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C’est un beau roman

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Chaque année, je me laisse surprendre par cet amoncellement de choses à ne pas oublier en Juin. C’est la fin de l’année scolaire et tout tombe en même temps : spectacles de fin d’année, sorties scolaires, dossiers à remplir déjà pour la rentrée. S’ajoutent des anniversaires, des fêtes, des rdv médicaux et la notion de charge mentale prend tout son sens. Cela a un côté épuisant et je n’ai pas encore trouvé la solution, s’il y en a une, pour passer ce mois, sans avoir l’impression d’avoir en permanence une check list à cocher dans la tête. La troisième ordonnance littéraire s’est ainsi imposée : prendre, à travers la lecture des Délices de Tokyo, le temps de savourer l’instant présent, tous les petits détails du quotidien, ceux que, parfois, on ne remarque plus, quand on a l’esprit trop saturé.

Diagnostic ? Vous n’avez pas remarqué le massif de fleurs en pleine floraison en sortant du métro, vous avez avalé votre déjeuner le plus vite possible pour gagner du temps et le soir lorsque vous jetez un œil sur votre journée, vous avez juste l’impression que quelqu’un appuie sur la touche accélérée.

Posologie : Quelques pages tous les soirs des Délices de Tokyo de Durian Sukegawa, prendre le temps de tout arrêter pour respirer, ne rien faire, ne serait-ce que quelques minutes.

Les délices de Tokyo a atterri dans mes mains, prêté par des amis. J’avais entendu parler du film mais je ne savais pas grand chose sur l’histoire, si ce n’est qu’il était question de nourriture.

Le pitch ? Sentarô tient, sans grande conviction ni enthousiasme, une échoppe où il confectionne tous les jours des dorayaki, ces pâtisseries japonaises qui ressemblent au moins visuellement à des pancakes et qui sont fourrées de pâte de haricots rouges. Après pas mal d’hésitations, il accepte d’embaucher Tokue, une vieille femme aux doigts étrangement déformés. Elle connait tous les secrets pour confectionner le « an » dans les règles de l’art et la clientèle de la boutique se met alors à être de plus en plus nombreuse.

Si on était dans un film américain, Sentarô apprendrait à son tour à faire la meilleure pâte de haricots rouges de la ville, les clients seraient tellement nombreux que bientôt la presse et les réseaux sociaux ne parleraient plus que de lui. Il deviendrait riche et célèbre et il épouserait sa cliente la plus fidèle et la plus timide.

Vous vous en doutez les choses ne se déroulent pas ainsi, le fil conducteur des Délices de Tokyo étant la rencontre entre Tokue et Sentarô, et comment la philosophie de vie de la vieille dame va « influencer » le jeune homme, comment elle va, peu à peu, l’amener à voir les choses sous un autre angle.

Durian Sukegawa, crédit photo : Albin Michel

Ce que j’ai aimé ?
♦Les passages qui ont trait à la confection des dorayaki mettent l’eau à la bouche et donnent envie de goûter cette spécialité japonaise

♦Le livre est rempli de poésie et est réellement émouvant dans sa dernière partie

♦A travers le personnage de Tokue, j’ai appris la façon terrible dont les lépreux au Japon ont été mis en quarantaine de manière obligatoire, coupés de leur famille et de leurs amis. Ils ont vécu dans des léproseries, véritables ghettos une grande partie de leur vie. La loi adoptée dans les années 40 n’a été abrogée qu’en 1996 !

Pour aller plus loin sur ce sujet :
Les lépreux japonais sortent de leur ghetto
Ce que Miyazaki Hayao a appris d’anciens lépreux

crédit photo : D.R.

Traitement complémentaire

♦ Préparer des dorayaki et les goûter. J’ai acheté de la pâte de haricots rouges toute prête dans l’épicerie Ace Gourmet à Lyon et j’ai suivi une recette trouvée sur le net. Le résultat était très différent du dorayaki que j’ai acheté tout prêt (pas folle la guêpe) et pas assez satisfaisant pour que je vous les montre. Quant à la pâte de haricots rouges, en toute honnêteté, je n’en ferais pas mon quatre heures. Cela dit, je suis contente d’être allée au bout de mon idée.

