouler sous la table mais recracher un macaron c’est péché.

Après un petit briefing, les personnes présentes se sont partagées en deux équipes, chacune ayant pour mission de goûter et noter 12 macarons. Oui je sais j’ai une vie parfois très éprouvante. Vous constaterez en regardant les photos ci dessous de la diversité du choix tant au niveau visuel qu’au niveau des parfums, même si une tendance mojito semble s’être dégagée cette année (3 macarons quand même sur la sélection). On a donc regardé les macarons dans tous les sens, admiré leur hauteur, régularité, couleur, décoration, puis croquez dans des quarts ou des moitiés en échangeant nos impressions.

Après avoir noté chaque participant, on a établi une première sélection de 4 macarons alors que l’autre équipe élisait elle aussi ses 4 favoris. Ensuite on a échangé les plateaux pour goûter les 4 macarons retenus par l’autre équipe. On pourrait penser qu’à ce stade, comme lorsqu’on rentre dans une parfumerie on ne sent plus la différence entre les 4ème et 5ème parfums, les papilles souffrent d’une certaine indifférence ou insensibilité. Que nenni ! quand j’ai croqué dans celui qui allait remporter le prix du meilleur macaron amateur de Lyon, ça a été une explosion de saveurs en bouche. Pas besoin de demander la composition de ce macaron, même pas la peine de tenter de deviner en le regardant sous toutes les coutures, son goût était net, précis, sans fausse piste, franc mais équilibré.

 

une partie de la team macaron mojito

 

 

 Si je vous demande de me désigner lequel sur l’assiette l’a remporté, il y a peu de chances pour que vous trouviez le bon car visuellement il n’a pas la perfection du macaron que l’on peut trouver chez un grand pâtissier mais le goût et l’originalité de ce macaron l’ont remporté sur tout le reste.

En fin d’après-midi, les participants sont arrivés en famille ou entre amis …gros moment d’émotion (sans aucun chichi de ma part, j’ai la larme facile vous le savez si vous me suivez depuis un petit moment) quand nous avons découvert qu’un des candidats était un jeune homme de 13 ans. Vu le niveau général du concours, chapeau bas ! J’espère qu’il gardera sa passion pour la pâtisserie et qu’on le retrouvera l’an prochain.

Finalement le nom d‘Alexandrine Cotte a été prononcé par Sébastien Bouillet comme gagnante du concours pour son macaron Tatin (un macaron un peu normand finalement Anne-Laure non?) vraiment excellent. J’aurais aimé savoir si c’était un classique, si elle avait bossé longtemps dessus pour arriver à ce résultat, comment l’idée lui était venue, est ce qu’elle avait d’autres goûts aussi terribles en réserve mais je n’ai eu que le temps d’aller la féliciter brièvement.

Les autres macarons qui ont fait partie du top 5 ont été :
– Macaron Kalamansi (agrume japonaise) gingembre sésame
– Macaron Tonka / chocolat /orange
– Macaron Mojito
– Macaron basilic menthe citron vert

Je ne sais pas si j’ai réussi à vous transmettre la façon dont j’ai vécu ce moment exceptionnel (entourée de chefs et de pâtissiers) en quelques phrases et clichés mais j’ai vécu cette expérience à 100% !

Vivement la finale )

Et vous, quel est le meilleur macaron que vous ayez jamais goûté ?

Depuis que l’homme a été sélectionné pour le jury Quai du Polar 2011, il enchaîne la lecture de romans policiers, ce qui n’est pas sans conséquence sur son comportement.

