La dernière séance

La tête haute (Cannes 2015)

Je ne comprends pas je n’ai pas été invitée à Cannes cette année…m’en fous j’ai déjà monté le tapis rouge en robe de soirée (j’avais raconté ça il y a bien longtemps sur le blog, à l’époque j’étais mince )) et puis j’étais tout aussi bien à regarder la cérémonie d’ouverture dans mon salon. Alors que je trouvais super classe Lambert Wilson, sur twitter tout le monde semblait s’entendre sur le fait qu’il était ennuyeux. C’est quand même fou cette époque où on ne supporte pas plus de deux minutes de discours, culture zapping jusqu’à l’outrance. Je n’ai pas perdu une miette du ballet de Benjamin Millepied (ah Benjamin …) sur la musique de Vertigo, je n’ai pas pu m’empêcher de dire « Mon Dieu qu’est ce qu’elle est belle » en voyant arriver Sophie Marceau…et puis surtout, au delà des stars, starlettes, paillettes, j’ai eu envie d’aller au cinéma après avoir vu les mini-extraits de la sélection de Cannes 2015.

Et j’y suis allée quelques jours plus tard, voir le film qui a fait l’ouverture, La tête haute d’Emmanuelle Bercot. J’avais lu concernant Rod Paradot (à qui on a du demander au moins 10 fois « ça fait quoi de monter les marches ?« , c’est quand même très con comme question, non ? en tous cas que répondre de pertinent? ) le genre d’histoire qui fait rêver, à savoir qu’il a été repéré par une directrice de casting alors qu’il était sorti fumer une clope devant son centre de formation de menuiserie.

Je ne sais pas si dans la vie, il a le côté chien fou de son personnage Malony mais il m’a fait penser un peu à L’enfant sauvage de Truffaut, un enfant élevé sans père, sans repère, sans qu’on lui pose des limites et qui ne sait même plus quand il franchit la ligne rouge. Quand il rencontre une jeune fille et qu’elle le touche tendrement, il se cabre, il ne comprend pas, il s’effondre ….et peut-être commence-t-il vraiment à naitre, à exister à partir de là, après avoir eu le sentiment depuis des années d’être un pion.

 

tête haute 3

Comment peut-on grandir normalement quand dès son plus jeune âge, on entend sa mère vous dénigrer avec véhémence ? Tout ne se joue peut-être pas avant 6 ans mais quand on est né dans une telle famille (et c’est bien plus une question de famille qu’une question de milieu social), on va forcément ramer beaucoup plus dans la vie.

J’ai quand même eu un peu de mal avec le personnage de la mère (interprétée par Sara Forestier), une mère immature, irresponsable, qui sape toute confiance en son fils tout en le serrant contre elle la minute d’après et qui est bien chargé (dents moches, cheveux gras, soutien gorge porté avec une nuisette, pleurs hystériques et pas très crédibles au tribunal). Elle déclare dans le bureau du juge « un enfant a besoin de sa mère« , vérité qui se voudrait universelle, le fameux instinct maternel. Si Malony pleure au téléphone quand il est loin d’elle ne commence-t-il pas à aller mieux quand il n’est plus avec elle, n’est ce pas d’amour dont il est besoin plus que d’une mère ?

 LA TÊTE HAUTE  de Emmanielle Bercot LES FILMS DU KIOSQUE

tête haute 2

On n’est pas là pour t’aimer, on est là pour t’aider.

Malony enchaîne les conneries, c’est comme si la descente était déjà programmée mais des mains se tendent, celles de la juge (Catherine Deneuve est impeccable dans ce rôle), celles de sa récente petite amie, celles de l’éducateur spécialisé qui le suit (joué par Benoit Magimel que j’ai trouvé très convaincant), celles des personnes qui travaillent dans les centres éducatifs. S’il y a des jobs qui n’ont pas beaucoup de sens, j’imagine que là on sait pourquoi on se lève le matin même si rien n’est angélique, même s’il y a de quoi être découragé, même si ces jeunes parfois on aurait envie de les laisser tomber tellement ils sont « insupportables ».

De nombreuses scènes se déroulent dans le bureau de la juge, d’autres se passent au tribunal ou en en prison. Si La tête haute est une plongée dans l’univers de la justice pour mineurs ce n’est pas pour autant un documentaire parce qu’ici et là il y a des beaux moments de cinéma, ce genre de moment où j’ai essuyé discrètement une larme.

 crédit photos : Les films du kiosque

 

14 Comments

  1. Je garde un souvenir mémorable des marches de Cannes et de son festival, mais à l’époque je bossais pour une équipe télé, je n’étais pas invité pour parler d’une marque, j’y ai travaillé et fait des fêtes assez incroyables. C’était il y a 20 ans…
  2. Apparemment le jeune garçon n’était pas du tout à l’image de son personnage et le travail de la réal a été compliqué, le guidant énormément. Et le résultat est saisissant. En revanche comme toi j’ai du mal avec Sara Forestier, ça ne date pas aujourd’hui, et ça se vérifie encore. Cependant, film émouvant et plutôt bien ficelé, il faut le reconnaître …
    • globalement il me semble qu’elle a fait de bons choix cinématographiques et je suis tout à fait d’accord avec ce principe : )
  3. Ahh les marches du Festival de Cannes, j’en garde moi aussi un souvenir ému (que j’aimerais bien remplacer par un plus récent mais enfin…)!
    En tout cas j’ai prévu d’aller voir ce film jeudi et j’ai hâte hâte hâte!! 😉

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