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crédit photo : galerie theENDpeace, etsy

Mon passeport a la forme de tickets, pour tout bagage je prends mon sac à main avec l’indispensable paquet de mouchoirs à l’intérieur, je voyage en petit comité ou en foule parfois, les destinations sont rarement les mêmes.

Je m’installe souvent au bord de la rangée, j’enlève toujours mon blouson, sauf si la climatisation est poussée à fond…j’attends le décollage avec une certaine impatience. Je souffre rarement de jet lag mais le dépaysement est garanti.

Du Nord avec Welcome (Calais) à l’Alsace, avec Tous les soleils (Strasbourg), en passant par le Vercors des frères Larrieu (dans Peindre ou faire l’amour), le Lubéron (Parlez-moi de la pluie) ou le Cap Ferret (Les petits mouchoirs), j’ai sillonné les routes de France. J’avoue m’être attardée un peu plus dans le Sud : j’ai découvert Sète (La graine et le mulet; Coup d’éclat), j’ai vécu un dilemme amoureux à Marseille (Marie-Jo et ses deux amours), j’ai eu vue sur la mer à Monaco (L’arnacoeur).

En un temps record, j’ai franchi les frontières pour des pays gorgés de soleil : j’ai chanté Mama mia en Grèce, j’ai senti le vent de la Sicile dans mes cheveux avec Respiro, j’ai aimé l’Espagne de Woody Allen (Vicky Cristina Barcelona) ou d’Almodovar (Volver, Les étreintes brisées).

J’ai traîné mes guêtres très souvent à New York : de Brooklin Boogies à Manhattan, de Quand Harry rencontre Sally à Two lovers, j’ai vu la ville sous différents visages, à diverses saisons.

Je n’aurais jamais cru pouvoir m’offrir un billet pour Hong Kong (In the mood for love) ou pour Tokyo (Lost in Translation) et maintenant que j’ai goûté au plaisir de ces voyages immobiles, je ne suis pas prête de ranger mes bagages.

Et toi, est ce que tu t’évades au cinéma ?

 

 

Lundi soir, profitant de la présence de belle-maman, nous avons couru voir le dernier film de Claude Lelouch, Ces amours-là et bien entendu c’est Mister Choco qui se colle au billet (fais péter les commentaires sinon, fier comme il est, il ne voudra pas reprendre sa plume) alors je lui laisse le clavier :

Claude Lelouch fait partie de ces rares réalisateurs (comme peut
être Claude Chabrol qui vient de disparaitre) qui ont inventé un style de film identifiable
dès les 5 premières minutes de pellicule.
Pourquoi Ces amours la, le
dernier opus du metteur en scène, vu en
avant première lundi soir, porte si bien la griffe Lelouch qu’il se peut se
voir comme une œuvre bilan de 50 ans de
carrière ?

La réponse en 5 points
(on aurait pu le faire en 50, mais certains auraient peut être décroché) :


  1. Pour ses aphorismes métaphysiques qui ne peuvent que provenir de la bouche d’un de ses personnages: «« l’amour est un long voyage dont le retour vaut parfois plus cher que l’aller » ; «  je crois que l’on porte tous en nous deux vies, une pour apprendre, l’autre pour la vivre.). Vous imaginez dans une soirée sortir une phrase comme cela sans passer pour un fou ? Et pourtant, chez Lelouch, c’est quand elles manquent qu’on est déçu…

  1. pour cette tendance à assumer sans complexe une vraie naïveté qui pourrait passer pour de la mièvrerie, mais qui fait du bien comparé au cynisme de certains (Blier par exemple) ;

  1. pour son ambition démesurée : Ces amours la est une fresque d’une ampleur considérable, narrant les aventures sentimentales sur 20 ans, de l’occupation aux années 60, des plages du débarquement aux camps de déportation, d’une femme qui est visiblement inspirée de la propre mère de Lelouch…on est loin de la plupart des films français qui très souvent ne sortent pas des 4 murs d’un appartement de St Germain des Près !