Il ferme toujours à double tour la porte de l’appartement, en pleine nuit il entend des bruits dans le salon et armé d’une tong va vérifier vaillamment s’il y a un intrus dans la maison, il n’arrête pas de se retourner dans la rue car il a l’impression d’être suivi, il a vérifié le téléphone, les dessous de table et tous les placards à la recherche de micros, il trouve que la voisine a un air étrange et que le facteur reste trop longtemps le matin devant les boîtes aux lettres, il recoupe mes propos, me questionne et déplace le porte-manteau persuadé de trouver quelqu’un planqué derrière…

Heureusement sa paranoïa devrait connaitre bientôt un terme car samedi dernier, il a délibéré pour élire le futur prix en compagnie des autres membres du jury, des organisateurs de ce salon littéraire et de Claude Mespède, en maître de cérémonie, auteur d’un dictionnaire des littératures policières, véritable bible dans ce domaine.

Même si j’ai été mise dans la confidence quant aux résultats, je suis tenue au secret jusqu’au 25 mars prochain. En attendant je te propose de découvrir les 3 premiers livres de la sélection et les critiques de l’homme :

Le synopsis : Jean-Mi, vingt-six ans, sans travail, qui passe le plus clair de son temps sur le canapé de sa mère au grand désespoir de celle-ci, s’improvise jardinier pour un  home louche qui trempe dans des affaires plutôt louches et ne tardera pas à y mêler son jeune jardinier. Mais plutôt que de devenir un bon petit soldat des milieux interlopes, Jean-Mi imagine un plan qui lui permettra de s’en sortir pour de bon Dans l’aventure, il entraine ses deux copains : Fernand et Marcel.

Ce qu’il en a pensé : L’ambition de l’auteur est d’écrire  un  roman noir  qui retrouverait l’âme des   San Antonio, avec des dialogues truculents et  des personnages pittoresques autour d’une  bande de pote qui vont être dépassés par l’arnaque qu’ils mettent en œuvre.

Si les 50 premières pages  laissent augurer d’une savoureuse intrigue policière gratinée , de chronique sociale , qui pourrait faire penser  à l’excellent   Un petit boulot de Ian Levison ou aux romans de Chester Himes, on doit vite déchanter.

En effet, cette intrigue   s’enlise très vite dans  une histoire d’arnaque gratinée d’espionnage militaire  et plombée par des dialogues qui sonnent faux,  faisant irrémédiablement  penser à du mauvais Audiard. De plus,  les personnages secondaires n’ont aucune épaisseur psychologique, et l’ évolution de l(‘anti) héros , Jean Mi  qui passe de looser  total  à celui de cerveau du casse,  semble trop brutale pour être crédible.

L’épilogue, moins prévisible que le reste, sauve un peu la mise, mais hélas, insuffisamment pour empêcher de refermer ce livre avec un goût d’amère déception, tant  l’intérêt s’était retombé évaporé depuis longtemps.

Le synopsis : La petite ville de Tournon, 10 milles habitants,  dans l’Ardèche, est bouleversée par une vague de suicides d’adolescents : 5  en une seule journée, dont certains ont été filmés par webcam. Évidemment, tout cela est trop gros pour n’être qu’une simple coïncidence : un élément déclencheur, voire une tierce personne, est forcément derrière ce phénomène.

Le lieutenant Alexandre Korvine, chargé habituellement de traquer les dealers de Valence, est sommé de se rendre à Tournon pour enquêter sur place. Fumeur invétéré,   secoués par d’impressionnantes quintes de  toux, il va devoir fouiller dans les mystères  et les zones d’ombres de la ville et faire parler ses habitants, peu enclins à s’épancher, afin de faire éclater la vérité au bout de trois jours  d’une enquête menée à un rythme d’enfer.

Ce qu’il en a pensé : Une fois  refermé la dernière page de ce roman, deux évidences s’imposent : la première,   c’est que l’office de tourisme de Tournon n’a pas du promouvoir ce livre de Marin Ledun, qui est en est originaire,  tant l’atmosphère pesante de cette bourgade où tout le monde se connait, s’épie, vit avec ses petites rancoeurs et grosses désillusions est parfaitement rendue. Réussir à décrire aussi bien cette ville, de ses ruelles désertes,  à sa maison pour tous, sans passer par la clinique où se joue une grosse partie  de la clé du mystère est un vrai tour de force.

