Dans la série « il y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis », alors que je n’accroche pas au genre « nouvelles » du fait même de leur format et de ce que cela implique- j’ai lu et beaucoup beaucoup (ce n’est pas une faute frappe, la répétition tente de traduire mon enthousiasme) le recueil de nouvelles de Lionel Shriver, Propriétés privées

Pourquoi avoir choisi Propriétés privées ?

Le nom sur la couverture

 Peu de chance de lire des nouvelles si sur la couverture n’était pas inscrit Lionel Shriver. Depuis son si marquant Il faut qu’on parle de Kévin, j’ai lu d’autres titres de cette écrivaine avec toujours grand intérêt et je continue de suivre son actualité éditoriale.

Le style, le style, le style

Je savais déjà que le style, la voix de l’auteure, serait à la hauteur. Il est même parfois un peu exigeant, avec des phrases longues, un vocabulaire riche utilisant des termes que je connaissais pas régulièrement. Lionel Shriver est aussi une spécialiste de l’analyse des réactions, émotions et sentiments humains. Elle dissèque, elle plonge au plus profond, si le côté introspectif vous intéresse alors il y a de fortes chances pour que vous trouviez cela aussi passionnant que moi. Pas de bons sentiments chez elle, au contraire elle s’attache à montrer nos côtés les moins reluisants, les moins avouables.  

« La décision de mettre un terme à un mariage de neuf ans avait été à l’origine d’une des soirées les plus agréables et douces qu’ils aient passées depuis des mois ».


« A quarante-trois, elle avait probablement été rétrogradée dans la catégorie séduisante -dans l’attente, puisque la flatterie postménopausique ne se déclinait pas en genre, d’une rélégation consécutive dans celle des encore pas mal; fichtre, elle avait hâte de se retrouver dans celle des biens conservées. » 

Le sujet : La propriété

Dans ce recueil, sont rassemblées des nouvelles aussi longues qu’un roman français et d’autres vraiment courtes. Elles ont toutes pour thème, abordé sous des angles très divers, la propriété. Je n’ai pas le souvenir d’avoir lu des tonnes de livre sur ce sujet qui pose pourtant bien des questions : Pourquoi nous comportons nous parfois comme si l’autre nous appartenait ? Pourquoi être propriétaire d’une maison, un appartement -en dehors du sentiment de sécurité qui y est lié – est si important pour la plupart d’entre nous ? Est ce aussi naturel qu’on le croit (je vois plutôt cela comme un frein à ma liberté d’action ) ou culturel ? (dans certains pays, c’est plutôt la « norme » d’être locataires) Pourquoi les histoires d’héritage où se décident le partage de biens et d’argent tournent si souvent au carnage ?

Propriétés privées : Mes nouvelles préférées

L’avantage avec les nouvelles est que vous pouvez les lire dans le désordre, au hasard, ou seulement quelques unes. A part une, je les ai toutes lues et voici mes préférées :

Le lustre en pied qui met en scène une amitié homme-femme (peut elle exister sans ambiguité), la jalousie, les choix que la vie de couple nous incite à faire reniant parfois une partie de nous même. Incroyablement riche !

Terrorisme domestique : Que feriez vous si votre enfant passé 30 ans n’avait aucune intention de vivre ailleurs que chez vous car il a tout le confort sans les tâches du quotidien ? C’est la question que l’on se pose forcément en lisant cette nouvelle.

Poste restante est peut être la plus courte mais j’ai adoré son idée qui tourne autour de s’approprier des bouts de vie de personnes que nous ne connaissons pas. Je ne vous en dis pas plus au risque de gâcher la lecture.

Repossession ou l’histoire d’une femme qui s’installe dans une maison achetée mais qui est déjà possédée par quelqu’un. La nouvelle la plus surnaturelle (mais crédible) et qui rappelle combien la question du logement pèse lourd pour beaucoup de foyers.

Capitaux propres négatifs, ne vous fiez pas au titre, c’est un petit bijou sur l’usure du couple

Les nuisibles ou comment le fait de devenir propriétaire va ruiner un mariage ..excellent aussi !

Intelligent, ironique, incroyablement riche dans les sentiments explorés, à rebrousse-poil des conventions, Propriétés privées est tout cela. Lionel Shriver est une conteuse géniale qui n’oublie jamais la dimension sociale de nos vies et mêlent burlesque et réalité dans ses histoires. A une époque où les donneurs de leçon de morale parlent fort sur les réseaux sociaux, quel bonheur de lire cette écrivaine !

Propriétés privées, Lionel Shriver, Belfond.

2 Comments

  1. «  Il faut qu’on parle de Kevin «  m’avait beaucoup marquée. Le format nouvelles ne me gêne pas.
    Je note ce livre dans ma liste de livres à acheter…. un jour.

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