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C’est un beau roman

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Plus de 13 ans que je tiens ce blog et que je me pose des questions, que je doute sur l’intérêt de ce que je raconte ici. Dernière interrogation en date : les chroniques de livres. Elles ont migré en version courte sur Instagram avec mon compte dédié @bookaddictlyonnaise mais les posts sur Instagram sont éphémères, pas référencés, la durée de vie des publications est donc très courte et surtout le contenu ne nous appartient pas vraiment. Que faire sur le blog pour vous donner envie de lire les articles livres (qui ne sont quasiment jamais commentés) ? J’ai pensé alors à une sorte d’ordonnance littéraire, un livre comme traitement pour guérir tel ou tel bobo. N’hésitez pas à me dire si l’idée vous plait et pour ce premier volet de livrothérapie, ma prescription concerne Une sirène à Paris.

Diagnostic ? Votre vie vous semble un peu trop terre à terre ? en manque de magie et d’étincelles ?

Posologie : Quelques pages tous les soirs du livre Une sirène à Paris de Mathias Malzieu.

Bienvenue dans un monde où Paris est en crue et a un visage inédit, où l’on sert des burgers aux fleurs dans une péniche avec une trappe secrète et où une sirène blessée se retrouve dans la baignoire d’un appartement. 

Après les bouleversants Journal d’un vampire en pyjama et Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, Mathias Malzieu renoue avec le monde imaginaire et merveilleux de la mécanique du cœur.


Gaspard se définissait exclusivement par sa capacité d’émerveillement. Être un rêveur de combat, vivre en accéléré pour ne pas gâcher la moindre particule de seconde.

Si j’ai trouvé que l’histoire d’amour allait un peu trop vite (mais après tout cette sirène a une voix foudroyante), j’ai aimé ce surprisier et la puissance de son imagination que je vois comme une forme de résistance.


L’ingrédient magique c’est l’amour. Car il permet la cristallisation du rêve. Saupoudrez le tout d’une pincée de surprise et votre vie aura un goût exquis.

Sous une apparente légèreté, une sirène à Paris questionne aussi notre rapport au deuil et notre capacité à être -non pas un éternel enfant- mais un adulte jamais blasé et tiède. 

Pour ses trouvailles, pour son regard plein de poésie sur le monde, pour ses formules qu’on aurait aimées inventer, plongez dans ce roman !

En complément du traitement :
♦Prendre un cours pour apprendre à nager comme une sirène (expérience testée par @quileutcuite ).
♦Des sablés sirène
♦Ecouter le premier extrait de l’album Une sirène à Paris de Dionysos


♦Regarder la séquence de la Grande Librairie consacrée à ce livre

Effets secondaires :
♦Changer de regard sur le monde grâce à son imagination
♦Devenir un surprisier ou une surprisière

crédit photo image en Une : le figaro

Je viens d’envoyer ma dernière « fiche de lecture » du Grand Prix des lectrices Elle 2019 et je me suis dit que c’était le moment de vous raconter comment j’avais vécu ma participation à ce jury.

La candidature et le résultat

Tout a commencé en mai l’année dernière, j’ai posé ma candidature en remplissant un questionnaire en ligne avec mes auteurs préférés, le nombre de livres que je lis en moyenne et une chronique d’un livre récent. Si vous souhaitez candidater, sachez que le questionnaire est aussi proposé dans un numéro papier du magazine en mai il me semble.

J’ai reçu une réponse positive à ma candidature à la mi-juin par mail.

Quel rythme de lecture ?

A la fin de l’été, j’ai commencé à recevoir par la poste, dans une grosse enveloppe, les premiers livres avec le rythme suivant :
3 livres par mois (un roman, un roman policier et un document )
7 livres le mois de mon jury, les 120 lectrices sélectionnées étant réparties en plusieurs « mini jury ».

Chaque mini-jury est rattaché à un mois. Je faisais partie du jury de janvier, en décembre j’ai reçu 7 livres (3 romans, 2 romans policier et 2 documents), je les ai tous notés et les 3 livres qui ont obtenu les plus fortes notes au sein de mon mini-jury (4 en réalité car les 2 romans policiers ont eu des notes ex-aequo), ont été envoyés aux autres jurys. C’est clair ? (vous pouvez dire non ))

Si je ne me suis pas trompée, j’ai lu 25 livres tous genres confondus de fin août à début avril.

Qu’est ce qui m’a plu/déplu ?

♦Comme beaucoup de personnes (la majorité ?), j’ai besoin d’avoir des mini-challenge dans ma vie ou des projets pour avoir envie de me lever le matin. Participer à cette nouvelle aventure juste au moment de la rentrée ça m’a bien boosté.

