C'est un beau roman

Asta : une saga exaltante et mélancolique

Allons droit au but : Asta m’a emporté, m’a chaviré, m’a bouleversé, j’ai eu si souvent envie de noter ses phrases, je l’ai dévoré et en même temps dégusté, je voulais connaitre la suite mais je retardais le moment de quitter les personnages crées 500 pages plus tôt.

De l’auteur Jón Kalman Stefánsson, pourtant assez connu, je n’avais rien lu et dès le départ j’ai été bluffée par son style, par sa plume (oui toujours et encore), par sa façon de construire son intrigue. Rien n’est linéaire, on saute d’un personnage à l’autre, d’une époque à une autre, d’un lieu à un autre comme si une tornade nous emportait. Au départ, je me suis sentie un peu déséquilibrée, inconfortable (face à une tornade c’est peut être normal) et puis cela m’a grisé.

Jón Kalman Stefánsson /crédit photo :DR

Asta : De quoi ça parle ?

Oui mais l’histoire me direz-vous, de quoi parle Asta ? Il n’est pas simple de résumer en quelques mots cette saga qui se déroule en Islande des années 50 à nos jours autour d’Asta (sans le a en islandais ce prénom signifie amour) et de Sigaldi son père ainsi que de tous ceux qui ont compté dans leur vie.

Asta raconte deux vies « ordinaires » dans le sens où les personnages principaux ne sont pas des héros ayant marqué l’histoire ou ayant accompli des choses qui l’aurait changée mais grâce au talent de Jón Kalman Stefánsson et de son formidable traducteur Eric Boury, elles deviennent extraordinaires. Leurs vies sont à la fois semblables aux nôtres et à la fois mille fois plus romanesques et cette dichotomie infuse tout le roman. Le bien et le mal, le sexe et la mort, le désir et l’amour, la raison et la folie.

Ce roman est tellement riche que j’ai l’impression que face à un festin, je suis en train de vous décrire chichement un misérable amuse bouche.

« La meilleure manière de contrer la mort c’est de se constituer des souvenirs qui, plus tard, auront le pouvoir de caresser doucement et d’apaiser les blessures de la vie. »

Et des blessures, ils en ont Asta, Sigaldi, Helga, Joseph. Celles liées aux rendez vous manqués entre un père et une fille, celles liées à l’incompréhension et l’incommunicabilité des sentiments, celles des amours impossibles et passionnés, celles des deuils.

Asta : mille et une raisons de le lire

Asta est une saga mélancolique qui m’a envoûté au fur et à mesure de ma lecture ; au fur et à mesure que Sigaldi -peintre en bâtiment victime d’une chute d’échelle et allongé sur le trottoir, incapable désormais de bouger- se remémorait des épisodes de sa vie ; au fur et à mesure que je découvrais les lettres écrites par Asta à celui qui partageait sa vie.

La lettre de Barcelone écrite par Joseph est comme un coup de grâce. Je me fais violence pour ne pas la recopier ici, tant j’ai aimé chacun des mots de cette déclaration d’amour à l’envers.

Asta est aussi une saga exaltante tant il y est question de poésie, du pouvoir de la musique, du rôle de l’écrivain par rapport à ses personnages (le narrateur apparaît ainsi lors de plusieurs chapitres) sans jamais tomber dans l’exposé. Au contraire Jón Kalman Stefánsson a le don de mêler idées et actions, sensations et images.

N’est ce pas la plus agréable sensation au monde ? Avoir hâte. Surtout lorsqu’il s’agit de retrouver une personne qui vous est chère. Alors, on se sent vivant.
On est vivant.
Puis il se passe quelque chose

Pendant la lecture d‘Asta, le cerveau bouillonne, le coeur bat plus vite. Asta est un livre qui ne ressemble à aucun autre et qui ne s’oublie pas.

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