C'est un beau roman

La position de Meg Wolitzer : une saga familiale à dévorer

Je vous ai déjà dit combien j’étais épatée par le talent des écrivains anglo-saxons à écrire des sagas familiales captivantes ? Est-ce parce qu’aux États-Unis les ateliers d’écriture font partie intégrante du parcours d’un écrivain ? Meg Wolitzer a d’ailleurs suivi des cours avec John Irving avant d’enseigner elle-même à l’Université d’Iowa. En lisant sur la 4ème de couverture, le commentaire de Jeffrey Eugenides (dont je vous recommande vivement Le roman du mariage) « Le sens de l’humour, l’intelligence et l’émotion que dégage l’écriture de Meg Woltizer sont proprement extraordinaires« , j’avais peur qu’après de tels éloges, je sois déçue par ma lecture. Or dès le début j’ai été happée par cette famille peu banale que l’on suit pendant 30 ans.

La position est l’histoire de Paul et Roz Mellow, couple  d’écrivains, qui ont publié un livre sur le plaisir amoureux dans lequel ils décrivent toutes les façons d’atteindre celui-ci en illustrant le propos de dessins les représentant. Lorsque les enfants du couple, âgés de 6 à 15 ans, découvrent ce guide, ils n’imaginent pas, malgré le choc que cela produit immédiatement, toutes les conséquences que cela aura sur leur vie. C’est sur cette scène qui se passe en 1975, en pleine révolution sexuelle, que s’ouvre le roman avant de projeter le lecteur en 2005 dans la vie de chacun des personnages alternant passé et présent pour construire une intrigue à la fois émouvante et drôle, pertinente et très romanesque.

Au fil des chapitres, l’auteur braque son projecteur sur le quotidien de Michaël qui souffre de dépression chronique et d’impuissance; sur Claudia la plus jeune des enfants Mellow, au physique de troll comme elle le décrit elle même, seule et qui a du mal à ne pas vivre dans le passé ; sur Dashiell, gay et militant républicain, qui découvre un matin en se rasant, une grosseur suspecte au niveau du cou; sur Holly enfin qui a fui la famille dès qu’elle a pu, a essayé toutes les drogues possibles avant de mener une vie rangée qui ne la rend pas particulièrement heureuse.

Bien entendu, l’écrivain s’arrange pour que les destins de tous ces personnages se croisent et soient réunis pour qu’au delà de leur histoire personnelle, soient disséqués les rapports qu’entretiennent les uns avec les autres. J’ai adoré lire la genèse de la rencontre de Paul et Roz Mellow. A l’époque, il est psychanalyste et elle se retrouve sur son divan. Il tombe fou amoureux d’elle :

C’était pour lui une véritable souffrance d’envisager qu’il avait rencontré une femme qui lui ressemblait en tous points -et cette femme était hors d’atteinte. Jamais il ne pourrait lui avouer ce qu’il éprouvait à son égard : elle lui coupait le souffle, elle le captivait, elle était une pure merveille. Il voulait la savourer. Enfuir sa tête entre ses seins lourds, descendre vers son entrejambe, la goûter, l’embrasser et y rester aussi longtemps qu’elle le souhaiterait, dans cette fournaise, pendant que l’univers tout autour d’eux s’illuminait et s’embrasait, ravagé par les flammes.

Réflexion sur le sentiment amoureux, le sexe, sur le poids du passé et sur la façon dont on peut ou non s’en affranchir, sur le besoin d’aimer et l’envie de liberté pas toujours compatibles, La position est un peu comme ces séries où l’on découvre avec un bonheur indicible peu à peu les personnages pour reconstituer les pièces d’un puzzle dont on ne devine pas à l’avance les contours.

Non non je ne vous demanderais pas quelle est votre position préférée (eh oh ça va, c’était tentant non ? ) mais si vous aimez les sagas familiales alors foncez !

 

12 Comments

  1. MERCI !
    C’est exactement ce que j’ai envie de lire en ce moment. Je m’aperçois que quand j’ai un petit moral, les sagas familiales me boostent à fond.
    En ce moment j’en ai une dans la peau que je termine mais qui m’a vraiment pris de l’énergie (j’suis bargeot hein?)
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