  1. pour sa mise en scène lyrique et foisonnante : ah ces envolées musicales de Francis Lai, son auteur fétiche, dont Lelouch est si fier qu’il en réemprunte des thèmes de ses anciens films, ah ces scènes qui flirtent avec le grotesque pour finalement tomber dans le sublime ( une marseillaise jouée à l’ocarina par un officier nazi en
    pleine occupation ; une chorale improvisée où tous les personnages présents entonnent ensemble une chanson totalement inconnue de tous….), ah ces moments de cinéma vérité si confondants de naturels qu’on a
    l’impression que les acteurs ignoraient que la caméra tournait ;

  1. pour son amour immodéré des acteurs et actrices (on se rappelle que dans Hommes, Femmes, mode d’emploi, même
    Bernard Tapie et Ophélie Winter jouaient –presque- juste sous sa direction); ici Raphaël et Liane Foly ne sont pas ridicules dans des rôles qui pourraient facilement l’être chez d’autres réalisateurs ; de même les images finales du film sonne comme un fort émouvant hommage aux visages des comédiens qui ont habité son cinéma depuis 50 ans…

Bref,
vous l’aurez compris, si vous faites une allergie cutanée à la simple évocation
du nom de Lelouch, passez votre chemin, pour les fans, courrez y, le maestro a
souvent été moins inspiré que pour le
film de son cinquantenaire !!!

En sortant de la salle, une journaliste de radio nous a tendu son micro pour recueillir nos premières impressions…entre deux « euh » on a réussi à ânonner quelques commentaires mais je ne suis pas sûre qu’on ait été très convaincant )

et toi, convaincu(e) par Mister Choco?

(désolée pour la mise en forme, impossible de la changer malgré de nombreux essais )

Edit : mes envies du jour sont ici !

Quand on va moins au cinéma qu’avant faute de disponibilité ou de baby-sitter, on n’a moyennement envie de
tomber sur un film qu’on aurait pu visionner sur DVD à la maison.
Heureusement le flair de mon cinéphile d’amoureux m’a permis de
découvrir deux films que je vous encourage vivement à aller voir.

Gran torino,
dernier film de Clint Eastwood, est l’histoire d’un ancien combattant
du Vietnam (Walter), aigri, raciste et bourré de préjugés qui va
rentrer dans la vie malgré lui d’un jeune garçon Thao et de ce fait
apprendre à mieux connaître une communauté qu’il déteste à priori.
Clint Eastwood se prend comme à ses débuts dans Inspecteur Harry pour
un cow-boy des temps modernes, dégainant plus vite que son ombre sauf
que cette fois il ajoute une touche de parodie à son propos et évite ce qui pourrait être parfois ridicule vu son âge. Le film est émaillé de
scènes fortes : ici Walter réalise soudain qu’il a plus de points communs
avec ses voisins hmong qu’avec sa propre famille, plus tard il
s’interroge sur le sens de la vie et de la mort avec un prêtre. Trop tard il se rend compte  qu’il n’arrivera jamais à effacer le fossé
d’incommunicabilité creusé entre lui et son fils. Alors que le film
semble prôner la légitime défense, Clint Eastwood nous amène là où on
ne l’attendait pas à notre plus grand plaisir.

 

Avec
Welcome, la vie des réfugiés qui fuient leur pays pour une démocratie,
pour  un travail et avec l’espoir d’un
eldorado a un visage, celui de Bilal 17 ans qui a quitté l’Irak et se
retrouve bloqué à Calais alors que le but de son voyage est Londres.
Avec ce film Philippe Lioret dénonce l’indifférence, celle qui nous
pousse à tout accepter et à fermer les yeux, à dire « je ne savais pas »
sous prétexte qu’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde; l’ambivalence d’une France qui se proclame pays des droits de l’homme
mais chasse des hommes comme des animaux. On est pourtant loin du
documentaire et du discours moralisateur car Welcome c’est avant tout
l’histoire d’un maître nageur, un peu rustre, paumé car en pleine
procédure de divorce (et formidablement  joué par Vincent Lidon) qui va tendre la main à Bilal dans l’espoir de
reconquérir sa femme.

La
phrase du film
: « ce gamin a fait 4000 kilomètres à pied et maintenant
il veut traverser la manche à la nage pour rejoindre celle qu’il
aime…moi j’ai même pas été capable de traverser la rue pour te
retenir. »

Comme on n’est pas à Hollywood, ça finit mal…prévoyez un mouchoir !)

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