♦ Regarder le film Les délices de Tokyo de Naomi Kawase, inspiré du roman

♦ Lire le nouveau roman de Durian Sukegawa, L’enfant et l’oiseau

Vous connaissez ce livre ou le film ?

Les coups de foudre littéraires vous y croyez ? Moi oui ! Ils sont rares, inexplicables, magiques et on ne les oublie pas. La dernière fois que cela s’est produit c’était avec le roman Ásta de Jón Kalman Stefánsson découvert dans le cadre du Grand Prix des lectrices Elle. J’ai tellement aimé ce livre que j’ai longtemps hésité avant de me pencher sur un nouveau titre. Je ne voulais pas ternir mon éblouissement. Et puis la curiosité l’a emporté comme toujours et j’ai ouvert le tout premier roman de cet auteur islandais traduit en France par Eric Boury (formidable traducteur !), Entre ciel et terre.

Entre ciel et terre

J’avais prévu d’aller écouter Jón Kalman Stefánsson aux Assises Internationales du roman et juste avant je me suis replongée replonger dans son univers si poétique et mélancolique avec Entre ciel et terre

Si le format de cette rencontre (dans un grand espace avec beaucoup de monde, ce qui enlève pour moi tout sentiment de proximité et de convivialité ) ne m’a pas convaincu, j’ai écouté chaque mot de cet auteur qui s’est révélé charmant, drôle et tout aussi poétique que dans ses romans. J’ai noté quelques uns de ses mots, quand il répondait aux questions de Gladys Marivat, journaliste au Monde. 

« Il n’y a aucune logique dans la vie. Les écrivains écrivent sur les êtres humains qui ne fonctionnent pas ou sur un monde imparfait. Si un jour le monde est parfait, on va tous mourir d’ennui. »

« J’espère un jour que je serai vieux mais je ne pense pas que je serai sage. »

« Le roman est une forme extraordinaire. Le roman est un poème, une pièce de théâtre, un journal intime, c’est du rap, du rock,  du rêve. » 

« Toute écriture essaie sans même le vouloir d’arrêter le temps.  Si je réussis à ralentir le temps, je peux raconter tellement de choses. J’essaie de faire d’un moment, une éternité. » 

« Un écrivain a plus que les mots. Il a l’espace entre les mots et parfois l’espace est plus important que les mots. »

« La mer en Islande offre et prend.  »

Jón Kalman Stefánsson nous a raconté alors que pour lui les marins étaient des héros comme Captain America ou Iron Man. A 16 ans, il a embarqué sur un navire de pêche et a été malade pendant 15 jours. Il a décidé alors qu’il ne serait pas héros mais écrivain.

Philippe Forest, autre écrivain présent à cette rencontre, a confié que ce qu’il aimait dans les livres de Jón Kalman Stefánsson est qu’ils échappent totalement au néo-naturalisme qui pèse aujourd’hui sur la littérature.

Entre ciel et terre

Il a ajouté qu’il avait été séduit par leur étrangeté, par cette parole ancienne et pourtant formidablement contemporaine. C’est exactement ce que j’ai pensé en lisant Entre ciel et terre. L’histoire se déroule il y a un siècle, dans un village de pêcheurs en Islande. Aucun lien avec ma vie et pourtant les mots de l’auteur traversent le temps, traversent l’espace et font écho car les questionnements et les doutes de ses personnages sont universels. 

Dans ce village de pêcheurs, où la neige est encore présente en mars, le pharmacien vend aussi des livres :

« Les ouvrages sont tellement imprégnés de l’odeur des drogues que nous conservons ou recouvrons la santé rien qu’en les respirant, allez donc dire après qu’il n’est pas sain de se plonger dans les livres. »

Un livre est d’ailleurs central dans cette histoire, Le Paradis perdu de Milton. Sans vouloir rien dévoiler, ce poème épique va causer la mort d’un des personnages mais aussi sauver une vie.

Entre ciel et terre

La très bonne nouvelle est qu’Entre ciel et terre est le premier volet d’une trilogie et qu’il a écrit d’autres romans en dehors de cette trilogie. Je me réjouis de pouvoir retrouver à nouveau cette plume si poétique et mélancolique qu’il est difficile de ne pas noter tous les passages !