♦Cela m’a permis de lire des livres que je n’aurais pas choisis de moi-même, en particulier les documents, un genre que je lis peu habituellement.

♦Je n’ai pas ressenti de pression quant au rythme de lecture et je me suis même rendue compte que comme un jogger court de plus en plus (marrant d’utiliser cette image pour une non sportive comme moi )), du moment où il s’entraîne régulièrement, j’ai adopté une routine de lecture très régulière et j’ai lu ces derniers mois plus qu’auparavant.
Effet collatéral : cela m’a permis de ne pas avoir que des lectures « imposées » par le Grand Prix en piochant entre deux sélections dans ma P.AL. Je ne me suis donc pas sentie « prisonnière » des sélections.

♦Enfin the last but not the least : les échanges ! Un groupe a été créé sur Facebook mais je dois avouer que je n’y vais jamais, Facebook étant un réseau social que je fréquente de moins en moins à titre perso (à cause en partie de la façon dont les publications apparaissent). Par contre, dès le début de ma participation, j’ai essayé de repérer sur Instagram (avec mon compté dédié aux livres), les personnes qui participaient à ce prix et pour chaque sélection, j’étais curieuse de lire les divers avis concernant tel ou tel titre et de pouvoir échanger à leur sujet.

♦Ce qui m’a déplu ? je dois être une « surprisière » comme dirait Mathias Malzieu, mais j’aurais aimé avoir l’effet de surprise concernant les titres envoyés et ne les découvrir qu’en ouvrant ma grosse enveloppe. Or les titres de ceux ci étaient communiqués par mail (j’ai essayé de ne pas lire les mails en question mais c’est compliqué) et tout le monde ne recevant pas exactement le même jour les livres, le spoiling via les réseaux sociaux ne peut être éviter.

♦Je suis aussi retombée parfois dans une lecture un peu « scolaire » (très éloignée de ma conception de la lecture), me forçant à lire jusqu’au bout des livres qui m’ennuyaient passablement par « professionnalisme ». Mais comment noter un livre dont on a lu que la moitié ?

Mon palmarès

J’aimerais vous dire que je n’ai eu que des lectures enthousiasmantes, passionnantes, palpitantes mais la vérité est que je suis passée à côté d’un certain nombre de livres, réalisant en lisant les avis d’autres membres du jury combien un même titre peut avoir des échos différents.

Coup de coeur roman : Ásta

Mon énorme coup de cœur, celui à qui j’ai mis la meilleure note, vous l’avez deviné avec la photo de Une de cet article : c’est Ásta ! Une saga islandaise, que je vous conseille d’emporter dans vos valises cet été. Asta m’a véritablement emporté et par son écriture et par sa construction, par ses personnages comme par son intrigue. Je ne comprends même pas comment j’explique ne pas avoir lu d’autres titres de Jón Kalman Stefánsson depuis.

Coup de coeur polar : Dura Lex

Côté polar, j’ai attribué la meilleure note à Dura Lex de Bruce Desilva car j’ai trouvé ce polar haletant, intelligent, prenant et assez loin des page turner qu’on lit vite et qu’on oublie vite aussi. Pour en savoir plus à son sujet, c’est ici.

Coup de coeur document : La loi de la mer et Pirates n°7

En ce qui concerne les documents, je me suis demandée si c’était le sujet qu’il fallait « évaluer » et/ou le style. La forme est-elle aussi importante que pour un roman ? A priori non, sinon les livres en question seraient classés dans la catégorie roman, non ? (en sachant que tous les romans ne sont pas forcément des fictions mais parfois des autofictions).

Finalement les documents à qui j’ai attribué les notes les plus élevées sont ceux qui m’ont fait prendre conscience d’une réalité sociale d’une manière forte et avec une belle plume. Et là je suis obligée de citer deux titres : La loi de la mer et Pirates n°7 (il y a peut être une certaine cohérence dans mes choix, dans les deux cas, il est question des migrants). Dans les deux cas, j’ai pris une grosse claque et je sais que ce sont deux livres que je n’oublierai pas.

Un grand merci à Elle pour ces heures de lecture, d’évasion, de réflexion, d’écriture aussi, pour ces autres horizons, ces voyages, ces rencontres ! C’était vraiment une belle aventure et je suis curieuse de savoir quels auteurs remporteront le Grand Prix des Lectrices Elle le 3 juin prochain !

Est ce que cela vous donne envie de participer à un jury littéraire ?

