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Il y a des films charmants que l’on voit sans déplaisir, mais qu’on oublie aussitôt sortis de la salle de ciné, et puis il y a  ceux qui nous dérangent, nous interpellent, et nous restent en mémoire  des semaines après sa vision.

L’étrangère, premier film d’une actrice allemande, Féo Aladag, sorti mercredi dans les salles françaises après avoir été couronné de récompenses dans divers festivals du monde entier, fait incontestablement partie de la seconde catégorie.

L’étrangère du film, c’est Umay, une jeune turque qui ne sent chez elle nulle part : ni  à Istanbul où elle vivait avec un mari violent et dangereux, ni à Berlin dans sa propre famille où elle se réfugie avec son fils pour lui échapper. En effet, dans la communauté turque,  le code de l’honneur veut qu’on ne peut pas quitter son mari et encore moins  le lui enlever son fils, et la famille d’Umay n’est pas prête à tout  accepter  de leur fille quand leur réputation est en jeu.

Difficile de penser qu’en 2011, dans des pays occidentalisés tels que l’Allemagne, des communautés, pourtant bien intégrées, peuvent encore vivre sous des principes archaïques, où la femme est totalement assujettie aux dictats des hommes, et où toute tentative d’émancipation est forcément vue comme un affront terrible aux principes religieux.

Et visiblement, à en croire la réalisatrice, L’étrangère est largement inspiré  de plusieurs faits divers qui se sont déroulés ces dernières années en Allemagne. Alors, si la colère est le premier sentiment qui nous transperce devant le destin d‘Umay, la grande force du film est de ne jamais verser dans le manichéen et de doter d’une vraie humanité tous les proches d’Umay (exception faite du mari et dans une moindre mesure, du frère ainé) qui sont sans cesse partagés entre le dilemme moral ( ne pas totalement entraver le bonheur de leur fille/ soeur) et le respect des conventions et du qu’en dira- t-on.

Mais le personnage le plus fort  et le plus riche du film est bien évidemment Umay, sans cesse déchirée entre son désir de se soulever au delà de sa condition de femme soumise, et sa volonté de garder un lien avec sa famille, malgré les trahisons  de leur part. Mais Umay est également une mère courage qui traine son fils de 6 ans, Cem (trop mignon et jamais ronchon quoiqu’il se passe, un vrai personnage de fiction pour le coup :o) à chacune de ses multiples fuites, et c’est ce lien maternel qui la guide dans tous ses choix, même sentimentaux (car Umay va aussi rencontrer l’amour sous les traits d’un beau collègue allemand, seules plages un peu plus légères du film).

Si le flash-back de la toute première scène ne nous laissait aucune issue quant au dénouement du film, ce n’est pas exactement la tournure attendue au départ, mais la tragédie est bien la, amère et brutale.

Qui dit tragédie dit grosses larmes  impossibles à endiguer et qui dit film social et engagé, dit œuvre salutaire et à voir de toute urgence.

(Ce film a été chroniqué par Mister Choco..merci à lui ))

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