A lire absolument !!

Lors de la dernière édition du festival Quais du Polar, j’ai eu la chance d’être invitée à un huit clos avec l’auteur de polars islandais, Ragnar Jónasson. Plus je l’écoutais parler des paysages, de cette langue si poétique, du choix des titres de ses romans noirs, de ses personnages, plus j’avais envie de retrouver cette atmosphère et ce sol avec un nouveau titre de l’auteur. J’étais atteinte d’islandaisite aigüe ! Après Une sirène à Paris, ma seconde ordonnance littéraire concerne ainsi la Dame de Reykjavík .

Diagnostic : Vous rêvez de savoir prononcer correctement Snjór ou
Siglufjördur, d’admirer des aurores boréales et de vous baigner dans des sources chaudes ? Vous êtes aussi atteint(e)s d’islandaisite aigüe.

Posologie : Quelques pages tous les jours du dernier roman de Ragnar Jonasson, La dame de Reykjavík , en mangeant du skyr, sorte de faisselle islandaise.

J’avoue que j’étais un peu triste de quitter, Ari Thor, le personnage récurrent de Ragnar Jónasson mais finalement je me suis lancée dans la lecture de La Dame de Reykjavík . J’ai retrouvé la marque de l’auteur, sa façon de construire des intrigues comme des puzzles dont les pièces ne paraissent pas s’emboîter..jusqu’au dénouement final.

Hilda est une policière poussée à prendre sa retraite et qui veut résoudre une dernière affaire avant de partir. Ragnar Jónasson confie s’être imaginé toute sa vie avant cette ultime enquête. Il a construit une série à l’envers en empruntant des éléments aux personnes qui l’entourent (sa belle mère, mécontente d’être à la retraite).

Si avec ce titre, on quitte un coin perdu pour une grande ville, la nature (plutôt hostile) est toujours présente (et tant mieux !).

Pour ce portrait de femme à la fois forte et fragile, loin des stéréotypes, pour sa construction et pour sa fin pour le moins inattendue, menez l’enquête avec Hilda sur cette jeune demandeuse d’asile retrouvée noyée.

Si les symptômes persistent :
♦Lire la première série de Ragnar Jonasson ( Snjór /Sott /Mork/ Natt) qui se passe dans le village perdu de Siglufjördur

♦Admirer les photos de ce village présentes sur le site officiel de l’auteur et toutes prises par lui

♦Découvrir le récit de voyage en bande dessinée de Pénélope Bagieu (c’est pas tout récent mais à l’époque cela m’avait donné envie de partir pour l’Islande)

♦Préparer des snudur, un pain à la cannelle roulé et nappé de chocolat ou à défaut un roulé à la cannelle

Cerise sur le volcan, Ari Thor reviendra dans un nouveau volet qui devrait sortir en France en septembre. L’histoire se situera dans un golfe (qui donne le nom au titre Vik) près de la mer, avec des falaises très dangereuses, un phare et une seule maison. Au début de l’intrigue, quelqu’un va tomber d’une falaise. A suivre !

Les chroniques qui suivent ont été publiées sur Instagram. Pour que ces textes ne disparaissent pas et aient une durée de vie supérieure à quelques heures, je les publie à nouveau ici en espérant vous donner des idées de lecture. (pour la photo en Une, je m’étais amusée à chercher des livres assortis à mon poisson de Pâques).

C’est quoi le terrorisme ?

 

 

 
 

 
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Mes enfants ont grandi avec le terrorisme. Ils m’ont vu sidérée après le bataclan cette salle où j’étais allée écouter de la musique quand j’habitais à Paris. Ils m’ont raconté leur premier exercice de simulation d’attaque à l’école, chose que je n’ai jamais vécue. Comment en parler avec eux alors en dépassant les schémas les gentils et les méchants ?

Doan Búi répond à cette question dans C’est quoi un terroriste ? En tant que chroniqueuse judiciaire, elle a suivi le premier procès d’Abdelkader Merah (le frère du terroriste) et elle a alors été assaillie de nombreuses questions quant à son travail de journaliste. Cette bande dessinée est le moyen d y répondre tout en proposant un regard distancié sur un sujet lourd grâce aux dessins de Leslie Plée.