La seconde évidence  tient à ce tour de force,  étroitement  lié au talent de l’auteur. Marin Ledun, 35 ans,   dont la renommée n’a pas encore dépassé le  microcosme des auteurs de polar français, s’impose à l’évidence comme un très grand styliste du roman noir hexagonal : Intense, haché, tranchant comme une lame de rasoir, Ledun affiche une maitrise totale de son sujet, qu’il tient du début à la fin. On vibre  réellement avec ce Korvine, pourtant peu sympathique de prime abord, mais qui, comme tout bon héros de roman policier qui se respecte, révèle une humanité et des failles sans fond , à tel point que le lecteur ne lâche pas ce roman, tenant  absolument à  savoir ce que cache le mutisme de ces citoyens quelque peu étranges.

Mais plus qu’un simple thriller très efficace, La guerre des vanités traite de sujets sociaux brulants : l’incommunicabilité entre les générations, le malaise des adolescents, de l’impact des nouvelles technologies, tout cela  sur un ton engagé et révolté, mais jamais manichéen.

Après l’énumération de  toutes ces qualités, il est mille fois dommage que l’on ressente comme une sensation d’inachevé  une fois le livre refermé :   l’auteur nous avait tellement mis en appétit pendant les 450 premières pages que le dénouement, somme toute très banal, fait quelque peu retomber le soufflé. En même temps, un twist final aurait certainement paru ridicule et peu approprié  à  cette si juste peinture  sociale, mais pour un amateur de polar en mal d’ébouriffantes révélations, cette sobriété finale peut quelque peu désappointer, sans jamais  que cela n’entrave  la force immense des pages qui précèdent.

Le synopsis : Gabriel, technicien de scènes de crime au bout du rouleau, ne peut supporter l’oubli dans lequel retombent les cadavres sur lesquels il doit travailler.  Et notamment celui d’un  toxicomane de 17 ans, retrouvé près de l’hôpital Lariboisière, et  dont le sort ne semble pas  intéresser pas grand monde. Gabriel, révolté par cette indifférence générale, va alors  tout faire pour prouver que ce décès n’est pas lié à une banale overdose, quitte à  infiltrer l’hôpital comme patient  et à risquer sa vie pour faire éclater la vérité.

Ce qu’il en a pensé : Alors que les séries télévisées  qui prennent  l’hôpital en toile de fond sont  nombreux, assez rares sont les romans policiers de référence  qui utilisent ce décor comme lieu principal de l’intrigue. Dans les yeux des morts, les urgences de Lariboisière sont plus qu’un simple décorum, et constitue pratiquement un personnage à part entière du roman. A ce titre, force est de constater que la description de ce lieu, où se côtoient infirmières dépassées et démotivées, SDF venus là pour tenter de passer la nuit au chaud, médecins déshumanisés, est particulièrement bien rendue, l’auteur s’étant assurément bien documentée sur le sujet et contribue grandement à apporter une ambiance  intense et poisseuse , inhérente  à tout bon thriller qui se respecte.

Le personnage principal, Gabriel, personnage très tourmenté, à la frontière de la névrose,   suscite à la fois assez d’empathie et d’intérêt pour le suivre au bout de sa quête, jusqu’au dénouement  assez inattendu  pour surprendre.

Cependant, quelques bémols empêchent le livre d’être le grand polar sur les Urgences qu’il aurait aimé être. Certains passages sentent un peu l’artifice, et des personnages tels que Nadja ou Karen, les collègues de Gabriel sont dessinés à trop gros traits pour forcer l’adhésion. Les yeux des morts manque de souffle  et d’épaisseur pour convaincre totalement. Cela étant pour un premier roman, il reste parfaitement recommandable.

A suivre, les 3 autres livres de la sélection…

Félicitations à ceux ou celles qui pigeront la référence de mon titre, c’est un véritable casse-tête de trouver un titre accrocheur pour parler de mes lectures et de mes critiques dans le cadre du jury du Prix des lectrices Elle.