Un soir Louis, le fils d’Anne , ne rentre pas à la maison. Il a 16 ans et commence pour sa mère une très longue attente. A-t-il fugué suite à l’annonce du pensionnat par son beau père Etienne ? S’est-il senti de trop une fois de plus depuis sa mère s’est remariée ? Ainsi commence Une longue impatience.

Depuis ce sont des jours blancs. Des jours d’attente et de peur, des jours de vie suspendue, de respiration suspendue, à aller et venir, à faire cent fois les mêmes pas, les mêmes gestes, à essayer de reconstituer les derniers moments de la présence de Louis à la maison, à tenter de me souvenir des derniers mots échangés, de les interpréter, d’y trouver un sens caché, d’y déceler un message, une intention. A penser à ce qui m’avait échappé, à ce que je n’avais pas su voir, pas su deviner, pas du dire.

Elle, elle l’attend dans l’incertitude puis quand elle découvre qu’il s’est embarqué sur un cargo pour des contrées lointaines, elle compte les jours jusqu’à son retour, sûre qu’il reviendra.

Pour supporter cette attente qui la dévore, Anne imagine la fête qu’elle donnera au retour de lui et dans une lettre, elle lui en décrit tous les détails, tous les plats.

Pourquoi j’ai aimé une longue impatience ?

♦La première chose qui m’a plu et très vite, sans attendre la fameuse page 66, est la façon dont Gaëlle Josse construit ses phrases, son rythme, sa musicalité.

Une longue impatience est la douleur abyssale d’une mère face à l’absence de son fils mais aussi une réflexion sur l’école (Anne aime lire et apprendre mais elle déteste l’école car elle ne se sent pas dans son milieu), sur la condition sociale, sur les choix et la culpabilité, sur la fin de l’insouciance le jour où l’on devient parent.

Car toujours les mères courent, courent, courent et s’inquiètent, de tout, d’un front chaud, d’un toussotement, d’une pâleur, d’une chute, d’un sommeil agité, d’une fatigue, d’un pleur, d’une plainte, d’un chagrin. Elles s’inquiètent dans leur coeur pendant qu’elle accomplissent tout ce que le quotidien réclame, exige, et ne cède jamais. Elles se hâtent et se démultiplient, présentes à tout, à tous, tandis qu’une voix intérieure qu’elles tentent de tenir à distance, de museler, leur souffle que jamais elles ne cesseront de se tourmenter pour l’enfant un jour sorti de leur flanc.

♦L’histoire se déroule après la seconde guerre mondiale et les passages consacrés aux années de guerre sont aussi particulièrement réussis.

Une longue impatience est le portrait d’une femme dont la fuite de son fils fait écho à son propre désir de fuite lorsqu’elle était enfant; une femme qui ne se sent pas à sa place depuis qu’elle a épousé un notable à qui on donne du « Monsieur » :

« Dans la grande maison, personne ne peut deviner que je me sens comme une invitée ».

Anne est aussi une femme coincée entre la haine et l’amour qu’elle éprouve pour son mari, coincée dans un espace temps qui semble suspendu alors que les années défilent, une femme qui cajole, console, écoute ceux qui restent mais qui n’est jamais vraiment là entièrement.

Peut-être que ce qui m’a plus le plus bouleversé dans Une longue impatience, en dehors de la fin, ce sont ces êtres qui s’aiment très fort mais qui se rendent quand même malheureux.

De la même auteure, je vous conseille aussi Le dernier gardien d’Ellis Island

Est ce que vous connaissez cette auteure ? avez-vous lu ce livre ?

Si je ne craignais pas les titres à rallonge, j’aurais écrit, à propos d’Un poisson sur la lune de David Vann, « le livre qui vous fait vivre comme dans la tête d’un maniaco-dépressif ». Je ne suis pas sûre que ce soit très vendeur à l’heure des « good feel book » et de cette quasi interdiction du spleen. Angèle en a fait une chanson :

Cela me parait pourtant la meilleure façon de résumer le dernier roman de David Vann d’abord parce que j’ai été bluffée par la justesse et la précision avec laquelle il décrit toutes les pensées de cet homme (Jim)qui a décidé d’en finir avec la vie. Je me suis même demandée si l’auteur souffrait lui même de dépression.