💪Les super pouvoirs de C’est quoi un terroriste ? 💪
♦️ Nous montrer de l’intérieur un procès historique avec ses lieux et tous ses protagonistes
♦️ Dépasser l’effroi et tenter non pas de justifier mais de comprendre (si le sujet vous intéresse je vous conseille Les revenants de David Thomson qui existe en poche)
♦️Suggérer l’horreur sans l’afficher (Leslie Plée utilise la couleur rouge pour traduire la tristesse et la colère de manière différente)

Et si vous ne connaissez pas Leslie Plée, je vous conseille Moi vivant vous n’aurez jamais de pause où elle raconte son expérience de libraire en grande surface.

Le nouveau

Peut être connaissiez vous Tracy Chevalier pour ses romans historiques et ses portraits de femmes ? Suite à une commande éditoriale (transposer un classique de Shakespeare dans le monde contemporain à savoir ici Othello), l’auteure opère un virage à 180 degrés avec Le nouveau.

Elle nous raconte en effet l’arrivée d’un jeune garçon noir, Osei, dans une école où il n y a que des blancs dans les années 70 à Washington (en reprenant les codes d’une tragédie, unité de lieu, de temps, nombre d’actes).
La société est vue à travers le prisme d’une cour d’école avec ses lois, ses règles tacites, sa hiérarchie.

Si la maturité intellectuelle et sensuelle des élèves m’a paru en décalage avec leur âge supposé (CM1/CM2), Le nouveau dévoile par les réactions que suscite l’arrivée de cet élève noir, les visages multiples du racisme ordinaire.

Quant à Dee, elle tombe sous le charme de ce nouveau et leur coup de foudre naissant donne lieu à des passages lumineux

« Quand Dee.-quel merveilleux hasard qu’elle aussi, on l’appela par la première lettre de son prénom– releva les yeux, Osei sentit son corps s’embraser. Elle avait les yeux marron : le brun clair et liquide du sirop d’érable. Pas le bleu qu’il avait vu dans tant de cours d’école, le bleu des ancêtres anglais, écossais, irlandais. Le bleu de l’Allemagne et de la Scandinavie. Le bleu des Européens du Nord venus s’installer en Amérique, qui avaient conquis les yeux bruns des Indiens et importés des yeux noirs d' »Afrique pour faire leur travail à leur place. »


Le nouveau suscite forcément des questions : est ce qu’un enfant est raciste parce que ses parents le sont ? Sur quoi le racisme repose ? On a souvent brandi la bêtise comme réponse mais aujourd’hui tout le monde va à l’école et Christine Taubira est comparée à un singe sur Twitter. Dans le nouveau, un enseignant sous le coup de la colère finit par lâcher « ils sont tous comme ça« . Est ce que de manière primaire l’être humain a peur de la différence ? 
Si on se doute que l’histoire va mal tourner, Tracy Chevalier instille une tension croissante et nous cueille avec une fin glaciale.

Une femme en contre-jour

 

 

 
 

 
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Il y a beaucoup de si dans le destin de Vivian Maier, beaucoup de questions et beaucoup moins de réponses. De son enfance sans amour et sans repères à la découverte fortuite de ses photos par un agent immobilier, il y a une telle dose de romanesque dans la vie de Vivian Maier qu’écrire sur elle pouvait être casse gueule. Mais c était sans compter la plume et la finesse d’analyse de Gaelle Josse.

💪 Les super pouvoirs d’une femme à contre jour ? 💪

♦Éviter les clichés et l’hagiographie face à une femme si complexe et peu ordinaire.

♦Éveiller la curiosité sur cette photographe dont j avais vu passer le nom et aller voir ses photos saisissantes d’humanité puis noter le documentaire, A la recherche de Vivian Maier, à son sujet.

♦Montrer qu’on peut avoir un immense talent et rester inconnue (et être célèbre sans talent particulier).