A la dernière livraison du magazine, j’ai reçu 7 livres dont certains plutôt volumineux et j’avoue que plus l’échéance pour rendre ma copie approche, moins je fais ma fière (car bien entendu j’ai gardé le pavé pour la fin). J’ai quand réussi à lire :

1) Ma dolto de Sophie Chérier


Pas vraiment une biographie au sens traditionnel du terme, Ma Dolto mêle des anecdotes de la vie de Françoise Dolto, des comptes-rendus surprenants de patients de cette dernière et des réflexions de l’auteur quant à son expérience de maman.
Ma Dolto se lit comme un roman et donnera peut-être envie à certains de découvrir ou d’approfondir l’œuvre de la célèbre psychanalyste qui a aujourd’hui ses défenseurs et ses détracteurs.

2) Dope de Sara Gran

Joséphine, ex-toxico devenue détective, doit retrouver une jeune fille de bonne famille, Nadine, perdue dans les affres de la drogue et de la prostitution. Elle se retrouve, malgré elle, dans un milieu auquel elle avait tourné le dos et va se prendre son passé en pleine figure.
Sara Gran nous fait toucher du doigt la vie très dure des camés et l’ambiance, légèrement suranné, des bas-fonds new-yorkais après la seconde guerre mondiale sans que le décor ne fasse carton pâte. Joséphine, dont on découvre au fil du roman l’histoire, est particulièrement attachante. Dommage que certains personnages n’aient pas été plus creusés. L’intrigue est pleine de rebondissements sans être réellement haletante mais la vraie surprise arrive à la toute dernière page.

3) Comme une mère de Karine Kesset

Emilie est trop jeune pour avoir un enfant et décide d’accoucher sous x et d’abandonner sa petite fille Léa. Dans la salle d’accouchement d’à côté, Judith, la quarantaine, met naissance à un petit garçon qui décède dans les minutes qui suivent. Judith, qui a déjà perdu plusieurs bébés lors de précédentes grossesses, bascule alors dans la folie, et kidnappe la petite Léa. Le destin des deux mères est à jamais liée : à la reconstruction de l’une répondra la dépression de plus en plus sévère de l’autre. Karine Reysset met des mots justes, précis et émouvants sur le sentiment d’amour maternel. Elle aime ces deux femmes, abîmées par leur vie et nous apprend à les comprendre plutôt qu’à les juger. Si l’histoire est plus banale que ne le laissait supposer le début, l’auteur entretient notre inquiétude jusqu’àu bout de ce roman qui se lit très vite.

4) Elégie pour un américain

Siri Hustvedt prend la voie masculine d’Erik Davidsen, psychiatre new-yorkais d’une cinquantaine d’années, divorcé et sur les pas de son père décédé quelques mois plus tôt. Autour de lui, gravitent les destins de sa sœur Inga, de sa nièce Sonia, de sa voisine Miranda et de ses patients. Comme dans Tout ce que j’aimais, le roman est un entrelacs de situations, de lettres (les mémoires de son propre père mort en 2003) et de personnages, il mêle intrigue et érudition.

Les déambulations de l’auteur sont prétextes à explorer le thème du deuil, de la paternité, du désir, du sens caché, de l’identité. Si l’on suit sans déplaisir ce personnage dans ses errances, on se perd un peu parfois dans les mémoires d’un père porteur d’une histoire familiale lourde de secrets. Face à cette Amérique de l’après 11-septembre, paumée et blessée, on reste spectateur jusqu’à ce que l’émotion nous cueille dans les dernières pages du roman.

Edit 1 : Parmi les trois livres restants, j’ai eu beaucoup de mal à accrocher à deux d’entre eux et je garde ma critique du dernier car je viens à peine d’en démarrer la lecture et pour le moment c’est un vrai coup de coeur.

La question du jour : quand lisez-vous?

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