C'est un beau roman

La mécanique des sentiments : Moment d’un couple

Non non Moment d’un couple n’est pas une lecture spéciale Saint Valentin. En tous cas, je ne vous conseille pas de l’offrir à votre moitié le 14 février prochain (du chocolat c’est mieux )), ce n’est pas à proprement parler une ode au couple, ce serait même plutôt le contraire. Alors que les deux derniers thrillers que j’ai lus ne me laisseront pas un souvenir impérissable, j’ai pris beaucoup de plaisir à entrer dans l’intimité du couple héros de ce roman. Olivier et Juliette vivent ensemble, ont deux jeunes enfants à Paris lorsqu’un jour Olivier appelle sa femme au téléphone et lui avoue avoir une liaison. L’univers de Juliette s’effondre alors.

Avant même la question, fil conducteur du roman, comment survivre à la trahison, on se demande pourquoi Olivier s’est senti obligé de lui confier son infidélité. Est-ce qu’il soulage sa conscience ? (à priori, pas vraiment, plusieurs fois il est rappelé qu’il ne ressent aucune culpabilité) est ce qu’il pense pouvoir mener une vie avec femme et maitresse en toute transparence sans perdre aucune des deux ? est ce qu’il teste la force de son couple, déstabilisé par une phrase prononcée un jour par sa femme dans un moment de colère « pas sûre d’avoir envie de vieillir avec toi » ?

En tous cas, il ne lui épargne rien et part du principe que Juliette est forcément forte parce que c’est l’image d’une guerrière qu’elle renvoie alors qu’en vérité à l’intérieur elle est en petits morceaux, en pièces détachées. Elle ne s’effondre pas, elle arrive même à manier humour et cynisme, pour se protéger elle renforce sa carapace extérieure.

Huit heures ?
Que tu es parti. Sans vouloir être mesquine, je suis frappée par une certaine disproportion : cinq minutes pour dire par téléphone à la femme avec qui tu vis depuis 10 ans que tu as une histoire avec quelqu’un d’autre, huit heures pour annoncer à une fille que tu connais depuis trois semaines que tu ne pars pas en week-end avec elle

Pire, et un brin masochiste, Juliette réclame toujours plus de détails. Du coup aux yeux de celui avec qui elle vit depuis dix ans, elle a la capacité d’encaisser. Il est même étonné de la voir pleurer finalement comme s’il ne la croyait pas vraiment quand elle essaie de lui dire combien elle souffre. On pourrait conclure hâtivement que l’écrivain, Nelly Allard, à travers son livre, et en particulier à travers le personnage masculin d’Olivier, règle ses comptes avec les hommes mais ce serait très manichéen. D’abord il y a d’autres personnages masculins dont certains plus empathiques, ensuite Olivier n’est pas un horrible salaud mais un personnage plein de failles et de défauts comme chacun de nous et enfin dans le camp « adverse » si je puis dire, le personnage de la maitresse, dans le genre « prête à tout » jusqu’à la folie, n’est pas épargné. Même Juliette est égratignée et c’est une des forces du livre, des personnages tout en nuances.

Olivier était tendre, comme toujours après l’amour. Encore un des griefs de Juliette contre lui, car cette tendresse achetée par le sexe ne valait pas à ses yeux grand chose. Elle la voyait comme purement mécanique, une forme à peine améliorée de reconnaissance animale. En quoi elle avait tort, peut-être, comme Olivier avait tort de croire que les mots d’amour ne comptaient que lorsqu’ils étaient spontanés.

Olivier est-il particulièrement représentatif des hommes, ceux d’aujourd’hui à qui on demande pas mal de choses contradictoires et qui se sentent légitimement paumés ? Juliette est telle l’archétype de la femme moderne ? En tous cas, j’ai eu souvent le sentiment que la façon de raisonner de cette femme était à des années lumières de sa logique à lui ….et je me suis dit que si les hommes et les femmes sont sur des planètes qui paraissent si éloignées parfois, les malentendus dans un couple sont quasi obligatoires.

Olivier et Juliette ne se sont jamais autant parlés que depuis le fameux soir de la révélation…d’ailleurs une grande partie du livre est sous forme de dialogues. Est-ce que cette communication sans fard, sans barrière de protection, violente parfois leur permet de mieux se comprendre et de sortir leur couple de l’impasse où il semblait foncer ?

Pivot a écrit au sujet du livre « c’est fascinant, c’est comique, c’est terrible », les trois qualificatifs me semblent justes. Fascinant parce que j’étais accrochée à leur histoire, je voulais connaitre la suite avec un certain empressement. Comique parce que côté réparties, l’auteur en a sous la semelle. Terrible parce qu’ils mettent leur histoire et leurs rapports tellement  à vif, qu’on a par moments presque envie qu’ils en finissent une bonne fois pour toutes.

Je vous laisse découvrir la fin de ce thriller amoureux qui, comme le rappelait son auteur dans une interview, pose plus de questions qu’il ne donne de réponses …tout simplement peut-être parce que les recettes , en ce qui concerne le couple, n’existent pas.

10 Comments

  1. C’est très intriguant, tu me donnes envie d’en savoir plus 🙂 Je note le titre de ce livre, je me laisserais bien tenter ! Bises et merci pour la découverte.
  2. Je recopie mon message en entier ici, désolée…

    Il me semblait bien en lisant ton résumé que ce livre me disait quelque chose : en effet, je l’avais repéré il y a quelques jours parmi les nouveauté du rayon librairie… J’avoue que tu m’as particulièrement donné envie de le lire mais je vais attendre un peu… Il m’attire autant qu’il me fait… peur !
    Ma meilleure amie est en plein divorce, après 10ans partagés avec son mari, justement à cause de son infidélité… Et tout cela me travaille pas mal moi aussi, à l’aube de mes 30ans, de nos projets qui se font de plus en plus « déconcordants » là où ils n’ont toujours été que totalement équivalents, etc… Et je me prends parfois à rêver d’une vie… différente et beaucoup plus simple (mon conjoint espère et se bat depuis des années pour être mûté et ainsi évoluer très rapidemment dans l’échelle hiérarchique ayant été embauché bien en deça de ses capacités, en gros ça fait des années qu’il fait un travail de titan pour un remerciement somme toute assez relatif !). Je me battais à ses côtés mais là je baisse les bras, j’aspire à une vie plus basique, j’aimerai construire ma maison et ma famille… Bref, je le lirai, mais quand mes interrogations auront trouvées une réponse !

    • ce que je peux te dire c’est que le livre (qui m’a vraiment beaucoup plu, dans son analyse des sentiments et de la psychologie des personnages) ne te donnera pas de réponse (enfin je ne crois pas) …il me semble qu’on change pas mal en 10 ans, en particulier entre 20 et 30 ans et parfois les chemins sont différents et puis peut-être qu’en avançant on sait de plus en plus ce qu’on veut et ce qu’on ne veut pas …

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