Ensuite j’ai pensé à pas mal de livres qui traitent de cette maladie mentale :

La succession de Jean-Paul Dubois, où l’héritage n’est pas que matériel mais aussi tragique comme si le suicide se transmettait dans les gènes


L’autre qu’on adorait de Catherine Cusset, roman écrit suite au suicide d’un ami très cher de l’auteure. Je m’étais retrouvée dans l’hypersensibilité de Thomas en lisant ses mots de Catherine Cusset :

« Je suis ton amie. Je ne suis pas méchante, tu l’as compris. Mais comme j’ignore la fragilité, comme j’ignore le mal qu’on fait à l’autre en posant le doigt sur ses zones les plus sensibles et en appuyant dessus ! »

Avec toutes mes sympathies d’Olivia de Lamberterie ou le portrait d’un frère qu’elle adorait et qui s’est suicidé

Il m’a semblé que pour la première fois, l’auteur adoptait un point de vue différent, sans utiliser le « je », nous lecteurs, nous sommes dans la tête de Jim.

Le livre s’ouvre alors que Doug vient chercher Jim, son frère à l’aéroport. Le psy a été formel : Jim ne doit jamais rester seul. Mais Doug le houspille, reprenant à son compte ces phrases si souvent entendues face à quelqu’un qui est dépressif :

« Tu ferais mieux de te ressaisir. Des menaces, parce que ça va l’aider, c’est bien connu. »

S’installe en quelques pages, la sensation perpétuelle d’étouffement de Jim. Avec Un poisson sur la lune, on est très loin d’un traitement journalistique ou médical de la dépression. Lors d’un rendez vous avec le psy, Jim compare la dépression qui s’abat sur lui et le met à terre avec des vagues puissantes. Le passage est réellement magnifique !

Pourquoi Jim a fait le voyage depuis l’Alaska où il est installé ? Au début, j’ai cru qu’il cherchait la cause de son désespoir en rendant visite à ses proches : ses enfants (dont son fils David …qui n’est autre que David Vann), son frère, son dernière femme, ses parents. Ou peut-être cherchait-t-il encore une raison de s’accrocher à la vie ? Très vite, j’ai compris qu’il s’agissait de dernières fois, d’adieux. Comme dans Avec toutes mes sympathies, même tout l’amour des siens, ne peut le sauver. Pour Jim, c’est déjà trop tard.

Un poisson sur la lune pose une question cruciale : qu’est ce qui donne sens à la vie ?

A propos de l’argent, Jim dit à ses enfants :

« Ne vous rendez pas esclaves de l’argent. Et fichez vous de ce que pensent les autres. Encore un truc inutile. »

A la sensation d’étouffement, s’ajoute celle d’un temps qui semble s’étirer de manière infinie :

« Comment survivre assez longtemps pour atteindre ce moment où la vie redevient quelque chose de désirable ? »

Un poisson dans la lune est un roman très noir, à l’écriture au scalpel, pas dénué d’humour par petites touches et qui laisse un sentiment d’impuissance face à un homme que rien ne peut aider.

Si mes lectures depuis quelques mois sont très liées au Grand Prix des lectrices Elle, il m’arrive de faire quelques écarts. J’ai lu récemment deux bandes dessinés très différentes dont j’ai eu envie de parler ici :

Le dernier Lapon / Javier Cosnava-Toni Carbos

Une enquête policière au pays des aurores boréales

Le pitch : En Laponie, un tambour précieux pour le peuple Sami a été dérobé au musée qui venait de l’acquérir. La seule personne qui connaissait son histoire est retrouvée tuée et ses oreilles découpées. L’enquête est menée par Klemet, un policier Sami et Nina.

Ce que j’ai aimé :
♦ La façon dont sont dessinés les paysages de Laponie et en particulier les paysages de nuit. J’ai cru au début que c’était du noir et blanc avant de remarquer la couleur bleu de l’uniforme des policiers
♦ La « plume » du dessinateur Toni Carbos dans la façon dont il dessine tous les nez des personnages
♦ Le dépaysement qu’offre ce roman graphique : j’ai appris l’existence d’une police des rennes mais aussi des gumpis et des joïk
♦ L’intrigue qui mêle petite et grande histoire. A travers le vol du tambour, Le dernier Lapon brosse les difficiles relations entre le peuple Sami et les Norvégiens à travers les siècles.

Ce roman graphique est tiré du roman éponyme d’Olivier Truc que j’ai bien envie de lire maintenant !

Les improbablogies de Zoé Thouron

La science improbable…pour les Nuls

Le pitch : Faire comprendre ce qu’est la science improbable, c’est à dire interroger la méthode scientifique d’une façon incongrue et avec humour.

