Si le mot magnolias déclenche immédiatement dans mon cerveau, la chanson éponyme de Claude François, il a une connotation nettement moins festive dans le dernier roman de Florent Oiseau puisqu’il s’agit du nom de l’Ephad où la grand mère du narrateur attend la fin de ses jours.

Lui c’est Alain, un acteur dont le dernier rôle était « un rôle dans une série de télé il y a un an. J’ai joué un cadavre. » 

Sa vie professionnelle est aussi ratée que sa vie sentimentale (superbe passage sur son amour de jeunesse qui part à Paris et sur l’écart qui se creuse peu à peu entre eux. Rien que ce message est une raison suffisante pour lire ce livre ! ). 

La grand mère d’Alain lui demande un jour de l’aider à mourir, l’idée qu’il ne la connait pas vraiment s’immisce alors dans son esprit et Alain décide de partir à la recherche de l’histoire de cette femme.

Il y a du Fab Caro dans la drôlerie de Florent Oiseau et du Vincent Delerm dans son observation des petits instants du quotidien et de la vie qu’il nous parle des aires d’autoroute ou de sa maison d’enfance en Dordogne.

J’ai aimé la tendresse dans ses personnages, son sens de l’autodérision, ce mélange de nostalgie et de mélancolie, son regard qui fait mouche sur les sujets graves sans que ce ne soit jamais plombant (et après les livres sombres que j’avais lus en janvier c’était une vraie respiration).

Et puis il y a ses mots : 

Parfois la vie ne vous donne rien pendant des années, des décennies. Pas un trèfle à quatre feuilles, pas un Noël sous la neige, pas un billet de banque retrouvé dans une vieille veste. Aucune satisfaction, pas la moindre victoire, rien à manger pour l’ego. Elle ne vous donne tellement rien que vous pensez qu’elle vous a oublié. Vous êtes sous le porche d’une gare de province, un soir, et il pleut des cordes. Vous êtes trempé, il fait froid, vous êtes seul, le dernier bus vient de passer. Même un clébard ne viendrait pas vous tenir compagnie. Et alors que vous ne l’attendez plus, elle vient vous éclairer dans la nuit de ses phares emplis d’espoir. Elle fait ça pour tout le monde. Certains sont devant les pleins phares chaque journée, d’autres -la majorité-doivent se contenter de brefs faisceaux, d’éphémères éclaircies. Mais la vie finit toujours par revenir chercher les oubliés sous les porches des gares de province .


et ces mots là, ils font du bien. Alors si vous avez l’impression d’attendre la lumière des phares, lisez-le.

(Les magnolias est le troisième roman de Florent Oiseau et j’ai très envie de lire Je vais m’y mettre maintenant parce que les livres drôles ne courent pas les rues.)

Les magnolias, Florent Oiseau, Allary Editions

2 Comments

  1. Ta chronique donne envie de s’y plonger.
    Entre douceur et sujets graves … c’est le genre de livre avec lequel j’accroche totalement.
    Bonne semaine.

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