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Si cela n’avait pas déjà été pris, j’aurais intitulé ce billet : Pas son genre mais incontestablement le mien car j’ai beaucoup aimé le dernier film de Lucas Belvaux, tiré du roman de Philippe Vilain.

Elle est coiffeuse dans une petite ville de Province, elle vit avec son fils dans un HLM, elle est blonde décolorée,  elle aime les films avec Jennifer Aniston et chanter dans une boîte à karaoké le samedi soir avec ses copines. Il est prof de philo, il prend son café aux Deux Magots, lit Kant et les grands classiques de la littérature, va à l’Opéra, n’a pas la télé et ne jure que par Paris. Elle ne veut plus d’aventures sans lendemain et rêve du grand amour, il aime les femmes mais fuit tout engagement. Muté à Arras, ce qu’il prend comme une punition, Clément rencontre Jennifer et entreprend de la séduire.

Est-elle un passe temps dans une ville où il s’ennuie ? est-elle une histoire de cul ? un jeu ? se plait-il dans le rôle de Pygmalion ?

Dès le début de leur histoire, chacun fait un pas vers l’autre : Clément va au cinéma voir un film grand public, Jennifer lit L’idiot de Dostoïevski; il l’accompagne lors d’une soirée karaoké, elle l’écoute lui lire du Zola.

Peut-on s’aimer malgré des différences sociales, culturelles si grandes ? C’est la question que pose Lucas Belvaux avec une tension qui donne la coloration d’un thriller à cette liaison et qui rappelle la très réussie trilogie (Un couple épatant, Cavale, Après la vie) du même réalisateur.

film pas son genre bis

Jennifer savoure chaque jour comme s’il était unique, ses rapports avec Clément sont sans tricherie. Elle aime sans retenue et avec une certaine naïveté même si elle a conscience qu’elle risque d’être blessée. Clément est plus secret, mystérieux. Lui qui analyse tout, décortique la pensée, il apparait comme incapable de dire ce qu’il ressent. On devine parfois du mépris dans ses railleries qu’il n’assume qu’à moitié, on suppose à travers une ou deux scènes qu’il est mal à l’aise, gêné face à cette jeune femme trop maquillée, trop éloigné de ses références, son monde.  Sa froideur, son indifférence, son absence totale de jalousie signifient-ils qu’il n’éprouve pas autre chose qu’un attachement physique pour la jeune femme ?

J’ai été bluffée par Emilie Duquenne qui illumine le film d’un bout à l’autre (n’est-on pas tous la « Jennifer » de quelqu’un plus cultivé ?) et convaincue par Loïc Corbery qui incarne à la perfection cet intello cérébral. J’ai suivi avec beaucoup de plaisir Lucas Belvaux dans sa façon de filmer avec précision et finesse toutes les étapes de la rencontre amoureuse. Ne vous attendez pas à voir une comédie romantique avec Pas son genre mais un film bien plus riche qui questionne, émeut et auquel on repense à travers le prisme de ses propres histoires d’amour.

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