Si vous ne lisez pas ce roman, allez voir au moins ses photos d anonymes sur le site internet qui lui a été consacré. Elles saisissent un instant, une émotion avec une telle justesse qu’on a du mal à croire que l’œuvre de Vivian Maier soit restée totalement dans l’ombre de son vivant.

Retour à la terre

 

 

 
 

 
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Destination les Ravanelles où Monsieur Henri est toujours aussi silencieux mais n’est plus seul, où la veuve Lamortemont tente de se familiariser avec son téléphone portable, où M. Loupiot fait de la voyance et où Mariette attend un second enfant.

💪Les super pouvoirs de Retour à la terre 💪

🍃Installer une scénette et sa chute en seulement 6 cases
🍃Faire sourire et rire aussi bien avec des personnages atypiques qu’avec des questionnements existentiels avec un humour tendre et absurde
🍃Replonger le lecteur dans une série dont j ai savouré chaque volume avec la même complicité entre Ferri et Larcenet

L’empreinte

 

 

 
 

 
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Autobiographie ou journalisme, documentaire ou fiction, L’ Empreinte est un récit au croisement de tout cela. L’auteur se destine à une carrière d’avocat comme ses parents et est persuadée d’être une farouche opposante à la peine de mort jusqu’au jour où son chemin croise celui de Ricky Langley, un pédophile qui a tué un enfant. Alexandria Marzano-Lesnevitch pensait avoir mis sous le tapis ses traumatismes d’enfance, ils ressurgissent alors la poussant à écrire ce livre.. pour enfin dire ce qui a toujours été passé sous silence mais peut être aussi pour sauver sa peau.

◾J’ai pensé au film Les chatouilles où la mère se soucie (apprenant que sa fille a été abusée) avant tout du quand dira-t-on alors que dans l’empreinte, l’auteure écrit :

« ma mère m’a expliqué que je nuirais à la carrière politique de mon père [… ‘] Mon père a expliqué que je ferais souffrir ma mère. Ils m’ ont tous deux interdit d’en parler à ma grand-mère car ça lui ferait trop de mal et à mon frère. »

◾J’ai aussi pensé au film Grâce à Dieu où le silence de l’église est assourdissant.
◾Ce qu’on apprend, si jamais on en doutait, ce sont les empreintes que laissent les abus (le mot viol serait plus juste d’ailleurs) année après année : sur la santé, sur la vie sexuelle et sur les choix professionnels.
◾Ce que j’ai trouvé le plus intéressant dans ce récit ? Toute l’enquête sur la famille de Ricky Langley, tout ce qui concerne son enfance ;  le parcours d’Alexandria face à son passé et cet attrait inexplicable pour ce meurtrier (je fais de la psychologie de comptoir si j y vois une sorte de transfert ?)
◾J’ai moins aimé la dernière partie du livre quand l’auteure nous raconte en détails (trop pour moi) le procès et lorsqu’elle mélange la vie de Ricky et la sienne dans un même chapitre jusqu’à ce que je vois arriver la fin avec un certain soulagement.

Au delà de l’affaire et de l’enquête, L’empreinte est une réflexion saisissante et dérangeante sur les secrets de famille. 

J’ai aussi lu Une sirène à Paris, j’en ai parlé ici comme un excellent moyen d’enchanter son quotidien. D’ailleurs je suis en train de préparer un nouveau billet « livrothérapie ».

Et vous, qu’avez-vous lu le mois dernier ?

Plus de 13 ans que je tiens ce blog et que je me pose des questions, que je doute sur l’intérêt de ce que je raconte ici. Dernière interrogation en date : les chroniques de livres. Elles ont migré en version courte sur Instagram avec mon compte dédié @bookaddictlyonnaise mais les posts sur Instagram sont éphémères, pas référencés, la durée de vie des publications est donc très courte et surtout le contenu ne nous appartient pas vraiment. Que faire sur le blog pour vous donner envie de lire les articles livres (qui ne sont quasiment jamais commentés) ? J’ai pensé alors à une sorte d’ordonnance littéraire, un livre comme traitement pour guérir tel ou tel bobo. N’hésitez pas à me dire si l’idée vous plait et pour ce premier volet de livrothérapie, ma prescription concerne Une sirène à Paris.