Ce que j’ai aimé :
♦ Les questions loufoques et saugrenues posées mais qui ont donné lieu à de vraies recherches scientifiques. Vous voulez des exemples ? Assis ou couché, dans quelle position étudier ? Pourquoi les hommes sont très prévisibles ? Est il possible de s’enivrer en immergeant les pieds dans de l’alcool ? (cette dernière question repose sur une légende urbaine danoise)
♦ Les questions spéciales cinéma : Peut-on vraiment briser un crâne avec une bouteille en verre ? Peut-on vraiment dissoudre un cadavre dans de l’acide en 20 minutes ?
♦ Si les expériences apparaissent pour le moins décalées, les dessins ne sont pas en reste !

Cet album Les improbablogies réunit une sélection de vraies recherches scientifiques compilées par Pierre Barthélémy, chroniqueur de science improbable pour le Journal Le Monde. J’imagine la discussion  » et toi tu fais quoi dans la vie ? » « Chroniqueur de science improbable » : )

Alors plutôt prêt(e)s à partir en Laponie ou à revêtir votre blouse blanche ?

Si je devais citer mes écrivains préférés, dans ma liste les femmes auraient une place importante. Je ne les lis pas parce que ce sont des femmes mais parce que leur style, leur plume, leur univers me touchent. Alors parmi mes dernières lectures, j’avais envie de vous parler de Delphine de Vigan et de son dernier roman, Les gratitudes.

crédit photo : hachette

Les gratitudes de quoi ça parle ?

Michka ne veut plus vivre seule, elle a peur car les mots s’enfuient. Ce sont ces derniers mois dans un Ehpad, entourée de Jérome et Marie, que nous raconte Les gratitudes.

Le comble pour parler des gratitudes de Delphine de Vigan ? Ce serait de ne pas trouver les mots, comme Michka, l’héroïne de son dernier roman.

Les mots, Delphine de Vigan, joue avec, remplaçant ceux qui manquent dans la bouche de Michka par d’autres. Il en naît une cocasserie (et un plaisir de lecture pour moi) qui contrebalance la détresse de la vielle dame.

Ces mots, ce sont ceux qu’il faudrait oser prononcer avant qu’il ne soit trop tard :

« Tout ce qu’on rejette…regrette, quand les gens disparaissent, pffuit…comme ça, vous voyez ? Ça arrive, vous savez. On ne peut pas rester avec tout ça dans le coeur. Après ça fait des cocards…cauchemars, vous voyez. »

Le mot c’est ce « merdi » que Michka aimerait adresser, avant de tirer sa révérence, à ceux qui lui ont sauvé la vie pendant la seconde guerre mondiale.

Pourquoi j’ai été touchée par Les gratitudes

Moins enthousiasmée par Les loyautés (qui fait partie d’un triptyque dont Les gratitudes est le second volet, sans être une suite au niveau de l’intrigue), j’ai retrouvé, dans ce texte, la sensibilité de Delphine de Vigan , celle qui m’avait tant touché dans Les heures souterraines ou dans Rien ne s’oppose à la nuit.

Comment parler d’une chose qu’on n’a jamais vécu personnellement, à savoir la vieillesse ? Delphine de Vigan y parvient avec une rare justesse à travers le regard de Jérôme, l’orthophoniste de Michka et de Marie, cette jeune femme qu’elle a recueilli et élevé comme sa fille.

Ces deux-là s’attachent à ne pas oublier quelle femme a été Michka :

« Je lutte mais cela ne marche pas, je finis toujours par m’adresser à elle comme à une enfant et cela m’arrache le coeur, car je sais quel genre de femme elle a été, je sais qu’elle a lu Doris Lessing, Sylvia Plath et Virginia Woolf, qu’elle a gardé son abonnement au Monde et qu’elle continue de passer chaque jour en revue la totalité du journal, même si elle n’en parcourt plus que les gros titres » dit Marie.

« Quand je les rencontre pour la première fois, c’est toujours la même image que je cherche, celle d’Avant » confie Jérôme.

Delphine de Vigan m’a ému par ses mots sur la maternité et ce que je vois comme un signe aux lecteurs et lectrices de ses précédents romans lorsqu’elle écrit :

« Sa mère, elle était …cette jeune femme..triste…parfois elle passait tout le jour, fermée…sans sortir du lit…dormir, dormir, tout le temps, vous voyez les draps fermés, les portes fermées.. »

Comment ne pas penser à la propre mère de l’auteure et à Rien ne s’oppose à la nuit ?

Et puis cette histoire elle est devenue mienne. Je me suis imaginée comme Marie dans 40 ou 50 ans avec cette souffrance de ne plus être touchée par personne. J’ai aussi forcément pensé à ma grand mère qui ne perd pas ses mots mais ses souvenirs immédiats depuis bien des années.

Alors Delphine de Vigan, pour savoir si bien mettre des mots sur des ressentis, je voulais vous dire merci.

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