Diagnostic ? Votre vie vous semble un peu trop terre à terre ? en manque de magie et d’étincelles ?

Posologie : Quelques pages tous les soirs du livre Une sirène à Paris de Mathias Malzieu.

Bienvenue dans un monde où Paris est en crue et a un visage inédit, où l’on sert des burgers aux fleurs dans une péniche avec une trappe secrète et où une sirène blessée se retrouve dans la baignoire d’un appartement. 

Après les bouleversants Journal d’un vampire en pyjama et Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, Mathias Malzieu renoue avec le monde imaginaire et merveilleux de la mécanique du cœur.


Gaspard se définissait exclusivement par sa capacité d’émerveillement. Être un rêveur de combat, vivre en accéléré pour ne pas gâcher la moindre particule de seconde.

Si j’ai trouvé que l’histoire d’amour allait un peu trop vite (mais après tout cette sirène a une voix foudroyante), j’ai aimé ce surprisier et la puissance de son imagination que je vois comme une forme de résistance.


L’ingrédient magique c’est l’amour. Car il permet la cristallisation du rêve. Saupoudrez le tout d’une pincée de surprise et votre vie aura un goût exquis.

Sous une apparente légèreté, une sirène à Paris questionne aussi notre rapport au deuil et notre capacité à être -non pas un éternel enfant- mais un adulte jamais blasé et tiède. 

Pour ses trouvailles, pour son regard plein de poésie sur le monde, pour ses formules qu’on aurait aimées inventer, plongez dans ce roman !

En complément du traitement :
♦Prendre un cours pour apprendre à nager comme une sirène (expérience testée par @quileutcuite ).
♦Des sablés sirène
♦Ecouter le premier extrait de l’album Une sirène à Paris de Dionysos


♦Regarder la séquence de la Grande Librairie consacrée à ce livre

Effets secondaires :
♦Changer de regard sur le monde grâce à son imagination
♦Devenir un surprisier ou une surprisière

crédit photo image en Une : le figaro

Je viens d’envoyer ma dernière « fiche de lecture » du Grand Prix des lectrices Elle 2019 et je me suis dit que c’était le moment de vous raconter comment j’avais vécu ma participation à ce jury.

La candidature et le résultat

Tout a commencé en mai l’année dernière, j’ai posé ma candidature en remplissant un questionnaire en ligne avec mes auteurs préférés, le nombre de livres que je lis en moyenne et une chronique d’un livre récent. Si vous souhaitez candidater, sachez que le questionnaire est aussi proposé dans un numéro papier du magazine en mai il me semble.

J’ai reçu une réponse positive à ma candidature à la mi-juin par mail.

Quel rythme de lecture ?

A la fin de l’été, j’ai commencé à recevoir par la poste, dans une grosse enveloppe, les premiers livres avec le rythme suivant :
3 livres par mois (un roman, un roman policier et un document )
7 livres le mois de mon jury, les 120 lectrices sélectionnées étant réparties en plusieurs « mini jury ».

Chaque mini-jury est rattaché à un mois. Je faisais partie du jury de janvier, en décembre j’ai reçu 7 livres (3 romans, 2 romans policier et 2 documents), je les ai tous notés et les 3 livres qui ont obtenu les plus fortes notes au sein de mon mini-jury (4 en réalité car les 2 romans policiers ont eu des notes ex-aequo), ont été envoyés aux autres jurys. C’est clair ? (vous pouvez dire non ))

Si je ne me suis pas trompée, j’ai lu 25 livres tous genres confondus de fin août à début avril.

Qu’est ce qui m’a plu/déplu ?

♦Comme beaucoup de personnes (la majorité ?), j’ai besoin d’avoir des mini-challenge dans ma vie ou des projets pour avoir envie de me lever le matin. Participer à cette nouvelle aventure juste au moment de la rentrée ça m’a bien boosté.

♦Cela m’a permis de lire des livres que je n’aurais pas choisis de moi-même, en particulier les documents, un genre que je lis peu habituellement.

♦Je n’ai pas ressenti de pression quant au rythme de lecture et je me suis même rendue compte que comme un jogger court de plus en plus (marrant d’utiliser cette image pour une non sportive comme moi )), du moment où il s’entraîne régulièrement, j’ai adopté une routine de lecture très régulière et j’ai lu ces derniers mois plus qu’auparavant.
Effet collatéral : cela m’a permis de ne pas avoir que des lectures « imposées » par le Grand Prix en piochant entre deux sélections dans ma P.AL. Je ne me suis donc pas sentie « prisonnière » des sélections.

♦Enfin the last but not the least : les échanges ! Un groupe a été créé sur Facebook mais je dois avouer que je n’y vais jamais, Facebook étant un réseau social que je fréquente de moins en moins à titre perso (à cause en partie de la façon dont les publications apparaissent). Par contre, dès le début de ma participation, j’ai essayé de repérer sur Instagram (avec mon compté dédié aux livres), les personnes qui participaient à ce prix et pour chaque sélection, j’étais curieuse de lire les divers avis concernant tel ou tel titre et de pouvoir échanger à leur sujet.

♦Ce qui m’a déplu ? je dois être une « surprisière » comme dirait Mathias Malzieu, mais j’aurais aimé avoir l’effet de surprise concernant les titres envoyés et ne les découvrir qu’en ouvrant ma grosse enveloppe. Or les titres de ceux ci étaient communiqués par mail (j’ai essayé de ne pas lire les mails en question mais c’est compliqué) et tout le monde ne recevant pas exactement le même jour les livres, le spoiling via les réseaux sociaux ne peut être éviter.

♦Je suis aussi retombée parfois dans une lecture un peu « scolaire » (très éloignée de ma conception de la lecture), me forçant à lire jusqu’au bout des livres qui m’ennuyaient passablement par « professionnalisme ». Mais comment noter un livre dont on a lu que la moitié ?

Mon palmarès

J’aimerais vous dire que je n’ai eu que des lectures enthousiasmantes, passionnantes, palpitantes mais la vérité est que je suis passée à côté d’un certain nombre de livres, réalisant en lisant les avis d’autres membres du jury combien un même titre peut avoir des échos différents.

Coup de coeur roman : Ásta

Mon énorme coup de cœur, celui à qui j’ai mis la meilleure note, vous l’avez deviné avec la photo de Une de cet article : c’est Ásta ! Une saga islandaise, que je vous conseille d’emporter dans vos valises cet été. Asta m’a véritablement emporté et par son écriture et par sa construction, par ses personnages comme par son intrigue. Je ne comprends même pas comment j’explique ne pas avoir lu d’autres titres de Jón Kalman Stefánsson depuis.

Coup de coeur polar : Dura Lex

Côté polar, j’ai attribué la meilleure note à Dura Lex de Bruce Desilva car j’ai trouvé ce polar haletant, intelligent, prenant et assez loin des page turner qu’on lit vite et qu’on oublie vite aussi. Pour en savoir plus à son sujet, c’est ici.

Coup de coeur document : La loi de la mer et Pirates n°7

En ce qui concerne les documents, je me suis demandée si c’était le sujet qu’il fallait « évaluer » et/ou le style. La forme est-elle aussi importante que pour un roman ? A priori non, sinon les livres en question seraient classés dans la catégorie roman, non ? (en sachant que tous les romans ne sont pas forcément des fictions mais parfois des autofictions).

Finalement les documents à qui j’ai attribué les notes les plus élevées sont ceux qui m’ont fait prendre conscience d’une réalité sociale d’une manière forte et avec une belle plume. Et là je suis obligée de citer deux titres : La loi de la mer et Pirates n°7 (il y a peut être une certaine cohérence dans mes choix, dans les deux cas, il est question des migrants). Dans les deux cas, j’ai pris une grosse claque et je sais que ce sont deux livres que je n’oublierai pas.

Un grand merci à Elle pour ces heures de lecture, d’évasion, de réflexion, d’écriture aussi, pour ces autres horizons, ces voyages, ces rencontres ! C’était vraiment une belle aventure et je suis curieuse de savoir quels auteurs remporteront le Grand Prix des Lectrices Elle le 3 juin prochain !

Est ce que cela vous donne envie de participer à un jury littéraire ?

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